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TIRAGE DES ÉPREUVES POSITIVES PAR LA LUMIÈRE SEULE

§ 180. Du papier. — Le papier pour épreuves positives , bien qu’il ne demande pas une aussi grande perfection que celui que l’on emploie pour les négatives, doit cependant être fabriqué avec le plus grand soin; l’égalité de la pâte, vue par transparence, a peu d’influence, mais le papier doit présenter une surface unie, exempte de taches. On doit l’essayer sur le bain d’azotate d’argent, même quand il paraît très-pur, et voir si des taches, invisibles d’abord, ne se développent pas au contact de l’hyposulfite de soude en formant un point noir

3üO DEUXIÈME PARTIE.

entouré d’une auréole blanche qui s’allonge souvent dans le sens où le liquide s’écoule (comètes). Cet effet est dû à la présence d’un métal qui opère la réduction de l’argent; celui-ci cristallise en arborescences; le liquide appauvri en argent, quelquefois rendu acide, se répand tout autour, et il occasionne ainsi les auréoles blanches qui entourent le point d’argent. 11 coule sur la feuille en faisant une traînée : de là cette apparence allongée que prennent souvent ces taches.

C’est à tort que l’on considère le fer comme étant la cause de ces taches particulières que l’on nomme taches de fer . Évidemment ce métal ne pourrait rester libre dans les opérations photographiques; il y a tout lieu de croire que ces taches sont dues à des parcelles de bronze ou de laiton disséminées dans la pâte et provenant des appareils de broyage ou des toiles métalliques qui servent à la préparation.

Un autre point, également important dans la fabrication du papier positif, c’est l’encollage. L’effet général et le ton de l’épreuve varieront dans une infinité de nuances d’après la nature de l’encollage, sa qualité, sa quantité, son étatde dessiccation, etc.; nous pouvons dire, quant à présent, qu’indépendamment de toutes les autres causes provenant des préparations subséquentes que nous supposons ici identiques pour tous les essais, l’effet d’une épreuve, quant à la vigueur et à la netteté du dessin, sera d’autant plus grand que l’encollage, quel qu’il soit, sera plus abondant. Ainsi, une épreuve sur papier sans colle sera d’un aspect général gris éteint , tandis que sur papier fortement encollé elle donnera un ton vif clair avec de fortes oppositions d’ombres et de lumière (i).Ge rapide

(1) Études sur les positives y par MM. Davanne et Girard.

EPREUVES POSITIVES

exposé fait comprendre pourquoi les papiers du commerce varient si souvent dans les résultats et ne répondent pas toujours a l’attente du photographe, et pourquoi il arrive souvent qu’on leur fait subir un second encollage (albumine ou gélatine, ou même amidon), pour obtenir des épreuves ayant une finesse et un éclat que le papier seul n’aurait pas donnés. Il suflit de savoir que l’azotate d’argent forme avec la matière de l’encollage une combinaison organique capable de prendre a la lumière une belle coloration pourprée pour comprendre l’influence de ces matières sur la richesse de l’épreuve. Nous reviendrons, dans un chapitre spécial , sur la théorie des épreuves positives et sur les causes de leur altération, etc. , nous bornant, dans le présent chapitre, a donner les procédés opératoires.

On choisit son papier en rejetant les feuilles qui paraissent impures, on enlève avec une aiguille les points noirs qui peuvent être, avons-nous dit, des particules métalliques. On cherche à distinguer l’envers de l’endroit, ce qui se fait facilement en examinant le papier à un jour frisant : l’envers conserve une légère empreinte de la toile métallique sur laquelle le papier a été formé, l’endroit a, au contraire, un aspect satiné. Lorsque les papiers ont été glacés, il est quelquefois difficile de faire cette distinction; il suffit alors de mouiller un coin du papier dans la bouche, la pâte se gonfle et le treillis s’aperçoit facilement; on marque l’envers au crayon pour ne pas se tromper de côté , et on le soumet aux préparations suivantes.

§ 181 . Préparation du papier sur le bain de chlorure. — La première préparation^du papier consiste à faire pénétrer dans l’une de ses faces une chlorure soluble qui, étant

302 deuxième partie.

mis ensuite en contact avec l’azotate d’argent, forme par double décomposition un chlorure d’argent insoluble, lequel se fixe dans la pâte, et un azotate soluble qui reste dans le bain. On peut employer un chlorure soluble quelconque, chlorure de sodium, d’ammonium, de potassium, de barium, de strontium, etc., etc. L’espèce de chlorure paraît indifférente ; le résultat final ne varie que fort peu dans les teintes suivant les chlorures employés quand ils sont au même état de neutralité. On emploie principalement le chlorure de sodium (sel commun), parce qu’on le trouve partout, ou le chlorure d’ammonium (chlorhydrate d’ammoniaque) à la dose de 2 à 4 grammes pour 100; quelques auteurs indiquent jusqu’à 10 pour 100 : nous n’emplovons pas cette formule, et l’expérience nous a montré qu’il n’y a aucun avantage a se servir d’un dosage aussi élevé, qui appauvrit nécessairement beaucoup plus vite et sans profit les bains d’argent, et donne à l’épreuve un aspect général lourd et empâté.

On prépare le bain suivant :

Eau filtrée ioocc

Chlorure de sodium ou chlorure d’ammonium 4

On filtre la solution dans une bassine, on applique le côté satiné de la feuille de papier sur ce bain en évitant les bulles d’air, on la laisse cinq minutes, on la relève et pend parmi angle pour sécher; on met un morceau de buvard au coin inférieur pour faciliter la chute des gouttes, qui, sans cela, laisseraient accumuler dans cette partie delà feuille une trop grande quantité de chlorure; ce sel, n’étant plus assez retenu dans le papier, produirait un précipité blanc dans le bain d’argent et rendrait nécessaire de filtrer celui-ci après la préparation de chaque feuille.

ÉPREUVES POSITIVES. 3o3

Quel que soit le chlorure employé , on fera la préparation de la même manière. Les feuilles séchées seront mises les unes sur les autres et serrées dans un portefeuille où elles se conserveront indéfiniment. Ce papier donne de beaux tons que l’on peut facilement modifier, mais il a moins de finesse que le papier albuminé; ce dernier reproduit tous les détails du négatif, seulement l’image prend un ton rouge qu’il est nécessaire de changer dans les bains de virage.

On peut employer les deux procédés, suivant le sujet à reproduire et le but que l’on se propose ; toutefois, l’habitude générale est de se servir du papier albuminé: en variant le dosage de l’albumine, depuis l’albumine pure jusqu’à l’albumine étendue de trois à quatre fois son poids d’eau, on a, soit un papier qui paraît complètement verni, soit un papier légèrement glacé.

§ 182. La préparation du papier albuminé est délicate et demande une grande habitude pour être bien réussie. On trouve, du reste, dans le commerce spécial pour la photographie, des papiers de toute provenance albuminés par nos fabricants, et l’on se donne rarement la peine de faire soi-même le papier albuminé. Les papiers français seraient les meilleurs s’ils n’étaient trop souvent criblés de taches métalliques ; les papiers de Saxe n’ont pas cet inconvénient et donnent de bons résultats ; les papiers anglais, encollés le plus souvent à la gélatine, donnent de beaux tons pourprés : ils sont en général peu employés, à cause de leur prix élevé.

On prépare le papier albuminé de la manière suivante (i) :

(i) Voir la Note communiquée par M. Aléo. Bulletin de la Société française de Photographie. Juin 1860.

3o4 DEUXIÈME PARTIE.

On commence par recueillir la quantité d’albumine nécessaire en cassant l’un après l’autre des œufs au-dessus d’un vase gradué dans lequel on fait tomber le blanc et en mettant le jaune de côté (un œuf donne en moyenne 3o centimètres cubes d’albumine). Quand on a la quantité voulue, soit au moins un demi-litre pour préparer des feuilles 21 x 27, un litre pour les feuilles 27 x 44» on verse le tout dans une terrine de terre vernissée; au moyen d’une fourchette on enlève les germes, on ajoute pour 100 centimètres cubes de cette albumine 5grammes de chlorure de sodium (sel marin) ou de chlorure d’ammonium préalablement dissous dans le moins d’eau possible, si on veut obtenir des feuilles très-brillantes; puis on bat cette albumine en neige jusqu’à ce qu’il se forme une mousse consistante; on enlève alors cette mousse partie par partie avec la fourchette, et on la met sur un tamis de crin placé au-dessus d’une terrine semblable à la première.

On laisse tomber cette mousse pendant douze heures, et le liquide qui s’est régénéré est clair et prêt à servir; l’albumine ainsi obtenue est d’un emploi plus commode après quelques jours de préparation.

Pour préparer le papier, on commence par filtrer l’albumine à travers une petite éponge fine placée dans la douille d’un entonnoir, on reçoit le liquide filtré dans une cuvette bien horizontale, et on laisse le bain se reposer douze heures avant de s’en servir, en ayant soin de couvrir la cuvette.

La feuille de papier étant coupée de la grandeur convenable, avec une pointe coupante, on pose le bord inférieur sur le bain en l’appuyant contre la paroi de la cuvette du côté de l’opérateur, on la courbe alors sur elle-même et, baissant la main, on l’applique sur la surface du bain

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en suivant des yeux, par transparence, la ligne d’albumine, qui doit filer d’un bord a l’autre de la feuille sans aucun temps d’arrêt; il faut éviter également de relever une partie déjà mouillée : sans ces précautions on produirait des fils qui perdraient la feuille.

On abandonne le papier sur le bain pendant le temps nécessaire pour qu’il se détende complètement; ce temps est d’autant plus long que le papier est plus fort ou plus encollé : en moyenne, on doit compter de deux à trois minutes. On relève alors la feuille doucement, sans temps d’arrêt, par les deux angles du haut, et on la pend pour la faire sécher.

Le mode de suspension le plus commode consiste à tendre deux ficelles sur lesquelles peuvent courir de petits carrés de liège mince. L’écartement des ficelles est maintenu aux extrémités et au milieu par trois petites barres de bois; il doit être plus grand de 2 centimètres au moins que la largeur de la feuille à tendre. On pique un coin de la feuille sur un liège de l’une des ficelles; puis, tirant légèrement cette feuille, on fixe de la même manière l’autre coin sur le liège correspondant de l’autre ficelle et on laisse sécher, en ayant soin d’enlever de temps à autre l’albumine qui forme bourrelet au bas du papier.

Les feuilles sèches sont mises les unes sur les autres, puis pressées pour leur rendre leur planimétrie. Ces feuilles, placées dans un carton, sont conservées pour l’usage.

On peut faire varier les quantités d’eau et d’albumine suivant le vernis que l’on veut donner à la feuille. Lorsqu’on a laissé le bain d’albumine vieillir et subir un commencement de décomposition, la préparation des feuilles devient plus facile et celles-ci prennent un peu plus de brillant; mais les papiers ainsi préparés con-

/ie êd.

servent une odeur infecte, et l’on pourrait craindre que les produits sulfurés qui se sont formés dans ces circonstances n’aient une influence sur l’altération de l’épreuve.

§ 183. Sensibilisation. — Le papier préparé simplement au chlorure, ou albuminé et chloruré, est sensibilisé sur un bain d’azotate d’argent contenant :

Eau distillée ioocc

Azotate d’argent neutre i5

On filtre la solution si elle n’est pas parfaitement claire. On peut employer indifféremment l’azotate d’argent cristallisé ou l’azotate fondu; lorsqu’on se sert du bain de virage que nous recommandons p. 3 1 3 , on doit mettre tous ses soins a obtenir un bain neutre, et il est facile d’y arriver en le saturant par un peu de craie s’il est acide, ou s’il est alcalin en ajoutant quelques gouttes d’acide azotique, jusqu’à réaction acide au tournesol, puis saturant l’excès d’acide, comine nous venons de le dire, par une petite quantité de craie.

On pose la feuille de papier sur ce bain comme sur celui de chlorure, le côté chloruré en contact avec le liquide ( ftg . 4^)> en évitant les bulles d’air; si on se sert de papier albuminé, il est indispensable que l’affleurement de la feuille sur le bain se fasse régulièrement : chaque temps d’arrêt donne des traits métalliques irisés qui apparaissent dans les grands noirs de l’épreuve. On laisse en contact le temps nécessaire pour que la feuille se détende complètement (deux à cinq minutes suffisent); on la relève et on la pend pour sécher. Il est inutile de dire que l’opération doit être faite à l’abri du jour, puisque la feuille devient sensible à la lumière : ajoutons qu’on doit avoir soin de recueillir le liquide qui s’écoule, car il est très-riche en argent; il suffit pour cela de placer

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sous la feuille un verre ou une eapsule; on réunit au bain le liquide recueilli. Les feuilles sèches sont prêtes a servir; il faut avoir soin toutefois que la dessiccation soit complète, sans quoi on s’exposerait a tacher les négatifs.

La feuille sensibilisée sur le bain d’azotate d’argent jaunit quelquefois rapidement et s’altère, même dans une obscurité complète. Cette altération est due a l’action de l’azotate d’argent libre sur l’encollage du papier; aussi, comme ces encollages sont variables, cette altération est elle-même éminemment variable selon les papiers. Mais l’expérience (i) a prouvé que les feuilles positives sensibles se conservent dans une atmosphère parfaitement sèche pendant un temps beaucoup plus long que dans les circonstances ordinaires; nous avons fait construire par M. Marion un appareil de dessiccation très-simple et trèsportatif, grâce auquel il devient possible de conserver, pour s’en servir au besoin, le papier positif préparé à l’avance. C’est une boîte plate fermant presque hermétiquement, dans laquelle on place un châssis en toile métallique renfermant du chlorure de calcium enveloppé de plusieurs doubles de papier. Le chlorure de calcium absorbe l’humidité, et les feuilles placées dans la boîte sont ainsi maintenues dans un état de parfaite dessiccation.

Lorsque le bain d’argent sert à préparer des feuilles positives albuminées, il prend souvent une teinte brune foncée due à l’action de l’albumine. La coloration peut être trop intense pour qu’il soit possible de préparer d’autres feuilles; il faut alors décolorer le liquide, en ajoutant quelques grammes de kaolin en poudre fine que l’on agite; on filtre, et la liqueur est parfaitement claire.

(1) Etude sur les épreuves positives, par MM. Davanne et Girard.

jo S

A défaut de kaolin on peut employer quelques gouttes d’une solution de sel ordinaire; le précipité de chlorure d’argent qui se forme, rapidement agité, se dépose bientôt en entraînant la matière colorée : on emploie également une solution d’acide citrique. Enfin, si la coloration trop intense résiste à ces moyens de décoloration, on fait bouillir le liquide pendant quelques minutes dans une fiole de verre ou une capsule de porcelaine, on ajoute quelques gouttes d’acide azotique, on maintient l’ébullition jusqu’à décoloration, et après refroidissement on filtre; si le liquide ne passe pas parfaitement limpide, on y ajoute un peu de kaolin et on filtre de nouveau, puis on sature l’excès d’acide par là craie.

Si Ton veut obtenir des images positives vigoureuses, il est nécessaire d’opérer avec un bain d’azotate d’argent concentré; le meilleur dosage résultant d’essais comoaratifs nous a paru être de i 5 a 18 grammes pour 100 centimètres cubes d’eau.

Ce bain s’appauvrit très-rapidement par suite de la formation du chlorure d’argent dans la pâte du papier et de la combinaison qui se fait avec l’encollage, et surtout avec l’albumine. Ces deux causes font baisser le titre du liquide qui n’a pas été absorbé. Il est difficile de dire, même d’une manière approximative, quel sera l’appauvrissement du bain pour une quantité donnée de feuilles : cela varie suivant l’épaisseur de celles-ci, leur porosité, la quantité d’albumine, la quantité de chlorure soluble contenue dans le bain de salage, etc.; et pourtant il est nécessaire, si l’on veut apporter quelque régularité dans les opérations, de connaître le titre du bain sensibilisateur, il faut le chercher, comme nous l’indiquons plus loin, dans le chapitre qui traite de l’analyse des bains.

Disons tout de suite que le moyen le plus simple pour

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renforcer les bains et connaître ce qu’il y a eu d’azotate d’argent dépensé pour chaque feuille consiste à préparer d’abord une quantité donnée de bain, soit, par exemple, un litre; on marque sur le flacon le point d’affleurement. Après avoir préparé un certain nombre de feuilles, on remet le bain dans le flacon et on ajoute de l’eau distillée jusqu’à ce que le niveau soit revenu au point d’affleurement; on agite le tout et on analyse : on connaît ainsi la somme d’argent prise par les feuilles tant par absorption que par décomposition chimique et perte de liquide. On ramène le bain à sa valeur première par l’addition de la quantité voulue d’azotate d’argent. Après trois ou quatre de ces analyses, si on emploie toujours la même provision d’un papier identique, on peut remonter le bain, d’après le nombre de feuilles préparées, sans avoir besoin de le titrer de nouveau.

Dans la pratique nous comptons environ ioo grammes d’azotate d’argent usés tant par décomposition chimique que par absorption et par perte du liquide restant dans les cuvettes, etc., pour la préparation d’une main de papier (an feuilles de oin, 44 X om, $7); mais, nous le répétons, ces nombres sont loin d’être absolus, ils varient continuellement suivant les papiers et les préparations.

§ 184. Exposition. — Pendant que les feuilles positives sèchent, 011 prépare les châssis qui doivent servir pour l’exposition (fig. 44 )• Avec un tampon de coton et un peu d’alcool on nettoie la glace du châssis, et l’envers du cliché s’il est sur glace ou sur verre; puis, le châssis étant ouvert, on pose le cliché de manière que l’envers soit en contact avec la glace du châssis positif; sur ce cliché on met ensuite la feuille positive sensible et parfaitement sèche, de telle sorte que le côté préparé de la feuille soit

en contact immédiat avec l’image négative; on étend sur le tout une ou plusieurs feuilles de buvard, un morceau de grosse étoffe de laine feutrée, puis la planchette brisée

Fis- 44-

que l’on fixe avec les barres à ressorts, et on expose à la lumière. L’épreuve vient avec une rapidité d’autant plus grande que la lumière est plus vive et le cliché plus transparent; il est donc complètement impossible de fixer d’une manière même approximative le temps d’exposition. Telle épreuve peut venir en dix minutes à un soleil vif, qui demandera un jour entier et même plus par un temps couvert; et, pour une même lumière, tel cliché demandera quatre a cinq minutes d’exposition, tel autre une heure, etc. Les rayons directs du soleil sont.beaucoup plus pénétrants que la lumière diffuse : aussi lorsqu’une épreuve donne trop d’opposition entre les clairs et les ombres, on doit la tirer de préférence au soleil; si au contraire le cliché est trop uniforme, on doit préférer la lumière diffuse : on arrêtera les rayons directs du soleil par un verre dépoli que l’on met sur le châssis; on peut encore coller derrière l’épreuve négative du papier dioptrique qui remplace le verre dépoli. Lorsque les clichés sur verre ou sur glace ont des rayures profondes ou même lorsqu’ils ont été cassés, puis doublés d’une autre glace

ÉPREUVES POSITIVES. 3 M

maintenue par des bandes de papier collées sur les bords, on doit toujours tirer l’épreuve a l’abri du soleil et en ayant le soin de changer de temps a autre la position du châssis.

Sous l’influence de la lumière, le papier positif noircit peu à peu ou prend une riche teinte mordorée si on a employé le papier albuminé ; les noirs et les demi-teintes du négatif préservent plus ou moins le papier de l’action de la lumière et amènent cette gradation de teintes qui forme le dessin.

Pour surveiller la venue de l’image, on rapporte le châssis dans une pièce peu éclairée, on l’ouvre à moitié et on soulève la feuille de papier positif. Si l’épreuve n’est pas encore assez vigoureuse, on laisse retomber la feuille qui, retenue jusqu’au milieu, n’a pas pu varier de position, et le châssis fermé de nouveau est reporté â la lumière. Il arrive fréquemment en été, lorsque le soleil échauffe fortement les glaces et le papier, que celui-ci se contracte légèrement au moment où l’on ouvre le châssis ; cela double les lignes et donne des épreuves qui manquent de netteté; il faut alors tirer les épreuves à l’ombre.

§ 185. Virage. — Lorsque l’épreuve sort du châssis, elle a généralement une belle couleur violacée; cette teinte est cependant variable suivant la préparation et l’encollage du papier: elle sera d’autant plus rouge que l’albumine dominera davantage sur le chlorure soluble, et vice versâ. Pour un même papier la teinte variera également suivant l’acidité du bain d’argent. Cette teinte est belle, mais tellement fugace, qu’elle ne peut résister â aucune des opérations suivantes. Sans nous arrêter aux questions. théoriques qui sont traitées plus loin, on comprend tout de suite qu’il faut anéantir la sensibilité de cette

3l2 deuxième partie.

feuille, qui, sans cela, noircirait sur toute sa surface. Ce fixage se fait dans l’hyposulfite de soude; mais immédiatement alors le ton change et devient d’un jaune orangé désagréable: un simple lavage à l’eau suffit déjà pour commencer ce changement de teinte ; on a donc cherché à modifier cette couleur. On a donné le nom de virage (de virer, faire tourner) à toute opération chimique ayant pour but de faire tourner le ton général de l’épreuve à une couleur plus agréable. Les agents de virage sont nombreux, mais jusqu’ici nous n’en connaissons qu’un qui donne aux épreuves à la fois une teinter agréable et une résistance plus grande à Linfluence destructive du temps : c’est l’or employé en solutions étendues et diversement composées.

Dans les procédés actuels, tels que nous les employons, le virage doit toujours précéder le fixage.

On doit éviter plusieurs opérations simultanées qui entraîneraient infailliblement des taches; aussi nous conseillons de faire, autant que possible, des opérations successives: ainsi, préparer d’abord le matin le nombre de feuilles que l’on compte employer dans la journée, iirer toutes les épreuves, ensuite les laver, puis les virer, enfin les fixer. Les doigts ne touchant ainsi qu’à uneseule espèce de solution n’occasionnent pas ces taches qu’on ne saurait éviter sans cela. Comme on opère sur des feuilles de papier sensible, toutes les opérations suivantes, y compris le fixage, doivent être faites à un jour assez faible pour ne pas altérer les épreuves, suffisant cependant pour pouvoir bien juger les teintes.

Toutes les épreuves étant tirées, on les réunit en les plongeant l’une après l’autre dans une grande cuvette (i)

(i) Nota. — Les cuvettes de lavage et do virage ne doivent jamais servir à l’hyposulfite de soude.

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pleine d’eau ordinaire; après un séjour de dix minutes, on renouvelle ce lavage dans une seconde eau. Le but de cette opération est d’enlever la presque totalité de l’azotate d’argent désormais inutile à la venue de l’épreuve et qui, réagissant ensuite sur le bain d’or et sur le bain d’hyposulfite de soude, en appauvrirait inutilement la force.

Les formules de bain de virage sont nombreuses et, comme pour le collodion, chaque opérateur a pour ainsi dire la sienne; mais nous croyons, par une étude complète des divers procédés, être arrivés à donner un procédé simple, économique, qui, depuis plusieurs mois, marche dans l’atelier de l’un de nous avec la plus grande régularité (formule n° i).

Nous proscrivons tout à fait un produit employé depuis longtemps sous le nom de chlorure d’or; il est en effet imprégné d’un excès d’acide chlorhydrique , et sa pureté est toujours douteuse. Nous le remplaçons par un autre sel d’or que l’on trouve également dans le commerce des produits photographiques sous le nom de chlorure double d’or et de potassium; ce corps se présente sous forme d’aiguilles jaunes transparentes bien cristallisées; il est d’une composition constante et devrait toujours remplacer le chlorure d’or ordinaire.

i° Formule de MM. Davanne et Girard :

Chlorure double d’or et de potassium. igr

Eau distillée ou de pluie filtrée ilit

Craie ou blanc d’Espagne pulvérisé 4 à 5sr

On agite et on laisse reposer jusqu’au lendemain; sous l’inlluence de la craie, le bain, de jaune qu’il était, devient incolore (le persel d’or se transforme en protosel j : a cet état il est prêt a servir.

On y plonge les épreuves de telle sorte qu’elles y nagent librement ; si elles sont de la même dimension que

la cuvette, on n’en met que deux ou trois au plus, puis on surveille l’action. Le virage se fait plus ou moins vite, suivant la nature du papier et la température du bain ; avec un papier albuminé ordinaire et une température moyenne de i5 à i8 degrés, il faut compter de cinq à dix minutes.

On doit avoir le soin, comme dans toutes les autres opérations, que les épreuves soient complètement immergées, qu’il n’y ait pas de bulles d’air interposées; le virage, sans cela, se faisant inégalement, donnerait des teintesou des taches; de même, l’attouchement des doigts, s’ils sont un peu gras, ou toute autre matière grasse, sur la surface sèche des papiers, empêcheraient le bain d’agir à l’endroit touché.

On laisse l’épreuve dans ce bain jusqu’à ce que la couleur rouge ait viré au bleu, on la retire alors et on la met à côté dans une grande bassine d’eau. On continue ainsi jusqu’à ce que toutes les épreuves soient virées, et on procède au fixage. Dans toute l’opération qui précède, on a soin que ni les doigts ni les cuvettes n’aient eu le contact de l’hyposulfite de soude : la plus faible quantité de ce sel donnerait soit des teintes jaunes générales, soit des taches irréparables.

Le bain de virage est appauvri, mais non épuisé ; il ne faut donc pas le rejeter, mais bien le reverser dans son flacon et le ramener à sa richesse première pour qu’il soit prêt à servir le lendemain ou tout autre jour (après un mois de conservation il sera aussi bon que le premier jour).

Or, nous avons calculé que la surface d’unefeuille entière (om,44 X ora,57), passée dans le bain, lui faisait perdre, tant par dépôt d’or que par perte de liquide, 3 à 4 centigrammes de chlorure double (soit i gramme à isr,'a5

EPREUVES POSITIVES

pour 33 grandes feuilles) qu’il faut lui rendre pour le rétablir à son état primitif.

Il suffit donc d’ajouter dans le flacon autant de fois 4 centigrammes de chlorure double d’or et de potassium qu’on a viré de feuilles entières, et cela peut se faire soit directement par la pesée, soit d’une manière plus simple avec une seconde solution préparée a l’avance au titre de l\ grammes de chlorure double d’or et de potassium pour i litre d’eau, io centimètres cubes de cette liqueur représentent juste les 4 centigrammes a ajouter; on mettra donc autant de fois io centimètres cubes dans le bain qu’on y aura fait virer de feuilles entières.

On obtient à volonté, avec ce bain, des épreuves a ton rougeâtre, violacé, noir ou bleuâtre, suivant le temps pendant lequel l’épreuve y reste plongée. Si les tons du virage deviennent plâtreux, on remédie à cet inconvénient en ajoutant un peu d’or ; si le virage marche difficilement, donne des tons pauvres et reste rouge après le passage a l’hyposulfite de soude et le lavage â l’eau, c’est que le bain d’azotate d’argent qui a servi â sensibiliser les feuilles est acide : il faut le saturer par la craie.

Yoici quelques autres recettes de virage que l’on peut également employer, niais dont la marche est moins régulière et moins économique.

Nous proscrivons avant tout, et d’une manière absolue, toutes les recettes qui produisent une sulfuration, soit directement, soit indirectement, par la décomposition du bain de fixage à l’hyposulfite de soude. En effet, la présence du soufre amènerait tôt ou tard la destruction de l’image. Nous condamnons donc l’usage des sulfures alcalins, l’addition des acides à l’hyposultite de soude, l’emploi d’hyposulfite de soude ayant servi précédemment â des fixages, ou, ce qui conduit au même résultat, l’addi-

tion dans le bain, qu’on laisse alors vieillir à dessein, d’azotate ou de chlorure d’argent ou de sel de fer. Nous pensons que jusqu’ici, du moins, l’emploi des sels d’or comme virage est le moyen qui présente la meilleure garantie de solidité; aussi nous recommandons principalement les formules qui en prescrivent l’usage.

2° Virage à l’acétate de soude de M. l’abbé Lahorde :

Eau iooosr

Acétate de soude 3o

Chlorure d’or i

Abandonner quelques heures jusqu’à décoloration. Ce virage s’emploie exactement de la meme manière que le précédent. L’action est plus rapide, la teinte finale des épreuves varie suivant que ce bain est acide (ce qui peut arriver si l’acétate de soude est cristallisé), neutre ou alcalin; l’alcalinité se présente presque toujours dans le cas où l’acétate de soude a été préalablement fondu.

Cette formule, qui a été employée presque exclusivement pendant les dernières années, a donné de trèsbeaux résultats. Nous préférons cependant la précédente, qui donne des teintes aussi belles avec une plus grande régularité et une plus grande économie.

3° M. Maxwell Lyte a donné les formules suivantes :

Chlorure d’or .

igr

Phosphate de soude. .

Eau distillée.

Ilit

On peut, d’après l’auteur, remplacer dans cette formule le phosphate de soude par le borate, et obtenir exactement les mêmes résultats.

4° Il est possible de varier pour ainsi dire à l’infini ces recettes de virages dits alcalins, en remplaçant l’acétate, le phosphate, le borate de soude par le carbonate, le bicar-

EPREUVES POSITIVES

bonate de soude, le citrate de soude additionné de carbonate, les carbonate et bicarbonate de potasse, et même tout simplement une lessive de cendres de bois; tous ces virages sont dans les mêmes conditions et s’emploient ainsi que nous l’avons indiqué au n° i ; seulement, lorsqu’ils sont à réaction franchement alcaline, ils perdent en peu de temps leurs propriétés.

5° Lorsqu’on a des papiers qui jaunissent facilement, même avant l’exposition a la lumière, ou s’ils ont jauni parce qu’ils sont préparés ou même impressionnés depuis longtemps, on peut employer un bain contenant de l’hypochlorite de chaux, indiqué par M. Legray et préparé

d’après la formule suivante :

Eau iooogr

Hypochlorite de chaux ( chlorure

de chaux du commerce) 3

Chlorure d’or ou chlorure double

d’or et de potassium i

L’hypoclilorite est d’abord délayé avec un peu d’eau dans un petit mortier, on l’ajoute à la solution d’or et on filtre. On emploie cette solution comme les au très; toutefois nous craignons un peu l’effet de l’action de l’hypochlorite de chaux sur l’hyposulfitc de soude, au point de vue de la conservation des épreuves.

6° On peut employer aussi le chlorure d’or rendu acide par l’acide chlorhydrique, soit la solution sui-

vante :

Eau iooosr

Chlorure d’or i

Acide chlorhydrique io

Cette solution est excellente pour ramener des épreuves qui sont sorties trop vigoureuses du châssis positif. On commence a laver â deux eaux pour enlever l’excès d’azo-

tate d’argent, on affaiblit par la solution d’or acide, on lave de nouveau et on fixe à l’hypo sulfite de soude.

7° M. de Caranza a proposé de substituer au chlorure d’or le bichlorure de platine, qui donne des tons trèsartistiques. 11 a décrit ainsi son procédé :

« Il faut laisser l’image positive que l’on veut fixer par » ce procédé se développer a la lumière, jusqu’à ce que » les blancs soient arrivés à une teinte violacée , et que » dans les plus grands noirs le chlorure d’argent soit » passé à l’état métallique. Cette épreuve est alors retirée » du châssis et plongée entièrement dans une cuvette de » porcelaine contenant une quantité de la dissolution » suivante assez considérable pour baigner complé- » tement la feuille positive :

Eau distillée 2oooer

Chlorure de platine à l’élat

presque sirupeux i cc

Acide chlorhydrique 3ogr

> L’épreuve prend, après^quelques secondes d’immer- » sion, une couleur bleu-gris; les parties métallisées » deviennent noires en s’éclaircissant, les demi-teintes se » conservent. On la retire de’ la solution au moment où » l’image paraît avoir acquis toute l’harmonie désirable.

» Alors on la plonge dans une cuvette et on la lave, en » ayant soin de changer l’eau cinq ou six fois; on a une » autre cuvette dans laquelle on met un lait de craie,

» l’épreuve y est agitée environ trois minutes; puis on » lave de nouveau deux ou trois fois avec de l’eau pure.

» Toute cette opération doit avoir lieu à la lumière » diffuse, pour ne pas teinter l’épreuve.

? On l’immerge ensuite dans la solution suivante :

Eau distillée . . 6oogr

HyposuHite de soude ioo

EPREUVES POSITIVES

3lC)

» Dès que l’épreuve est plongée dans cette solution » d’hyposulfite, elle est ramenée à des tons noirs très- * vigoureux ; les demi-teintes prennent une couleur rosée » qui donne a l’ensemble une harmonie extraordinaire, > les blancs sont parfaitement conservés.

» Un quart d’heure suffit pour fixer, et après le traite- « ment par l’eau l’opération se trouve terminée. »

8° Lorsque les épreuves ont été fixées et virées en employant les sels d’or, on peut leur donner un ton rouge très-vif, presque carmin , par un procédé que nous a indiqué M. le vicomte Yigier. On les immerge dans un bain d’eau dans lequel on a ajouté quelques gouttes seulement d’une solution saturée de bichlorure de mercure : une quantité trop considérable de ce réactif ferait entièrement disparaître l’image.

90 M. Humbert de Molard emploie un procédé de virage tout a fait différent de ceux que nous avons indiqués, et qui mérite d’être cité à cause de son extrême rapidité : l’épreuve étant fixée (et M. Humbert de Molard se sert de préférence, pour le fixage, d'une solution d’ammoniaque étendue de cinq fois son volume d’eau), il la lave à plusieurs eaux qu’il rejette, et, la feuille restant collée sur le fond de la bassine, il verse dessus n5o grammes d’eau environ, dans laquelle il a préalablement versé huit à dix gouttes de la solution de son cyanure iodeux.

Ce liquide, que M, Humbert de Molard appelle cyanure iodeux , est un mélange d’iodure de potassium et d’iodure de cyanogène dont voici la recette textuelle :

« Dans 25 grammes d’eau distillée, dissolvez i gramme de cyanure de potassium, ajoutez de l’iode en excès et agitez jusqu’à ce que la solution prenne la teinte de la bière; elle est alors prête à servir. La réaction est très-rapide et l’épreuve, rouge en sortant du bain

ammoniacal, passe rapidement par une série de tons bruns, bistre, noirs, gris, et se décolore complètement si l’action est prolongée; il faut avoir tout prêt un verre d’eau qu’on jette immédiatement sur l’épreuve pour arrêter le virage; on lave ensuite à plusieurs eaux et on laisse sécher. »

Ce procédé, qui réussit bien, lorsqu’on en a acquis l’habitude, pour les épreuves non albuminées, réussit également pour les épreuves albuminées, mais seulement si elles ont été préalablement virées dans un bain d’or; il est surtout précieux lorsque l’on emploie les papiers jaunis : il ramène immédiatement les épreuves à un ton très-frais et très-vif. On remploiera encore avec avantage pour dégrader des épreuves trop foncées; mais il arrive souvent alors que l’épreuve prend en séchant un ton verdâtre un peu froid que l’on peut lui enlever par un nouveau bain d’byposulfite de soude.

§ 186. Fixage . — Fixer l’épreuve, c’est la rendre invariable dans son aspect (et d’une manière plus absolue la rendre inaltérable); il faut pour cela éliminer par des dissolvants les sels d’argent sensibles à la lumière que la feuille de papier peut encore contenir, c’est-â-dire le chlorure d’argent et les composés organico-argentiques qui n’ont pas été impressionnés. Ce résultat s’obtient généralement avec l’byposulfite de soude auquel on peut substituer les sulfocyanures d’ammonium ou de potassium.

On prépare le bain d'hyposulfite de soude au titre de 20 a 25 parties pour ioo parties d’eau, soit :

Eau im

Ifyposulfile de soude . . . 25osr

Cette solution peut être préparée à l’avance, mais on doit toujours l’employer neuve , c’est-à-dire n’avant pas

ÉPREUVES POSITIVES. 3;i

encore servi à de précédents fixages. Elle ne peut donc être employée que pour fixer un certain nombre d’épreuves dans une même journée.

Lorsque toutes les épreuves ont été virées et rassemblées dans un bain d’eau ordinaire abondant, on procède au fixage en mettant dans une cuvette, soit en carton durci, soit en gutta-percha, la quantité de la solution d’hyposulfite de soude nécessaire pour que les épreuves puissent y baigner largement.

Les épreuves sont plongées une a une dans le bain en ayant la précaution d’agiter chaque fois la cuvette, de manière qu’elles ne se collent pas les unes sur les autres, dé chasser avec un pinceau toutes les bulles d’air qui pourraient s’interposer, d’éviter que les feuilles ne viennent se coller sur les bords de la cuvette en dehors du liquide : ce seraient autant de causes de taches partielles ; on ne doit mettre a la fois dans le bain qu’un petit nombre d’épreuves, car si elles ne sont pas espacées entre ell es par une couche assez considérable de liquide, il pourra se faire une décomposition qui entraînera une teinte jaune générale.

Le plus souvent l’épreuve, lorsqu’elle est plongée dans l’hyposulfite de soude, revient a un ton légèrement rouge (suivant la provenance des papiers); mais on voit cette teinte se modifier et devenir, suivant le fixage, violacée, ou noire, ou grise.

Après dix minutes d’immersion, lorsqu’on opère avec une température moyenne, l’effet est terminé pour la série d’épreuves mises ensemble au fixage. Par les temps froids il vaut mieux prolonger un peu l’opération ; on peut ensuite retirer les feuilles pour les placer dans une autre cuvette remplie d’eau ordinaire, et on recommence à fixer une seconde série d’épreuves dans le même bain, même

une troisième, en ayant soin toutefois que la somme totale ne dépasse pas la valeur de douze grandes feuilles pour i litre de bain (2 litres pour une main de papier). Le bas prix de l’hyposulfite de soude permet du reste de l’employer en excès, ce qui est toujours préférable. Le fixage étant terminé, on met cet byposulfite de soude aux résidus, puisqu’il est chargé de tout l’argent qu’il a enlevé aux feuilles. On ne doit jamais le conserver pour le lendemain, n’eût-il fixé qu’un nombre de feuilles de beaucoup inférieur à celui que nous avons indiqué; car en présence des sels d’argent il ne tarde pas à entrer en décomposition, et, tout en donnant de très-beaux tons, il déposerait dans l’épreuve même le germe d’une destruction prochaine.

Il faut, dans cette opération du fixage, un soin particulier pour éviter les taches qui se produisent toutes les fois qu’une quantité minime d’hyposulfite de soude vient en contact avec les sels d’argent; tandis qu’au contraire il ne s’en produit pas si un excès d’hyposulfite de soude est en contact avec une petite quantité de sels d’argent. Ainsi on doit avoir soin que les doigts qui prennent les épreuves virées pour les porter dans la cuvette de fixage ne touchent pas à l’hyposulfite de soude, ou bien il faut les laver immédiatement pour prendre une seconde épreuve. On pourra également, pour le transport des épreuves, se servir de pinces spéciales.

Ce mode de fixage s’applique à toutes les épreuves positives obtenues au moyen des sels d’argent, quel que soit le procédé de virage.

§ 187. Emploi des suif ocyanures alcalins . — M. Meynier a proposé de remplacer î’hyposulfite de soude par le sulfocyanure d’ammonium pour fixer les épreuves néga-

ÉPREUVES POSITIVES. 323

tives et positives. Le sulfocyanure de potassium peut aussi être employé; cependant l'échantillon que nous avons essayé donne des tons plus rouges. L’avantage de ces sels est de présenter une stabilité beaucoup plus grande, même lorsqu’ils sont chargés de composés argen tiques, et par conséquent de ne présenter aucune chance de sulfuration et de donner des épreuves qui résisteraient mieux à l’influence du temps. Jusqu’à présent le prix trop élevé de ces produits, l’emploi de bains concentrés à 4o ou 5o pour 100, la nécessité de deux fixages successifs sont autant de causes qui en ont forcément restreint l’usage; cependant on obtient des épreuves bien réussies avec les formules suivantes.

L’épreuve étant virée un peu plus que pour le fixage ordinaire est plongée dans un bain de

Sulfocyanure d’ammonium. 4°°êr

Eau ordinaire 1000

L’épreuve reprend un ton rouge qui, en prolongeant l’immersion, revient vers des tons plus noirs. Après dix minutes on la trempe dans un bain d’eau qui ne tarde pas à blanchir, parce qu’il se fait un dépôt de sulfocyanure d’argent insoluble dans beau. On passe ensuite la feuille dans un second bain de même composition que le premier, destiné à dissoudre la petite quantité de sulfocyanure d’argent formé, et on termine par des lavages prolongés.

Lorsque le premier bain est saturé de sels d’argent on le remplace par le second et on en fait un nouveau pour remplacer celui-ci; de cette manière les deux bains ne sont pas plus onéreux qu’un seul. S’il restait dans l’épreuve des quantités appréciables de sulfocyanure d’argent, on en serait vite averti, car ce sel noircit à la lumière et sa coloration indiquerait les endroits mal fixés.

DEUXIEME PAJïTIE.

§ 188. Lavage, — Lorsque ies épreuves ont été fixées, elles doivent être lavées avec le plus grand soin pour expulser complètement tout l’hyposulfite de soude ou les sels étrangers qu’elles pourraient contenir et qui les altéreraient par la suite; non-seulement ces lavages seront faits à grande eau dans une bassine profonde, mais surtout dans une eau renouvelée fréquemment au moins six ou sept fois, et de demi-heure en demi-heure : il faut prendre soin, chaque fois qu’on renouvelle l’eau, de changer les épreuves de place; le moyen le plus simple est d’avoir deux bassines dans lesquelles on les fait passer alternativement. M. Bayard préfère laver les épreuves au moyen de l’eau chaude dans une bassine étamée : l’action dissolvante de l’eau chaude est, en effet, dans les conditions de l’expérience, beaucoup plus énergique, et le lavage peut être fait plus rapidement; mais ce procédé ne pourrait convenir pour les épreuves gélatinées, et demanderait une installation particulière pour une grande exploitation.

Le lavage fait à l’eau courante sera encore excellent; il faut alors avoir la précaution de remuer fréquemment les épreuves; sans cela, si les feuilles positives sont un peu nombreuses, le lavage reste imparfait, même après dix heures d’un courant continuellement renouvelé.

Il est facile de se rendre compte si le lavage a été fait d’une manière complète et si l’on peut sécher les épreuves ; il suffit, en effet, de recevoir dans une petite capsule ou soucoupe de porcelaine les dernières gouttes d’eau qui s’écoulent d’une épreuve que l’on a sortie de la bassine de lavage. On laisse tomber dans cette eau un petit cristal d’azotate d’argent : si le lavage est complet, il ne se fait pas de coloration; si, au contraire, le lavage est incomplet, l’hyposulfite de soude, en présence d’un excès d’a-

ÉPREUVES POSITIVES. ^20

zotate d’argent, se décompose, il se forme un sulfure d’argent qui s’étend en taches rondes, jaunes ou brunes, tout autour du cristal d’azotate d’argent : on doit alors continuer les changements d’eau. Celte réaction est si sensible, qu’elle accuse facilement la présence de 5 milligrammes d’hyposulfite de soude par litre d’eau.

§ 189. Séchage. — Lorsque les épreuves sont convenablement lavées, on les fait sécher. Pour cela on dispose d’abord une corde sur laquelle on étend une feuille de papier commun sans fin, et sur ce papier on met les épreuves a cheval. On peut les abandonner ainsi jusqu’à dessiccation complète ; mais les papiers albuminés s’enroulent en séchant, et on a beaucoup de peine à les dérouler pour remettre les feuilles planes, nous préférons, lorsque les épreuves sont égouttées, les sécher dans des buvards de gros papier destinés spécialement à cette opération. En changeant de buvard deux ou trois fois, on a rapidement des épreuves bien sèches parfaitement planes et prêtes à être coupées.

§ 190. Montage des épreuves . — L’épreuve sèche est terminée quant à la partie photographique, mais elle ne rendra tout son effet que lorsqu’elle sera convenablement montée sur bristol. Ce travail, tout à fait secondaire , a cependant son importance et doit être fait avec soin.

On doit d’abord enlever ou rafraîchir les marges, et en même temps disposer l’épreuve d’aplomb et d’équerre. Pour cela, on place la feuille à couper sur une glace ou un verre sacrifié pour cet usage; et, au moyen d’une équerre et d’une lame tranchante on coupe les quatre côtés. Nous nous servons à cet effet d’une équerre en glace sur laquelle on a tracé au diamant, dans deux sens, une série de lignes parallèles, se coupant à angle droit et

donnant tout de suite l’aplomb de l’épreuve {fig. 45). Cet aplomb doit se prendre sur les lignes perpendiculaires des batiments, et s’il y a eu déformation forcée de ces

Fig. 45.

lignes, on prendra cet aplomb de préférence sur les lignes du milieu. A mesure que les épreuves sont ainsi coupées, on les met les unes sur les autres dans un buvard pour les empêcher de s’enrouler.

Si l’épreuve doit avoir une forme spéciale comme un ovale, il faut ou prendre un calibre fait à l’avance ou tracer l’ovale soit avec un outil spécial, soit en faisant la construction géométrique nécessaire, ou, ce qui est plus simple encore, en construisant l’ovale dit des jardiniers.

Pour avoir ce dernier, on commence par tracer sur un carton mince une ligne AB ( fig . 46) sur laquelle on dé-

Fig. 46.

termine le grand diamètre de l’ovale. Sur le milieu de la ligne AB on trace la perpendiculaire CB, et on détermine

ÉPREUVES POSITIVES. 827

le petit diamètre en passant par le milieu O. On prend ensuite avec un compas la distance AO, et, mettant une des pointes en G, on fait arriver l’autre sur la ligne AB du côté A (soit en e)9 puis du côté B (soit en e'). Sur chacun de ces points e et e' on plante une forte épingle, et on attache à ces épingles un fil assez lâche pour qu’en le tendant avec un crayon, la pointe élu crayon arrive juste en C. En continuant de tendre le fil avec le crayon et le faisant marcher, on trace une ligne qui passe successivement par CADBC; on obtient ainsi l’ovale cherché. On découpe le carton avec une pointe coupante, en suivant le trait aussi exactement que possible, et on a une ouverture ovale qu’on place sur l’épreuve positive pour en suivre les contours avec la pointe.

Nous avons dit plus haut que dans les diverses circonstances où l’on voulait des épreuves ayant une forme autre que la forme carrée, il valait mieux faire à l’avance un découpage que l’on appliquait sur le cliché même et que l’on obtenait ainsi une épreuve sortant du châssis avec la forme voulue et des marges blanches. 11 suffit alors d’égaliser ces marges en les coupant â angles droits, et la différence de teinte entre le bristol et cette marge qui a pris une légère coloration, suffit pour jouer l’effet d’un collage sur papier de Chine.

Ces procédés sont applicables aux épreuves qui n’ont pas forcément une dimension fixe; mais pour les épreuves stéréoscopiques, les épreuves dites cartes de visite et dans maintes autres circonstances , il est préférable d’avoir un calibre de glace de la dimension et de la forme voulues (fig 45). On trace également sur ces calibres des lignes parallèles aux côtés pour faciliter la mise d’aplomb et on coupe les épreuves en suivant les arêtes du calibre.

Les épreuves étant coupées, on les trempe toutes dans

une cuvette bien propre, contenant de l’eau pure ; aussitôt mouillées on les relève en les appliquant toutes les unes sur les autres, et pour plus de facilité dans le collage ôn les tourne toutes dans le même sens et on met le paquet à égoutter dans un buvard.

On peut employer indifféremment, pour coller les épreuves, de la gomme, de la dextrine, de la colle de pâte; nous préférons cette dernière parce que la dextrine est toujours assez colorée, les excès de gomme donnent des luisants sur les marges, tandis que la colle de pâte ne présente ni Y un ni l’autre de ces inconvénients ; la colle de pâte, vendue sous ce nom dans le commerce, contient des sels étrangers, souvent un excès de chlorure de sodium qui pourrait altérer les épreuves : nous préférons celle que l’on fait soi-même d’après la formule suivante.

On commence par faire bouillir pendant dix minutes io grammes de dollage de peau blanche (peau préparée pour gants), dans 5oo centimètres cubes d’eau, puis on y ajoute a5 grammes d’amidon préalablement délayé dans un peu d’eau, on maintient l’ébullition pendant une ou deux minutes, et après quelques instants on passe cette colle dans une mousseline qui retient toutes les impuretés; lorsqu’elle est refroidie on la bat avec le pinceau dit queue de morue destiné a l’étendre, on la passe de nouveau pour enlever tous les grumeaux, et on procède au collage. Cette colle se conserve plusieurs jours et peut être employée tant qu’elle n’a pas pris l’odeur aigre qui caractérise un commencement de décomposition.

Le paquet d’épreuves à coller, encore tout humide, est renversé sur une glace, on étend une couche mince de colle sur le dos de l’épreuve en passant le pinceau à plusieurs reprises, surtout sur les bords et sur les coins, puis, soulevant la feuille encollée, on l’applique sur le

ÉPREUVES POSITIVES. 3 2

bristol, et, posant par-dessus une feuille de gros buvard, on frictionne dans tous les sens avec un tampon de linge pour amener un contact intime.

Il se présente ici, pour les grandes épreuves seulement, une petite difficulté, c’est d’appliquer du premier coup l’épreuve juste à l’endroit voulu pour que les marges du bristol soient égales et convenablement disposées; car, si on changeait plusieurs fois la feuille de place, la colle n’étant plus en quantité assez considérable, il se ferait en séchant des décollages partiels. On remédie facilement à ces inconvénients par le tour de main suivant : sur une planchette de bois verni, aussi grande que la plus grande dimension de bristol employé, on trace au crayon des lignes qui correspondent aux diverses grandeurs le plus communément employées; à la base de cette planchette une règle mobile dans deux rainures, et fixées a volonté par deux écrous, sert de butoir pour le bristol.

On commence par étendre sur cette planchette la feuille encollée, l’image touchant le bois et la colle en dessus, on la dispose exactement comme on veut qu’elle soit emmargée; puis, prenant la feuille de bristol et butant le bord contre la règle, on l’applique sur la feuille encollée, on passe sur le dos à plusieurs reprises un tampon ou la paume de la main, on relève le tout, et l’épreuve est enlevée en même temps, juste en place si on a convenablement disposé son appareil : on n’a plus qu’a presser à la surface un buvard qui enlève l’excès d’humidité et chasse les bulles d’air. On doit éviter tout frottement, car la pellicule d’albumine s’éraille avec facilité tant qu’elle est humide.

À mesure que les feuilles sont collées, on les place les unes sur les autres sans les frotter et on les suspend séparément pour laisser sécher.

Le lendemain on les met de nouveau en tas, on les presse entre deux planches afin de les rendre plus planes, puis on procède avec de l’encre de Chine ou au mélange convenable de couleurs aux diverses petites retouches qui sont souvent si nécessaires (points métalliques, comètes, etc., etc.).

Quel que soit le soin avec lequel une épreuve est collée, le grain du papier, les inégalités de colle ressortent d’une manière fâcheuse, ces petits accidents disparaissent par le cylindrage. If faut pour cela ou envoyer cy lin cirer au dehors, et trop souvent les épreuves reviennent maculées, ou avoir dans son atelier une presse à cylindrer.

La fig. 47 représente le modèle de presse à satiner de

M. Lecoq. Par une innovation heureuse, la plaque d’acier ou la pierre polie sur laquelle on satinait l’épreuve a été remplacée par une glace très-épaisse, parfaitement polie

ÉPREUVES POSITIVES. 33 I

et beaucoup moins altérable que la pierre ou l’acier. On doit avoir soin de ne pas trop serrer le rouleau, car un satinage répété deux ou trois fois sous une pression graduée est préférable à celui que l’on ferait sous une pression trop forte.

Après cette opération, l’épreuve paraît nette, brillante, et toutes les inégalités doivent être effacées; il reste cependant une dernière opération a lui faire subir, les diverses petites retouches ont produit des points mats, et d’autre part les grands noirs sont quelquefois métallisés et manquent de profondeur comme dans une peinture non vernie et embue. Il suffit, pour faire disparaître les uns et ramener les autres, de mettre sur l’épreuve une couche d’encaustique.

L’encaustique f formule de M . Mailand) est composé d’un mélange de cire blanche, d’essence de térébenthine rectifiée et de mastic en larmes, dans les proportions suivantes :

Essence . 25ogr

Mastic en larmes. 25

et après dissolution du mastic on ajoute :

Cire vierge. . . , 25ogr

On filtre au papier ce mélange encore chaud et on le conserve pour l’usage dans des flacons bien bouchés. En hiver on augmente un peu la proportion de térébenthine; ce mélange doit avoir une consistance de pommade onctueuse.

Avec une flanelle on en étend une couche très-légère sur toute l’épreuve, et aussitôt, avec un second tampon de flanelle, on frotte en tous sens pour en enlever l’excès. Cette dernière toilette de l’épreuve lui donne une grande profondeur et un grand éclat.

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