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CHAPITRE III

§ 29. Sous l’inlluence des organes des végétaux et des animaux, ils se forme des composés nombreux que les chimistes peuvent analyser, métamorphoser et souvent

(i) Il no faudrait pas ciïipioycr le plomb au lieu de l’étain, l’eau distillée altatpiant ce métal au contact de l’air.

liLEMElNTS DE ElilMIE.

reproduire dans leur laboratoire. Ces substances sont appelées composés organùpies : l’étyinologie de ce mot, .comme on le voit, l appelle ceux de corps organisés (pourvus d’organes j; nous ajouterons à ces produits un plus grand nombre d’autres, qui offrent avec eux beaucoup d’analogie, bien qu’ils ne soiimt pas formés par des cor[)s organisés. Nous appellerons cbimie des corps organiques, ou chimie or ganupic, [)ar opposition à la chimie

minérale, la partie de la science (jui s’occupe de l’étude de ces composés.

lmrs(ju’on soumet a l’analyse les corps qui constituent dans l’état actuel de la science le domaine de la chimie organi(jue, on reconnaît qu’il n’entre ordinairement dans leur composition que quatre corps simples, carbone, oxygène, hydrogène et azote; souvent (jue trois, carbone, oxygène, hydrogène; ou meme que deux, le carlmne et l’hydrogène: ce n’est que dans quelques circonstances, assez raies jusqu’ici, pour les composés naturels, que l’on rencontre du soufre, du phosphore, du brome, de l’iode ou du fer. Certains produits artiliciels renferment du chlore, du brome, de l’iode, du phosphore, de l’or, du platine, du zinc, etc., etc.

§ 30. Tous les composés organiques sont destructibles par la chaleur, qui les ramène à des combinaisons plus simples ou même à leurs éléments; l’action ménagée de la chaleur peut en modifier quelques-uns, de manière à produire de nouveaux corps : c’est ainsi (jue V acide gallique, chauffé à la température de 210 a 21 5 degrés, se. résout en un nouvel acide que l’on a appelé acide pyrogallique ; cette action de la chaleur amène dans le corps primitif une perte d’eau ou d’acide carbonique, comme le prouve la réaclion. ( L’acide gallique CMIM)^ chauffé donne l’acidi^ pyrogaUi(|ue (7’ IP 0% plus 1 éiiuivalenl

PUKMlEPiE PAH Tl E.

d’acide carbonique CO^) Les corps nouveaux résultant de ce mode d’action ont reçu le nom de corps pyrogénés.

§ 31. Les produits organiques sont solides, liquides ou gazeux : les uns sont solubles dans l’eau, tels sont l’acide acétique, l’acide gallique, le sucre, la gomme; d’autres y sont insolubles, comme l’amidon, la cellulose, le caoLitcliouc, les résines, les huiles; quelquefois les corps insolubles dans l’eau peuvent se dissoudre dans les dissolvants neutres, l’alcool, l’éther, les essences diverses, le sulfure de carbone, etc. Les corps solides de la chimie organique comme ceux de la chimie minérale prennent souvent une forme cristalline, soit lorsqu’ils se déposent de leur dissolution, soit lorsqu’ils'passent, par le refroidissement, de l’état liquide à l’état solide : tels sont le sucre candi, l’acide stéarique (matière des bougies); d’autres sont amorphes, c’est-à-dire se déposent, sans prendre aucune forme : ainsi le coton-poudre dissous dans l’éther, l’albumine coagulée donnent une couche homogène, et, fort heureusement pour les photographes, sans apparence rie cristallisation (coUodion, verres albuininés ) .

§ 32. L’expérience nous a appris que l’oxygène peut s’unir, soit au carbone pour former de l’acide carbonique, soit à l’hydrogène pour former de l’eau; or nous venons de voir que les matières organiques étaient, pour la pluoart, formées de car!)one, d’hydrogène, d’oxygène et d’azote : il n’est donc pas étonnant pour nous que certaines de ces matières se modifient ou se détruisent complètement sous l’innuencc de l’oxygène atmosphérique.

5^ 33. fermentation est aussi une des causes de modiheation et de dcslructioîi des matières organiques; on

ÉLÉMEiNTS DE CHIMIE. 4^

connaît sous le nom Aq ferments diverses substances organiques (i) éminemment décomposables qui provoquent la décomposition simultanée de certains corps auxquels on les a mêlées : par l’action d’un ferment de la nature da la levûre de bière, le sucre contenu dans le raisin ou dans les pommes perd une partie de son carbone, qui se dégage à l’état d’acide carbonique, tandis qu’il se produit de l’alcool (2). Cette fermentation donne naissance aux liqueurs spiritueuses comme le vin, le cidre, etc. ; c’est également h. une fermentation particulière des principes contenus dans la noix de galle que nous devons l’acide gallique.

Le contact de l’air et la fermentation ne sont pas les seules causes de destruction des matières organiques. Les chimistes ont de nombreux moyens de faire ces dédoublements de corps plus ou moins complexes, ou même de réduire les composés organiques à leurs éléments ( analyse élémentaire); ils savent aussi, à l’aide de ces éléments, reproduire certaines substances que la nature nous présente produites par les végétaux ou par les animaux { synthèse ).

§ 34. Les corps organiques, dont la nomenclature est incertaine, peuvent encore être divisés en trois grandes catégories : acides, bases et corps indifférents.

Les acides organiques, naturels ou artificiels, sont très-

( i ) Or doit à M. Pasteur des expériences très-ingénieuses et fécondes sur la fermentation, qui conduisent à considérer la levûre de bière comme une substance organisée , capable de se reproduire et ayant besoin pour son développement de trouver les produits qui constituent l’engrais des plantes, les phosphates, la potasse et les sels ammoniacaux.

(‘2) L’alcool et raci(îe carbonique sont les seuls pioduits normaux; d’autres produits anoianaux les accompagnent et sont en petites quantités : tels sont l’acide lacti([uo, l’acide succinique, la giycéi’ine, etc.

/|2 piiiüAjiÈpj-: pautie.

lionihreiix; jusqu’ici, quelques-uns seuleuient sont eni- })loyés en photographie : tels sont les acides acétique, îartrique, citrique, galliqiie, pyrogallique; un grand nombre de ces corps possèdent la propriété de rougir le tournesol, tous se combinent aux bises pour former des sels, comjîie les acides minéraux dont ils diffèrent par leur composition généralement plus complexe.

Les hases organiques ont été nommées aussi alcalis organiques, ou alcaloïdes (semblables aux alcalis); toutes se rapprociient de Y ammoniaque ( alcali volatil ) par leurs propriétés et leur mode de combinaison. Ces corps peuvent s’unir aux acides pour lormer de véritables sels ; en général iis sont peu solubles dans l’eau, à laquelle pourtant certains d’entre eux donnent une amertume insupportable ; ils sont, pour le plus grand nombre, solides et peuvent cristalliser, quelques-uns seulement sont li- ([Liides. La plupart sont des médicaments ou même des poisons : nous citerons, entre autres, la quinine, l’un des alcalis du quinquina, la morphine et la narcotine, alcalis de l’opium; la nicotine, alcali liquide du tabac; la strychnine et la brucine, alcalis de la noix vorni- (|ue, etc.

§ 35. Parmi les corps indifierents, qui sont en grand nombre, il en est beaucoup qui sont employés en pholograpliie ; nous pouvons citer en première ligne la cellulose (papier), puis les gommes, les sucres, l’alcool, l’éther, l’albumine, la gélatine, la cire.

^ 3b. Cellulose. — Le tissu des végétaux, quel qu’il soit, se compose de cellules allongées formées par une substama! à hupu^lle ou a donné le nom de cellulose, et d’une matiivre dure, di(e uicruslanle, (jui existe dans les

ÉLÉIVJEINTS DE CHIMIE. 4^

cellules, en proportion plus ou moins considérable, suivant la dureté du végétal. Le coton, la moelle de sureau sont formés de cellulose presque pure; le bois de chêne est composé de cellulose et d’une forte proportion de matière incrustante. La composition chimique de la cellulose pure est toujours la même, et peut être représentée par pirio tous les tissus végétaux, s’ils ont été convenablement traités, donnent de la cellulose : le papier de bonne fabrication et sans mélange peut être considéré comme de la cellulose presque pure; il est préparé, en effet, avec des chiffons bien lessivés, qui sont eux-mêmes un assemblage de fibres textiles des plantes, désagrégés par la fermentation ou par une action mécanique, et blanchis par l’action de réactifs chimi ]ues et complètement épurés par des lavages successifs.

Lorsqu’on fait réagir sur la cellulose de l’acide azotique très-concentré, ou un mélange d’acide azotique et d’acide sulfurique, ou encore un mélange d’azotate de potasse et d’acide sulfurique, on obtient des substances facilement inflammables auxquelles on a donné des noms divers; celle qu’on prépare avec le coton cardé a reçu le nom de coton-poudre ou fulmi-coton. Le fulmi-coton, préparé au moyen du nitrate de potasse et de l’acide sulfurique, se dissout facilement dans l’éther mélangé d’alcool et forme la base du coUodion. f t o/r ce mot au Vocabulaire, j

§37. V amidon ou plutôt la matière amylacée est une matière blanche, grenue, qui se trouve dans les cellules d’un grand nombre de végétaux, soit dans les graines des céréales, comme le blé, l’orge, etc., soit dans la plupart des racines tuberculeuses ou bulbeuses, etc. La matière amylacée des céréales prend plus spécialemenl

44 Pr.EMlÈl\l<: PAIITIE.

le îiOHî à'amidon ; celle des pommes de terre reçoit ordinairement le nom àe. fécule. Ces corps, amidon on fécule, sont d’une composition identique a celle de la cellulose; sa formule est aussi On reconnaît la matière

amylacée à la teinte bleue qu’elle prend sous Faction (Fune dissolution d’iode fiodure d’amidon).

§38. Deætrine, — La matière amylacée se

gonfle dans Feau, mais elle ne s’y dissout pas complètement; si elle est légèrement torréfiée ou traitée par des acides très-étendus, elle .devient tout à fait soluble, mais alors ce n’est plus la matière amylacée, c’est une substance nouvelle, la dexlrine, qui par ses propriétés spéciales peut remplacer la gomme arabique dans plusieurs de ses applications. ^

§39. Glucose, Cd ' 11' O' L — Enün la matière amylacée, sous l’inÛuence prolongée des acides ou du ferment contenu dans Forge germée (diastase), se transforme en un sucre particulier auquel on a donné le nom de glucose. En cbauffani, par exemple, la fécule de pomme de terre avec de Feau contenant y— d’acide sulfurique, puis saturant l’acide par la chaux et évaporant la li™ (jueur éclaircie, on obtient un sirop qu’on appelle sirop de fécule, ou un sucre en masse ou granulé connu dans le commerce sous le nom de sucre de fécule concret ou granulé.

§ 40. Le sucre (d' R"0" provient des jus épurés de b's canne ou de la betlerave; il cristallise lacilemenl.

î.e nom de sucr(‘ (‘st devenu généri{|ue, il s’appliqiu' au sucia; proprenumt dit ci asî glucosi* ainsi qu’aux [)roduils sucres (ju’oîi se tin* i\c (‘Ciiains fruils, (pu* Fou trouve

(J.KMEINTS DE CHIMIE.

dans le sang des animaux, que Fou extrait de Farine des diabétiques, et même à la matière sucrée du lait.

On obtient le sucre de lait, en concentrant

par évaporation du petit-lait ou sérum du lait. Celui-ci n’a pas la saveur sucrée des précédents, il a la propriété caractéristique de croquer sous la dent.

Le glucose et le sucre de lait décolorent à chaud la dissolution de tartrate de cuivre alcalin et y produisent un précipité jaune de protoxyde de cuivre; le sucre de canne pur est sans action sur cette liqueur d’épreuve.

Tous les sucres ont pour caractère de se dédoubler dans • la fermentation en alcool et acide carbonique. Le sucre de canne et de betterave possède seul la propriété de cristalliser en gros cristaux [sucre ccindi) ; il se distingue d’ailleurs des autres par un ensemble de propriétés pbysiques et chimiques.

Tous les sucres réduisent facilement les sels d’argent.

§41. Parmi les produits que nous fournissent les végétaux, nous trouvons des substances incristallisables, le plus souvent solubles dans l’eau, auquelles on a conservé le nom de gommes; la composition de la plupart de ces corps se rapproche beaucoup de celle de l’amidon. Il y en a de diverses sortes : la gomme arabique, la gomme adragante, la gomme de pays, etc.

§ 42. Nous avons vu que V alcool, C* 11*^0“, connu primitivement sous le nom ù' esprit-de-vin, se forme dans la composition des sucres par la fermentation; c’est une substance neutre, liquide, inflammable, volatile, dissolvant certains corps gras ou résineux, ce qui la rend utile pour nettoyer les plaques et les glaces; dissolvant certains réactifs insolubles dans l’eau , ou aidant a l(‘s

dissoudre, tels que le cotou-poudre qui sert a la préparation du collodiou; coagulant l’albumine et précipitant de leur solution aqueuse certains sels qu’il permet d’obtenir à un grand état de pureté, tels que l’hyposulfite double d’or et de soude. Ce corps a des analogues en chimie, l’esprit-de-bois, l’huile de pommes de. terre, etc.; mais ils sont jusqu’à ce moment d’un emploi exceptionnel pour les photographes. L’alcool forme en quelque sorte lé point de départ d’une série nombreuse de produits chimiques intéressants, tels que l’éther sulfurique et l’éther acétique, qui servent surtout comme dissolvants, V aldéhyde, corps peu employé jusqu’ici, et qui cependant mériterait de fixer rattention, attendu (|if il réduit les sels d’argent avec une grande énergie. Le plus grand nombre de ces composés sont liquides, volatils, tous sont* inflammables ; aussi doit-on prendre de grandes précautions lorsqu’on est obligé de les approcher du feu, et éviter d’en conserver de grandes quantités dans un laboratoire.

§ 43. Lorsqu’on soumet à une distillation ménagée en présence de l’eau certaines productions végétales, on obtient souvent des liquides huileux plus ou moins odorants et volatils, auxquels on a donné le nom éé huiles essentielles ou essences ; telles sont les essences de térébenthine, de lavande, etc., etc. Ces liquides, de compositions diverses, se distinguent facilement des huilesy?o?c5 ou huiles grasses. Une goutte d’essence récemment préparée, étendue sur le papier fait une tache comme l’huile fixe, mais celle-ci disparaît au bout de quelques instants : l’huile lixe, on le sait, laisse une tache permanente. Ces huiles essentielles absorbent lentement l’oxygène de l’air, et se cliangent en de nouveaux corps solides à la température ordinaire, en un mot elles se rèsinifient. Elles ont, en gé-

ÉLÉMENTS DE QHIMÎE.

lierai, la propriété de dissoudre tous les eorps gras, aussi les emploie-t-oii pour nettoyer complètement les plaques ou les glaces; leur odeur est souvent forte et persistante, ce qui les rend désagréables pour cet usage.

§ 44. T-a:‘s produits divers que l’on appelle résines sont, pour^la plupart, solubles dans l’alcool , l’éther ou les huiles essentielles, et insolubles dans l’eau; elles servent dans l’industrie à faire des vernis. Quelques-unes possèdent la singulière propriété de devenir insolubles sous l’influence de l’air à la lumière dans les véhicules qui les dissolvaient précédemment ; tel est par exemple le bitume de Judée dissous dans l’étlier, étendu en couche et exposé à la lumière. Nicéphore Niepee a eu le premier l’idée de profiter de cette propriété pour fixer l’image de la chambre noire. Idée féconde qui a été plus tard le point de départ de toutes les applications de résines, soit pour la lithophotographie, soit pour la gravure. (lo/rAppendice.)

§ 45. Nous rangerons sous le nom de corps gras les huiles fixes, les beurres , les différentes graisses et les acides gras qui en dérivent, tels que les acides stéariqu^^ et margarique , qui forment la matière des bougif^s, l’acide oléique, etc. Les huiles grasst's sont de deux natures: les unes s’épaississent et durcissent au contael de gène de l’air, elles prennent le nom iV /unies e.v ;

telles sont les huiles de lin, d’œillettC; de noix de Loücoul; les autres ne s’épaississent pas : ce sont alors les halles non siccatives, comme celles d’olive et d’amandes douces. Ces corps gras sont assez nombreux, mais sans intérêt pour nous; il nous suffira de dire (|u’en les traitant par des alcalis, potasse ou soude, on oiîtient les.

savons.

§ 46. On trouve parmi les produits organiques des animaux et des plantes, des matières azotées que l’on a rangées sous le nom substances albuminoïdes seule, V albumine, nous offre un grand intérêt pour la photograpliie sur verre; ce corps est extrait des œufs, même de poisson, ou du sang. L’albumine est soluble dans l’eau à la température' ordinaire ; si la dissolution est chauffée jusqu’à 65 degrés, l’albumine se coagule, devient solide et tout a fait insoluble. L'élévation de la température n’est pas le seul moyen de rendre l’albumine insoluble : l’action de l’alcool, de la créosote, de la plupart des acides et des sels métalliques , peut produire le môme résultat. Cette propriété a été mise à profit pour préparer sur le verre une surface que l’on rend impressionnable. On étend sur une glace une couche de solution d’albumine, qui est coagulée dans des opérations suivantes; la glace ainsi préparée se prête parfaitement à tous les lavages et bains successifs qu’il faut lui faire subir. Nous indiquons, dans la seconde partie de ce livre, le mode de préparation des glaces albuminées.

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