‹ Chine moderne, ou Description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinoisChapitre 190 sur 292 · T.E RELIGIEUX · texte numérisé non relu

T.E RELIGIEUX

( // chante. ) Quoi ! Han*yen-rheoti , tu parles encore ; tu oses me demander inon nom, mon surnom. (// te saisit h ta gorge, et chante.) 8arhe donc que cf religieux que ta vois a pour nom de famille Tie (fer), et pour surnom Kin-kang (diamant). Sache qu’il est inaccessible à fa pitié comme à la crainte; apprends aussi que son frère est Yang-king, l'inspecteur en chef des frontières. (// tétouffe.)

On voit que la catastrophe finale arrive, comme dans Hamlet , par un

événement auquel le principal personnage n'a point de part (*).

HUAMES TAO-SSB.

La Transmigration de Yô-eheou.

Comme la Dette payable dans la vie à venir et la Conversion de Licoutsoul , la Transmigration de Yo-cheou est line satire de la métempsycose.

L’auteur Y8-pe-tchonen n’a presque pas travaille pour le théâtre. Il avait de l'esprit, de la littérature, des loisirs; il a voulu faire une pièce, et s’est amusé à mettre sur la scene un fameux jongleur Tao-sse, dont le nom est Lintliong-pin , personnage que nous retrouverons plus d’une fois. Quoique le travers d'esprit, les ridicules et les extravagances qu’elle cherche à peindre subsistent toujours, l’à-propos de cette pièce tenait au moment. On ne révérait guère les Tao-sse (sectateurs du Tao) sous les Youén ; on s’en moquait.

Le drame burlesque de Yô-pë-tchouen nous olfre donc un des plus curieux témoignages, non-seulement des opinions superstitieuses des Chinois, mais encore de l’esprit du temps et du génie comique ou satirique des auteurs. Je conviendrai cependant que les draines mythologiques du répertoire intéressent moins que jes autres, h cela près de deux ou trois. De folles saillies, des imaginations grotesques, une métaphysique bouffonne sont à peu près tout ce qu’on y trouve; les facéties et Ips bouffonneries n’y sont pas mflées de traits de mœurs , comme dans les comédies d’intrigue; mais dans la Transmigration de Yô-cheou, la métempsycose ne se combine point avec des abstractions métaphysiques ridicules ; il n’y a pas de subtilités. F.t d’ailleurs , la conduite dp la pièce n’est pas sans art dans quelques parties; elle se distingue des comédies du même genre, et on y remarque une certaine ordonnance ‘dramatique. Je présume qu’elle a réussi, puisqu’elle est toujours restée au théâtre. Cependant, malgré toutes les satires, toutes les parodies, toutes les

(") F *>y. le Siitle des Youéu, Journal niatique, cahier de juin i85i, p. 5i« à S3o.

bouffonneries des poètes et des romanciers, le dogme de la transmigration des âmes fait encore partie de la croyance publique, et aujourd'hui mémo < la secte la plus révolutionnaire de la Chine, la Société du Né nu fut blanc ( Pè-lien-kiao), admet la métempsycose au nombre de ses dogmes fnvons!

Voici l’analyse de cette pièce, qui se compose d'un prologue et de quatre actes.

Un conseiller d’une cour souveraine présente à l’empereur un rapport dans lequel il expose que les mneistrats de la ville de Tching-tcheou, trahissant le devoir et l’honneur, prévariuuent dans le ministère et vendent la justice.

L’empereur, après avoir pris connaissance du rapport , clwirge, par un décret . Han-YVeï-kong ( H in , prince de Weï) de se transporter sur les lieux pour y scruter ia conduite des magistrats prévaricateurs, examiner les procédures, ordonner des empiètes, et infliger aux eoupables les châtiments les phis sévères. La nouvelle de ce décret parvint à Tching-cheou avant le messager de l’empereur.

Il y avait alors 'dans tous les ehefsjieux des arrondissements six tribunaux inférieurs ( làu-ngan ) ou six juridictions subordonnées aux six cours supérieures établies dans les chefs-lieux des provinces. Ces juridictions supérieures, qu’on appelait loü-thsao , étaient subordonnées aux six cours souveraines de la capitale ( loû-pou ). Dans chaque tribunal inférieur, ou comptait un presideut ou juge, un assesseur, un greffier et un certain nombre d'officiers de justice. Or, lu principal personnage du draine, Yô-eheou, originaire du district de Fong-ning, est assesseur d’un tribunal, et son frère.

Su n- là, en est le greffier. Yô cheou s'entretient avec son tchang-rlsièn de l’événemeutqui «mis toute la ville en émoi.

J.e tchang-tsien, personnage inévitable dans tous les drames chinois où figurent des juges, est attaché a la personne du magistrat, qu’il suit partout A l’hôtel, il fait l’office d’un valet de cliambre; à l’audience, il est chargé d'administrer la bastonnade, quand son maître trouve qu’un accusé ne répond pas convenablement.

L’UNIVERS

TÙ-CWOI', au tehang~t$iin .

Le prince ne tardera pas à venir. On le dit d'une sévérité inflexible ; tous le» magistrats prennent la fuite.

u Tcuno-TSià».

Et vous ?

tS-chxoo.

Moit pourquoi fuirais-je? ma conscience eat droite. Je n'ai jamais mis le mensonge à la place de la vérité. Qu'ai-je à craindre ? Je retourne à la maison ; et . quand j’aurai pris mon potage, j'irai moi-méme au-devant du moniteur impérial.

LX TOBAHG-TSIKK.

Hé! bé!.... Tout récemment encore, cet homme qu’on avait amené du district de Tchong meou , d’où vient que vous l'avez acquitté? L’instruction était régulière....

YÔ-dfroc, souriant.

Oui , mais j'avais reçu un cadeau. Oh, mon ami, que lu es simple! Ne faut-il pas que notre destinée s’accomplisse! Nul ne peut mourir avant son heure. Est-ce que les magistrats ont jamais prolongé d'une minute l'existence d'un homme ? S'il en était autrement, on ne croirait plus aux desliuées heureuses et malheureuses. On ne dirait plus que le Ciel et la Terre sont les arbitres de la vie et de la mort.

Yôcheou, toujours accompagné du tchang-tsièn, s’achemine vers son hôtel et aperçoit sur le perron un homme Têtu d’une façon extraordinaire et environné de la foule. C'étîdt le fameux Tao-sse Liu-thong-pin , un grand anachorète, un immortel (sièn). Il connaissait l'avenir; sa prescience allait plus loin encore , et s’étendait jusque sur les actions et les pensées futures de tous les hommes. Quoique Yô-cheou fût livré à tous les intérêts humains, à toutes les convoitises, et même à toutes les passions ignominieuses, il savait (chose étrange) que cet homme avait de la vocation pour la vie cénobitique. Il se tenait donc sur les marches du perron et répétait sans cesse : « Malheur à Yô-eheou, assesseur du tribunal ! > Puis il poussait des soupirs entrecoupés, des gémissements, et aussitôt après il étouffait de rire. On le prenait pour un insensé. Dans ce moment, le fils de Yô-cheou revenait de l’école ; il s’apitoie sur le sort de cet enfant, qu'il appelle « pauvre petit orphelin , » sur le sort de la mère : « Pauvre veuve î pauvre veuve! » Et, quand

Yô-cheou arrive & son tour, suivi du tchang-tsièn ,» Yô-cheou! s’écrie-t-il, tu touches à ton dernier moment; ce n’est pas dans un an qu’il arrivera , ni dans un mois, mais d ici à deux heures. » Une scène d’explication a lieu entre Yô-cheou et Liu-thong-pin. Le magistrat, fatigué des réponses incohérentes du religieux, ordonne, suivant l'usage du temps , qu’on l’attache au mur de son hôtel. Cette scène, un peu trop longue , n’offre aucun intérêt et achève le prologue.

Au premier acte, le moniteur impérial, Han-Weï-kong, fait son entrée dans la ville; et, quoiqu’il y entre sous le costume d’un laboureur, il est bientôt reconnu. Il délivre en passant Liuthong-pin , qu’il trouve attaché à une muraille. Installé dans son office, il examine les sentences des magistrats.

Malheureusement, Han, prince deAVeï, était le plus ignorant des hommes. Les greffiers lui font accroire que toutes les procedures sont régulières, et le stupide censeur réhabilite les coupables.

Cependant, Yô-cheou, à peine arrivé dans son hôtel , était tombe en défaillance. Revenu de son évanouissement, il avait appelé à son secours sa femme Li-chi , son frère Sun-fô et le tchangtsièn , qui sont tous remplis des attentions les plus délicates ; mais il sent que ses forces diminuent. Le mal fait des progrès; la prédiction du religieux s'accomplit. On veut envoyer chercher un médecin. « Il est trop tard , reprend Yô-cheou , ma dernière heure est arrivée. » Il demande qu’on le transporte dans une autre chambre; toutefois, quoiqu’il envisage la mort sans émotion, son âme est triste et agitée. Lichi, son épouse, est belle, très-belle, et Yô-cheou est jaloux. Il craint, il appréhende avec effroi que , après sa mort, Li-chi n’épouse un autre homme.

Il v a des traits de mœurs dans cette scène; elle est intéressante, et mérite qu’on s’y arrête.

TÔ-caioo.

Ma femme, apprêt ez-moi de l'eau de rix. t.t-CHi , aux servantes.

Courez, courex vile. Qu’on «ppréle de l’eau de riz pour mon époux.

viknoo.

Oh ! oh ! les servantes ! elles ne savent pas ce qu’elles font. Ma femme , allez-y vous* même.

xr-cm.

J’obéis. {A part.) De l’eau de riz , et à

3uoi bon?.... C’est un prétexte; il a quelque i»o»e à dire à mon bean-frère. Ah ! il veut que j’aille apprêter de l’eau de riz ; je n’irai pas. Restons ici ; nous entendrons tout. {Elle écoute à la porte.)

yô-chbou, à son fils.

Fô-tong, mon fils, venez ici; agenouillezvous devant votre oncle. {A son Jrère.) Mon frère, j’ai des amis, j'en ai, surtout quand j’ordonne un grand festin; mais à qui, si ce n’est à vous , pourrais-je confier ma femme, recommander mon fils? Écoutez; je vais vous ouvrir mon cœur. Votre belle-sœur est jeune encore. {Il cha/tte.) Elle a des appas.... suar-ro.

Qui ne font aucun tort à sa verlu. Qu’avezvous à craindre ?

y5-cbkou. {Il chante.)

Les séducteurs. Il y a dans le monde des hommes qui ne rougissent de rien et qui savent employer les promesses.... Ils viendront, n’en doutez pas ; ils lui tendront des pièges. süH-ro.

Encore une fois , mon frère , vos craintes n’ont pas de fondement. Ma belle-sœur ne se laissera séduire sous aucun prétexte. yo-cheou.

Une indiscrétion peut la perdre. Mon frère, quand vous vous apercevrez de quelque chose, usez de sévérité. Dites-lui....

aux-rfi.

Quoi?

Y fi- CH KOC.

«Ma belle-sœur, imitez donc ma femme; elle a des principes , de la régularité , de ia retenue; aussi voyez comme elle jouit de l’estime publique. Ah ! ma belle-sœur, marchez toujours sur les traces de ma femme. «• xi-chi , revenant dans la chambre.

Assesseur, quel langage tenez-vous là?

YÔ-CHâOD.

Un langage que je n’oserais vous tenir à tous- même.

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