EXPÉRIENCES DE M, BECQUEREL
§ 224. M. Edmond Becquerel, après avoir étudié l’action des rayons lumineux du spectre solaire sur le chlorure d’argent, a vu que ce sel, parfaitement exempt de nitrate, pouvait prendre diverses colorations sous l’influence de la lumière, tandis que le chlorure d’argent mélangé à un excès de nitrate d’argent ne subit de changement de couleur que dans la partie ultra -violette du spectre solaire. Il a pensé dès lors à préparer directement une couche sensible de chlorure d’argent en attaquant une plaque de ce métal par le chlore ou un chlorure métallique soluble, el il a obtenu sur cette surface des images colorées.
Le premier procédé publié par M. Becquerel porte la date du 7 février 1848 (1). Ce procédé consiste à chlorurer les plaques par l’addition du chlorure de cuivre. On prépare ce réactif de la manière suivante. On mêle, dans un verre, un excès de sulfate de cuivre et de chlorure de sodium dans une certaine quantité d’eau; après saturation du liquide, on prend i volume de ce mélange, on y ajoute 6 volumes d’eau saturée de chlorure de sodium (sel marin), et, dans cette liqueur convenablement filtrée, on plonge d’un coup une lame d’argent ou de plaqué parfaitement nettoyée et polie. La surface de l’argent prend
( I ) Comptes rendus des séances de P Académie des Sciences.
immédiatement une teinte violette due à la formation du chlorure d’argent. Si ton projette un spectre solaire sur cette surface, elle en est impressionnée de manière à en reproduire les teintes principales .
M. Becquerel a substitué à ce mode de préparation de la couche sensible un autre procédé qui consiste à recevoir sur la lame d’argent du chlore à l’état naissant provenant de la décomposition de l’acide chlorhydrique par un courant électrique faible et à former ainsi une couche de chlorure d’argent dont il peut régler a volonté l’épaisseur, d’après la quantité de chlore mis en liberté.
Le bain d’acide chlorhydrique se compose de i volume d’acide et de 8 d’eau. On attache la lame d’argent au pôle positif de la pile, tandis qu’au pôle négatif de deux éléments accouplés, on met une lame de platine, puis on plonge les deux lames dans le bain acide qui, décomposé par le courant électrique, donne du chlore sur la lame d’argent, de l’hydrogène sur celle de platine. La surface d’argent se colore immédiatement; on arrête l’action lorsque la surface a pris une teinte violacée, on sèche la plaque et on la polit légèrement avec du coton : elle est alors apte à reproduire toutes les couleurs du spectre solaire. L’épaisseur de la couche sensible a une très-grande influence sur ce résultat : elle est d’autant plus impressionnable ou sensible qu’elle est plus mince, mais les couleurs sont d’autant plus belles qu’elle est plus épaisse. 11 devient facile, avec de l’habitude, de régulariser l’opération, de manière a avoir toujours une même épaisseur : pour se guider, on introduit un appareil à décomposer l’eau dans le circuit électrique, et on calcule la quantité de chlore entré en combinaison d’après le volume d’hydrogène mis en liberté; il faut d(‘ (> à 7 (‘cntimètres cubes d’hydrogène
dégagé et, par conséquent, de chlore combiné, fixé sur la lame, pour obtenir les meilleurs effets. Mais lorsqu’on ajoute cette complication à son appareil il faut augmenter le nombre des éléments de la pile.
Si on veut obtenir des couleurs plus éclatantes, on fait recuire la lame d’argent après la préparation à la température de 3o à 35 degrés, pendant deux à trois jours, en ayant soin de la renfermer dans un étui métallique qui la mette complètement a l’abri delà lumière.
Malheureusement les colorations obtenues ainsi sont toujours fugitives; elles se conservent, il est vrai, plusieurs années à l’abri de la lumière, mais elles passent rapidement à la lumière même diffuse.