CHAPITRE III
THÉORIE !>U TIRAGE, OU FIXAGE, OU VîRAGE, OE 3?A LTÉR ATIOX OES POSITIFS. RÉVIVÎFIGATIOX.
§ 188. Dans le chapitre précédent nous avons expli- (jué toutes les manipulations, en réservant la théorie
j)oiir ce eluipilre, spécialement consaccé aux diverses réactions chimiques qui se succèdent dans la formation d’une épreuve.
Une explication facile de l’apparition des images positives consiste à dire qu’il suffit de produire sur une surface quelconque une couche adhérente de chlorure d’argent, d’appliquer sur cette surface un négatif pour obtenir par l’influence lumineuse une épreuve positive, attendu que le chlorure d’argent est réductible par la lumière, qui le noircit et peut ainsi donner un dessin. Cela est vrai quant à la théorie, vrai également quant à la pratique, s’il s’agit d’obtenir une simple silhouette comme on faisait dans le siècle dernier; mais si l’on cherche à se rendre compte expérimentalement de la formation d’une épreuve positive actuelle, on ne tarde pas à voir que le phénomène est bien plus complexe et que le chlorure d’argent seul est incapable de donner une épreuve passable.
§ 189. Tirage. — On sait que la première préparation du papier positif est la répartition aussi égale que possible sur l’une de ses faces d’une certaine quantité d’un chlorure soluble. Ce chlorure soluble est plus tard décomposé lorsqu’on place la feuille sur le bain d’azotate d’argent et forme un chlorure d’argent insoluble qui reste dans la pâte du papier et constitue un des éléments de la couche sensil)le. La nature du chlorure soluble paraît devoir être indifférente, puisque employé en quantités équivalentes, pour un excès d’azotate d’argent, il donne le même poids de chioruia^ d’argent. Aussi peut-on employer les chlorures de sodium, de potassium, d’ammonium, de barium, de strontium, etc., etc., sans qu’il se manifeste de changements appréciables dans l’épreuve, du moment
ÉPREUVES POSITIVES. ‘iS[)
que ces chlorures sont employés neutres, el on ne saurait attribuer les différences obtenues d’une manière plus ou moins inconstante qu’à un état différent dans la saturation des cblorures. Dans la pratique, on emploie indifféremment le eblorure de sodium ou le eblorure d’ammonium.
La quantité de chlorure employé a une influence notable : les images obtenues sont d’autant plus légères de ton, que la proportion de chlorure est moindre; elles sont au contraire d’autant plus lourdes, noires et opaques, que cette quantité est plus considérable. ïl sera facile de se rendre compte de cette différence d’action quand nous aurons vu plus loin que l’image est formée non-seulement par le chlorure qui se réduit à l’état d’argent, mais aussi par une comliinaison de l’argent avec l’encollage du papier. S’il y a peu de chlorure, c’est la combinaison d’argent et de matière organique qui domine, l’épreuve est alors rougeâtre et plus légère; si au contraire le chlorure est en excès, l’image est principalement formée par l’argent réduit, elle est d’un ton beaucoup plus noir. îl faut donc rechercher expérimentalement le dosage le meilleur, et on comprend qu’il est nécessaire d’augmenter la dose de chlorure si l’on augmente dans la préparation du papier la dose d’encollage ou de matière organique susceptible de se combiner avec l’azotate d’argent. Le dosage ordinaire varie entre 3 eî 5 de sel pour loo de liquide.
§ 190. L’encollage du papier, sa nature et son abondance ont une grande influence sur la finesse et la coloration de l’épreuve. En effet, cet encollage n’intervient pas par sa seule présence, il intervient aussi chimiquement combiné avec l’argent, il prend sous l’influence des
rayons iuiniiieux une coloration plus ou moins belle, de laquelle dépend en grande partie la beauté et la fraîcheur de l’épreuve.
On comprend facilement d’après cela le soin avec lequel on recherche des papiers d’excellente fabrication, la difficulté que les fabricants éprouvent à donner toujours des papiers identiques, enfin l’usage si répandu des encollages additionnels dans la préparation des papiers photographiques.
Ces encollages additionnels pourraient être la gélatine, l’albumine, l’amidon ; mais la gélatine se dissout facilement dans des bains d’argent, elle ne tarde pas à les colorer fortement et à les mettre hors de service (oii peut néanmoins employer avec succès les papiers encollés à la gélatine lors de leur fabrication, mais il est moins facile de faire servir cette substance comme encollage additionnel). Quant aux différentes sortes d’amidon (fécule, arowroot, tapioca , etc., etc.), qui ont été également proposés et employés, jusqu’ici leurapplication n’est pas facile, aussi a-ton généralement donné la préférence à l’albumine. Celle-ci colore les bains moins fortement que la gélatine et forme avec l’azotate d’argent une combinaison insoluble qui, sous l’influence de la lumière, prend une belle coloration rouge, et donne au papier un glacé qui permet d’obtenir 1 es plus grandes finesses.
§ 191. Lorsqu’une feuille de papier ainsi préparée arrive au contact du bain d’azotate d’argent, il se fait immédiatement une double décomposition, le chlore du chlorure soluble se poiie sur l’argent pour former un chlorure d’argent insoluble et sensible à la lumière, le métal qui était uni au chlore (sodium, potassium ou autre) s’unit à l’oxygène, puis à l’acide azotique pour
former un azotate qui reste en solution dans le bain. La réaction est représentée par la formule suivante :
Cl Na H- AzO% AgO = ClAg -h AgO^NoO.
(Chlore et sodium). (Azotate d’oxyde d’argent). (Chlorure d’argent). (Azotate d’oxyde de sodium).
Cette réaction se fait dans la pâte du papier, et on comprend la nécessité d’avoir une solution d’azotate d’argent qui soit toujours proportionnellement plus riche que ne l’était la solution de chlorure soluhle. Il faut en effet que ce chlorure soit pour ainsi dire surpris dans le papier et converti immédiatement en chlorure insoluhle.
Chaque feuille ahsorhe par porosité ou par adhérence à la surface une certaine quantité de liquide qui diminue d’autant le volume du hain ; mais cette action n’en ferait pas baisser le titre, qui cependant s’affaiblit avec rapidité, ainsi que le prouve l’expérience. Cet affaiblissement est dû à la double décomposition que nous venons d’expliquer, et chaque équivalent (730,37) de chlorure de sodium décompose un équivalent d’azotate d’argent (2 124)» tpi est remplacé par un équivalent d’azotate de soude.
Ce sel entre en solution : par conséquent, à mesure qu’un hain s’appauvrit en argent, il s’enrichit en azotate de soude; aussi sa densité ne diminue-t-elle pas pi*oportionnellement a l’argent enlevé, puisque ce sel est remplacé parmi autre sel d’une densité moindre, il esl vrai, mais qui a pourtant son influence sur la densité gé^nérale du liquide.
C’est donc a tort que l’on cherche à évaluer la richesse d’un hain d’argent qui a servi au moyen de pèse-sels quelconques, puisque ceux-ci accusent seulement la densité du liquide, et que cette densité est la moyenne des sels quelconques en solution. L’analyse directe, soit par les
2g2 DEUXIÈME PARTIE.
pesées ou plus simplement par les liqueurs titrées, est
le seul moyen de connaître la richesse d’un bain d’ar-
gent. Nous avons consacré un chapitre spécial à cette
analyse.
Lorsqu’on emploie le papier albuminé, le titre du bain baisse beaucoup plus rapidement que si on se sert de papier simplement salé, même si ees deux papiers ont été préparés sur une solution de chlorure soluble au même titre. En effet, d’une part, ralbumine, plus visqueuse, reste en plus grande abondance sur la feuille et y fixe une plus grande quantité de chlorure; d’autre part il se fait une combinaison entre l’albumine et le sel d’argent.
Des essais faits à différentes reprises avec du papier albuminé, en préparant les feuilles sur un bain d’un litre^ a i5 d’azotate d’argent pour loo d’eau, puis ramenant le liquide à ce volume primitif, nous ont donné une moyenne de loo grammes d’azotate d’argent dépensé, tant par absorption que par décomposition pour une main de papier. Lorsqu’on voudra se contenter d'opérer par tâtonnement, il suffira toujours de ramener le bain à son volume normal, en y ajoutant de l’eau distillée, puis de le renforcer avec l’azotate d’argent dans la proportion de loo grammes par main de papier ou 20 grandes feuilles, soit 4gi‘^uiimes par feuille de o™,44 sur o"b57. Si l’on veut opérer avec précision, on*prendra le soin de titrer le bain comme nous l’indiquons plus loin. Ajoutons que, lorsqu’on a une abondante provision d’un même papier, il suffira de quelques essais répétés pour en déduire une approximation suffisante.
Quoique le bain puisse varier entre des limites assez larges, nous recommandons d’en essayer fréquemment le titre, parce qu’on est toujours porté, vu son prix élevé, à n’en préparer (juc'les quantités nécessaires, et
KI*1{EUVI.S POSITIVES. 293
alors il s’appauviât plus rapuleuieat qu’on ne le pense.
La pratique nous a déiuontré quedansles préparations ordinaires un dosage moyen de 1 5 grammes d’azotate d’argent pour loo grammes d’eau était suffisant; jusqu’à I 8 pour 100, les épreuves semident gagner un peu; passé 18 pour 100, nous n’avons pu constater aucun avantage appréciable. Le titre peut s’aliaisser jusqu’à 12 et même 10, en donnant encore d’assez bonnes épreuves; mais si on le laisse baisser davantage, les 'é[)reuves viennent avec mollesse et n’ont pas l’éclat, la richesse de teinte (jiii caraclérisent un beau tirage.
L’azotate d’argent cristallisé (jui renferme encore quelques traces d’acide nitri(|ue ou même celui qu’on rend à dessein acide en ajoutant deux ou trois gouttes de cet acide pour 100 centimètres cubes de liqueur, est celui qui convient le mieux pour le tirage des épi'euves positives. Cet état d’acidité s’oppose en effet un peu à la tendance que possèdent en général les feuilles de papier à jaunir après la sensibilisation; cette tendance avec certains papiers est telle, que les feuilles sont déjà colorées une heure après leur préparation. Il semble qu’on doit attribuer cette coloration, d’abord à rencollage du papier qui n’a sans doute pas été préparé avec les soins nécessaires, peutêtreà l’albumine que trop souvent les fabricants emploient lorsque déjà elle a subi un commencement de décomposition. Enfin on peut remarquer, lorsqu’on prépare un certain nombre de feuilles, que ce sont les dernières qui se teintent le plus fortement : c’est qu’en effet le liain d’argent, quoique suffisamment concentré, dissout toujours une certaine quantité d’allnimine (ou des matières qui raccompagnent naturellement), ce qui lui donne une coloration brune très-foncée. Cette coloration ne paraît soin vent qu’après quebjues heures, et il n’est pas surprenant
qu’une feuille imprégnée d’un liquide qui doit se eolorer, et portant en elle-même la matière colorante, se teinte en un espace de temps très-court. La couleur jaune se modifie dans le bain de virage et plus encore dans le bain d’hyposulfite de soude; elle tourne alors à une teinte grisâtre générale, répandue aussi bien sur l’envers que sur l’endroit de la feuille et qui donne â l’ensemble de l’épreuve un ton général lourd et lui enlève beaucoup de son éclat. Une acidité plus prononcée du bain d’argent, la conservation de la feuille dans les boîtes à dessiccation, l’emploi du virage à l’iiypocblorite de chaux, un fixage prolongé dans l’byposulfite de soude, l’emploi de l’iode en dissolution dans le cyanure de potassium, sont les moyens d’atténuer et même de neutraliser complètement ce défaut.
§ 192. Lorsque la feuille est préparée, on a en présence du chlorure d’argent, de l’azotate d’argent, plus une combinaison d’azotate d’argent avec l’encollage : chacune de ces substances doit jouer un rôle dans la production de l’épreuve.
Le chlorure d’argent Cl Ag est séparé en ses deux éléioents. L’azotate d’argent est également décomposé, et la combinaison argentico-organique se colore sous l’influence lumineuse et concourt â la formation et â la beauté de l’épreuve. De nombreuses expériences (1), qui ont été
(1) Ces expériences sont dues à MM. Davanne et Girard, elles appartiennent à une étude générale non encore achevée, à laquelle nous empruntons la substance de cet article. La théorie de la formation de l’épreuve positive serait donc, selon les expérimentateurs: La séparation du chlorure d’argent en argent et en chlore; le chlore devenu libre se combinerait de nouveau avec Lazotatc d’argent en excès, et formerait un nouveau chlorure immédiatement décomposé par la lumière et donnerait ainsi plus de vigueur au dessin; eiiün la combinaison argentico -organique lui (lomuuait son éclat pai I iculier.
confirmées par celles de M. Spiller en Angleterre, ont prouvé qu’il faut renoncer à l’idée (le la formation d’un sous-chlorure d’argent.
§ 193. Fixage. — Lors(|u’on rapporte l’épreuve dans le lahoratoire pour la fixer, on a sur la feuille de papier servant de support le mélange des sulistances suivantes : du chlorure d’argent libre en excès sur lequel la lumière n’a pas agi, de l’argent métallique, une combinaison argentico-organique , de l’azotate d’argent en excès, de l’acide nitrique libre ou peut-être combiné aux matières organiques ( i ) .
Le fixage a pour but d’enlever tous les corps inutiles à la formation de l’épreuve, en respectant le plus possible ceux qui, au contraire, forment le dessin. Le seul agent de fixage dont nous ayons à étudier l’action est l’hyposulfite de soude; bien employé, nous croyons qu’il n’a pas d’influence nuisible sur les épreuves: mais si l’on ne comprend pas bien son mode d’action, s’il est employé de telle sorte qu’il puisse être altéré, décomposé, il abandonne dans la pâte même du papier une certaine quantité de soufre qui réagit peu à peu sur l’argent de l’épreuve et amène la destruction de celle-ci.
Les causes qui dans les conditions du tixage pbotograpbique peuvent amener la décomposition de riiyposiilfite de soude et la mise en liberté du soufre, sont : la présence d’un acide libre, l’excès de sel d’argent, l’action de la lumière sur les bains déjà cbargés d’argent, l’usage de bains ayant précédemment servi et tenant des sels d’argent en solution (2).
(1) Et suivant l’iiii do nous, un composé oxygéné du chlore, sans doute l’acide chlorique.
(2) Répertoire de rhiniie [xirc ou upidiquée^ année 1860, page 197.
'igG DEUXIÈME PARTIE,
L()rs(|u’ün ajoute des aeides libres dans le bain d’hyposulfite de soude, soit a dessein en y versant de l’acide , sulfurique ou acétique, soit par le seul fait d’un fixage sans lavage préalable, chaque feuille apptirtant alors son contingent d’aeide mis en liberté par la lumière, il se fait une réaction très-simple amenant la décomposition de riiyposulfite de soude :
S-0% Na O 4- Acide. Acide Na O -h 04
L’aeide hyposulfureux est un composé tellement instable, qu’il se décompose tout de suite en acide sulfureux et en soufre :
SO^ 4- s.
Le soufre libre se combine bientôt a l’argent en formant un sulfure d’argent, et il met alors en liberté une nouvelle quantité d’aeide hyposulfureux; la décomposition continue ainsi jusqu’à ce que tout l’argent soit précipité à l’état de sulfure. 11 y a donc intérêt pour éliminer l’acide à faire un ou deux lavages à l’eau avant de •commencer le fixage des épreuves. Celavage est encore plus indispensable quand on acidifie a dessein le bain d’azotate d’argent afin de mieux (‘onserver les blancs du pa(der. On sera certain de se mettre à l’abri de tout danger de ce côté en ajoutant à l’eau de lavage un peu de bicarbonate de soude.
Lors([u’on mélange un sel d’argent soluble ou insohd)le (le sulfure excepté) avec l’byposulfite de soude, il p(Mit se former trois corps de composition différente suivent les (juantités eo préséance.
Dès que les sels d’argent sont en excès, il se fait de riiyj)osubUe d’argent, corps blanc insoluble dans l’eau représenté par la Ibrmule AgO, S“0“; (*’est un sel d’une grande irîslaLililé: aussiîôl formé, il se décompose en acide
sulfurique et eu sulfure d’après la formule
Ag O SM:U-4- ho ==: AgS + S0010.
Toutes les fois qu’eu photographie Tou douuera uaissauee à eette réaetiou, ou aura sur tous les points où elle se sera passée des taches uoires ou hruues de sulfure d’argeut. Ainsi, lorsque les doigts ou les pinces couteuaut encore quelques traces d’hyposullite de soude toucheronl une épreuve positive non fixée, on pourra être sur d’avoir une tache, puisqu’au point de contact il y a de l’hyposulfite de soude en présence d’un excès de sels d’argent.
iVIais si l’hyposullite d’argent formé est en présence de l’hyposulfite de soude, la décomposition que nous venons d’expliquer ne se fait pas et il peut y avoir formation du sel double, composé de i équivalent d’hyposulfite d’argent pour 1 équivalent d’hyposulüte de soude, corps représenté par la formule
(AgO S*0% Na O S^O-) (i).
La formation de ce sel insoluble, qui resterait dans la pâte du papier, puis se décomposerait, est donc un danger qu’on peut éviter en ayant soin que l’hyposulfite de soude soit toujours en grand excès.
Enfin, lorsqu’on est dans les conditions normales d’un bon fixage, les sels d’argent qui sont sur la feuille de papier se dissolvent en se combinant avec riiyposullite de soude et donnent un second sel double formé de 2 équi-
(i) Ce corps est blanc , cristallisé en j)rismes doués d’un grand éclat, à peu i)rès insoluble dans l’eau, niais soluble dans l’IiyposuUite de soude; sous l’inlluenco de la lumière et à l’état humide il se décompose avec la plus grande facilité eu donnant naissance , d’après la réaction que nous avons expliquée ci-dessus, à du sulfure d’argent et à de l’acide sulfuri(pie.
valeiits d’hyposiiitite de soude pour 1 équivalent d’hyposidfite d’argent ayant la formule
(AgO,S^O^), (2NaO, (i),
Ce sel étant soluble est nécessairement entraîné par le lavage; aussi doit-on toujours se mettre dans des conditions telles, que le fixage par riiyposulfite de soude ne donne naissance qu’à ce dernier corps.
On peut donc dire qu’en théorie, et abstraction faite de toute autre cause, il n’y a dans la saturation de l’hyposulfite de soude par les sels d’argent aucune altération à redouter, tant que la quantité d’argent introduite dans le bain reste à l’état de sel double à 2 équivalents de soude ayant la formule
(AgO,S^O^), 2(NaO, S^O'O.
11 faut pour arriver à ce résultat 38 de chlorure d’argent, ou son écjuivalent, pour 100 d’hyposulfite de soude.
Mais en pratique, en dehors de cette saturation générale de l’iiyposulfite de soude, il faut tenir compte de ce que nous appellerons la saturation locale, qui peut être accidentelle, toutes les fois, par exemple, qu’il y aura entre les épreuves à fixer une bulle d’air empêchant l’action du fixateur; sur ce point les sels d’argent se trouveront en excès, la série des réactions mentionnées ci-dessus se ju’oduira et causera le plus souvent une tache irréparable. Le môme phénomène se présentera si une partie de l’épreuve se trouve en dehors du bain fixateur, ou si plusieurs épreuves sont collées les unes contre les autres et n’ont [)as entre elles une couche d’hyposulfite de soude
(i j (Vcbl un sel hUinc, Irès-soliiljle dans l’eau, inaltérable à la lumière et ()u’on n’(»l)tient (|ue trèS“()illie)lement à l’état cristallisé.
suffisante pour un fixage rapide et complet; si enfin l’hyposulfite de soude est trop dilué ou déjà près de son point de saturation, chaque feuille immergée ne trouvera pas autour d’elle la quantité de réactif nécessaire pour dissoudre rapidement les sels d’argent, le fixage sera mauvais.
Il faut donc, dans la pratique, rester bien au-dessous de la quantité théorique, afin de se mettre à l’abri de la saturation locale ou générale; on doit compter de 5oo à 600 grammes d’hyposulfite de soude pour fixer une main de papier à l’état d’épreuves positives, soit a litres à d’une solution à 2C1 pour 100. — Si 011 a pris la précaution de laver les épreuves à l’eau avant le fixage, on pourra en fixer une quantité plus considérable. Mais l’byposulfite de soude étant un produit d’un prix minime relativement au reste, il sera bon d’en employer toujours un excès qui ne peut être nuisible.
Le sel formé par l’byposulfite de soude tenant de l’argent en solution se décompose après quelques heures; la lumière lui fait subir une première action, la formation du sulfure d’argent donne lieu à la naissance d’acides (de la série tbionique), qui ne tardent pas à entrer eux-mêmes endécomposition, le résultat de cedédoublementestla formation de nouvelles quantités de sulfure d’argentqui se déposent ainsi d’une manière successive etcontinue et enlèvent au bain tout l’argent qu’il renferme, en laissant un liquide éminemment sulfurant dans lequel on peut avoir des teintes très-riches, il est vrai, mais ne présentant aucune garantie de solidité pour l’avenir.
S 194. Lorsqu’on sort l’épreuve positive du châssis, elle agénéralement un ton violacé très-riche (jue fou voudrait pouvoir lui conserver ; mais aussitùL (jif elie passe dans
3oo DEUXII^ME PABTiE.
riiyposultile de soude, eelle belle coloration disparaît pour faire place a un ton jaune sépia qui est moins harmonieux. {]e changement de teinte sera produit par toute substance alcaline ou autre, capable d’amener le gonflement de rencoliage ; ainsi la vapeur d’eau bouillante le produit immédiatement : il serait dû (selon MM. Davanne et Girard) a l’hydratation de la combinaison argenticoorganique qui s’est formée par la lumière, hydratation qui viendrait en modifier la couleur.
Il est donc nécessaire, si l’on veut avoir des teintes plus agréables, de faire virer l’épreuve, c’est-a-dire, par un moyen quelconque qui ne doit pas nuire à la solidité de riniage, d’en changer le ton jaune et d’amener une autre' coloration. On peut obtenir le virage, soit en modifiant la nature de l’argent qui forme le dessin, par exemple en le sulfurant (mais nous répéterons que c’est là un moyen dangereux, les épreuvessulfurées ne résistant pas à l’action flu temps et s’altérant avec rapidité), soit en employant des sels d’or, ou de platine , en solution, et jusqu’ici c’est le seul mode de virage que nous ayons conseillé.
îl se fait alors une précipitation de l’or sur l’argent réduit, et cet or Irès-divisé donne à l’épreuve une coloration (|ui varie beaucoup suivant le temps d’immersion dans le bain et la (|ualité du papier.
S 195. Ahémlion. H est arrivé trop souvent que des épreuves photographicpies positives, même celles qui paraissaient les plus belles et auxquelles on pouvait attacher un grand prix, n(‘ tardaient pas à s’altérer, les demi- S (dûtes s’effacaient, l’image devenait d’un jaune désagréable et n’avait plus aucune valeur artistique. On s’est ému à juste li(r(‘ oi ou a été jusqu’à dire que toutes les épiMuives photograpbi<pu^s étaient destinées à s’altérer
ÉPHEUVES POSITIVES. ?}Ol
rapidement. Nous pensons, quant à nous, que c’est une erreur : a côté de ces épreuves passées, nous en avons qui, depuis plus de dix ans, n’ont subi aucun changement appréciable, et nous croyons qu’une épreuve photographique bien faite est parfaitement solide; nous n’oserons pas dire aussi solide que si elle était faite par du charbon, mais elle peut n’avoir en elle aucune cause d’altération, et par conséquent résister, tant que des agents extérieurs ne viendront pas la détruire. 11 semble du reste que ces altérations, qui étaient pour ainsi dire normales il y a quelques années, ont notablement diminué, maintenant que les diverses conditions d’un bon fixage ont été mieux étudiées; toutefois l’art photographique doit une grande reconnaissance à M. le duc de Luynes qui, en fondant des prix de grande valeur, a entraîné les expérimentateurs à rechercher les divers moyens de produire des épreuves réellement inaltérables.
L’analyse a prouvé que toutes les épreuves altérées contiennent une quantité notable de soufre, le plus souvent la quantité théorique nécessaire pour amener l’argent à l’état de sulfure d’argent. Le soufre aété retrouvé dans les vieilles épreuves tout à fait altérées, dans celles qui ont été virées dans desbains sulfurants, tandis qu’une analyse faite sur des feuilles simplement fixées a rhyposulfite de soude et convenablement lavées ne donne que des traces de soufre insignifiantes, égales ace que l’on trouverait dansle papier qui n’a subi aucune préparation. Ce n’est donc pas l’iiyposulfite de soude qui entraîne ladestruction des épreuves; convenablement employé, il semble tout a üiit inoffensif, et nous pensons que c’est à tort que l’on a voulu le rejeter; mais toutes les préparations capables de sulfurer l’argent ou de déposer a côté de lui une certaine quantité de soufre, comme les bains de sulfliydrate d’ammoniaque,
3o2 deuxième partie.
d’acide sidfhydriqiie, d’hyposultite de soude, acides ou vieillis au contact de sels d’argent, sont au contraire éminemment destructives. Des expériences (i) faites avec le plus grand soin ont amené les conclusions suivantes : Tout agent de sulfuration fait passer les épreuves; eette altération sera d’autant plus active que l’épréuve sera exposée à l’humidité. Toute épreuve passée contient du soufre; donc le soufre en est l’agent destructeur. Il agit en sulfurant l’argent. (Encore bien que le sulfure d’argent soit noir, l’épreuve sulfurée est généralement jaune. Le sulfure s’y trouve peut-être à un état moléculaire différent ou en un tel état de division et en couche si mince sur le papier, que la coloration paraisse jaune.)
Si l’on^ pu quelquefois, dans des conditions exceptionnelles, obtenir avec les bains sulfurants des épreuves qui jusqu’à présent paraissent présenter une certaine solidité, on doit expliquer ces exceptions en disant que dans ces circonstances il est probable que la sulfuration n’a été que partielle, et qu’il n’y a pas eu de soufre déposé côte à côte de l’argent dans la pâte même du papier et, par conséquent, que ces épreuves n’ont pas emporté avec elles d’agent destructeur. Lorsqu’on considère avec quelle facilité les composés sulfurés solubles abandonnent du soufre à l’élat de liberté, on ne doit pas hésiter à les rejeter complètement et à n’employer que les sels d’or, dont le prix est très-élevé, il est vrai, mais qui donnent à la fois les teintes les plus riches et la plus grande solidité.
§ 196. Révmficaüon. — Les épreuves altérées peuvent, lorsqu’elles ne sont pas complètement perdues.
([) MM. Davaiine ol. Girard, Bidlethi delà Société de Photographie ^ 1855-1850.
DIVERS
être révivitiées et ramenées, sinon à leur teinte primitive, du moins à une teinte (pii s’en rapproche, par l’emploi du chlorure d’or (i ). Il suffit de les mettre dans une solution d’or à 2 ou 3 grammes par litre et de les y abancfonner à l’ahri de la lumière. On suit la marche de l’opération ; (|uand l’épreuve est arrivée au point que l’on désire, on la lave, on passe à l’hyposulfite de soude, on lave de nouveau avec soin. La même solution de chlorure d’or peut servir à un grand nombre d’épreuves.