‹ Chimie pathologiqueChapitre 41 sur 166 · PNEUMONIE FRANCHE · texte numérisé non relu

PNEUMONIE FRANCHE

Jeune homme de 18 ans, entré le 5 avril à la salle Saint-Louis, n° 18. Un peu lymphatique; assez sujet à s’enrhumer, mais ses rhumes ne persistent pas; il buvait 2 à 3 litres de vin par jour et de l’absinthe. Pituites, cauchemars la nuit. L'alcoolisme précoce est ici indubitable.

Malade depuis 7 jours. Avant cette époque, il était un peu souffrant, mais il pouvait continuer son travail, quand il fut pris de petits frissons, de douleurs de tête et de reins avec léger point de côté; bientôt survint la toux et l’expectoration couleur abricot caractéristique, enfin une fièvre vive qui l’oblige à s’aliter.

6 avril. - — P. = 120. T. R. =41°, 2.

Douleur vive à droite et en dehors du mamelon.

Râles crépitants sur le bord externe de l’omoplate et dans la fosse sous-épineuse, râles qui coexistent avec un souffle tubaire bien net.

Le 7, expectoration rouge brique très visqueuse, très adhérente au vase.

Ier dosage du sang :

Hémoglobine 93s<\ 70.

Pouvoir oxydant 180 centimètres cubes.

Matériaux solides 85 grammes.

Le 8, crachats safranés mêlés à des crachats blanchâtres de bronchite. — Souffle tubaire.

Le 9, défervescence brusque de 2 degrés, — 1 150 grammes d’urine, 39, 8 d’urée.

11 avril.

2e dosage du sang :

Hémoglobine 85 gr.

Pouvoir oxydant 164 centimètres cubes.

Matériaux solides 85 grammes.

Pris 5sr, 172 qui ont donné résidu sec 0sr,122.

Le 18 avril, éruption de pemphigus critique dans la région sternale et sacrée. — Poussées successives de bulles.

Le malade est rétabli complètement dans les premiers jours de mai, époque à laquelle il part à Vincennes.

Nota. — On remarque que la destruction de l’hémoglobine se fait dans le cours de la maladie fébrile; de 125 grammes, l’hémoglobine est tombée en six jours à 93gr,70, età l’époque de la convalescence elle est de 85gr,5, de telle sorte que le taux minimum de l’hémoglobine s’observe après la résolution de la phlegmasie. De plus, pendant la période fébrile, le sérum s’appauvrit en matériaux solides; ainsi, de 92 grammes, ces substances descendent à 85 grammes et 81 grammes ; de là l’explication de l’anémie de la convalescence ; puis peu à peu ces diverses substances augmentent en nombre et, au bout de 20 jours à un mois, elles atteignent un chiffre moyen, qui n’est pas encore le taux normal.

A. — PNEUMONIES TYPHOÏDES, SEPTIQUES

Ces variétés de phlegmasie pulmonaire se distinguent des pneumonies franches par la lésion hématique. Tandis que, pour ces dernières, l’hémoglobine reste toujours au-dessus de 9861', 95, le pouvoir oxydant au-dessus de 190 cent, cubes pour 1000 grammes de sang, les matériaux solides du sérum au-dessus de 80 grammes pour 1 000 grammes de sérum ; dans les premières, au contraire, les lésions sont très accentuées, le sang dénote des altérations multiples, toujours les mêmes ; l’hémoglobine descend à 75 grammes, souvent à 72 et même 70 grammes, parfois 67gr, 70; le pouvoir respiratoire arrive à 154 cent, cubes, 139 à 130 cent, cubes; les matériaux solides décroissent et se chiffrent par 75 grammes pour 1 000 grammes.

11 s’agit bien d’altérations causées par la maladie; car pendant la convalescence, c’est-à-dire pendant la disparition des phénomènes morbides, on voit également survenir la réparation des désordres hématiques, l'hémoglobine arrive successivement

PNEUMONIES TYPHOÏDES, SEPTIQUES. 101

à 75, 78gr,12, à 83sr,54,à 88sr,54; le pouvoir respiratoire monte à 150, à 160, 170 cent, cubes; les matériaux solides s’élèvent à 76, 78, 80 grammes.

L’observation suivante nous montre les variations delà lésion hématique dans un cas de ce genre:

ûespl Adrien, âgé de 23 ans, tripier, est entré le 9 mai à la

salle Saint-Louis, n° 18.

Son père est mort d’une affection de poitrine dont il ignore la nature. Aucun autre antécédent diathésique. Il se nourrit bien et ne se fatigue pas outre mesure.

Vers le 30 juin 1878, il aurait vomi du sang à la suite d’une émotion ; mais les crachats rejetés pendant 2 ou 3 jours prouvent l’existence d’une hémoptysie. Depuis il toussait rarement, cependant ses forces s’étaient affaiblies.

Depuis 15 jours, céphalalgie, vertiges sans épistaxis, frissonnements erratiques; le 7 mai, à la suite d’une purgation, survient de la diarrhée ; à partir de ce moment il est plus souffrant et cesse son travail. Son alfection paraît s’être déclarée le 7 ; avant cette époque il avait un léger malaise, mais il travaillait assez facilement, etdu jour au lendemain, brusquement, il est tombé dans un état grave.

P. = 102. T. R — 39°, 3. Pouls dicrote. Pas de taches rosées lenticulaires. Pas de douleurs dans la fosse iliaque. Gargouillements légers. Diarrhée jaune ocre. Taches diarrhéiques sur la chemise et les draps du lit. Quelques râles sous-crépitants sans sibilance ni prédominance aux sommets. L’ensemble symptomatique rappelle assez bien une fièvre continue. Il est abattu, prostré, anéanti; néanmoins le début rapide nous laisse dans le doute sur la nature de l’affection, d’autant plus qu’il existe une respiration un peu soufflante à la racine des bronches. Il y a des probabilités en faveur d’une pneumonie.

11 mai. — Matin, T. R. = 38°, 3. Teinte ictérique générale ; — le malade se sent mieux. Souffle bronchique au sommet gauche et en arrière. Urine ictérique. Diarrhée persistante. — Vésicatoire.

1er dosage du sang :

Hémoglobine 75gr, 5.

Pouvoir oxydant 155 centimètres cubes.

Matériaux solides 75sr,90.

13 mai. — Hier soir, T. R. = 39°, 8, le matin 38°, 3. Crachats rouillés hier soir. Éruption acnéique en avant de la poitrine et sut l’abdomen. Souffle un peu caverneux et râles sous-crépitants à gauche. On doit supposer une pneumonie aiguë. Bruits du cœur mal frappés. Peut-être un peu d’endocardite aiguë, on ne peut toutefois l’affirmer.

14 mai. — Le volume du foie est normal. Pas d’épistaxis. La diarrhée a disparu. Pas d’hémorragies. Est-ce une pneumonie typhoïde? Est-ce une septicémie générale avec unemanifestationlocale? Une pneumonie typhoïde, en raison de l’affaiblissement de l’organisme, nous semble être le diagnostic.

16 mai. - — Souffle léger avec râles de retour. Les battements du cœur sont plus forts au niveau du deuxième espace intercostal gauche.

18 mai. — L’ictère diminue. Pas de pétéchies. Dédoublement et renforcement du deuxième bruit pulmonaire.

N’y aurait-il pas un rapport entre son état de tripier et une infection générale? On ne saurait être affirmatif sur ce point.

Sulfate de quinine, 1 gramme.

10 juin. — Encore un peu de souffle et quelques râles. Le malade va bien. Seulement la faiblesse persiste. Céphalée continue.

2e dosage du sang :

Hémoglobine 85sr,54.

11 est allé à Vincennes où la convalescence a été longue; depuis ses forces sont revenues, mais l’état typhoïde n’a duré qu’une huitaine, jamais de taches, la diarrhée s’est vite arrêtée et la fièvre a cessé avec la deffervescence de la pneumonie et la cessation du souffle; jamais de grand ballonnement du ventre. Le grand argument contre la fièvre typhoïde est la courbe thermométrique qui n’est nullement celle de la fièvre entéro-mésentérique. Il s’agissait

PLEURÉSIE AIGUË AVEC PEU OU PAS D’ÉPANCHEMENT. 103 d’une pneumonie survenue chez un individu prédisposé par hérédité à la tuberculose et un peu affaibli par l’usage fréquent des boissons fermentées.

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