‹ Chimie. Traité élémentaire de cette science et de ses applications aux arts et aux manufacturesChapitre 7 sur 162 · POINTS D ÉBULLITION · texte numérisé non relu

POINTS D ÉBULLITION

Terme de l’ébullition.

^Substances.

Acide nit. pes. 1,42... 120 Acide suif. pes. 1,849- • 3i8

Substances. Terme de l'ébullition.

Alcool 7 3°

Ammoniaque 60

POINTS D EBULLITION.

Substances. Terme de l’ébullition.

Carbonate de potasse ]iq . i 27

Eau 1 00

Ether sulfurique 36

Huile de lin . . . 3 1 6

Substances. Terme de l'ébullition

Phosphore 2g0

Soufre

Sulfure de carbone. ... 4-

On a observé que le point de fusion des corps était susceptible de varier considérablement. Le terme d’ébullition est encore moins facile à déterminer , car il dépend entièrement de la pression atmosphérique qui pèse sur la masse liquide , pression qui êst en général équivalente a celle d une colonne de mercure de 76 centimètres ou d une colonne d’eau de 002 centimètres ou 32 pieds.

Le point d’ébullition d’un liquide s’élève ou s’agisse selon que la pression barométrique augmente ou , iinue : l’on est donc convenu de faire bouillir , 'sous la pression de 0,76, l’eau destinée à déterminer l’un des points fixes du thermomètre.

Calorique latent. Avant 1757, époque où le docteur Black donnait ses leçons de chimie à Glasgow, on supposait généralement cjue les solides échauffés jusqu a leur point de fusion étaient convertis en liquides par l’addition d’une petite quantité de chaleur , et que réciproquement ces liquides repassaient à l’état solide par une légère diminution de calorique. Ce fut ce savant qui démontra que ce passage de l’état solide à 1 état liquide exigeait une quantité de chaleur considérable qui disparaissait, et par conséquent devenait insensible au thermomètre. Une masse de glace à o° , placée sur le feu passe à l’état liquide ; mais le thermomètre est stationnaire tant qu’il y a delà glace à fondre : I eau placée dans les mêmes circonstances s’échaufferait , il faut donc en conclure que le calorique , dégagé par la source de chaleur , passe à un état la— lent, pour se montrer de nouveau lorsque l’eaif redevient glace. Or, si l’on mêle une livre d’eau «à o°, et

une livre d’eau à q5°, le mélange est deux livres d’eau à 3h°,5 ; tandis que si l’on mêle une livre de glace à o° et une livre d’eau à ^5° , la glace se fond, et le mélange offre deux livres d’eau à o°, c’est-à-dire que la glace , pour se fondre , absorbe la chaleur qu’il faudrait pour élever son poids d’eau de o° à y5°. Le passage à l’état gazeux présente le même phénomène : le mélange de I partie à ïoo° et de 5 parties d’eau à o° esta i6°,6, tandis que si l’on fait arriver une livre d’eau en vapeur dans 5 livres d’eau à o°, on obtient 6 livres d’eau qui sont envirbn à ioo° ; ou en d’autres termes , la chaleur nécessaire pour vaporiser une quantité donnée d’eau élèverait 5 fois le même poids d’eau de o° à ioo°. J’ai préféré faire le calcul sur des nombres entiers; mais l’expérience , lorsqu’elle est faite avec toute la précision possible, prouve que :

La Jpace en se fondant absorbe 7 70, 25 de chaleur , l’eau eii se vaporisant absorbe 538° à 55o° de chaleur.

Le docteur Black donna à ce calorique le nom de calorique latent, parce que la présence n’en est point indiquée par le thermomètre ; il s’assura de plus que ce phénomène n’est pas particulier à l’eau ; plusieurs solides en devenant liquides, la cire, le suif, le blanc de baleine, le soufre, l’alun, le nitrate de potasse, éprouvent le même effet; ainsi le soufre exige 8o° , le blanc de baleine 81 °, le plomb 90°, la cire 08°, le zinc 274°, l’étain 278°, le bismuth 3o6°.

Calorique spécifique. La quantité de chaleur que demande un corps pour passer d’un degré à un autre du thermomètre varie pour chaque genre de substances : 011 lui donne le nom de calorique spécifique , et on peut là déterminer de trois manières différentes :

Première méthode. Par la fusion de la glace : si un corps porté de o° à 5o° a exigé plus de calorique qu’un autre , il est évident qu’il cédera plus de calorique lorsqu'il se refroidira de 5o° à o°. Par conséquent si on le plonge dans la glace il liquéfiera une dose plus con-

siderable de cette dernière substance, et le poids de l’eau produit serait en rapport avec son calorique spécifique. Cette méthode est due a MM. Lavoisier et La place : ils ont opéré avec un appareil auquel ils ont donné le nom de calorimètre ; c’est une suite de ea- 8es métalliques concentriques , s’enveloppant successivement : on peut se servir plus simplement d’un morceau de glace dans lequel on a pratiqué une cavité qui reçoit le corps dont on veut évaluer le calorique spé- < ifique. Ces physiciens ont observé, par exemple, qu’une masse d eau placée dans leur calorimètre fondait 2 livres, oru 8402 grains de glace pour passer de ioo° à o°, tandis qu un poids égal de mercure 11e fondait, dans le même changement de température , que 7 gros 38 grains ou vjZ|2 grains : ils ont conclu de celte différence que le calorique spécifique de l’eau étant 18432, celui du mercure était 542, ou que celui de l’eau étant ï, celui du mercure était Î|||I ou 1/34, ou 0,0290.

Seconde méthode. Par les mélanges : si on mêle une li\ie d eau à 35°, et une livre de mercure à o°, le mélange est à 34°. On en conclut que la chaleur qui élève leau de 1° élève le mercure de 34, ou, en d’autres termes, que le calorique spécifique du mercure est 1/84 , ou 0,0290 , celui de l’eau étant 1.

Troisième méthode. Par le refroidissement : l’expérience prouve que plus un corps exige de chaleur pour s elever à une certaine température, plus il mettra de temps pour revenir de cette température à son état nrimild : conséquemment, si on élève plusieurs corps a la meme température , les temps de refroidissement seront en rapport avec leur calorique spécifique. Cette dernière méthode, employée par MM. I)ulon°- et Petit et ensuite par M. Despretz , leur a donné des résultats qui s’accordent avec ceux obtenus par les méthodes précédentes. Ces résultats ont été relatés dans les annales de chimie.

Les tables qui donnent le calorique spécifique des corps sont en grand nombre , mais elles sont tellement

contradictoires , que nous nous dispenserons de lesrapporter ici.

Les trois méthodes que nous venons de développer ne sont pas applicables aux fluides élastiques ; on doit à Delaroche et Bérard un moyen très exact qui donne la capacité des substances gazeuses pour le calorique. Il serait trop long de rappeler ici les détails de leurs expériences : ce mémoire a été imprimé dans les annales de chimie de 1 8 1 3 ; nous nous Contenterons de rapporter quelques-uns de leurs résultats dans la table suivante :

Calorique spécifique des gaz , d'après de Laroche et Bérard .

Rapporté à l’eau.

Eau. . .

Air . .

Hydrogène

Acide carbonique Oxigène . .

Azote

Gaz oléifiant . .......

Rapporté à l’air.

Même yol. Même poids.

Air 1,0000 1,0000

Hydrogène. . o,9o33 12,340 r Acide carbon. 1,2583 8,8280

Oxigène.... 1,9765 1,8848

Azote 1,0000 i,o3i8

Gaz oléifiant. i,553o 1,5768

Le calorique spécifique d’un corps paraît augmenter avec sa température ; mais on ne connaît pas encore exactement quelle est la loi que suit cette capacité dans son accroissement. s

Sources du calorique. INous avons donné un aperçu des propriétés et des effets du calorique ; examinons les moyens par lesquels cet agent peut être dégagé et rendu sensible , ou les différentes sources d’011 on peut l’obtenir. Les moyens peuvent se réduire à six : i° le calorique émane du soleil par rayonnement ; 20 il est dégagé dans la combustion ; 3° il est rendu sensible par la percussion ou par la compression ; 4° le frottement ; 5° l’électricité ; 6° les mélanges et combinaisons chimiques. Les sources de la chaleur sont donc les mêmes

que celles de la lumière : on sait en effet que le calorique dégagé en grande quantité est toujours accompagné de lumière.

Les rayons solaires produisent peu d’effet sur les corps diaphanes, tandis qu’ils échauffent sensiblement les corps opaques , et l’élévation de température dans ces derniei s est d autant plus grande que leur couleur est plus foncée : cependant cet effet s’élève à peine à 5o ; mais on peut 1 augmenter en concentrant ces rayons au moyen des lentilles.

Le calorique est dégagé dans la combustion; nous developpei ons cette partie lorsque nous parlerons de l’agent de la combustion ou de l’oxigène.

On sait qu il se produit du calorique par la percussion des corps durs entre eux ; tout le monde est familier avec les étincelles qui s’échappent dans la collision de 1 acier sur le caillou. Les gaz comprimés dégagent aussi de la chaleur; c’est sur ce principe qu’est fondé le briquet a air qui n est qu un cylindre creux fermé par un bout et dans lequel se meut un piston ; un morceau d amadou est fixé dans une cavité pratiquée sous le piston ; en abaissant rapidement ce dernier la compression subite de l’air, renfermé dans le cylindre, enflamme 1 amadou. Ce dégagement du calorique parait du a une condensation permanente on temporaire du corps frappé ou du gaz comprimé ; mais il n est pas aussi facile d’expliquer le calorique produit par le frottement. Gomment cet agent est-il alors dégage? Ce n est pas en augmentant la densité des corps trottes, car il se produit de la chaleur lorsque l’on flotte deux corps mous , comme chacun peut s’en couva incie en frottant rapidement sa main sur son vête— ment : on ne peut d un autre coté attribuer cet effet a a diminution du calorique spécifique des corps rottes; car, suivant Rumford, il n’y a pas de diminution sensible , et même en l’admettant, le calorique dégagé sei ait insuffisant pour rendre raison de l’énorme ena eui qui se développe : on ne peut également sup-

poser qu’il y ait fixation d’oxigène , comme le prouvent les expériences de M. Pictet de Genève : nous sommes donc jusqu’ici hors d’état d’expliquer ce phénomène.

Les mélanges chimiques dégagent souvent de la chaleur, et quelquefois produisent l’effet inverse ; le mélange de quatre parties d’acide sulfurique et d’une partie de glace donne une chaleur considérable , tandis que celui fait à parties égalés refroidit fortement les corps que l’on y plonge : cet effet est facile à expliquer ; dans les deux cas la glace est fondue ; sa fusion est due à la chaleur produite par l’affinité de l’acide sulfurique pour l’eau : mais dans le premier cas le calorique dégagé est supérieur à celui qu’exige la glace pour se fondre, tandis qu’il est insuffisant dans le second, et conséquemment la glace enlève alors de la chaleur aux corps en vironnans , dont la température s’ahaisse en proportion. Telle est la cause du froid produit par les mélanges frigorifiques.

L’effet du calorique n’est pas seulement de dilater les corps , de les faire passer successivement par les états liquide et fluide élastique ; eel agent opère souvent la décomposition d’un grand nombre d’entre eux soit en séparant leurs élémens , soit en réunissant ces élémens dans un autre ordre. i° La différence de volatilité est une cause de décomposition ; ainsi l’alcool se sépare de l’eau dans la distillation ; 2° les composés dans lesquels entre l’oxigène , mais qui n’ont pas éprouvé ce qu’on appelle la combustion apparente , sont en général détruits par le calorique ; par exemple , l’acide nitrique et un grand nombre d’oxides métalliques ; 3° s’il y a eu combustion vive pendant la fixation de l’oxigène, le résultat se décompose rarement sous l’influence du calorique, exemple: l’eau, les acides phosphorique et carbonique ; 4° ^es composés binaires formés d’élémens combustibles sont facilement décomposés par le calorique ; 5° enfin les substances végétales et animales dans lesquelles entrent l’oxigène et deux ou

trois élémens combustibles sont toutes détruites par la chaleur.

Les applications du calorique à la chimie sont tellement nombreuses qu’il serait impossible de les rappeler toutes ici; nous aurons d’ailleurs occasion de nous en convaincre en parlant des corps simples ou composés que nous étudierons dans cet ouvrage.

De l' Électricité.

1 n morceau d’ambre jaune ou de succin frotté attire les corps légers placés dans son voisinage : cette attraction est le premier phénomène électrique consigne dans l’histoire de la science. C’est du mot électron, nom grec du succin , qu’est dérivé celui d’ électricité.Cette science a pour objet l’étude des attractions et repulsions électriques, et l’explication des phénomènes ue la foudre, des éclairs, etc. Plus tard on s’aperçut que si , après avoir frotté avec la main ou un mouchoir de soie bien sec un tube de verre ou un morceau de résine , on l’approche de quelques parcelles de papier , de duvet, de plume, ou mieux encore de filamens métalliques, ces corps sont attirés d aboi d et ensuite repoussés. On ignore jusqu’ici la cause de ces phénomènes, et les physiciens sont même divisés d’opinion sur l’hypothèse que l’on doit admettre. Les uns supposent avec Franklin que les corps peuvent être excités (électrisés) de deux manières, soit en ajoutant une dose d’électricité à celle qu’ds contiennent dans l’état naturel , soit en les privant d une portion de cette dernière électricité : dans le premier cas ils sont électrisés positivement ou en plus , et négativement ou en moins dans le second : lorsque es corps ne contiennent que leur dose ordinaire de luide , leur électricité ne se manifeste pas , ils sont à état neutre ou naturel. D’autres physiciens admettent avec Dufay que les corps renferment un fluide natuiel composé de deux fluides : le premier est celui que donne le verre lorsqu’il est frotté, on l’appelle vitré;

3 o ÉLECTRICITÉ.

le second est celui qui se développe par le frottement d’une résine , il est nommé résineux j il y a attra.tion entre les molécules de noms différons , répulsion entre les molécules de même nom. Dans l’expérience précédente le verre et la soie renferment leur dose de fluide naturel ; si on les frotte , une partie du fluide résineux du verre passe dans la soie qui manifeste alors l’action résineuse, tandis qu’une partie correspondante du fluide vitré de la soie passe dans le verre qui présente alors les phénomènes vitrés : si actuellement le verre est présenté à un corps à l’état naturel , le fluide naturel de ce dernier corps sera décomposé par influence ; son fluide résineux s’accumulera à la surface qui avoisine le verre , il y aura donc attraction j mais après le contact , le fluide résineux de cette surface sera plus que neutralisé par une partie du fluide vitré du verre et les deux corps seront électrisés vitreusement, le verre par la partie de fluide vitré qui lui reste, le corps par la partie de ce fluide qu’il aura pris surabondamment au verre : conséquemment après le contact il y aura répulsion.

Ces deux hypothèses , comme nous l’avons dit , se partagent le monde savant. Cependant celle de Dufay semble se lier mieux à tous les phénomènes, et elle est adoptée plus généralement aujourd’hui. On peut d’ailleurs voir a priori que ces deux hypothèses ne sont pas très éloignées Tune de l’autre. L’électricité positive de Franklin est l’électricité vitrée de Dufay , et l’électricité résineuse de celui-ci est l’électricité négative de Franklin. J’adopterai de préférence la première dans cet extrait.

Les corps conduisent plus ou moins facilement les fluides électriques : les bons conducteurs sont les métaux, le charbon sans hydrogène, la plombagine et la plupart des liquides ; les corps mauvais conducteurs sont le verre , les résines , le soufre , etc.

La table ci-dessous présente la liste des différens conducteurs. Plus la place qu’une substance occupe

ÉLECTRICITÉ. 3i

<lans la table est élevée, et plus cette substance est bon conducteur.

Or.

Argent.

Cuivre. , Platine.

Fer.

Étain.

Mercure.

Plomb.

Autres métaux.

Charbon.

Terres et pierres.

Eau chaude.

Eau froide.

Liquides, excepté les huiles.

Verre chauffé au rouge.

Résine.

La glace.

Sels en général.

Fluides animaux.

Acides.

Dissolutions salines.

La vapeur.

L’air chaud.

Les fluides électriques ne pénètrent pas dans l’intérieur des corps, mais arrivent à la surface. Ce fait est une conséquence de la répulsion que les particules tl un même fluide exercent entr’elles; de plus, si l’air est sec et chaud et si le corps est isolé, le fluide reste fixé à cette surface, puisque l’air, étant mauvais conducteur, ne peut lui livrer passage. Deux sphères égales, l’une creuse, l’autre pleine, excitées de la même manière, présentent la même énergie électrique. Il résulte de là que les corps mauvais conducteurs sont les seuls susceptibles de devenir électriques par le frottement; dans ce cas l’électricité développée en un point reste fixée a 1 enuroit frotte, ne peut se disséminer sur la surface, et conséquemment devenir insensible.

Les principaux phénomènes électriques sont ceux qu offrent la machine électrique, la bouteille de Leyde, l’électrophore , l’électromètre , le condensateur, les pointes et la pile de Volta : la description et l’explication des cinq premiers sont consignées dans tous les ouvrages de physique et ne peuvent trouver place ici; je me contenterai donc de parler des pointes et de la pile de Volta. Le pouvoir des pointes est d’une impor- ’.-ince majeure puisqu il nous a donné les moyens de

garantir nos édifices des ravages de la foudre : la pile voltaïque est d un emploi fréquent en chimie, les actions q u elle produit nécessitent donc un examen particulier.

Jjes pointes. Le fluide électrique tend à se répandre de lui-même sur la surface des corps, car la quantité qu il est possible d accumuler sur un corps est proportionnelle a sa surface. M. Poisson a déterminé par le calcul la loi de distribution de Télectricité sur la surface des différons corps ; dans un ellipsoïde la couche électrique la plus considérable est aux extrémités du grand axe , plus le corps s alonge , plus Télectricité se porte

7,^1 S Par^e et lorsque le conducteur dans lequel

eltet licite est accumulée se termine en pointe , T’accumuîation du fluide a ce point est si considérable qu’il surmonte la résistance de l’air, et le corps se décharge : de là resuite 1 avantage des paratonnerres. Ce sont des tiges métalliques droites et inflexibles, placées verticalement au sommet d un batiment. Si un nuage électrique passe au-dessus d un édifice, il pourrait se décharger instantanément sur cet édifice, si la couche d’air n’est pas considérable pour s’v opposer : le paratonnerre a pour objet de décharger successivement ce nuage pendant son passage : supposons que l’électricité du nuage soit vitrée; le fluide naturel du paratonnerre sera décomposé, son fluide résineux se rendra par la pointe dans le nuage et le neutralisera totalement ou en partie , tandis que le fluide vitré du paratonnerre sera reloule dans le sol. Il est donc important que ce refoulement n’éprouve aucune résistance ; on y parvient par un système de conducteurs régulièrement établi de la base du paratonnerre dans l’intérieur du sol sur lequel repose l’édifice.

Electricité galvanique, pile de volta. L’électricite dont nous venons de parler était la seule connue , lorsqu en 1789 une expérience de Galvani , physicien de Florence, attira l’attention de l’Europe savante et fit considérer cette science sous un nouveau point de vue, Galvani faisait des expériences sur la susceptibilité

des organes musculaires : il reconnut que si , après avoir mis à nu le nerf crural et les muscles lombaires d’une grenouille , on plaçait une plaque de zinc sur le nerf , une plaque de cuivre sur le muscle, et que si, les plaques ainsi disposées , on établissait le contact entre elles , les muscles de la grenouille éprouvaient un mouvement convulsif. Ce simple fait a donné naissance au Galvanisme , à cette branche de connaissances qui , enrichie par les travaux des Volta, Davy, Wollaston, etc. a présenté des résultats inattendus et si importans qu’ils ont changé toutes nos idées sur les sciences chimiques.

Gai vani attribua les convulsions des organes de la grenouille aux effets d’un fluide particulier qu’il appela électricité vitale , fluide qui dans son opinion était logé dans le nerf et transmis aux muscles par les métaux : Yolta considéra ce phénomène comme un effet de l’électricité développée par le contact des deux métaux et enfin avança cette idée si hardie que lç simple contact de deux substances hétérogènes produisait de l’électrieite qui, bien que faible , pouvait cependant produire

une action sur des organes d’une nature aussi délicate: *1 •

il prouva son assertion en accumulant le fluide dans un électromètre à paille surmonté d’un condensateur. Dans l’expérience de Galvani le zinc se constitue à l’état vitré, le cuivre à l’état résineux.

Yolta médita neuf ans sur ce sujet, et découvrit qu’on pouvait obtenir deux eourans d’électricité, au moyen d’un appareil qu’il imagina ainsi qu’il suit : il se procura 5 o à Go disques de zinc, un même nombre de disques de cuivre ; il se munit également d’un même nombre de rondelles de drap imbibé d’une solution de sel marin , et disposa le tout dans l’ordre ci-après :

i er COUPLE.

Disque de zinc.

Disque de cuivre.

Rondelle.

2e COUPLE.

Disque de zinc.

Disque de cuivre.

Rondelle.

3e COUPLE.

Disque devine.

Disque de cuivre.

Rondelle.

Ainsi de suite : le tout formé eu colonnes par couples placées les unes au-dessus des autres constitue la pile de JS vlta : cet appareil donne à chaque extrémité un courant d’électricité, l’un vitré, l’autre résineux, dont l’énergie augmente avec le nombre et les dimensions des disques.

Cette disposition de la pile est d’un usage très incommode ; on y a d’abord substitué des boîtes rectangulaires dont les séparations étaient formées par des disques de cuivre et de zinc soudés ensemble; l’élément humide s’établissait en remplissant d’eau acidulée les intervalles des couples ; c’est ce que l’on nommait pile à Auges. Cet appareil avait de graves ineonvéniens , et on lui a substitué depuis celui qui est représenté fi g. ire et dont nous allons donner la description.

On établit une rangée de cuves AA, au moyen de compartimens bb , placésdans la boîte rectangulaire B. Ces cuves sont remplies du liquide conducteur et l’on y plonge à volonté les couples qui sont suspendues à une tringle de bois MM qui règne le long et au-dessus des cuves : cette verge ou tringle est disposée de manière que les couples peuvent être enlevées toutes ensemble hors de la cuve avec la main , ou si le poids est trop considérable , au moyen d’une poulie de renvoi que l’on adapte à l’appareil.

L’assemblage des deux métaux qui composent chaque couple, se compose d’une lame carrée de zinc z , z y z” , placée «à la distance d’environ 2 lignes 1/2 entre deux lames de cuivre c , c , c” , dont l’épaisseur est beaucoup moindre que celle de la lame de zinc: chaque lame est garnie de cuivre à ses deux extrémités, et les prolongemens jr, y, se replient les uns vers les autres , dessus et dessous la lame de zinc , de manière que les deux lames de cuivre se rejoignent. La lame de zinc est engagée par le haut et par le bas dans deux petites pièces de bois x , x , taillées en arcades et qui, embrassées par la courbure des lames de

cuivre, maintiennent la lame de zinc dans la même position.

Les métaux ne sont pas mis en contact par leurs faces, mais au moyen d’un intermédiaire qui établit la communication entre le zinc d’une couple avec le cuivre de la couple voisine : cet intermédiaire se compose d’une bande de cuivre U courbée, ayant la forme d un U très ouvert; cette bande est soudée par une extrémité au bord supérieur de la lame de zinc z , par l’extrémité opposée à un point de la lame de cuivre c, qui appartient à la couple voisine; enfin elle est fixée par son milieu à la tringle de bois et y tient les couples suspendues. Les bandes qui sont attachées aux deux lames extrêmes , l’une de cuivre c , l’autre de zinc z , se replient vers le haut, traversent la tringle de bois et sont terminées par deux petits cylindres d, d , auxquels on attache les fils métalliques i, i , entre lesquels on place les corps que l’on se propose de soumettre à l’action du courant électrique.

La pile voltaïque la plus considérable qui existe a été construite par M. Children ; elle est réellement gigantesque : cet appareil se compose de vingt paires de pin ques de cuivre et zinc ; chaque plaque a six pieds de long sur deux pieds huit pouces de large; chaque paire est jointe à chaque bout par des lames de plomb, et est placée dans une cellule en bois : ces vingt paires de plaques sont suspendues à une poutre ou solive de bois faisant les fonctions de fléau de balance, ayant des contrepoids qui facilitent la sortie et 1 immersion des plaques. La puissance de cette bat terie fut essayée le 2 juillet 1 8 1 3 : les cellules furent remplies avec un mélange de soixante parties d’eau et d’un d’acide sulfurique et nitrique; on porta successivement la dose d’acide jusqu’au double ; des conducteurs de plomb charriaient l’électricité dans un lieu obscur contigu, où se faisaient les expériences; le pouvoir de la batterie fut prodigieux ; il enflamma et fit brûler un fil épais de platine sur une longueur

de six pieds , et cependant cette énorme batterie ne put même ramollir le tungstène et l’urane. Lorsque deux moiceaux de charbon d environ un pouce de long et d un sixième de pouce de diamètre étaient placés à un trentième de pouce Tun de l’autre il se produisait une étincelle brillante et le charbon’ était porté au blanc , sur plus de la moitié de son volume ; et en éloignant un peu les pointes l’une de l’autre, il s’établissait une décharge continuelle à travers l’air échauffé dans un espace égal au moins à quatre pouces, produisant un arc ascendant de lumière des plus brillans. Si une substance quelconque était placée dans cet arc , elle était a 1 instant rouge de feu ; le platine se fondait dans cet arc comme la cire dans une bougie ordinaire; le quartz , le saphir, la magnésie, la chaux, entraient en fusion, des fragmens de diamans, des pointes de charbon et de plombagine disparaissaient à 1 instant. Lorsque la communication entre les pointes était établie dans 1 air raréfié du récipient de ia machine pneumatique , la distance b. laquelle la décharge avait lieu augmentait en raison de ce que le vide s opeiait ; et lorsque la pression n’etait plus que d’un pouce de mercure, les étincelles traversaient un espace d’un demi-pouce; en éloignant les pointes l’une de 1 autre , la déchargé avait lieu a une distance de six a sept pouces , en produisant une mag'nifique lumière pourpre ; le charbon devenait d’une ignition intense , et du fil de platine attache a ce charbon se fondait avec scintillations brillantes et tombait en globules sur le plateau de la machine. Lorsque les pointes étaient rapprochées 1 une de 1 autre dans des liquides non conducteurs , tels que les huiles , les éthers , il se manifestait des étincelles brillantes avec dégagement de matière électrique : si les deux conducteurs extrêmes étaient mis en communication avec une bouteille de Leyde , 1 un avec la garniture intérieure , l’autre avec la garniture extérieure , la batterie se chargeait à l’instant, et en formant les jonctions convenables on pou-

vait apercevoir une étincelle ou éprouver la commotion : il suffisait du moindre temps possible de contact pour renouveler la charge dans toute son intensité.

Depuis long-temps on a soupçonné entre les forces électriques et les forces chimiques une analogie que le temps n’a fait que confirmer.

Si l’on fixe à chaque pôle de la pile un fil d’or ou de platine dont l’autre extrémité se rend dans un vase contenant de l’eau , et si les deux fils y aboutissent de manière que leurs pointes dans l’eau se trouvent près 1 une de 1 autre , mais sans se toucher , on verra un toi rent continuel de gaz se dégager de chaque fil : si ces gaz sont recueillis dans des vases séparés, on re— connaîtra que le gaz qui arrive du pôle résineux est de 1 hydrogène, et que le gaz qui se dégage de l’autre pôle est de 1 oxigène ; le volume du premier est double de celui du second ; ces deux gaz sont donc (nous le verrons plus loin), dans les proportions qui constituent eau : on peut donc en conclure qu’ils proviennent de la décomposition de ce liquide.

Ce fait conduisit à d’autres essais; l’ammoniaque, les acides sulfurique et nitrique, différens sels furent soumis à l’action de la pile , et tous furent décomposés comme l’avait été l’eau. Enfin dès i8o3, MM. Ilysingei et Berzelius avaient posé ce principe : tous les coi ps non élémentaires sont décomposés par la pile , si elle est assez énergique, et dans cette décomposition ,

1 oxigène et les acides sont accumulés au pôle positif ou vitré, tandis que l’hydrogène, les alkalis , les teri es , les métaux se rendent au pôle négatif ou résîy neux. Davy , appliquant ce principe aux alkalis, potasse, soude, etc., parvint en 1807 à isoler les métaux potassium , sodium , etc. ; enfin dans ces derniers temps, les travaux de MM. Ampère, Becquerel, PouiUct , etc., ont rendu l’analogie entre les forces électriques et chimiques presque certaine.

L eau soumise a 1 action delà pile voltaïque est donc décomposée en ses deux élémens, oxigène et hydro-

gène : cette décomposition a lieu, quel que soit le composé, puisque, sous l’influence de deux sources d’électricité de nom contraire, tous les corps composés se trouvent détruits et ramenés à leurs élémens ; il suffit pour cela de placer le composé en contact avec les pôles delà pile, et que ce corps puisse se laisser traverser par le fluide électrique. Il y a plus ; on saitiaujourd’hui que lorsqu’une combinaison chimique s’effectue , il y a dégagement d’électricité : la pile elle-même , dont les disques sont promptement corrodés et même détruits , nous en offre un exemple ; il est presque certain que l’électricité qu’elle fournit provient surtout de l’action chimique; l’expérience prouve d’ailleurs que la durée des disques comme métaux est à peu près proportionnelle à l’énergie de la pile. Le développement des forces chimiques coïncide donc , soit dans les décompositions , soit dans les combinaisons, avec un développement des forces électriques : M. Becquerel a observé surtout ce dégagement dans les actions chimiques vives , telle que celle qui a lieu entre l’acide nitrique et le cuivre ou le zinc. Si la réaction chimique est moins forte , le dégagement électrique est également plus faible ; mais alors , dira-t-on , comment expliquer cette production d’électricité dans toute combinaison chimique? Comment expliquer ce fait certain que les molécules combinées restent unies tant qu’on ne fait pas intervenir de nouvelles forces? La réponse est facile en admettant les vues de M. Ampère.

Concevons d’abord que toute molécule a une électricité qui lui est propre , et dont elle ne peut jamais se séparer. Cette concession faite , si l’on se rappelle qu’il y a répulsion entre les deux fluides électriques de même nom , et attraction entre les deux fluides de nom différent, il est évident que les molécules, étant plongées dans une atmosphère de fluide neutre, en décomposeront une partie , et seront bientôt elles-mêmes placées dans une atmosphère de fluide de nom contraire à celui qui leur est propre. Ainsi chaque molé—

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cille à l’état vitré sera dans un milieu résineux ? et chaque molécule à l’état résineux sera dans un milieu vitre. Si maintenant ces deux molécules se rapprochent, leurs atmosphères reproduiront du fluide neutre, et si les molécules sont toutes deux fortement électrisées , chaque atmosphère le sera également ; de là dégagement de chaleur et de lumière pendant la réunion de ces deux atmosphères ; l’une de ces dernières, et peutêtre toutes les deux , étant alors complètement détruites , les deux molécules resteront combinées , parce que chacune aura conservé l’électricité qui lui est propre ; on peut donc se rendre compte de la stabilité des composes formés. Pour concevoir maintenant pourquoi il y a dégagement considérable d’électricité en pareils cas, reportons-nous aux circonstances mêmes de l’expérience dans laquelle on s’assure de ce dégagement : on opère en général la combinaison des deux corps dans un vase où l’on fait plonger les deux extrémités d’un galvanomètre (i). Les fils métalliques de celui-ci donnent un passage facile à l’électricité , et c’est en cela que consiste toute l’explication du phénomène : supposons en effet deux molécules électrisées en sens inverse , et placées aux deux extrémités d’un arc métallique, tant qu’elles seront éloignées , leurs atmosphères resteront stationnaires ; mais rapprochez— les suffisamment pour opérer la combinaison , les atmosphères se combinent tout-à-coup , les molécules sont mises à nu , empruntent au fil une portion d-e son électricité , et par suite il s’établit ainsi dans le fil métallique un courant électrique qui dure jusqu’à ce que les molécules soient combinées , et ceci est tellement vrai que, dans les actions fortes, le courant du fluide

(i) La description et l’explioation du galvanomètre ne pouvaient troaver place ici; je renvoie pour cette partie aux traités spéciaux de physique; il oie suffira de remarquer qu’on désigne sous ce nom un appareil particulier à l’aide duquel on apprécie des dégagemens meme très faibles de fluide électrique.

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dans le fil ayant lieu dans un sens , ce même courant a lieu en sens contraire dans les actions faibles, c’est-àdire dans les actions qui s’exercent sur des matières moins propres à conduire l’électricité ; et en effet dans ce dernier cas , les atmosphères trouvant dans le fil un passage plus facile que celui qui leur est offert par la matière , se réunissent à l’aide du fil , au moins en grande partie ; la molécule à l’état vitré fournit au fil son atmosphère résineuse au lieu de lui enlever de ce dernier fluide , comme dans le cas précédent ; un effet analogue a lieu pour la molécule à l’état résineux , et par conséquent les deux atmosphères se réunissent après avoir couru le long du fil , ce qu’elles n’auraient point fait si la matière eût été éminemment conductrice.

La seule objection qui restera à résoudre est celle-ci: nous avons supposé que les molécules étaient pourvues d’une électricité permanente, vitrée ou résineuse ; mais alors une molécule pourra donc être tantôt vitrée , tantôt résineuse, et par exemple le chlore, l’iode sont vitrés par rapport à l’oxigène ; 2° résineux par rapport à l’hydrogène : il suffirait alors , comme le propose M. Ampère, d’abandonner l’hypothèse des deux fluides de Dufay , et de revenir à l’hypothèse d’un fluide unique comme le prétendait Franklin ; les corps électrisés résineusement , ou, comme l’on disait, négativement, pourraient être à l’état négatif pour un corps et à l’état positif pour un autre. Lin exemple fera mieux comprendre cette nouvelle explication.

Admettons que la dose de fluide électrique que renferme un corps à l’état naturel soit représentée par l’unité , que la quantité d’électricité propre Au chlore soit A l’iode ici. {.

A l’oxigène ici.

A l’hydrogène id. ~.

Les fractions et f appartenant la première au chlore , la deuxième à l’iode , étant chacune plus forte

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que la fraction { qui appartient à l’oxigène, le chlore et l’iode seront positifs ou vitrés par rapport à l’oxigène ; mais ces mêmes fractions f et { étant chacune plus faible que la fraction j qui appartient à l’hydrogène, le chlore et l’iode seront négatifs ou résineux par rapport à 1 hydrogène. Remarquons au reste que cette theoi îe est encore dans 1 enfance, mais tout indique que ces essais conduiront a des résultats immenses ; telle parait etre 1 opinion de nos plus célèbres chimistes; leurs recherches répétées dans cette partie en sont la preu\ c , et le fait , aussi brillant qu’inattendu, présenté dernièrement à l’académie des sciences par M. Becquerel , ne peut que les encourager dans leurs travaux. (\ oyez page 44*)

Du Magnétisme .

Les phénomènes dont l’ensemble constitue le magnétisme ou 1 aimantation sont dus à la séparation du fluide magnétique en ses deux élémens , fluide austral , fluide boréal y il y a attraction entre les molécules de noms ddferens , et repulsion entre les molécules de même nom. Cette hypothèse est donc parfaitement semblable a celle que nous avons admise pour l’électricite , et meme les travaux deJVIM. Oersted, Ampère, Boisgiraud, Biot, etc. , tendent à prouver que le fluide magnétique n est qu’une modification du fluide électrique. L expose de cette nouvelle doctrine ne pourrait entrer dans un abrège de chimie, et nous renvoyons au mémoire de M. Babinet. Ce mémoire a été publié dans le «supplémentaire de la traduction du système chimique de Thomson , pag. 168 et suivantes.

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