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PROCÉDÉ DE M. LEGRAY

Le papier ciré a l’avantage de pouvoir se conserver sensible sans s’altérer pendant un temps assez long, parce que la cire protège la matière organique contre l’action des sels d’argent. L’idée d’employer cette préparation appartient a M. Legray. Ce procédé, au papier ciré sec permet d’aller faire de longues excursions avec un bagage très-restreint et de rapporter presque à coup sûr des épreuves qui, si elles n’ont pas la finesse de détail que peuvent donner les glaces a l’albumine et au collodion sec, ont souvent un grand effet artistique. De tous les procédés sur papier, il est le plus simple, le plus constant, celui que l’on doit étudier avant tous les autres. En donnant ici les détails et les formules nécessaires pour bien opérer, nous devons signaler au lecteur l’ouvrage spécial publié par M. Legray, l’inventeur du procédé.

§ 156. Choix du papier . — Le choix du papier est excessivement important et très-difficile. Il faut des pa-

piers très-purs, d’une grande homogénéité de pâte, vus par transparence, et dont l’encollage ait été bien soigné; car il y a tout lieu de croire que c’est par l’encollage plus ou moins bien réussi que pèchent les diverses sortes que l’on emploie. Cela explique pourquoi les échantillons d’une même fabrique ne sont pas toujours également bons, tandis que les papiers d’une même fabrication, d’une même cuve, donneront sensiblement les mêmes résultats. Les papiers français passent pour être les plus rapides. Ceux dits de Saxe sont des plus constants. On emploie aussi assez souvent le papier anglais, d’une grande finesse de pâte et d’une fabrication très-soignée; mais son encollage â la gélatine rend l’opération du cirage trèsdifficile.

§ 157. Cirage du papier. — Le procédé de cirage qui nous paraît le plus simple, le plus économique elle plus rapide, est le suivant : nous avons une plaque de fer de 5 millimètres d’épaisseur environ, un peu plus grande que nos feuilles; nous la mettons â plat sur un fourneau carré, et, au moyen de quelques charbons incandescents, nous la maintenons â une température sensiblement constante. Un dessus de poêle bien nettoyé, ou toute surface plane enfin que l’on pourra chauffer â son gré, remplira le même office (1). Sur cette plaque quelconque on met d’abord une ou deux feuilles de buvard, puis une feuille du papier à cirer; on frotte la surface du papier avec un pain de cire blanche, on peut également employer la cire jaune : M. Civiale fils emploie de préférence

(1) M. Legray se sert d’une large boîte étamée à eau chaude, ou à circulation de vapeur, qui est encore préférable, parce que la chaleur ne peut jamais dépasser 100 degrés. M. Gaillard emploie une plaque de marbre qu’il chauffe en dessous au moyen d’une grille à gaz.

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la paraffine à cause de son inaltérabilité (1). On étend la cire qui fond à mesure, de manière que toute la surface du papier en soit complètement imprégnée; sur cette feuille on en place une seconde, puis une troisième que l’on cire également. On peut ainsi en superposer huit à dix; on les sépare ensuite les unes des autres; on les intercale sur la surface chaude avec autant de feuilles blanches, mettant alternativement une feuille non cirée et une feuille cirée, puis, avec un tampon de papier joseph, on frotte sur tout le paquet en le retournant de temps en temps d’une seule pièce : l’excès de cire des premières feuilles sert le plus souvent à en imprégner celles qui n’en avaient pas reçu; on les sépare alors pendant qu’elles sont chaudes, et on voit qu’elles sont cirées et entièrement transparentes. Si la cire paraît être en grand excès, on recommence l’opération avec des feuilles blanches; si elle manque en une place, on en ajoute, soit au moyen d’une feuille qui en retient en excès, soit directement, et on procède ensuite à un décirage parfait qui se fait ainsi :

Sur la plaque couverte d’une ou de deux feuilles de buvard on met une feuille non cirée, puis une cirée, et avec un tampon neuf de papier joseph on essuie celleci, la tournant et la retournant jusqu’à ce qu’elle offre une surface parfaitement lisse, égale de teinte, n’ayant plus aucune place brillante qui indiquerait un excès de cire.

Le papier ciré est très-cassant, et chaque pli y marque une raie blanche par réflexion, noire par transparence, contre laquelle il n’y a pas de remède. Aussi faut-il beaucoup d’attention dans le cirage, le décirage et le

(1) Paraffine veut dire ayant peu d’ affinité.

maniement des feuilles pour ne les froisser en aucun point. La chaleur doit être douce : si la cire était chauffée à son point d’ébullition, la place chauffée deviendrait grenue, d’une manière irréparable; le décirage enfin doit être arrêté au point où la feuille perd le luisant d’un excès de cire sans prendre la blancheur et le mod qui caractérisent un décirage trop complet. Un peu d’habitude rendra bien vite familière cette opération que l’on peut faire dans les mauvais temps, car le papier ciré, sût est à l'abri des froissements , sa conserve indéfiniment. Quoique nous soyons très-partisans de ce précepte : que le photographe doit faire lui-même toutes les préparations qui sont spécialement du ressort de la photographie, nous devons ajouter que les maisons qui s’occupent de fournitures photographiques vendent des papiers trèsbien cirés, qui évitent l’ennui de cette première manipulation.

Le principal rôle de la cire dans cette opération n’est pas seulement, nous l’avons dit, de donner plus de force, plus de transparence au papier, mais d’en imprégner complètement les fibres, de telle sorte que l’iodure et l’azotate d’argent apportés par les manipulations ultérieures ne soient pas en contact immédiat avec la fibre, comme cela arrive avec les papiers ordinaires non cirés : dans ce dernier cas la cellulose ou plutôt l’encollage altère rapidement les sels d’argent, et le papier se conserve d’autant moins que son encollage est moins parfait; mais lorsqu’il est enduit de cire ou de substances qui peuvent pareillemment le mettre à l’abri de ce contact, il se conserve beaucoup plus longtemps : et si on pouvait préparer un papier sur lequel les sels d’argent n’eussent, pas plus d’action que sur le verre, on obtiendrait une surface sensible, se conservant pour ainsi dire pendant un temps

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indéterminé et ne présentant pas ces grenus qui sont l’écueil contre lequel on vient échouer le plus souvent dans la photographie sur papier.

§ 158. lodurage du papier. — Le papier étant coupé un peu plus grand d’un côté que ne le demande la chambre noire, on y incorpore l’iodure soluble en le plongeant dans l’un des bains suivants, que nous savons par expérience donner de bons résultats :

gr

Petit-lait clarifié (sérum) (1). . .. 5oo,oo

lodure de potassium 7,5o

Bromure 2,00

Sucre de lait. . 10,00

Quelques personnes ajoutent dans 1 litre de bain d’iodure au sérum 3o à Zjo centimètres cubes d’albumine provenant de blancs d’œufs battus. Cette addition ne doit être faite qu’après la dernière ébullition et le refroidissement du sérum préparé comme il est dit dans la note ci-dessus.

Bain d’iodure à Veau de riz (2) , formule de M. Leg'rap.

gv

Eau de riz 5oo,oo

Sucre de lait 20,00

lodure de potassium ou d’ammooium 7,5o

Bro mure de potassium 2,00

(1) Le sérum ou petit-lait se prépare de la manière suivante : on fait bouillir dans un vase bien propre 1 ÿ litre à ,2 litres de lait de bonne qualité; quand il commence à monter, on ajoute goutte à goutte de l’acide acétique jusqu’à coagulation, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il tourne et qu'il se sépare en grumeaux. On filtre alors à travers une mousseline, et au liquide filtré, dont on laisse baisser la température à 40 degrés environ, on ajoute un blanc d’œuf battu. On porte de nouveau à l’ébullition, l’albumine de l’œuf se coagule et clarifie le sérum. On filtre une seconde fois, et on se sert de ce liquide pour préparer le bain comme nous venons de l’indiquer.

(2) On prépare l’eau de riz en faisant cuire dans 3 litres d’eau de pluie

M. Legray ajoutait un peu de cyanure et de fluorure de potassium.

Nous ne croyons pas que ces sels aient une grande importance : nous préférons les remplacer par le bromure de potassium. Cette seconde préparation donne plus de rapidité que la première, mais peut-être un peu moins de finesse.

11 y a un très-grand nombre d’autres formules de bains d’iodure que nous omettons, afin de ne pas jeter le trouble dans l’esprit de l’opérateur, qui devra s’en tenir à celles données ci-dessus, avec lesquelles il peut parfaitement réussir. Nous préférons dans ces bains l’iodure de potassium a l’iodure d’ammonium (iodhydrate d’ammoniaque), parce que ce dernier est volatil, plus facilement décomposable, et que les papiers préparés avec ce sel se conservent moins longtemps aptes à devenir sensibles sur le bain d’acétonitrate d’argent que ceux préparés avec l’iodure de potassium.

Le bain d’iodure ne se garde pas très-longtemps, surtout s’il est préparé au sérum; il ne tarde pas à entrer en fermentation. Au moment de s’en servir, on le filtre au papier dans une cuvette plate, soit de porcelaine, soit de verre et de bois, après avoir eu le soin de la bien nettoyer; il faut mettre une assez grande quantité de liquide, 4 à 5 centimètres d’épaisseur s’il se peut, et y plonger complètement le papier feuille à feuille avec les précautions suivantes; l’opération se fait en pleine lumière : on prend le papier par les deux coins supérieurs; on le tient

ou d’eau distillée 200 grammes de riz; on arrête la cuisson au moment où le riz peut s’écraser entre les doigts. On décante l’eau , on y ajoute 7 grammes de colle de poisson par litre, on chauffe de nouveau pour dissoudre la colle , et on se sert de ce liquide pour préparer le bain d’iodure ; on filtre après l’addition des réactifs.

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verticalement devant soi; 011 met le bord inférieur dans la partie de la cuvette la plus rapprochée, et courbant légèrement la feuille vers soi (fig- 42) on l’applique lente-

Fig. 4â.

ment, régulièrement, sur la surface du bain, en ayant le soin qu’il ne s’interpose pas de bulles d’air. Lorsque la feuille est étendue sur le bain, on passe sur les quatre bords un pinceau, spécial pour cet usage, monté en fil ordinaire et non en fil métallique (beaucoup d’opérateurs le remplacent par un triangle en verre), et, par un mouvement d’oscillation à droite et a gauche donné à la cuvette, on fait passer le liquide sur toute la feuille : on s’aide également bien du triangle de verre que l’on promène a la surface de la feuille pour faciliter le recouvrement et faire disparaître les quelques bulles d’air qui peuvent se présenter. On doit apporter le plus grand soin à éviter ces bulles entre les feuilles, car elles empêchent le liquide de pénétrer d’une manière uniforme dans le papier, et elles sont autant de causes de taches.

Il est à remarquer que les bains préparés au sucre de lait recouvrent facilement le papier ciré, ce qui tient sans doute a une certaine viscosité, tandis que les bains à l’eau pure le mouillent plus difficilement.

Il faut laisser les feuilles toutes ensemble dans le bain, d’une demi-heure à deux heures, pour que la pénétration soit bien, uniforme; après ce temps on les met à sécher. Pour cela, on lève soit avec le pinceau, soit avec une pince en corne, un coin de la feuille; on pince ce coin dans un morceau de papier buvard, et, le soulevant doucement de la meme main, on dégage la feuille qu'on suspend pour sécher, soit en piquant le coin avec une épingle (noire vernie) au bord d’une des tablettes qui garnissent le laboratoire, soit en le recourbant sur une ficelle tendue et l’y attachant avec une petite pince en bois ou avec une épingle. Quel que soit le mode de suspension adopté, on fera bien de se servir du petit morceau de buvard plié pour sécher l’extrémité qui sert de point d’attache, le papier se déchirera ou se tachera moins facilement; on place également un petit fragment de papier buvard contre le coin par lequel tombent les gouttes pour en faciliter l’écoulement, et on laisse sécher spontanément : on opère ainsi pour toutes les feuilles, en ayant soin qu’elles ne se touchent pas les unes les autres et qu’elles ne se collent pas sur elles-mêmes.

En hiver, il faut maintenir le bain d’iodure légèrement tiède (20 a ib degrés), l’opération est plus régulière : on devra également chauffer la pièce dans laquelle on séchera les feuilles pour que cette dessiccation se fasse d’une manière rapide. Nous pensons qu’en s'évaporant plus vite la préparation qui mouille les feuilles est plus uniformément répartie; elle a moins de tendance à ê tve mamelonnée à la surface, et on évitera ainsi une cause de grenu .

En sortant du bain d’iodure, la feuille cirée a complètement changé d’aspect et souvent de couleur : le changement de couleur, quand il a lieu, tient à une petite quantité d’iode mise en liberté qui réagit sur l’encollage.

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Le changement d'aspect est dû a ce qu’à mesure que le papier ciré a été pénétré par le liquide, la cire est devenue rapidement grenue, elle semble comme spongieuse, et le papier a perdu alors sa transparence et sa fermeté : l’état physique de la cire paraît seul altéré, car le papier reprend son aspect primitif si on vient à la chauffer. Cette action, vraisemblablement toute mécanique, serait beaucoup plus lente dans l’eau pure que dans le bain d’iodure de potassium.

Nous avons cru voir dans cet état spongieux de la cire une cause de grenu, en ce sens que l’iodure d’argent ne se répartit pas uniformément dans tout le papier; nous atténuons ce défaut en révivifiant la cire par la chaleur, comme nous l’indiquons plus loin.

Le papier ciré étant sec devient violacé à la lumière, mais cela est sans importance; on place les feuilles les unes sur les autres, et on les enferme dans un carton spécial entre plusieurs doubles de buvard, à l’abri de l’humidité et du contact de l’air qui altérerait l’iodure ; il peut se conserver ainsi pendant un temps dont la durée n’a pas été déterminée jusqu’ici : l’expérience nous a appris qu’il était encore très-bon au bout de six mois.

§ 159. Sensibilisation du papier. — Le papier ioduré n’est pas sensible dans l’acception photographique de ce mot; il faut, pour le rendre sensible, transformer l’iodure de potassium en iodure d’argent, ce que l’on fait de la manière suivante.

On commence par préparer le bain d’acétonitrate

d’argent, composé de :

Eau distillée.... . . 5oogr

Nitrate d’argent (fondu ou cristallisé, mais pur). 35 Acide acétique cristaîlisable 4°à5o

Dans les premières épreuves faites avec ce bain on

obtiendra des blancs et des noirs très-purs, mais on aura moins de sensibilité et peut-être moins d’harmonie que s’il avait déjà servi à préparer un grand nombre de feuilles : aussi préférons-nous lui donner immédiatement les qualités d’un bain vieux en le préparant d’une autre manière. Dans 100 grammes d’eau distillée on dissout les 35 grammes d’azotate d’argent, on y ajoute une petite quantité du bain d’iodure de potassium (§ 158) en le versant goutte à goutte jusqu’à ce qu’en agitant il se forme un précipité jaune stable ; on étend alors le liquide avec les doo grammes d’eau distillée qui restent. Il se forme un abondant précipité jaune, on ajoute l’acide acétique, on filtre, et ce liquide est prêt à servir. De quelque manière qu’on le prépare, ce bain est appelé, en photographie, bain d’ acètonitrate (d’argent).

Pour sensibiliser les feuilles de papier, on dispose, à côté l’une de l’autre, trois bassines bien propres, dans lesquelles on ne met jamais ni acide gallique ou pyrogallique, ni hyposulfite de soude. Dans la première bassine, on filtre le bain d’acétonitrate d’argent, on en met 1 centimètre de hauteur au moins; dans les deux autres on verse largement de l’eau distillée ou de pluie. On prépare un paquet de gros papier buvard rose (spécialement fabriqué pour cet usage), coupé en carrés un peu plus grands que les feuilles que l’on veut sensibiliser, et si l’on a un certain nombre de feuilles à préparer, 011 procède ainsi : on applique la première feuille de papier ioduré sur le bain d’argent, exactement comme nous avons indiqué p. 269. On fait passer le liquide sur les bords avec le triangle de verre, on immerge complètement la feuille, on chasse toutes les bulles d’air avec soin, on laisse cette feuille jusqu’à ce qu’elle paraisse bien pénétrée par le liquide.

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Si la teinte du papier est jaune, rougeâtre ou violacée, elle blanchit rapidement dans le bain : une ou deux minutes suffisent pour que la réaction soit terminée. On prend dans chaque main une pince de corne spèciale , on saisit les deux coins les plus éloignés du papier et on soulève la feuille; on la retire doucement, puis on l’égoutte et on la met dans la cuvette voisine, pleine d’eau de pluie ou d’eau distillée; on l’agite, onia passe dans la seconde cuvette d’eau, où on l’agite de même ; on la sort de l’eau , on l’égoutte et on l’éponge dans un premier double de buvard, puis dans un second double qui la sèche presque complètement ; en dernier lieu, on la dépose sur une feuille de buvard bien à plat, on place pardessus une seconde feuille de buvard qui reçoit une nouvelle feuille sensible : on continue ainsi en alternant jusqu’à ce que toutes les feuilles soient réunies en un même paquet. On les comprime au moyen d’une planchette plus grande et on les laisse sécher une demi-heure ou plus. On obtient ainsi des feuilles parfaitement planes et très-faciles à introduire sans faire aucun pli, soit entre les glaces, soit dans les châssis Bristol. Elles sont prêtes à être exposées et se conserveront d’autant mieux que le lavage aura été mieux fait, mais elles auront moins de sensibilité. Toutes les feuilles à sensibiliser passent successivement par cette série d’opérations, en alternant sans interruption.

Si le nombre de feuilles à préparer excède six à huit, il faudra renouveler l’eau distillée dans les cuvettes et changer les buvards à essuyer quand ils seront trop mouillés.

La première eau de lavage des feuilles doit être conservée à l’abri de la lumière, dans le cas où l’on voudrait s’en servir plus tard pour développer l’image; le reste doit être réuni aux résidus.

4 e cd.

§ 160. Nous avons remarqué qu’il est important, contrairement à l’opinion de plusieurs auteurs, que la feuille ne reste dans le bain d’acétonitrate d’argent que le temps nécessaire pour transformer l’iodure de potassium en iodure d’argent (une ou deux minutes au plus), parce que le nitrate d’argent porte ensuite son action sur le papier lui-même, s’y combine en une proportion trèsfaible, sans doute de la meme manière que la teinture se combine aux fibres végétales ou animales, et alors, malgré les lavages les plus abondants, les feuilles sensibilisées s’altèrent rapidement, par suite de la réduction subséquente du }sel d’argent par la matière végétale, et donnent des négatifs qui se salissent et même noircissent complètement sous l’influence de l’acide gallique. En arrêtant l’opération au moment convenable et lavant rapidement la feuille, on peut la conserver un temps beaucoup plus long, et elle peut supporter beaucoup mieux un développement prolongé. La cire dont on imprègne le papier vient, pensons-nous, s’opposer à cette combinaison, nous pourrions dire à ce mordançage ; il en est de même de certaines substances, telles que l’albumine, la gélatine. On s’explique ainsi comment on ne peut conserver les feuilles préparées simplement à l’iodure de potassium et sensibilisées, tandis qu’on conserve mieux celles qui sont fortement encollées, surtout à la gélatine, et mieux encore celles qui sont imprégnées d’une matière grasse comme la cire.

Cette observation (1) nous a conduits à employer un procédé qui nous a réussi, et qui consiste à ré vivifier la cire avant la sensibilisation, soit au-dessus du feu, soit en passant un fer chaud sur la feuille cirée iodurée qui a

(1) Bulletin de la Société de Photographie, novembre 1857.

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été mise entre deux buvards; cette opération fait disparaître tout le grenu de la cire : les feuilles ainsi préparées sont peut-être un peu plus difficiles à sensibiliser, parce que le liquide coule sur la cire grasse sans la mouiller; pourtant la réaction s’opère, la sensibilité s’établit dans un temps assez court, et il suffit, au bout d'une à deux minutes d’immersion, de relever la feuille par un angle pour que tout l’excès de liquide s’écoule comme d’une toile cirée. On lave à deux eaux, on sèche comme à l’ordinaire, et on obtient des épreuves comparables à celles que donnent les feuilles simplement indurées et qui cependant nous ont semblé prendre moins facilement l’aspect grenu, se conserver plus longtemps et se développer avec plus de finesse.

Les feuilles préparées peuvent rester sensibles pendant un temps assez long, huit à dix jours environ; toutefois ce temps ne peut être fixé d’une manière déterminée, il varie suivant leô préparations, et il est certain que les feuilles sont d’autant meilleures qu’elles sont plus récentes. On les conserve ordinairement dans des buvards spéciaux, renfermés dans des étuis. On fait aussi usage de presses en bois à ressort, ayant beaucoup d’analogie avec un châssis positif (ce dernier peut à la rigueur en tenir lieu) ; ces presses, dans lesquelles on met un certain nombre de feuilles de buvard coupées de la grandeur, sont préférables aux étuis ordinaires parce qu’elles maintiennent les feuilles plus planes et plus serrées.

La feuille sensibilisée est ensuite placée dans son châssis, de manière à rester parfaitement plane : si elle a été bien séchée, comme nous l’indiquons ci-dessus, cette condition s’obtient sans difficulté; serrée soit entre deux glaces, soit dans les bristols, une telle feuille ne fait aucun pli; mais si elle présente quelques ondulations,

il est impossible de la placer entre deux glaces sans produire des plis d’autant plus serrés et nombreux que les glaces sont plus fortement pressées : il faut dans ce cas mettre derrière la feuille quelques carrés de buvard, de manière à faire matelas, avant d'appliquer la seconde glace; on a ainsi un contact plus intime.

On peut encore monter les feuilles sensibles soit sur des carrés de bristol en collant les bords, soit sur de petits cadres en bois; ce montage doit être fait avant que la feuille soit complètement sèche, afin qu’elle se tende parfaitement par la dessiccation; on expose alors à la lumière sans l’intermédiaire d’aucune glace : de cette façon on obtient un peu plus de rapidité.

§ 161. Exposition à la chambre noire, — L’exposition à la chambre noire varie d’une ou deux minutes à une demi-heure, même quelquefois une heure; avec un bon éclairage, un objectif simple de om, 45 de foyer, un diaphragme de om,oi5 d’ouverture, il faut en moyenne de dix à quinze minutes : on ne doit pas oublier toutefois que si l’on prend des vues éclairées très-vivement par le soleil, il est préférable de prolonger l’exposition pour arriver à avoir des détails dans les ombres qui semblent toujours d’autant plus sombres que les autres parties sont éclairées plus vivement.

L’exposition terminée , on peut attendre plusieurs jours avant de développer l’image ; il vaudra mieux toutefois opérer dans les vingt-quatre heures qui suivront : on a plus de chances d’obtenir une bonne épreuve.

§ 162. Développement de V image, — En sortant de la chambre noire, l’image sur papier est le plus souvent invisible, surtout si les lavages ont été bien faits; quelque-

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fois, cependant, on voit les grandes lumières, comme le ciel, se dessiner d’un ton légèrement rouge. On développe l’épreuve en la plongeant entièrement dans une solution d’acide gallique, 2 grammes pour 5oo grammes d’eau. On filtre cette solution dans une cuvette, on y ajoutte 3o gouttes environ d’acétonitrate d’argent ou 1 00 centimètres cubes de l’eau de lavage que l’on a conservée, et on immerge complètement la feuille dans ce liquide en facilitant l’immersion avec le triangle de verre. On se sert généralement, pour développer les épreuves, de l’envers des cuvettes en verre et bois ; elles contiennent peu de liquide et sont très-commodes pour cet usage : il est inutile de répéter qu’elles doivent être essuyées avec beaucoup de soin et d’une propreté absolue. 11 ne faut jamais mettre plus de deux feuilles dans le même bain (elles sont alors placées dos à dos) , et encore il vaudrait mieux n’en mettre qu’une seule. L’épreuve est immergée dans le bain aussitôt qu’il est prêt, sans quoi les parcelles d’argent réduit qui se forment a la surface du liquide la couvriraient de taches métalliques, ce qui la perdrait; enfin il faut poser l’envers d’abord sur la surface du liquide, parce que si ces réductions métalliques se produisent, elles se déposent sur le dos de l’épreuve, et il est plus facile de les enlever avec un peu de cyanure de potassium en solution.

On peut encore, et ce système est peut-être préférable, mettre l’épreuve dans le bain d’acide gallique et n’ajouter la solution de nitrate d’argent que lorsque l’épreuve a commencé a paraître grâce à quelques traces d’acétonitrate d’argent échappées au lavage. On obtient ainsi des épreuves très-douces et développées dans tous leurs détails. Pour ajouter l’azotate d’argent, il faut soulever les épreuves hors du bain, verser l’azotate et ne

remettre îes feuilles qu’après avoir mélangé les liquides; si on le versait directement, on aurait des taches.

§ 163. Pour éviter Pennui de faire a chaque instant des solutions d’acide gallique qui ne se conserveraient pas si elles étaient préparées a l’avance, M. Crookes a donné le procédé suivant : on dissout dans un litre d’alcool à 38 degrés 200 grammes d’acide gallique, on filtre dans un flacon, et on ajoute 10 grammes d’acide acétique ; on a ainsi un liquide dont 10 centimètres cubes représentent n grammes d’acide gallique. 11 suffit donc de mélanger 10 centimètres cubes de cette solution alcoolique qui se conserve indéfiniment dans 5oo grammes d’eau, on obtient immédiatement le liquide nécessaire pour développer; on ajoute l’acétonitrate d’argent ou l’eau de lavage indiqués plus haut. On conserve la solution alcoolique dans un flacon bouché avec un bouchon de liège ordinaire, à travers lequel on a fait passer une pipette marquant 10 centimètres cubes, par un trait d’affleurement (fig 43),, ce qui permet de prendre immédiate-

Fig. 43.

ment la quantité nécessaire en humant avec la bouche; il sera bon de fermer la pipette avec un petit bouchon.

L’image doit se développer graduellement et c’est en la développant qu’on peut apprécier si le temps d’exposition a été convenable. S’il a été trop long, l’épreuve se montre partout à la fois avec une grande rapidité,

PAPIKR. 279

mais elle ne tarde pas à prendre une teinte uniforme qui s’égalise et refuse de monter en vigueur; ce défaut est d’autant plus à craindre que la couche d’iodure d’argent est plus mince. Si au contraire l’exposition a été trop courte, les grands noirs seuls deviennent vigoureux, et ils arrivent à une opacité complète avant que les demi-teintes aient eu le temps de paraître; de la des clichés heurtés. On doit toujours apprécier la vigueur d’une épreuve en l’examinant par transparence, car au bout de quelque temps d’immersion dans le bain la surface du papier prend une teinte grise générale, et on serait tenté de croire l’épreuve perdue quand au contraire elle peut être admirablement réussie.

Le temps nécessaire au développement de l'épreuve est variable, il dépend beaucoup de la température et de la quantité d’argent que contient le bain; ce développement peut demander depuis une demi-heure jusqu’à douze heures, même plus. On doit surveiller l’épreuve avec d’autant plus de soin qu’on approche davantage de la fin; car l’intensité des noirs croît alors avec une grande rapidité, et il faut arrêter l’opération quand les grands noirs, qui représentent les grands blancs des positifs, sont arrivés presque à l’opacité. 11 y a là une question d’appréciation dont dépend toute la beauté de l’épreuve, et que l’on n’apprend à connaître que par l’habitude, attendu qu’il faut juger de l’ensemble d’une image à contre-sens, et tenir compte de l’affaiblissement qu’elle subira dans les bains fixateurs. O11 arrête l’action en lavant l’épreuve à plusieurs reprises dans l’eau filtrée ordinaire, et la laissant dégorger pendant deux à trois heures, même pendant une nuit entière, avant de la soumettre au bain de fixage. L’eau commune, au bout de quelque temps, prend une coloration vert foncé, due

a l’action de l’acide gallique sur les sels de chaux au contact de l’air. L’épreuve séchée apres un lavage convenable n’est presque plus altérable, et on peut la conserver à l’abri de la grande lumière pour terminer le fixage a volonté, avantage précieux en voyage, où, faute de facilité pour l’installation , on doit redouter l’emploi de l’hyposulfite de soude; nous avons dit que l’on pouvait remplacer ce dernier par les sulfocyanures de p 0 ta ssi u m 0 u d ’ a m m 0 n i u m .

§ 164. Fixage de V épreuve, — L’épreuve développée, lavée, est fixée dans le bain suivant :

llyposulfite de soude.. . . i25gr Eau im

Ce bain dissout les sels d’argent inutiles à la formation de l’image; il est bon de ne pas y mettre plus de deux feuilles a la fois, que l’on surveille attentivement et qu’on y laisse une demi-heure environ.

Cette opération peut se faire à un jour faible; on la continue jusqu’à la disparition de la couleur jaune que présentent les clairs de l’image, et qui est due à l’iodure d’argent resté dans la pâte du papier; au sortir de ce bain, on lave l’épreuve à plusieurs eaux et on la laisse séjourner ensuite pendant quelques heures dans l’eau filtrée : elle est alors fixée; on la suspend et on la laisse sécher.

On ne saurait donner trop d’attention au fixage des négatives : il faut plutôt prolonger le séjour dans l’hyposulfite de soude et dans les bains de lavage, que de risquer de laisser dans le papier des sels d’argent non dissous ; car il arrive que des épreuves supposées bien fixées jaunissent peu à peu et s’altèrent quand on veut en tirer un grand nombre de positifs. Le seul remède à ce mal, aussitôt que l’on s’en aperçoit, est de remettre les épreuves

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dans un nouveau bain d’hyposulfite de soude, ou mieux de les passer rapidement dans une solution très-faible, à ogr, 5 pour 100 environ, de cyanure de potassium.

Le papier ciré prend , en séchant, un aspect grenu et une teinte sale; mais il suffit, quand l’épreuve est bien sèche, de la passer au-dessus du feu pour voir reparaître toutes les finesses du dessin, et rétablir la transparence du cliché.

On peut aussi fixer par une dissolution de 20 grammes de bromure de potassium dans 1 litre d’eau filtrée. Au point de vue chimique, ainsi que nous l’avons déjà dit, ce fixage est mauvais, car il 11’enlève rien; il arrête, il est vrai, la sensibilité, mais il laisse dans le papier l’iodure jaune d’argent, ce qui est un grand inconvénient lorsqu’on veut tirer des positifs. 11 vaudrait pourtant mieux employer ce moyen si le cliché était faible, que de risquer de l’affaiblir encore par la solution d’hyposulfite de soude. On peut aussi remplacer le bromure de potassium par une solution saturée de chlorure de sodium; cet agent fixateur est peut-être d’un moins bon usage , mais il remplit à peu près le même office et peut d’ailleurs se trouver partout.

Lors même que l’on a révivifié la cire, l’épreuve peut encore être passée au bain d’hyposulfite de soude; 011 doit le faire alors un peu plus concentré, et en prolonger l’action : il faut seulement avoir soin de remuer continuellement la feuille, qui offre une grande résistance à se laisser pénétrer.

Il arrive quelquefois, si Ton a employé pour développer l’image un bain trop chargé d’acide gallique et d’argent, ou si le liquide, par suite de quelques impuretés, est devenu jaune et trouble, que le négatif sur papier prend une teinte jaune uniforme; il est alors très-difficile à tirer en positif, et tend à devenir de plus en plus foncé par le

2 8 2 deuxième partie.

temps et T exposition à la lumière. Cette teinte résiste a l’hypôsulfite de soude, mais on peut Fatténuer beaucoup en passant l’épreuve dans la solution faible de cyanure de potassium indiquée plus haut.

L’épreuve négative fixée, lavée, séchée et passée audessus d'un feu clair, ou soumise à l’action d’un fer chaud, est conservée en portefeuille pour en tirer des positifs. Il ne faut y toucher qu’avec précaution, car chaque cassure du papier se traduit par une raie noire qui altère la pureté de l’épreuve. Lorsqu’une semblable épreuve doit tirer un grand nombre de positifs, il faut avoir bien soin de la mettre en contact seulement avec du papier positif très-sec, et même malgré cette précaution, malgré la cire qui la protège, l’azotate d’argent ne tarde pas à l’altérer. Cet inconvénient n’existe pas avec les clichés sur glace vernis à la gomme laque.

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