REMONTRANCES CONTRE LE LUXE
« Je pourrais vous proposer pour modèles les empereurs Yao , Chun , Yu, etc. ; mais ces heureux règnes sont passés il y a long-temps. A quoi bon remonter si haut? Je m’arrête à des temps plus près de nous et à des exemples domestiques : ce sont ceux de Wen-ti que je vous propose. Son règne est si voisin de nous , que quelques-uns de nos vieillards ont eu le bonheur de le voir. Or Wen-ti , élevé à la dignité de yî/s du ciel, comnae vous l’êtes, possédant ce vaste empire que vous possédez aujourd’hui, portait des habits simples et sans ornements, et même d’un tissu assez grossier; sa chaussure était d’un cuir brut; une courroie ordinaire lui servait à suspendre son épée; ses armes n’avaient rien de recherché; son siège était une natte des plus communes; ses appartements n'avaient point de meuoles précieux et brillants : des sacs pleins d’écrits utiles qu’on lui présentait en faisaient l’ornement et la richesse ; et ce qui ornait sa personne, c’était la sagesse et la vertu. Les règles de sa
CHINE
conduite étaient la charité et la justice. Tout l’empire, charmé de ces beaux exemples, s’étudiait à s’y conformer.
< Aujourd’hui nous voyons tout autre chose. Votre Majesté se trouve à l’étroit dans la vaste enceinte d’un palais qui est une grande ville; elle entreprend de nouveaux bâtiments sans nombre; elle donne à chacun de beaux noms... c’est le palais à mille ou dix mille portes. Dans les appartements intérieurs, vos femmes sont chargées de diamants , de perles et d’autres ornements précieux; vos chevaux sont superbement harnachés; vos chiens meme ont des colliers de prix. Enfin , il n’y a pas jusqu’au bois et à l’argile que vous ne fassiez couvrir de broderies : témoin ces chars de comédie, dont vous aimez les évolutions; tout y brille , tout y est riche et recherche.
Ici vous faites fondre et placer des cloches de cent mille livres pesant; là vous faites des tambours qui le disputent au tonnerre. Enfin, ce ne sont ue comédies, concerts, ballets de Iles de Tching.
« Si Votre Majesté voulait suivre mon conseil, elle rassemblerait tous ces vains ornements de luxe dans un carrefour public, et elle y ferait mettre le feu, pour montrer à tout l’empire qu’elle en est désabusée. »
Un écrivain chinois dit, à propos de cette pièce : « Sou était un plaisant; il tournait les choses à sa manière; du reste, il était droit, sincère et homme de tête. Wou-ti l’employa longtemps (*). »