‹ Chine ou description historique, géographique et littéraire de ce vaste empire, d'après des documents chinois première partie comprenant un résumé de l'histoire et de la civilisation chinoises depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours par m. G. PauthierChapitre 209 sur 238 · EUROPÉENS EXÉCUTÉS PAR LES ORDRES DE KHANC-UI. CARTES DE LA CHINE · texte numérisé non relu

EUROPÉENS EXÉCUTÉS PAR LES ORDRES DE KHANC-UI. CARTES DE LA CHINE

Ce fut SOUS le règne de cet empereur que les missionnaires jésuites Bouvet, Régis, Jartoux, Fridelli , Cardoso, de Tartre, de Mailla, Bonjour, levèrent les cartes des différentes provinces de la Chine , d’après la iiiétiiode européenne, c’est-à-dire, l’emploi de la triangulation et des observations astro-

(*) C'est le Ching-ru, Édit sacré , traduit Cl) anglais p.tr Te' R. Miliie.

(**) Tels que les Iiistruclions morale.s , I. IX , p. 65 ; et les Observations de physique cl d'Iiisloire nalurelle , I. IV, p. 45a.

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nomiques , et celles de la déclinaison de l’aiguille aimantée. Ces cartes furent imprimées en chinois, et ensuite reproduites en lettres latines, avec des explications françaises, dans la compilation du P. du Halde. Mais cependant il ne faudrait pas croire, comme plusieurs écrivains européens , entre autres de Paw (*) , que les Chinois n’aient appris à connaître leur pays que par les cartes dressées par les missionnaires européens. Ijb P. Âmiot, que l'on n’accusera pas de vouloir discréditer le travail et le mérite de ses confrères, répondant à l’écrivain prétentieux de Berlin , s’exprime ainsi à ce sujet : « Nous observons 1° que le chapitre Yu-koung, du Chou-hng (voy.

ci-devant, p. 47), qui est peut-être le plus ancien monument de géographie qu’il y ait dans le monde, le Pentateuque excepté, est une description géographique de la Chine , du temps de Yao et de Chun. Nous n’oserions pas assurer qu'elle fût accompagnée de Cartes dans des âges si reculés , malgré le terme de iou (carte, tableau), que l’on trouve dans les plus anciens livres; mais il est certain qu’au moins sous les Tchéou, plus de onze cents ans avant l’ëre chrétienne, les mandarins locaux avaient chacun la réduction typique du toisé de toutes les terres de leur district, et assez en détail pour aller vérifier chaque année, au printemps, comme il est dit dans le fi-At et le Tcheofu-li , les bornes des champs de tous les particuliers ; les princes feudataires avaient la carte détaillée de leurs principautés, et l’empereur celle des terres de ses domaines et de toutes les provinces, principautés et dépendances de l’empire ;

« 2“ Que cet ancien usage n’est jamais tombé en désuétude , et que le dépôt des cartes a toujours été regardé comme si essentiel , que les fondateurs des nouvelles dynasties ont eu plus à cœur de s’en emparer que du trésor , et ne se sont crus vraiment empereurs

(*) Dans un ouvrage trop rclèbre et rem-

pli d’assertions fausses, iniilulé ; Rectierchcs lur tes Éf^yptiens et les Chinois.

et maîtres de l’empire, que lorsqu'ils en ont été possesseurs. Ce fait est consigné en tant de manières dans les annales chinoises , que ce serait inutile d’en donner des preuves ;

« 3“ Qu’en conséquence de cet ancien et invariable usage , un des premiers soins du ministère, après l’acquisition ou la conquête d’un nouveau ^ys , c’est d’«n faire dresser une carte exacte. Les RR. PP. Spi^ha et Rocha ont été chargés , ces dernières années , de faire celle du pays des Tourgouths et des Éleuthes , jusque assez près de la mer Caspienne ;

« 4° Qu’il existe une g^graphie du temps des Ming{*), avec des cartes de toutes les provinces assez bien graduées , et une géographie ancienne et moderne, où Ton donne par chaque dynastie , depuis les //ta, la carte comarée de l’empire avec celle d’aujour- ’hui; car les missionnaires mappistes n’eurent presque rien à changer aux anciennes cartes , comme l’on peut fort bien s’en convaincre par V Atlas sinensis de Martini , imprimé avant que les nouvelles cartes fussent faites (**), et comme l’écrivait ici M. Fréret , il y a plus de trente ans. U Atlas de Martini , et c’est ce qui en fait le mérite , n’est qu’une tracluction et une réduction ■ de la grande géographie des Ming;

« 5“ Que le vrai but de l’empereur Khang - hi , en faisant faire tout de nouveau la carte de tout l’empire , était moins de se procurer les connaissances géographiques dont il n’avait pas besoin , que de se donner un moyen sûr, facile et prompt, de savoir où la révolution qui l’avait mis sur le trône , avait laissé l’agriculture dans toutes les provinces, et les provinces elles - iiiéines

(*) Elle est à la Bibliolli. royale de Paria (Catalogue de Fourmunt, ii» xxxrin.)

(**) V Atlas sinensis de Martini fut imprimé à Anvers, chez Plantin, en ifiS-i, en un vol. in-fol., avec une carte génénie et des cartes particulières des quinze provinces dans lesquelles la Chine était divisée soin les iling.

L’UNIVERS

pour ia population , la sécurité , le bon ordre, les places de défense, etc. (*). «

Éorrs DU L’EMPEREUR KHANG-HI, CONCER- NANT LA REMGION CHRÉTIENNE.

Les missionnaires chrétiens, ^ui avaient déjà éprouvé une persécution sous Chin-tsounc (1615) , empereur de la dynastie des Ming, en éprouvèrent encore plusieurs sous l’empereur Khano-hi , quoique ce prince eût témoigné beaucoup d’estime pour les plus savants d’entre eux, sans toutefois partager d’aucune manière leurs vues relatives à l’utilité de la prédication de leur foi dans son empire.

Il est même démontré que la tolérance que les missionnaires éprouvèrent de la part du gouvernement de Péking, n'était due qu’à l’intercession de ceux ui étaient en faveur à la cour. On se emande pourquoi , lorsque plusieurs sectes religieuses sont tolérées par le gouvernement chinois, la religion chrétienne n’a pas pu jouir du même privilège. Ce n’est pas ici le lieu de résoudre cette question ; seulement nous remarquerons que, dans tous les édits de proscription relatifs à la religion chrétienne, on donne pour motifs le caractère politique et, pour ainsi dire, factieux de cette religion , et des pratiques contraires aux mœurs chinoises, comme la réunion en commun des hommes et des femmes. Nous pensons que ce dernier usage est celui qui est le plus condamnable aux yeux des Chinois, et qui seul pourrait empêcher qu’ils adoptassent jamais universellement le christianisme, quand même ils n’auraient aucune autre raison de le repousser.

Le premier édit de proscription, publié sous les Ming , était ainsi conçu (nous employons la traduction du P. Alvarez Se’medo) : « Ayant été pleinement informés par le Li-pou (tribunal ou conseil des rites), que certains étrangers pratiquoient en cette cour leur establissement dans ce royaume; sur les humbles prières et remontran-

f) Mémoires sur les aUnois, t. Il, p. 507.

ces que nous ont fait nos maDdarins , que nous lissions un commandement par toutes les provinces, que les PP.

Vagnon et Jacques Pantoïa, avec leurs compagnons, fussent renvoyés dans leur pays, pour avoir prêché une loi inconnue; et, sous prétexte de religion , d’avoir troublé le repos de notre peuple, et machiné sourdement une révolte parmi nos sujets, et un soulèvement général dans notre Estât. Par ces considérations, nous avons ordonné au Li-pou de Nan-king d’avertir les mandarins de nos provinces, qu’en quelque lieu qu’on trouve ces étrangers , on les fasse conduire et escorter sous bonne garde en la province et cité de Canton, et que de là iis s’en retournent dans leur pays, laissant la Chine en repos. Et d’autant que l’année dernière, sur l’avis qu’on nous donna, que ces étrangers n’étoient entrés dans notre royaume que pour notre service, et que le P. Jacques Pantoïa et ses compagnons étoient très-capables de travailler à la correction de notre calendrier , nous les avions agrégés au nombre des mandarins; nous vouions et ordonnons que nonobstant cette agrégation, ils soient congédiés et renvoyés en leurs provinces. Car tel est notre plaisir.

Que cette sentence soit rendue au Lipou et au Ciayan, le vingt-buitième de la douzième lune (*). »

Pendant la minorité de KHANe-m , l’exclusion des mêmes missionnaires chrétiens fut encore prononcée par le tribunal des rites. Le P. le Gobien a donné l’histoire de toutes les négociations qui eurent lieu entre les jésuites influents à Péking , et les autorités chinoises, depuis le premier édtt que nous venons de rapporter, jusqu’à celui de 1692 (**). Mais un ouvrage plus curieux et plus authentique, dans lequel ou trouve la plupart des pièces de

(’) Histoire de la Chine, traduction française , p. 3a6.

(**) Histoire de l’édit de l’empereur de la Chine en faveur de la religion chrétienne , par le P. Charles le Gobien , de la compagnie de Jésus. Paris , 1698, 1 vol. ia-ia.

CHINE

ce grand débat , en chinois et en latin . estcelui qui fut publié à Kouang-tcheou (Canton) en 1671 , par les mêmes missionnaires, avec l’approbation du P. Antoine de Govvea , ^ovincial de la compagnie (*). La première pièce de ce recueil est une supplique, datée de la huitième année Khahg-hi (1669), adressée par trois missionnaires (**) aux régents de l’empire, qui avaient voulu les expulser de la Chine en 1664 (***). Après un historique succinct

(•) Yoid le litre de cet ouvrage eilréineinent rare : Innocenlia victrix, tive Srn- Itnlia Comitiorum Imperii Sinici, pro inüoetntia ehrutiaiue religionia lata juridicè per annula 1669, etjusau A. P. Aaton^d» Gcmea , soc. J eau, iiidem T. provincialia. Sinicodatinè expoaita, in Quàm tcheii mctrvpoli pronnciea Quàm tùm in régna Siaarum. A>ho saLCTia bumma. m d c uxr, (Ouvrage gravé eutièreiuent sur des planches de bois et iniprimé sur papier de Cdiine.)

(**) Ludovicus Buglius , Gabriel Magellaoius et Ferdiaandus Yerbiest.

(*") A celle époque le P. Adam Scbaal et trois de ses compagnons furent chargés de neuf chaînes, et traduits devant plusieurs tribunaux où ils subirent de longs iDlerrogatoires. Tous leurs livres furent condamnés an feu. Cependant ce ne- fut que l'année suivante ( i665 ) que le P. Adam Schaal fut condamné à être étranglé; on révoqiu ensuite cet arrêt, et on le condamna à Âre coupé tout vivant en dix mille morceaux. La seateuce fut portée comme d’usage, aux princes. du sang et aux régents pour être oon&miée , « mais , dit le P. du Halde , toutes les fois qu’on voulut la lire , un affreux tremblement de terre sépara toute l’assemblée. » La vérité est que des tremblements de terre réitérés, comme ils se font sentir souvent à Péking , ayant ébranlé la ville à cette époque , et les phénomènes de ce genre étant toujours considérés i>ar les Chinois comme des signes évidents du mécontement ou de la colère du ciel , une amnistie générale fut accordée ; tous les priaonniers furent mis en liberté, à l’exception du P. Scbaal , qui ne le fut qu'un mois après. Ensuite tous les missionnaires furent exilés à Canton , à l’exception de quatre d’entre eux que l’on retint à la cour. Ce sont ceux qui adressèrcait la supplique ciAesaus, et le F, Si'haal qui mourut la même année.

de la prédication de la foi chrétienoc en Chiae depuis l’entrée des premiers missionnaires , on •>/ lit une exposition de la doctrine cbmienne , conçue en ces termes :

« Les principaux points de la doctrine chrétienne consistent à révérer le ciel , à aimer les liommes. Ce qu’elle enseigne en outre n’est pas autre chose que de se vaincre soi-même, d’accomplir les lois de sa nature, d’être sincère et fidèle, d’avoir de la piété filiale, d’être humble et modeste (*).

Il est dit ensuite dans la supplique , que les missionnaires, qui ne prêchaient rien autre diose que ces maximes, ont été injustement proscrits, et leur rappel (je Canton est instamment demandé.

Le président du tribunal ou conseil des rites, auquel la supplique avait été renvoyée selon les lois chinoises, répondit à cette supplique par un long exposé adressé à reiupereur,dans lequel, après avoir rappelé l’historique donné par les pétitionnaires, et y avoir ajoute i’édit de proscription rendu par l’empereur Chun-tchi, la treizième année de son règne (1656), contre les missionnaires catholiques, et promulgué par le tribunal des rites, il cite les éloges donnés au P. Schaal par le fondateur de la dynastie tartare et gravés sur une table de marbre; puis, il rappelle que dans

(*) Ta yao i king thian, ngaï fin; ivei taoung tclii-taoung pou 'ai; khe ki, tfisins'mg, tchoung. hiao ; thsie tien tchou ta touan. La traduction latine des missionnaires est un peu paraphrasée : «Summa porro cliristiana legis næc est , ut veneremur cœleste Numen , ac diligamiis proximum : uec alio ferè spectaut quæ docet pr^terea quàm ut nos viucamus ipsi , et impleamus natures nostras leges omnes ,fidei imprimis erga regem , obedienliœ, observanliasque erga majores; moderalionis item modestiæque; quæ omuia præcipua suiit illiuacapita. » ( Folio 4 , verso; et folio ^ , verso.)

Il est très-remarquable que ces préceptes soient répétés à chaque page daus les ouvrages des philosophes cninois et dans les mêmes termes qui sont employés par les missionnaires jésuites. U est probable qu'ils le.s avaient rbuisis à dessein.

L’UNIVERS

les interrogatoires subis par le P. Verbiest et ses compagnons , ils ont professé « que dans les principes de leurs lois , ils admettaient ensenvle les hommes et les femmes ; qu’en aspergeant le front d’eau pure , ilâ remettaient les péchés (le baptême); que tous ceux qui s’adressaient à eux, hommes ou femmes, s’ils étaient convertis à la foi chrétienne, ils les absolvaient, au nom du Seigneur du ciel , des fautes

?|u’ils avaientcommises, quelles qu’elles ussent; que tous ceux qui étaient dangereusement malades, ifs leur donnaient , sur les organes des cinq sens , une onction d’huile sainte, et le Seineur du ciel avait aussitôt compassion ’eux, et leur remettait leurs péchés. » Il ajoute « que ces chrétiens ne font aucune cérémonie aux mânes de leurs ancêtres ; que, par conséquent, ils n’observent pas le précepte (proclamé dans leur exposition de cfoctrme) d’honorer ses père et mère; qu’en outre, rien ne prouve clairemént l’utilité de cette doctrine; mais que cette utilité appartient aux trois sectes énumérées précédemment (celles des lettrés, de Fo et des Tao-sse), qui, toutes trois, si on les considère ensemble, font en sorte que les hommes pratiquent ce qui est bien , s’abstiennent de ce qui est mal (*). Ce n’est donc pas une vraie religion, la religion chrétienne ; il ne convient pas de l’admettre dans l’empire. »

Sa conclusion est la même sur les autres points de la supplique. « Il n’est pas nécessaire, dit-il en finissant, que ces choses soient de nouveau mises en délibération; car c’est après un examen attentif que les sentences, dont on demande la révocation, ont été portées. L’instruction de toute l’affaire existe dans nos archives. »

(“) San kiao ping tc/ioui Iciaï sse jin wei chen , kilt ngo , Ja/t sic , koueï tc/iing. « Et très quidem sectæ, una Ulterarum scilicel, ac duæ quæsuo quœque ritu idola coluut, ai pariler considerentur, omnea hoc efficiiiiit,ut agant liomiues quæ bonasunt;abjiciant , quæ mala ; ut avertant sese ab eo , qiiod {iraviim est ; et ad id , quod est rectum, couveiiant. » (Folio 10, verso; et folio 1 4 , verso.)

Cependant l’empereur, à la sollicitation des missionnaires, n’ayant pas approuvé l’avis du tribunal des rit^, renvoya l’affaire à une. assemblée générale des princes du sang, des pr&idents de tous ses conseils , Chinois et Tartares, ainsi que des censeurs de l’empire, afin quelle fût examinée de nouveau, et qu’on lui fit connaître l’avis qui aurait été adopté. Ce grand conseil d’État se réunit six fois. Trois fois il appela dans son sein trois d’entre les missionnaires jésuites pour être interrogés; enfin le conseil suprême rendit sa sentence, au nom de son président, qui était un prince du sang. Elle accordait la plupart des points articulés dans la supplique, c^est-àdire : la restitution au P. Adam Schaal du titre de docteur de la loi sublime et mystérieuse que lui avait donné l’empereur Chun-tchi, et celle de ses grades et dignités ; le rétablissement des temples chrétiens qui avaient déjà été érigés ; l’ordre au gouverneur des provinces de Kouang-toung et Kouang-si, ainsi qu’au vice-roi de la première de ces provinces , d’expédier quelques-uns de leurs officiers pour ramener à Péking vingt-cinq missionnaires jésuites, qui avaient été relégués dans la première de ces villes.

Après cette délibération solennelle, quilui futsoumise, l’empereur Khangui répondit par un décret presque contraire en tous points à sa première décision et à l’avis du grana conseil d’État : « Pour ce qui concerne la religion du Seigneur du ciel , y est-il dit à l’exception de Ferdinand Verbiest et de ses compagnons (qui étaient tous à Péking), qui peuvent la pratiquer comme auparavant, et dans la crainte u’on n’éleve de nouveau des temples e cette religion dans les provinces, et qu’elle n’y soit adoptée, j’ordonne expressément que des circulaires soient partout expédiées , dans lesquelles on l’interdise sévèrememt. Les autres points que vous avez accordés , je les approuve et ratifie (*). »

(*) " Ad christianam religionem quod altiiirl , cxccplo quidem Fei^inando cl reli-

CHINE

Enfin, en 1692, après vin^-deux ans de proscription, les missionnai* res obtinrent , non sans beaucoup de peines (*), .la déclaration suivante, à laquelle le consentement de l’empereur &HANG-HI donna force de loi :

« Moi, votre sujet Coupoutai, premier président de la cour souveraine des rites , et chef de plusieurs autres tribunaux, Je présente avec respect cette déclaration à Votre Majesté , ^ur obéir à ses ordres avec soumission :

nous avons délibéré, moi et mes assesseurs, sur l’affaire qu’elle nous a communiquée, et nous avons trouvé que ces Européens ont traversé de vastes mers, et sont venus des extrémités de la terre, attirés par votre haute sagesse, et par cette incomparable vertu qui charme tous les peuples, et qui les tient dans le devoir. Ils ont présentement l’intendance de l’astronomie et du tribunal des mathématiques. Ils se sont appliqués avec beaucoup de soin

quû , qui eam sicut priùs ipsimet exerceant licet, quoiiiam verendum est, ne forU in hac provincii Pekinensi cælerisque deniio forlè exlniantur templa , et suscipiatur ista religio; mando nirsus expediri dipiomata, quibus id severè interdicatur. Caetera vero quae censuistis omnia approbo , et rata habeo. » ( Folio aS, recto.)

(*) Voyez l’ouvrage cité du P. le Gobien. Ce missionnaire rapporte une anecdote qui fait voir quelle était l'indiflërence du jeune empereur tartare et des officiers de sa cour, pour les pratiques religieuses. « L’empereur, ajt-il(page 114), envoya aux Pères quelques officiers de son palais qui leur dirent les choses du monde les plus affligeantes ; car, après avoir fait cent railleries de la religion , qu’ils accompagnaient de grands éclats de rire , ils dirent à peu près ce que le Livre de la sagesse met dans la bouche des impies ; C’est bien à nous à nous mêler des intérêts des dieux ! ne sont-ils pas assez puissants pour vider leurs querelles , s’ils en ont ? Ils se moquent bien de nos vains efforts et des peines inutiles que noos nous donnons pour eux. Croyez-nous , vôtre Dieu et Fo ne se mettent guère en peine de ce qui se passe ici-bas ; contents d’être là-baut et d’y jouir en paix et à leur aise de leur divinité , ils ne font nulle attention à nos affaires qui ne lus regardent pas. •

a faire des machines de guerre et à tondre des canons , dont on s’est servi dans les derniers troubles civils. Quand on les a envoyés à Nipchou (*) avec nos ambassadeurs, pour y traiter de la paix avec les Moscovites, ils ont trouvé moyen de faire réussir cette négociation : enfin ils ont rendu de grands services à l’empire. On n’a Jamais accusé les Européens qui sont dans les

rovinces , d’avoir fait aucun mal , ni

’avoir commis aucun désordre. La doctrine qu’ils enseignent n’est point mauvaise ni capable de séduire le peuple et de causer des troubles. On permet à tout le monde d’aller dans les temples des Lamas, des Ho-chang, des Tao-ssé, et l’on défend d’aller dans les églises des Européens , qui ne font rien de contraire aux lois ; cela ne paraît pas raisonnable. Il faut donc laisser toutes les églises de l’empire dans l’état où elles étaient auparavant, et permettre à tout le monde d’y aller adorer Dieu , sans inquiéter dorénavant personne sur cela. Nous attendons l’ordre de Votre Majesté pour faire exécuter cet arrêt dans toute l’étendue de l’empire. Fait par les officiers en corps, le troisième jour de la deuxième lune de la trente et unième année du régne de Khang-hi (c’est-à-dire le 20 mars 1692) (**).»

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