AUTRES PROCÉDÉS SUR ALBUMINE
Le procédé employé par M. Fortier pour étendre l’albumine diffère complètement, nous l’avons dit, des procédés ordinaires, qui consistent à verser d’un coup sur la glace la quantité d’albumine nécessaire, puis à l’étendre, soit en inclinant dans différents sens, soit en s’aidant d’une baguette de verre. Cette manière d’opérer, qui paraît plus simple, est en réalité d’une exécution plus difficile que la précédente pour obtenir une couche parfaitement régulière ; elle est néanmoins suivie par un grand nombre de photographes.
§ 150. Le nettoyage de la glace est absolument le même que pour toutes les autres opérations sur verre, et l’on pourra employer soit la méthode recommandée au §94, soit celle indiquée plus haut, § 121, pour le procédé de collodion sec.
§ 151. On prépare l’albumine d’après la formule
éd.
suivante. Dans
ÜEUX1 KME PA KÏIE .
Eau 5cc(i)
aj on lez :
Sirop de gomme (du Codex) 5
lodure de potassium i
Iode pur 0,2
Bromure de potassium 0,2
et versez ce mélange dans 100 centimètres cubes de blancs d’œufs, dont vous avez enlevé préalablement les germes, et que vous avez mis dans un vase en porcelaine (plat creux, saladier, capsule, etc.), rigoureusement propre; battez le tout ensemble avec une fourchette de bois ne servant qu’à cet usage, jusqu’à ce que l’albumine soit entièrement transformée en mousse consistante au point de se couper par morceaux. Abandonnez pendant douze à vingt-quatre heures, dans une armoire fermée, l’albumine ainsi battue et couvrez le vase pour le mettre à l’abri de la poussière; le lendemain, décantez dans un verre l’albumine liquide en prenant un grand soin pour ne pas l’agiter; versez seulement les trois quarts environ , de manière à ne pas mélanger la partie qui est au fond du vase, et que l’on doit rejeter comme nuisible.
§152. La glace étant bien nettoyée, on passe dessus soit un foulard, soit un large blaireau, pour enlever toute la poussière; on la met parfaitement de niveau sur un pied à caler, et, après avoir aspiré a\ec une pipette de verre rigoureusement propre (fi g. l\o) la quantité d’albumine nécessaire pour couvrir la glace, on ferme avec le bout du doigt l’ouverture de la pipette qui est dans la
(1) G. Sella, Plico dcl Folografa.
ALBUMINE
bouche; on approche la pointe du milieu de la glace et on laisse tomber le liquide en débouchant la partie supérieure de la pipette : on doit avoir soin que l’albumine s’écoule très-près du verre pour ne pas faire de bulles. On prend alors la glace et on l’incline en tous sens pour couvrir toute la surface, et s’il se forme des vides (qu’il faut éviter autant que possible), on les recouvre en s’aidant d’une baguette de verre.
Quand la couche est régulièrement étendue, on incline légèrement vers un coin pour faire écouler l’excès d’albumine. Quand il n’en tombe plus que quelques gouttes, on relève la glace de manière à faire revenir rapidement le liquide à l’angle opposé ; on en laisse écouler l’excès et on met la glace à sécher sur l’appareil spécial {fi g. 41)» en donnant alors une très-légère inclinaison dans le sens d’écoulement du liquide pour que celui-ci ne revienne pas sur lui-même faire une double couche.
§ 153. On a également employé la force centrifuge pour régulariser la couche d’albumine (i).
L’albumine étant préparée comme nous l’avons indiqué, on col le sur l’envers de la glace, convenablement nettoyée, une rondelle de bois recouverte de gutta-percha , à laquelle est adapté un manche rond de 20 centimètres de longueur. Il suffit de chauffer la gutta-percha et de l’appliquer sur la glace pour obtenir l’adhérence. Après efroidissement, on maintient la glace horizontale avec le manche; on enlève les poussières, on verse l’albumine sur le milieu avec une pipette, on incline de manière à répandre le liquide uniformément sur toute la surface; on fait écouler l’excès par un angle, et quand il n’y a plus sur la glace que la quantité de liquide nécessaire, on fait
(1) J. CouppiER, Traité pratique de Photographie sur verre .
tourner le manche de bois entre les deux mains, avec un mouvement modéré , et la couche d’albumine s’étend alors avec une grande régularité.
§ 154. De quelque manière que l’on étende l’albumine sur la glace, les opérations suivantes pour sensibiliser, développer, fixer les épreuves, restent les mêmes à quelques variantes près qui sont particulières à chaque opérateur. Nous conseillons d’opérer la sensibilisation de la couche albuminée dans une cuvette horizontale, relevée d’un côté comme pour le collodion ( voyez p. 1 27) ;
la glace posée sur son crochet reste d’une demi-minute à une minute dans le bain d’acéto nitrate d’argent com-
posé de :
Eau distillée 100
Nitrate d’argent 8
Acide acétique cristallisable. 16
Ces proportions ne sont pas tellement rigoureuses qu’on ne puisse les varier, puisque d’autres photographes
emploient :
Eau 100
Nitrate d’argent 10
Acide acétique cristallisable.. 10
Toutefois il est important que le liquide soit assez chargé en nitrate d’argent pour que la coagulation de l’albumine se fasse immédiatement lorsque la glace toi le bain : il faut que cette application soit régulière, sans temps d’arrêt, sans quoi il y aurait autant de fils et de solutions de continuité dans la couche que de temps d’arrêt.
Quelquefois, sous l’influence du bain d’argent ou des opérations suivantes, l’albumine se soulève en cloches: ces soulèvements sont dus, le plus souvent, à un nettoyage
ALBUMINE
imparfait de la glace; on ne saurait donc donner trop de soins à cette opération préliminaire. L’addition du sucre et de la gomme rend ces soulèvements moins fréquents, parce que ces substances en s’incorporant a l’albumine diminuent, dit-on, sa force contractile et. lui donnent plus d’adhérence, en lui permettant de mouiller le verre plus facilement.
Le temps d’exposition pour les préparations à l’albumine simple est toujours très-long; nous avons vu plus haut que M. Fortier, dans les circonstances ordinaires de la prise d’une vue, l’évalue à raison d’une minute environ au soleil par 3 centimètres de longueur de foyer et au double à l’ombre.
On fait développer et on fixe l’épreuve comme M. Fortier l’a indiqué ci-dessus, §§ 148, 149.
§ 155. Albumine rapide. — Les préparations à l’albumine seule étant toujours un peu lentes à s’impressionner, M. Bacot a donné le procédé suivant , qui accélère beaucoup la formation de l’image (1).
On fait à chaud, dans une capsule de porcelaine, la solution suivante :
Eau distillée
Dextrine
•* 9gr
Iodure de potassium
Bromure de potassium.. . .
On filtre et on ajoute six blancs d’œufs dont on a préalablement ôté les germes. On bâtie tout en mousse, et après deux heures de repos l’albumine est prête à servir; on l’étend sur la glace placée horizontalement; on en fait écouler l’excès, on régularise la couche en faisant revenir
(1) Brochure de M. Ch. Chevalier, ingénieur-opticien.
la dernière goutte au milieu après l’avoir promenée aux quatre angles, et on laisse sécher bien de niveau ; la glace sèche est posée sur une boîte à iode comme pour les plaques, jusqu’à ce qu’elle ait pris la teinte jaune d’or. On la sensibilise dans un bain de :
Èau distillée. 280
Nitrate d'argent 32
Acide acétique cristallisable. 80
On la lave, on la laisse sécher et on l’expose; l’image est développée dans une solution chaude à 5o ou 60 de-
grés, composée de :
Eau distillée 4°°cc
Acide gailique. 7sr
Acétate de chaux 3
On plonge la glace dans ce liquide chaud, et, quand il est refroidi, on ajoute quelques gouttes de Tacétoni-
trate suivant :
Eau distillée.. 100
Nitrate d’argent 6
Acide acétique.. 20
L’épreuve est fixée dans l’hyposulfite de soude à 10 pour 100.