PROCÉDÉ DE M. LEGRAY
Le papier ciré aravantage de pouvoir se conserver sensible sans s’altérer pendant un temps assez long, parce que la cire protège la matière organique contre raction des sels d’argent. L’idée d’employer cette préparation appartient à M. Legray, et cette invention a été pour la photographie un immense progrès; ce procédé au papier ciré sec permet d’aller faire de longues excursions avec un bagage très-restreint et de rapporter presque à coup sûr des épreuves qui, si elles n’ont pas la finesse de détail
Il i 6
que peuvent donner les glaces à T albumine et au collodion sec, ont une largeur, un ensemble souvent plus barmonieux et plus artistique. De tous les procédés sur papier, il est le plus simple, le plus constant, celui que l’on doit étudier avant tous les autres. En donnant ici les détails et les formules nécessaires pour bien opérer, nous devons signaler au lecteur l’ouvrage spéciar publié par M. Legray, l’inventeur du procédé.
§ 151. Choix du papier. — Le choix du papier est excessivement important et très-difficile. 11 faut des papiers très-purs, d’une grande homogénéité de pâte, vus par transparence, et dont l’encollage ait été bien soigné; car il y a tout lieu de croire que c’est par l’encollage plus ou moins bien réussi que pèchent les divers papiers que l’on emploie. Cela explique pourquoi les papiers d’une même fabrique ne sont pas toujours également bons, tandis que les papiers d’une même fabrication, d’une même cuve, donneront sensiblement les mêmes résultats. Les papiers français passent pour être les plus rapides. Le papier dit de Saxe est un des plus constants. On emploie aussi assez souvent le papier anglais; il est d’une grande linesse de pâte, d’une lâbrication très-soignée, mais encollé à la gélatine, ce qui rend l’opération du cirage trèsdiflicile.
§ 152. Cirage du papier. ~ Le procédé de cirage qui nous paraît le plus simple, le plus économique et le plus rapides est le suivant : nous avons une plaque de fer de 5 millimètres d’épaisseur environ, un [uni plus grande (jue nos feuilles; nous la mettons îi plat sur un fourneau carré, et, au moyen de ([uel([ues charbons incandescents, nous la maintenons â une température sensiblement constante. Un dessus de [loêle bien nettoyé, ou toute sur-
PAPIER
face plane en tin que l’on pourra chauffer a son gré, remplira le même oftice (i). Sur cette plaque quelconque on met d’ahord une ou deux feuilles de buvard, puis une feuille du papier a cirer; on frotte la surface du papier avec un pain de cire blanche (on peut également employer la cire jaune, mais la blanche est préférable tant par sa pureté que parce qu’elle ne donne pas de coloration), et on étend la cire qui fond à mesure, de manière a ce que toute la surface du papier en soit complètement imprégnée; sur cette feuille on en place une seconde, puis une troisième que l’on cire également. On peut ainsi en superposer huit à dix; on les sépare ensuite les unes des autres; on les intercale sur la surface chaude avec autant de feuilles blanches, mettant alternativement une feuille non cirée et une feuille cirée, puis, avec un tampon de papier joseph, on frotte sur tout le paquet en le retournant de temps en temps d’une seule pièce: l’excès de cire des premières feuilles sert le plus souvent h en imprégner celles qui n’en avaient pas reçu; on les sépare alors pendant qu’elles sont chaudes, et on voit qu’elles sont cirées et entièrement transparentes. Si la cire paraît êire en grand excès, on recommence l’opération avec des feuilles blanches ; si elle manque en une place, on en ajoute, soit au moyen d’une feuille qui en retient en excès, soit directement, et on procède ensuite a un clécirage parfait.
Sur la plaque couverte d’une ou de deux feuilles de huvard on met une feuille non cirée, puis une cirée, et
(i) M. Legray se sert d’une large boîte étamée à eau chaude, ou à circulation de vapeur qui est encore préférable, parce que la chaleur no peut jamais dépasser loo degrés. — M. Gaillard emploie une i)la([ue do marbre qu’il chaulfe en dessous au moyen d’une grille à gaz.
avec un tampon neuf de papier Joseph on essuie celleci, la tournant et la retournant Jusqu’à ce qu’elle offre une surface parfaitement lisse, égale de teinte, n’ayant plus aucune place brillante qui indiquerait un excès de cire.
Le papier ciré est excessivement cassant, et chaque pli y marque une raie blanche par réflexion, noire par transparence, à laquelle il n’y a pas de remède. 11 faut beaucoup d’attention dans le cirage, le décirage et le maniement des feuilles pour ne les froisser en aucun point. La chaleur doit être douce : si la cire était chauffée à son point d’ébullition, la place chauffée deviendrait grenue, d’une manière irréparable; le décirage enfin doit être arrêté au point où la feuille perd le luisant d’un excès de cire sans prendre la blancheur et le mat qui caractérisent un décirage trop complet. Un peu d’habitude rendra bien vite familière cette opération que l’on peutfaire dans les mauvais temps, car le papier ciré, s’il est à l’abri des froissements, se conserve indéfiniment. Quoique nous soyons très^partisans de ce précepte : que le photographe iloit faire lui-même toutes les préparations qui sont spécialement du ressort de la photographie, nous devons ajouter que les maisons qui s’occupent spécialement de fournitures photographiques vendent des papiers trèsbien cirés, qui évitent l’ennui de cette première manipulation.
Le principal rôle de la cire dans cette opération n’est pas seulement, nous l’avons dit, de donner plus de force, plus de transparence au papier, mais d’en inq^régner complètement les fibres, de telle sorte que l’iodiire et le nitrate d’argent apportés par les manipulations ultérieures ne soient pas en contact immédiat avec la fibre, comme cela arrive avec les papiers ordinaires non cirés :
PAPIEB.
dans ce dernier cas la cellulose altère rapidement les sels d’argent, et le papier se conserve d’autant moins que son encollage est moins parfait; mais lorsqu'il est enduit de cire ou de substances qui peuvent pareillement le mettre a l’abri de ce contact, il se conserve beaucoup plus longtemps : et si on pouvait préparer un papier sur lequel les sels d’argent n’eussent pas plus d’action que sur le verre, on obtiendrait une surface seiisible, se conservant pour ainsi dire pendant un temps indéterminé et ne présentant pas ces grenus qui sont l’écueil contre lequel on vient échouer le plus souvent dans la photographie sur papier.
§ 153. lodurage du papier. — Le papier étant coupé un peu plus grand d’un côté que ne le demande la chambre noire, on y incorpore l’iodure soluble en le plongeant dans l’un des bains suivants, que nous savons par expérience donner de bons résultats :
5oo ,oo
Pelil-lail clarifié [séïwn) (i). . . .
lodiire de potassium.
Bromure. .
Sucre de laii
7,5o 2 ,00 ro ,oo
Quelques personnes ajoutent dans i litre de bain d’io-
(i) Le sérum ou petit-lait se prépare de la manière suivante : On fait bouillir dans un vase bien propre i ^ litre à 2 litres de lait de bonne qualité; quand il commence à monter, on ajoute goutte à goutte de l’acide acétique jusqu’à coagulation , c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il tourne et qu’il se sépare en masses. On filtre alors à travers une mousseline , et au liquide filtré , dont on laisse baisser la température à 40 degrés environ , on ajoute un blanc d’œuf battu. On porte de nouveau à l’ébullition, l’albumine de l’œuf se coagule et clarifie le sérum. On filtre une seconde fois, et on se sert de ce liquide pour préparer le bain comme nous venons de l’indiquer.
dure au sérum 3o à centimètres cubes d’albumine provenant de blancs d’œufs battus. Cette addition ne doit être faite qu’après la dernière ébullition et le refroidissement du sérum préparé comme il est dit dans la note ci-dessus.
/^ain criodiire à F eau de riz (i), formule de M, Legray.
Eau de iiz. . . . 5oo,oo
Sucre de l’ait 20,00
lüdure de potassium ou d’ammonium. 7,5o
Bromure de potassium 2,00
M. Legray ajoutait un peu de cyanure et de fluorure de potassium.
Nous ne croyons pas que ces sels aient une grande importance : nous préférons les remplacer par le bromure de potassium. Cette i^econde préparation donne plus de rapidité que la première, mais peut-être un peu moins de finesse.
Il existe un très-grand nombre d’autres formules de bains d’iodure que nous omettons, afin de ne pas jeter le trouble dans l’esprit de l’opérateur, qui devra s’en tenir aux formules ci-dessus, avec lesquelles il peut parfaitement réussir. Nous préférons dans ces bains l’iodure de })otassium à fiodore d’ammonium (iodhydrate d’ammonia(jue), parce que ce dernier est volatil, plus facilement déconiposable, et que les papiers préparés avec ce sel se conservent moins longtemps aptes à devenir sensibles sur
(1) Ou prépare l’eau de riz en faisant cuire dans 3 litres d'eau de pluie ou d’eau distillée 200 grammes de riz; on arrête la cuisson au moment où le riz peut s’écraser entre les doigts. On décante l’eau, on y ajoute 7 grammes de colle de f)oisson par litre, on chauffe de nouveau pour dissoudre la colle, on se sci't du li(|uide |)our pré[)arcr le bain d’iodiire;, on liltre api'ès l’addition des réactifs.
PAPIER
le bain (racétonitrale d’argent que ceux préparés avec l’iodure de potassium.
Le bain d’iodure ne se conserve pas très-longtemps, surtout s’il est préparé au sérum; il ne tarde pas à entrer en fermentation. Au moment de s’en servir, on le filtre au papier dans une cuvette plate, soit de porcelaine, soit de verre et de bois, après avoir eu le soin de la bien nettoyer; il faut mettre une assez grande quantité de liquide, 4 a 5 centimètres d’épaisseur s’il se peut, et y plonger complètement le papier feuille a feuille avec les précautions suivantes; l’opération se fait en pleine lumière : on prend le papier par les deux coins supérieurs; on le tient varticalement devant soi; on met le bord inférieur dans la partie de la cuvette la plus rapprochée, et courbant légèrement la feuille vers soi 3i) on l’applique lente-
(Jk- )
ment, régulièrement, sur la surface du bain, en ayant le soin qu’il ne s’interpose pas de bulles d’air. Lorsque la feuille est étendue sur le bain, on passe sur les quatre bords un pinceau, spécial pour cet usage, monté en fil ordinaire et non en fil métallique (beaucoup d’opérateurs le remplacent par un triangle en verre), et par un mou-
• vement d’oscillation à droite et à gauche donné à lacu~ vette, on fait passer le liquide sur toute la feuille : on s’aide également bien du triangle de verre que l’on promène à la surface de la feuille pour faciliter le recouvrement et faire disparaître les quelques bulles d’air qui peuvent se présenter. On doit apporter le plus grand soin a éviter ces bulles entre les feuilles, car elles empêchent le liquide de pénétrer d’une manière uniforme dans le papier, et elles sont autant de causes de taches.
Il est à remarquer que les bains préparés au sucre de lait recouvrent facilement le papier ciré, ce qui tient sans doute a une certaine viscosité, tandi-s que les bains à l’eau pure le mouillent plus difficilement.
Il faut laisser les feuilles toutes ensemble dans le bain, d’une demi-heure à deux heures, pour que la pénétration soit bien uniforme; après ce temps on les met à sécher. PouF-^la, on lève soit avec le pinceau, soit avec une pince en corne, un coin de la feuille; on prend ce coin dans un morceau de papier buvard, et, le soulevant doucement de la même main, on dégage la feuille qu'on suspend pour sécher, soit en piquant le coin avec une épingle (noire vernie) au bord d’une des tablettes qui garnissent le laboratoire, soit en le recourbant sur une ficelle tendue et l’y attachant avec une petite pince en bois ou avec une épingle. Quel que soit le mode de suspension' adopté, on fera bien de se servir du petit morceau de buvard plié pour sécher l’extrémité qui sert de point d’attache, le papier se déchirera ou se tachera avec moins de facilité; on place également un petit fragment de papier buvard au coin par lequel tombent les gouttes pour en faciliter l’écoulement, et on laisse sécher sponlanément : on opère ainsi pour toutes les feuilles, en
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ayant soin qu’elles ne se touchent pas les unes les autres et qu’elles ne se collent pas sur elles-mêmes.
En hiver, il faut maintenir le bain d’iodure légèrementtiède (20 a 25 degrés), l’opération est plus régulière : on devra également chauffer la pièce dans laquelle on séchera les feuilles pour que cette dessiccation se fasse d’une manière rapide. Nous pensons qu’en s’évaporant plus vite la préparation qui mouille les feuilles sera plus uniformément répartie; elle aura moins de tendance à être mamelonnée à la surface, et on évitera ainsi une cause de grenu.
En sortant du bain d’iodure, la feuille cirée a complètement changé d’aspect et souvent de couleur : le changement de couleur, quand il a lieu, tient à une petite quantité d’iode mise en liberté qui réagit sur l’amidon de l’encollage. Le changement d’aspect est dû à ce qu’à mesure que le papier ciré a été pénétré par le liquide, la cire est devenue rapidement grenue, elle semble comme spongieuse, et le papier a perdu alors sa transparence et sa fermeté : l’état physique de la cire paraît seul altéré, car le papier reprend son aspect primitif si on vient à la chauffer. Cette action, vraisemblablement toute mécanique, serait beaucoup plus lente dans l’eau pure que dans le bain d’iodure de potassium.
Nous avons cru voir dans cet état spongieux de la cire une autre cause de grenu, en ce sens que l’iodure d’ar- ' gent ne se répartit pas d’une manière uniforme dans tout le papier; nous atténuons sensiblement ce défaut par le moyen que nous indiquons plus loin, § 155.
Le papier ciré étant sec devient violacé à la lumière, mais cela est sans importance; on place les feuilles les unes sur les autres, et on les enferme dans un carton spécial entre plusieurs doubles de buvard, à l’abri de
riiumidité et du contact de l’air qui altérei*ait l’iodure; il peut se conserver ainsi pendant un temps dont la durée n’a pas été déterminée jusqu’ici : déjà l’expérience a appris qu’il était encore très-bon au bout de six mois.
§ 154. Sensibilisation du papier. — Le papier ioduré n’est pas sensible dans l’acception photographique de ce mot; il faut pour le rendre sensible transformer l’iodure de potassium en iodure d’argent, ce que l’on fait de la manière suivante.
On commence par préparer le bain d’acétonitrate d’argent composé de :
E‘àu distillée 5oo^''
Nitrate d’argent (fondu ou cristallisé, mais pur).. 35 Acide acétique cristallisable /j.o
Dans les premières épreuves faites avec ce bain on obtiendra des blancs et des noirs très-purs, mais on aura moins de sensibilité et peut-être moins d’harmonie que si le sel avait déjà servi à préparer un grand nombre de feuilles : aussi préférons-nous lui donner immédiatement les qualités d’un bain vieux en le préparant d’une autre manière. Dans loo grammes d’eau distillée on dissout les 35 grammes d’azotate d’argent, on y ajoute une petite quantité du bain d’iodure de potassium, § 153,' en le versant goutte à goutte jusqu’à ce qu’en agitant il se forme un précipité jaune stable; on étend alors le liquide avec les f\oo grammes d’eau distillée qui restent. Il se forme un abondant précipité jaune, on ajoute l’acide acétique, on bltre, et ce liquide (que l’on doit conserver dans l’obscurité) est prêt à servir. De quelque manière qu’on le prépare, ce bain est appelé, en photographie, bain d’aeéloninale { d’argent).
PAPIER
Pour sensibiliser les feuilles de pâpier, on dispose, à côté l’une de l’autre, trois bassines bien propres, dans lesquelles on ne met jamais ni acide gallique ni acide pyrogallique et encore moins d’hyposulfite de soude. Dans la première bassine, on filtre le bain d’acétonitrate d’argent, on en met i centimètre de hauteur au moins; dans les deux autres, on verse largement de l’eau distillée. On prépare un paifuet de gros papier buvard rose ( spécialement fabriqué pour cet usage), coupé en carrés un peu plus grands que les feuilles que l’on veut sensibiliser, et si l’on a un certain nombre de feuilles a préparer, on procède ainsi : On applique la première feuille de papier ioduré sur le bain d’argent, exactement comme nous avons indiqué § i53. On fait passer le liquide sur les bords avec le triangle de verre, on immerge complètement la feuille, on chasse toutes les bulles d’air avec soin, on laisse cette feuille jusqu’à ce qu’elle paraisse bien pénétrée par le liquide.
Si la teinte du papier était jaune, rougeâtre ou violacée, elle blanchit rapidement dans le bain : une ou deux minutes suffisent pour que la réaction soit terminée. On prend dans chaque main une pince de corne spéciale, on saisit les deux coins les plus éloignés du papier et on soulève la feuille; on la retire doucement, puis on l’égoutte et on la met dans la cuvette voisine, pleine d’eau de pluie ou d’eau distillée; on l’agite, on la passe dans la seconde cuvette d’eau, où on l’agite de même; on la sort de l’eau, on l’égoutte et on l’éponge dans un premier double de buvard, puis dans un second double qui la sèche presque complètement; en dernier lieu on la dépose sur une feuille de buvard bien à plat, on place par-dessus une seconde feuille de buvard qui reçoit une nouvelle feuille sensible : on continue ainsi en alternant jusqu’à ce que
toutes les feuilles soient réunies en un meme paquet. On les eomprime au moyen d’une planchette plus grande et on les laisse sécher une demi-heure ou plus. On obtient ainsi des feuilles parfaitement planes et très-faciles à introduire sans faire aucun pli, soit entre les glaces, soit dans les châssis Bristol. Elles sont prêtes à être exposées et se conserveront d’autant mieux que le lavage aura été mieux fait, mais elles auront moins de sensibilité. Toutes les feuilles a sensibiliser passent successivement par cette série d’opératiens, en alternant sans interruption.
Si le nombre de feuilles â préparer excède six à huit, il faudra renouveler Teau distillée dans les cuvettes et changer les buvards â essuyer quand ils seront trop mouillés.
La première eau de lavage des feuilles doit être conservée â l’abri de la lumière, dans le cas où l’on voudrait s’en servir plus tard pour développer l’image; le reste doit être réuni aux résidus.
§ 155. Nous avons remarqué qu’il est important, contrairement â l’opinion de plusieurs auteurs, que la feuille ne reste dans le bain d’acétonitrate d’argent que le temps nécessaire pour transformer l’iodure de potassium en iodure d’argent (une ou deux minutes au plus), parce que le nitrate d’argent porte ensuite son action sur le papier lui-même, s’y combine en une proportion très-faible, sans doute de la même manière que la teinture se combine aux fibres végétales ou animales, et qu’ alors, malgré les lavages les plus abondants, les feuilles sensibilisées s’altèrent rapidement, par suite de la réduction subséquente du sel d’argent par la matière végétale, et donnent des négatifs qui se salissent et même noircissent complètement sous l’influence de Tacide gallique. En arrêtant l’opération au moment convenalile et lavant rapidement la
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feuille, on peut la conserver un temps beaucoup plus long, et elle peut supporter beaucoup mieux un développement prolongé. La cire dont on imprègne le papier vient, pensons-nous, s’opposer à cette combinaison, nous pourrions dire a ce mordançage ; il en est de même de certaines substances, telles que l’albumine, la gélatine. On s’explique ainsi comment on ne peut conserver les feuilles préparées simplement a i’iodure de potassium et sensibilisées, tandis qu’on conserve mieux celles qui sont fortement encollées, surtout à la gélatine, et mieux encore celles qui sont imprégnées d’une matière grasse comme la cire.
Cette observation (?) nous a conduits à employer un procédé qui nous a réussi, et qui consiste à passer un fer chaud sur la feuille cirée iodurée qui a été mise entre deux buvards, ce qui fait disparaître tout le grenu de la cire : les feuilles ainsi préparées sont peut-être un peu plus difficiles à sensibiliser, parce que le liquide coule sur la cire grasse sans la mouiller; pourtant la réaction s’opère, la sensibilité s’établit dans un temps assez court, et il suffit, au bout d’une à deux minutes d’immersion, de relever la feuille par un angle pour que tout l’excès de liquide s’écoule comme d’une toile cirée. On lave à deux eaux, on sèche comme à l’ordinaire, et on obtient des épreuves comparables à celles que donnent les feuilles simplement iodurées et qui cependant nous ont semblé prendre moins facilement l’aspect grenu, se conserver plus longtemps et se développer ayec'plus de finesse.
Les feuilles préparées peuvent garder leur sensibilité un temps assez long, huit a dix jours environ; toutefois ce temps ne peut être fixé d’une manière déterminée, il
(i) Bulletin de la Société de Photographie, novembre 1857.
varie suivant les préparations, et il est certain que les feuilles sont d’autant meilleures qu’elles sont plus récentes. On les conserve ordinairement dans des buvards spéciaux, renfermés dans des étuis. On fait aussi usage de presses en bois à ressort, ayant beaucoup d’analogie avec un châssis positif (ce dernier peut â la rigueur en tenir lieu) ; ces presses, dans lesquelles on met un certain nombre de feuilles de buvard coupées de grandeur, sont préférables aux étuis ordinaires parce qu’elles maintiennent les feuilles plus planes et plus serrées.
La feuille sensibilisée est ensuite placée dans son châssis, de manière â rester parfaitement plane : si elle a été bien séchée, comme nous l’indiquons ci-dessus, cette condition s’obtient sans difficulté, et serrée soit entre deux glaces, soit dans les bristols, elle ne fait aucun pli; mais si elle présente quelques ondulations, il est impossible de la placer entre deux glaces sans produire des plis d’autant plus serrés et nombreux que les glaces sont plus fortement pressées : il faut alors mettre derrière la feuille quelques carrés de buvard avant d’appliquer la seconde glace, de manière â faire matelas; on a ainsi un contact plus intime.
On peut encore monter les feuilles sensibles soit sur des carrés de bristol en collant les bords, soit sur de petits cadres en bois; ce montage doit être fait avant que la feuille soit complètement sèche, de manière â ce qu’elle se tende parfaitement par la dessiccation, et on expose alors â la lumière sans l’intermédiaire d’aucune glace : on obtient ainsi un peu plus de rapidité.
§ 156. Exposition à la chambre noire. — L’exposition â la chambre noire varie d’une ou deux minutes â une demi-heure, même quelquefois une heure; avec un bon
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éclairage, un objectif simple de o“,45 de foyer, un diaphragme de o“,oi5 d’ouverture, il faut en moyenne de dix à quinze minutes : on ne doit pas oublier toutefois que si l’on prend des vues éclairées très-vivement par le soleil, il est préférable de prolonger l’exposition pour arriver à avoir des détails dans les ombres.
L’exposition terminée, on peut attendre plusieurs jours avant de développer l’image; il vaudra mieux toutefois opérer dans les vingt-quatre heures qui suivront, on a plus de chances d’obtenir une bonne épreuve.
§ 157. Dé{^>eloppement de V image. — En sortant de la chambre noire, l’image sur papier est le plus souvent invisible, surtout si les lavages ont été bien faits; quelquefois cependant on voit les grandes lumières, comme le ciel, se dessiner d’un ton légèrement rouge. On développe l’épreuve en la plongeant entièrement dans une solution d’acide gallique, 2 grammes pour 5oo grammes d’eau. On filtre cette solution dans une cuvette, on y ajoute 3o gouttes environ d’acétonitrate d’argent ou 100 centimètres cubes de l’eau de lavage que l’on a conservée, et on immerge complètement la feuille dans ce liquide en facilitant l’immersion avec le triangle de verre. On se sert généralement, pour développer les épreuves, de l’envers des cuvettes en verre elbois; elles contiennent peu de liquide et sont très-commodes pour cet usage : il est inutile de répéter qu’elles doivent être d’une propreté absolue, et bien essuyées avec du papier joseph. L’image se développe graduellement, et il ne faut jamais mettre plus de deux feuilles dans le même bain (elles sont alors placées dos à dos), et encore il vaudrait mieux n’en mettre qu’une seule. Ifépreuve est mise dans le bain aussitôt qu’il est prêt, sans quoi les parcelles d’ar-
gent réduit qui se forment à la surface du liquide la couvriraient de taches métalliques, ce qui la perdrait; enfin il faut poser l’envers d’abord sur la surface du liquide, parce que si ces réductions métalliques se produisent, elles se déposent sur le dos de l’épreuve, et il est plus facile de les enlever avec un peu de cyanure de potassium en solution.
On peut encore, et ce procédé est peut-être préférable, mettre l’épreuve dans le bain d’acide gallique et n’ajouter la solution de nitrate d’argent que lorsque l’épreuve a commencé à paraître grâce a quelques traces d’acétonitrate d’argent échappées au lavage. On obtient ainsi des épreuves très-douces et développées dans tous leurs détails. Pour ajouter l’azotate d’argent, il faut soulever les épreuves hors du bain, verser l’azotate et ne remettre les feuilles qu’âprès avoir mélangé les liquides; si on le versait directement sur les feuilles, on aurait des taches.
§ 158. Pour éviter l’ennui de faire â chaque instant des solutions d’acide gallique qui ne se conserveraient pas si elles étaient préparées à l’avance, M. Crookes a donné le procédé suivant : on dissout dans un litre d’alcool â 38 degrés 200 grammes d’acide gallique, on filtre dans un flacon, et on ajoute 10 grammes d’acide acétique; on a ainsi un liquide dont 10 centimètres cubes représentent 2 grammes d’acide gallique. Il suffit donc de mélanger lo centimètres cubes de cette solution alcoolique qui se conserve indéfiniment dans 5oo grammes d’eau, on obtient immédiatement le liquide nécessaire'pour développer; on ajoute l’acétonitrate d’argent ou l’eau de lavage indiqués plus haut. On conserve la solution alcooli(|uê dans un flacon bouché avec un bouchon de liège ordinaire, â (ravers leijuel on a fait passer une pipette
PAPIER
iiiapquanl lo ppiiliinèlrcs cubes, pai* un irait d’attleuienient i/fg- 32), ce (jui periiiel de prendre iinniédiale-
tuent la (juantité nécessaire en Iiuinanl avec la buuelie; il sera bon de teriner la pipette avec un petit bouebon.
C’est en développant l’image ({u’on peut apprécier si le temps d’exposition a été convenable. S’il a été trop long, l’épreuve se montre partout à la- Ibis avec une grande rapidité, mais elle ne tarde pas a prendre une teinte unirorme qui s’égalise et refuse de monter en vigueur; ce défaut est d’autant plus a craindre, ([ue la couche d’iodure d’argent est plus mince. Si au contraire l’exposition a été trop courte, les grands noirs seuls deviennent vigoureux, et ils arrivent a une opacité complète avant que les demi-teintes aient eu le temps de paraître; de là des clichés heurtés. On doit toujours apprécier la vigueur d’une épreuve en l’examinant par transparence, car au bout de 'quelque temps d’immersion dans le bain la surface du papier prend une teinte grise générale, et on serait tenté de croire l’épreuve perdue quand au contraire elle peut être admirablement réussie.
Le temps nécessaire au développement de l’épreuve est excessivement variable, il ne faut pas chercher à marcher rapidement; il dépend beaucoup de la température, de la quantité d’argent que contient le bain, il peut varier d’une (bmii-beure à douze heures, meme plus. On doit
surveiller l’épreuve avec d’autant plus de soin, qu’on approche davantage de la fin; car l’intensité des noirs croît alors avec une grande rapidité, et il faut arrêter l’opération quand les grands noirs, qui représentent les grands blancs des positifs, sont arrivés presque à l’opacité. Il y a là une question d’appréciation dont dépend toute la beauté de l’épreuve, et que l’on n’apprend à connaître que par l’habitude, attendu qu’il faut juger de l’ensemble d’une image à contre-sens, et tenir compte de l’affaiblissement qu’elle subira dans les bains fixateurs. On arrête l’action en lavant l’épreuve à plusieurs reprises dans l’eau filtrée ordinaire, et la laissant dégorger pendant deux à trois heures, même une nuit entière, avant de la soumettre au bain de fixage. L’eau commune, au bout de quelque temps, prend une coloration vert foncé, due à l’action de l’acide gallique sur les sels de chaux au contact de l’air. L’épreuve séchée après un lavage convenable n’est presque plus altérable, et on peut la conserver à l’abri de la grande lumière pour terminer le fixage à volonté, avantage précieux en voyage, où, faute de facilité pour l’installation, on doit redouter l’emploi de l’hyposulfite de soude.
§ 159. Fixage de répreiiee. — L’épreuve développée, lavée, est üxée dans le bain suivant :
11^ [)osü[rite de soude. . . .
Eau
Ce bain dissout les sels d’argent inutiles à la formation de l’image; il est bon de ne pas y mettre plus de deux feuilles à la fois, que l’on surveille attentivement et qu’on y laisse une demi-heure environ.
(àntc o|)éi’alion peut se faire au jour; on la continue
PAPIER
jusqu’à la disparition delà couleur jaune que présentent les clairs de l’image, et qui est due à l’iodure d’argent resté dans la pâte dïi papier au sortir de ce bain, on lave l’épreuve à plusieurs eaux et on la laisse séjourner ensuite pendant qiieb|ues heures dans l’eau filtrée : elle est alors fixée; on la suspend et on la laisse sécher.
On ne saurait donner trop d’attention au fixage des négatives: il faut plutôt prolonger le séjour dans l’iiyposulfite de soude et dans les bains de lavage, que de risquer de laisser dans le papier des^c/^ d’ argent non dissous; car il arrive que des épreuves supposées bien fixées jaunissent peu à peu et s’altèrent quand on veut en tirer un grand nombre de positifs. Le seul remède à ce mal, aussitôt que l’on s’en aperçoit, est de remettre les épreuves dans un nouveau bain d’byposulfite de soude, ou mieux dans une solution très-faible, à 5 pour looo environ, de cyanure de potassium.
Le papier ciré prend, en séchant, un aspect grenu et une teinte sale; mais il suffit, quand l’épreuve est bien sèche, de la passer au-dessus du feu pour voir reparaître toutes les finesses du dessin, et rétablir la transparence du cliché.
On peut aussi hxer par une dissolution de 20 grammes de bromure de potassium alans i litre d’eau filtrée» Au point de vue chimique, ainsi que nous l’avons déjà dit, ce tixage est mauvais, car il n’enlève rien; il arrête, il est vrai, la sensibilité, mais il laisse dans le papier l’iodure jaune d’argent, ce qui est un grand ioconvénient lorsqu’on veut tirer des positifs. Il vaudrait pourtant mieux employer ce moyen si le cliché était faible, que de risquer de l’affaiblir encore par la solution d’hyposulfite de soude. On peut aussi remplacer le bromure de potassium par une solulion saturée de chlorure de sodium; cet
agent fixateur est peut-être d’un moins bon usage, mais il remplit à peu près le même office et peut dailleurs se trouver partout.
Lors même que l’on a révivifié la cire, l’épreuve peut encore être passée au bain d’iiyposulfite de soude; on doit le faire alors un peu plus concentré, son action doit être prolongée : il faut seulement avoir soin de remuer continuellement la feuille, qui offre une grande résistance a se laisser pénétrer.
11 arrive quelquefois, si l’on a employé pour développer l’image un bain trop chargé d’acide gallique et d’argent ou si le liquide, par suite de quelques impuretés, est devenu jaune et trouble, que le négatif sur papier prend une teinte jaune uniforme; il est alors très-difficile à tirer en positif, et tend a devenir de plus en plus rouge par le temps et l’exposition à la lumière. Cette teinte résiste à l’hyposulfite de soude, mais on peut l’atténuer beaucoup en passant l’épreuve dans une solution faible de cyanure de potassium :
Eau loo^*’
Cyanure de potassium o,5
L’épreuve négative fixée, lavée, sécbéc et passée audessus d’un feu clair, ou soumise à l’action d’un fer chaud, est conservée en portefeuille pour en tirer des positifs. Il ne faut y toucher qu’avec précaution, car chaque cassure du papier se traduit par une raie noire qui altère la pureté de l’épreuve.