CHIMIE ANIMALE
] enfance de la science, tout est incomplet, les faits sont disséminés; des propriétés particulières singularisent piesque tous les produits obtenus î aussi les ouvrages les plus complets et les plus estimés n’offrent en general qu une compilation peu rationnelle de tous les phénomènes. L on a cependant cherché à se rapprocher dans l’etude de la chimie animale de la division si naturelle qui nous a servi a classer les substances végétales, et on a forme trois sections avec les substances animales. La première renferme les substances qui 11e sont ni grasses ni acides; la seconde, les matières grasses ; la troisième les substances acides.
Dans cette division , la première section se composerait de la fibrine , Y albumine , la gélatine , la matière caséuse , Y urée , la matière colorante du sang , le picromel , le sucre de lait et le sucre des diabète .
Dans la seconde section on rangerait la stéarine , Yélaine s la cétine , la choie sienne , la phocénine , la butyrine , Y hircine.
Enfin la troisième section, celle des acides se subdiviserait en i° acides oxigénés , savoir les acides urique , purpurique , rosacique , lactique , cyanique et quelques autres ; 20 acides non oxigénés ayant tous pour base le cyanogène ; ce sont les acides hy clrocy unique , hydroferro cyanique et chlorocy unique ; 3° acides gras résultant, a 1 exception d’un seul, de la saponification ou combinaison d’un alcali avec une substance grasse ; ce sont les acides sébacique , cholestérique , margarique, oléïque, phocénique , butyrique , hircique , etc.
L’étude des matières animales faite d’après cette classification ne nous dispenserait pas de l’examen de la composition des parties animales telles que la nature nous les présente : nous croyons donc, sans rejette? la classification ci-dessus, 11e pas devoir la suivre, mais décrire les principes immédiats qui en font l’objet à mesure qu’il s’offriront à nous dans la décomposition des
parties animales. Je diviserai donc la chimie en sept sections.
Sfction. De l'analyse élémentaire.
2 Section. Des dîners liquides animaux.
3e Section. Des solides qui composent les différens systèmes d'organisation.
4e Section. De quelques produits particuliers.
5e Section. Des matières fécales.
6e Section. Des fonctions animales.
7 e Section. De là putréfaction végétale et animale .
Ire SECTION.
De l' Analyse élémentaire.
Toute substance animale , excepté les matières grasses, distillée à vases clos, donne de l’eau, de l’aeide carbonique , du sous-carbonate d’ammoniaque, île 1 aeetate d ammoniaque , de l’oxide de carbone, de 1 hydrogène carboné, du gaz azote , et un charbon difficile à incinerer ; tous ces produits sont salis par une huile noire , fétide et pesante. La nature de ces composés démontré qu en general les substances animales sont formées d’oxigène, d’hydrogène, de carbone et d’azote. Les graisses donnent un résultat analogue, si ce n’est qu on ne trouve aucune trace d’azote et d’ammoniaque. Indépendamment de ces elemens , on trouve presque toujours des matières salines et terreuses qui sont quelquefois nécessaires à l’existence des organes : tel est le sel calcaire (phosphate de chaux) que renferment les os.
L analyse elemen ta ire peut se faire par plusieurs méthodes : MM. Gay-Lussac et Thénard ont cherché à appliquer a cette analyse la méthode dont nous avons parle, mais ils se sont assures qu’un excès de chlorate de potasse formait toujours plus ou moins d’acide nitreux , ce qui complique les résultats. Bérard a proposé et s est servi de la méthode que AI. Gay— Lussac avait
employée le premier pour faire l’analyse cîe Lucide urique; dans cette méthode la substance est mêlée au peroxide de cuivre : ce mélange est placé dans un tube ferme à une extrémité , et recevant à l’autre un tube qui se rend sous la cloche à mercure : on chauffe ; l’oxide de cuivre cède son oxigène à la matière animale , il se dégage de l’eau, de l’acide carbonique et de l’azote. En pesant le tube avant et après l’expérience, on connaît la quantité d’oxigène pris au peroxide ; on a donc ainsi tous les elernens de calcul nécessaires pour connaître les poids respectifs d’oxigène, d’hydrogène, de carbone et d azote , qui formaient la substance animale. On décompose 1 acide nitreux qui peut se former en entourant le mélangé d’une couche de trois quatre millimètres de limaille de cuivre.
On doit rapporter à l’analyse élémentaire cette réaction singulière qui a lieu entre une substance animale azotee et un alcali fixe : le résultat de cette action est une solution particulière d’acide hydrocyanique et de potasse, cette solution n’offre par elle-même rien de bien intéressant; mais elle est le moyen par lequel on arrive à la formation du bleu de Prusse dont on fait un emploi si considérable dans les arts , particulièrement pour la coloration des papiers de tenture : sous ce rapport ce phénomène mérite toute notre attention.
Si on calcine pendant une demi-heure au rouge brun une matière animale azotée, le sang, la corne, etc. , etc. , avec la potasse , et si ensuite on laisse refroidir, on obtient une matière jaunâtre qui, dissoute dans quinze fois son poids d’eau, porte en fabrique le nom de lessive du sang. Cette solution examinée avec soin présente tous les caractères de l’hydrocyanate de potasse liquide : i° si on y verse un acide , l’odeur des amandes amères prédomine ; 2° le cyanure de potassium ou l’hydrocyanale de potasse fait directement offre une identité parfaite avec le corps contenu dans la lessive du sang. On fait à part une dissolution de sulfate de fer et d’alun, puis on la verse dans la lessive du sang; il se précipite à
l’instant un corps d’un bleu magnifique , c’est le bleu de Pi 'lisse. Par des lavages répétés , les matières étrangères sont dissou tes, et le fer est porté au maximum d’oxidation ; la qualité du bleu de Prusse diminue à mesure que l’on augmente la proportion d’alun qui entre dans la solution de sulfate de fer. On supposait anciennement que la lessive du sang étant un hydrocyanate de potasse , le sulfate de fer et le sulfate d’alumine mis clans cette liqueur donnaient lieu à une double décomposition , qu’il se précipitait de l’hydrocyanate de fer mêlé à de l’alumine , et que la liqueur surnageante était du sulfate de potasse. Les travaux de M Porett ont prouvé que cette opinion que l’expérience paraissait justifier ne pouvait être soutenue ; je ne puis ici rappeler toutes ses expériences , un seul fait d’ailleurs suffira pour infirmer l’opinion ancienne. Le bleu de Prusse mis en ébullition avec la potasse donne un sel cristallisable , jaune, qui se conserve indéfiniment, et qui est d’un emploi journalier dans les laboratoires par la variété de couleurs des précipités qu’il forme dans les solutions métalliques. Si le bleu de Prusse était un hydrocyanate de fer, le sel jaune obtenu par le traitement du bleu de Prusse par la potasse serait un hydrocyanate de potasse, eteependant ce sel ainsi obtenu peut se conserver indéfiniment, tandis que le sel fait dircctenu nt par l’union de l’acide hydrooyanique et de la potasse n’a qu’une existence éphémère et se décompose très rapidement. Suivant M. Porett, la différence est due au fer que le sel jaune renferme ; ce serait un ferrocyanate de potasse. Le même chimistcen a isolé l’acide ferrocy unique ; cet acide évaporé cristallise et brûle à la flamme d’une bougie en scintillant , ce qui paraît i cliquer la présence du fer à l’état métallique: conséquemment ,
Le sel jaune serait un ferrocyanate de potasse.
Le bleu de Prusse un ferrocyanate d’oxide de fer.
On peut en conclure que les précipités que forme le
368 analyse élémentaire.
ferrocyanate de potasse dans les solutions métalliques sont des sels insolubles, formés d’acide ferrocyanique et de 1 oxide métallique. 4
Le bleu de Prusse est un corps solide , bleu , insoluble
ans eau; il ressemble à l’indigo, mais il n’a pas le
1 ellet cuivre qui distingue ce dernier ; on l’emploie dans
,Go arîf / /°Pour Pendre en bleu les papiers de tenture ;
2 me le a 1 ocre jaune , il forme une belle couleur verte plus economique , mais aussi , bien moins solide que celle donnée par le vert de Scheèle ; 3° pour teindre la soie en bleu-Raymond ; cette branche de teinture est une nouvelle application des connaissances chimiques ; la soie est plongée dans une dissolution d’hydrochlorate de 1er , puis lavée a l’eau de savon ; on la plonge alors dans une solution de ferrocyanate de potasse légèrement acidulée par 1 acide hydrochlorique ; il y a double décomposition : le bleu de Prusse ( ferrocyanate de fer ) se fixe sur la soie et l’hydrochlorate de potasse est enlevé par des lavages répétés.
Lu mélangé de bleu de Prusse en poudre et de deutoxide de mercure mis dans l’eau et soumis à l’ébullition donne une liqueur incolore qui , filtrée et évaporée , donne des cristaux plus ou moins analogues à ceux du sel marin; ce sel parait être un hydrocyanate de mercure: il est employé dans la préparation de l’acide hydrocyanique dont nous avons renvoyé l’histoire à la partie qui nous occupe.
Acide hydrocyanique ou prussique. Liquide très volatil , ayant une odeur très forte de fleurs de pêcher ou d amandes amères. La saveur qui est d’abord douceâtre devient âcre, chaude et excite la toux. Cet acide est un poison violent. Une goutte placée sur la langue d’un chien le tue à l’instant. L’animal, dit M. Magendie, fait deux ou trois inspirations, et tombe comme s’il était frappe de la foudre. Toute sensibilité et contractilité des muscles locomoteurs sont immédiatement détruites.
La nature de cet acide lut long-temps inconnue. Le mémoire de M. Gay-Lussac a levé toutes les ipcerti-
tildes; jl est prouvé actuellement : i° que si Ton traite le h! eu de .Prusse par le deutoxide de mercure , on obtient un deutooyanure de mercure composé de cyanogène (azote carboné ) et de mercure ; 2° que si l’on verse de 1’ocide hydrochlorique sur le cyanure de mercure , l’hydrogène de l’acide s’unit au cyanogène, forme l’acide hydrocyanique , tandis que le chlore s’unissant au mercure forme un deutochlorure de mercure. Rappelons en -effet les nombres que nous donne l’échelle synoptique.
Le cyanogène est formé de 14 azote et de (> de carbone = 20.
J>e cyanure de tnerc. se compose de 40 cyanogène, 200 de ni.
Si on verse de l’acide hydrochlorique formé de 2 hydrogène, 72 chlore, on aura donc pour résultat :
Acide hydrocyaniqne, 2 hydrogène, 4o cyanogène.
Deutochlorure de mercure, y 2 chlore, 200 mercure.
Pour obtenir l’acide hydrocyanique pur, AI. Gray— Lussac prend le cyanure de mercure, le pulvérise, le dél aie dans l’acide hydrochlorique étendu d’eau , et chauffe légèrement ce mélange. La petite cornue dans laquelle on fait cette décomposition est adaptée à un tube de verre contenant, dansla moitié de sa capacité , du carbonate de chaux, et dans l’autre du chlorure de calcium tondu. Ce tube est lui-même terminé par un autre tube d’un plus petit diamètre , qui vient plonger dans une eprouvette disposée au milieu d’un mélange réfrigérant : on conçoit ce qui arrive dans cette opération. L’acide hydrocyanique se dégage et se débarrasse de l’eau qu’il renferme par le chlorure de calcium , de l’acide hydrochlorique par le carbonate de chaux ; il arrive donc parfaitement pur dans l’éprouvette.
Maigre l’action délétère de l’acide hydrocyanique , on a pensé qu’en atténuant son degré d’énergie, on pourrait en tirer avantage dans certains cas morbides;
SàNG. — SÉRUM.
on le prescrit alors étendu de huit parties d’eau , sous le nom d’acide hydrocyanique médicinal.
2e SECTION.
Des divers Liquides animaux.
Ces liquides sont en très grand nombre et varient dans leur état particulier de liquidité ; je ne parlerai ici que des douze principaux : i° le sang : 2° la bile ; 3° le lait; 4° l’urine; 5° le chyle; 6° le chyme; y0 la liqueur séminale ; 8° la salive ; 90 les humeur» de l’œil ; io° les larmes ; 1 1° la synovie ; 120 la transpiration insensible.
Du Sang.
Liquide rouge , d’une saveur salée , légèrement alcaline , d’une pesanteur spécifique variable* mais dont le terme moyen serait 1,0527. Le sang est tellement important dans l’économie animale, que le nombre des savans qui ont étudié sa nature et recherché ses propriétés est immense ; cependant son histoire laisse beaucoup à désirer : on a constaté jusqu’ici qu’il est composé de trois principes immédiats : i° du sérum ; 20 du cruor ; 3° delà fibrine et de quelques principes minéraux.
Le sang abandonné à lui même se sépare en deux parties : l’une liquide, d’un jaune-verdâtre, c’est le sérum ; 20 une masse demi solide de la consistance du lait caillé , c’est le cruor.
Sérum. Il est alcalin et se coagule à la température de ioo°; il présente alors tous les caractères de l’albumine coagulée. Nous avons déjà examiné les propriétés de cette substance ; il nous sera donc facile d’expliquer l’action du sang dans la clarification des sucs de betteraves et de cannes : lesérumse divise dans toutela masse, se coagule et s’empare de toutes les parties étrangères qui troublaient la transparence du liquide. Le sublimé
CRUOR. 37i
corrosif liquide ( deutochlorure de mercure) verse dans le sang, donne un précipité d’albumine et de l’oxide mercuriel; on en a conclu que le blanc d’œuf peut être pris comme contre-poison du sublimé corrosif, mais il ne faut pas en prendre un excès , car l’albumine redissout le précipité formé.
Suivant M. Berzélius, 1000 parties de sérum de sang humain sont composées de :
Eau yo5
Albumine go
Hydrochiorate de soude et de potasse 6
Lactate de ‘oude et matière animale 4
Soude, phosphate de soude , matière animale
Perte. 0,9
Cruor. La masse demi solide que i’011 obtient après la séparation du sérum est rouge foncée, d’une pesanteur spécifique de 1,245. En lavant avec soin sur un tamis ce caillot sous unnetit filet d’eau jusqu’à ce que ce liquide en découle sans couleur, une partie se dissout, et il en reste une certaine quantité sur le tamis. Le caillot s’est ainsi séparé en deux portions , savoir : i° en une substance élastique blanche solide , fibrine y 20 en la portion tenue en dissolution par l’eau , qui constitue la matière colorante , non pas cependant à l’état de pureté , car il est impossible de séparer complètement le caillot du sérum. M. Berzélius a démontré que le cruor se compose de :
Matière colorante C4
Fibrine et albumine .... 36
On sait peu de chose sur la nature intime de la ma-