‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 194 sur 238 · RASER LA TÊTE SOUS PEINE DE MORT · texte numérisé non relu

RASER LA TÊTE SOUS PEINE DE MORT

Enfin , la ville ayant été orise par trahison, aussitôt un édit fut rendu public, dans lequel il était ordonné à tous les Chinois, sous peine de mort, de se raser la tête à la manière tartare. Cependant, malgré la pénalité horrible et extravagante de cet édit barbare, plusieurs milliers de Chinois aimèrent mieux perdre la vie que de se laisser déshonorer ainsi. Toutefois, plus tard, cet édit fut publié et observé dans toute la Chine. Voilà l’origine de cette coutume qui fait trouver aujourd’hui les Chinois ridicules aux yeux des Européens , à cause de leur tête rase et de leur longue queue pendante. On vient de voir qu’il faut s'en prendre à leurs conquérants tartares de cette coutume, qui d’ailleurs est commune à d’autres peuples qu’aux Chinois.

Avant cette époque ils soignaient beaucoup leur chevelure , qu’ils regardaient comme le plus bel ornement de la tête. « Les hommes et les femmes indifféremment, dit Semedo, laissent croître leurs cheveux , qui sont communément noirs, d’où vient qu’entre plusieurs autres noms qu’on donne à ce royaume , on le nomme te royaume du peuple aux cheveux noirs. Ils ont pareillement les yeux noirs et petits , comme aussi le nez petit, et ne peuvent souffrir ceux qui l’ont comme nous, un peu large et élevé, croyant que c’est une difformité qui donne mauvaise grâce. Ils ont peu de barbe , et ne se soucient pas de l’avoir épaisse, pourvu qu’elle soit noire, qui est la couleur la plus commune, et qu’ils estiment le plus , bien qu’ils n’aieut pas les rousseaux tout à tait en horreur, comme ils estoient anciennement à Thèbes : ils la portent longue, la lais-

sant croître au gré de la nature, sans jamais la couper. Leur principal soin est d’adjuster et de bien mettre leur chevelure , en quoy ils surpassent toutes les nations du monde, ayinans mieux n’avoir aucun poil au menton que de perdre un seul cheveu de leur teste (*). »

Comme les progrès des armées tartares devenaient de jour en jour plus menaçants pour la sûreté de l’empire et de fa dvnastie chinoise , un des plus habiles généraux chinois, nommé Maowen-ùnmg, natif de la province de Kouan-toung , fut envoyé , avec quatre-vingt-mille hommes, pour défendre la forteresse de Chang-hai, située dans l’île de Tsou, lieu inaccessible, et qui, bien défendue , pouvait interdire l’ientrée de la Chine aux Tartares. Mais la destinée de l’empire des Ming devait s’accomplir. Les populations soulevées et mêlées à ces torrents dévastateurs (Lieou Ueu) de révoltés , qui pillaient et ravageaient les provinces , venaient en aide aux Tartares pour hâter sa ruine.

L’empereur Hi-tsoung meurt l’année 162f, à l’âge de trente-deux ans ( le roi tartare Thian-ming meurt dans la même année).

llOAÏ-TSOUNO (1628-1643), frère du précédent empereur, lui succède, et termine la dynastie des â/inj. Ce prince aimait beaucoup les lettres , dit-on , et écrivait très-bien les caractères chinois. Cette qualité et ce talent ne suffisaient pas pour conserver l’empire et la nationalité chinoise contre les armées tartares. Quoique extrêmement attaché aux bonzes, il n’en conserva pas moins un caractère tolérant et humain. Il adoucit la rigueur des supplices , réprima le luxe, surtout dans les vêtements de soie, et défendit aux mandarins toute communication avec les eunuques. Il renvoya les soldats que ces derniers avaient introduits dans le palais. Il avait autrefois souvent conseillé à son frère Hi-tsoung de se défaire du chef des eunuques, nommé M'el-soung, homme très-puissant et

(’) Lieu cilé p. 34.

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