‹ Chiromancie nouvelleChapitre 1 sur 200 · Chiromancie nouvelle · texte numérisé non relu

Chiromancie nouvelle

Si Tétude de la phrénologie, de la chiromancie et des sciences qui ont pour but de deviner le caractère et les instincts des hommes, d'après leur conformation, est un passe-temps frivole;

Si elle cesse un instant d'être sérieuse, si elle n'est qu'une distraction pour des esprits enthousiastes, des imaginations avides du merveilleux : elle est condamnable, parce qu'elle conduit infailliblement à la superstition et à l'erreur.

Mais si elle est basée sur la vérité, on ne saurait s'y livrer avec trop d'ardeur, non pas seulement à cause des avantages matériels qu'elle procure, mais parce qu'elle est appelée à jouer un rôle important dans l'éducation de nos enfants, qui sont le progrès dans l'avenir.

De l'éducation bien ou mal dirigée dépendent, on le sait, le bonheur ou le malheur de la vie entière. Un homme bien organisé peut sans doute sortir un jour

ou l'autre de la fausse direction où il a été engagé dans sa jeunesse, mais les hautes intelligences sont rares.

Que nos instincts nous viennent de l'influence des astres ou non, peu importe pour le moment. En admettant toute autre cause, il n'en est pas moins vrai que nous naissons avec des penchants particuliers, avec des qualités et des défauts qui sont inhérents à notre nature. Ces penchants doivent nous conduire à notre bonheur ou à notre infortune, selon la direction qu'il nous plaira de leur donner.

Et l'éducation que nous recevrons influera évidemment sur la sagesse plus ou moins grande de cette direction. Eh bien! si elle a une telle influence sur le bonheur individuel, et par suite sur le bonheur général, pourquoi ne chercherait-on pas à l'éclairer, à l'améliorer par tous les moyens possibles?

Pourquoi n'admettrait-on pas, après un mûr examen., tous les perfectionnements qui seraient présentés et sanctionnés par des preuves?

Le but vaut la peine d'y penser, et le bon sens le demande.

Mais l'école philosophique n'a pas fait son temps; elle s'en va sceptique et ergoteuse, elle passe en laissant toutefois le progrès qu'elle a ramassé sur la

route. Elle passe comme le torrent qui se tarit, en abandonnant dans son lit, au milieu des débris qu'il a roulés dans sa course, des parcelles d'or.

On rit encore de la phrénoiogie, de la chiromancie, des sciences occultes, mais on en rit moins déjà, parce que le jour se fait, parce que tôt ou tard la vérité arrive toujours.

Laissez se perdre Y écho des derniers ricanements des douteurs quand même, et attendez patiemment.

Grâce à ces sciences si décriées, il viendra des temps où les hommes ne pourront plus feindre, et seront obligés de se montrer sans masque, parce que le masque ne servira plus. Et ce temps n'est pas loin.

Ceux qui posséderont et appliqueront ces sciences, auront un tel avantage sur les autres dans le commerce de la vie, que ceux-ci se lasseront d'être devinés et s'instruiront à leur tour. Et alors, l'humanité aura fait en avant un pas immense. Certes, il y aura toujours des gens qui fermeront les yeux à toute clarté, parce qu'il y a une classe qui doit être menée, une classe qui doit fatalement obéir. Mais la lumière se fera si grande, qu'il leur faudra bien à la longue en prendre aussi leur part.

Toutefois, il faut l'avouer, la phrénologie, la chiro-

mancie, demandent de la complaisance de la part de ceux dont on veut étudier le caractère; mais pour la chirognomonie il suffit d'un coup d'oeil.

En s'approchant d'une personne dont il veut se faire un protecteur, un ami, F initié sait déjà comment il faut s'y prendre pour plaire. S'il a affaire à un ennemi, il en connaît le côté vulnérable et il sait d'avance comment il doit être attaqué lui-même. Mais revenons à notre point de départ.

On n'a pas besoin de ménagements avec un enfant. Avec lui il n'y a pas de surprise. Pour lui, la phrénologie, la chiromancie, la chirognomonie, la physiognomonie même peuvent être consultés à loisir.

Et si ces sciences sont une vérité, si, avec leur aide, on peut deviner les penchants et les aptitudes du petit être qui arrive dans le monde, et développer en les cultivant dès le principe ces dispositions et ces aptitudes, quel service ne lui aura-t-on pas rendu ! N'eutil qu'une qualité, une seule! on saura en tirer parti, et il n'est personne qui n'ait en venant au monde, sinon des moyens d'attaque au moins des moyens de défense.

Chacun, même le moins doué, a, pour le moins, une raison confuse, une intelligence nuageuse, qui ne de-

viennent raison, qui ne deviennent intelligence que lorsqu'on les dirige vers tel ou tel but, où elles sont nécessairement appelées, parce que là est seulement Futilité de leur être. Que le monde serait fort, si pas une étincelle divine n'était perdue sur terre comme pas un brin d'herbe n'est perdu dans la nature, l'intelligence suprême !

Les hommes ne sont faibles que parce qu'ils ne croissent pas comme le brin d'herbe en obéissant à la voix sublime de la grande nourrice, mais parce que l'ignorance ou la sottise les empêche de l'entendre, en leur criant sans cesse à l'oreille un autre langage.

Croyez-vous qu'il en sera toujours ainsi? Un fruit n'arrive pas de suite à sa maturité. Il lui faut des jours de pluie, des jours de soleil, il lui faut être germe, puis fleur, puis fruit enfin. Il lui faut des mois! des mois! des saisons ; il peut être retardé par la fraîcheur des derniers jours d'automne, par les gelées blanches à l'approche de l'hiver, mais il mûrit toujours.

Parce que lorsque Dieu a écrit sa volonté quelque part, il faut qu'elle soit lue un jour ou l'autre, et il se présente fatalement quelqu'un pour l'expliquer quand le temps est venu, quand le fruit est mûr.

La bonté de Dieu est infinie.

Dieu a mis tout enseignement, toute science dans la nature ; seulement il a voulu qu'on dût méditer pour comprendre, apprendre pour savoir.

Quand l'étudiant ouvre un cadavre, il s'étonne, il admire. Nulle merveille n'est comparable à la structure intérieure du corps humain! mais pour découvrir ces miracles, il a fallu que l'amour de la science mît le scalpel aux mains du penseur. Et l'extérieur du corps n'est pas moins admirable, mais on se blase sur les merveilles que l'on voit tous les jours.

La Providence, par un caprice apparent qui semble injuste au premier coup d'œil, a créé le fort et le faible, le riche et le pauvre, le dominateur et l'esclave, Vops et Vinops enfin.

Et en même temps, comme elle est la raison et la justice, pour laisser à l'homme son libre arbitre et des moyens de résistance, pour l'empêcher de succomber à chaque pas, puisque la vie, même pour les puissants et les forts, est une lutte incessante, elle a écrit le caractère de chacun sur son visage, sur les sinuosités de son crâne, sur la forme de ses mains. Et puis, comme elle a dit au laboureur : Ouvre le sein de la terre pour semer le blé qui doit te nourrir; comme elle a dit au plongeur : Cherche la perle au fond des mers; elle a

dit à chacun : Apprends à lire. Je ne donne rien sans peine; je mêle à la couronne de lauriers l'ortie qui brûle le front, j'exprime le poison de la maladie dans la coupe de la débauche ; à la richesse j'attache la satiété, l'ennui; je fais payer chaque plaisir, parce que le plaisir est une récompense, et veut être acheté par un effort.

Cherche et tu trouveras.

Et puis de temps en temps, prenant en pitié l'ineptie et l'aveuglement des hommes, elle envoie un être doué pour les instruire.

Tantôt c'est un poëte, car la poésie est la fièvre de l'intelligence, et cet homme d'élite peut, dans l'ivresse de ses accès, se mettre en rapport avec les mondes supérieurs, et jetant des mots sans suite, comme la sibylle de dîmes éclairer les ténèbres de l'inconnu.

Tantôt, c'est un grand capitaine qui réunit les nations, un législateur qui civilise, et puis alors vient un révélateur.

C'est Orphée, Hermès Trismégiste, Virgile, Apollonius.

Une autre fois c'est Lavater.

Lavater lit sur la face de l'homme la ruse du renard, la férocité du tigre, la douceur de l'agneau; il

compare, il trouve; mais perdu dans ses contemplations, en face de la grande nature, ébloui par la lumière éclatante qu'il voit rouler en cercle derrière le rideau qu'il soulève, il hésite, bégaye, balbutie, indique sans oser définir, et meurt tué par un soldat ivre sans terminer son œuvre. Mais la route est indiquée. Gall le suit de près; plus froid, plus calculateur, moins poëte, marchant avec l'analogie qui est la base de toute science véritable, pesant tout, étudiant en silence, ne donnant rien au hasard, il arrive un jour et dit : J'ai trouvé.

Lavater doux, irrésolu, avait rencontré des incrédules; Gall avec son caractère de fer, sa conviction, son inébranlable volonté, fit des prosélytes : c'était un succès.

Il eut des ennemis : ce fut un triomphe.

Un moment sa réputation fut sans bornes et balança la gloire du grand capitaine qui tenait alors fixés sur lui les yeux de l'Europe entière. On dit que le guerrier fut un instant jaloux du novateur.

Mais bientôt tout ce bruit s'éteignit, Gall fut classé parmi les hommes illustres de son époque, et son système fut presque abandonné et mis en oubli.

Et ce système est, il faut le reconnaître, difficile, peu

praticable à première vue. Les cheveux, la coiffure, gênent pour en faire l'application. Le front seul se livre à Fétude, mais les organes du front représentent presque tous des qualités, et ce ne sont pas les qualités que Ton veut étudier chez les hommes. On veut connaître leurs instincts, les mauvais d'abord pour s'en garantir et les combattre, et puis ensuite les bons pour en profiter et s'en faire contre eux une arme offensive.

Eh bien, un troisième révélateur arrive.

C'est M. d'Arpentigny.

Celui-ci devine le caractère d'après la forme des doigts, comme la chiromancie devine les instincts et la destinée d'après les dispositions des monts de la main et les lignes qui en sillonnent la paume.

Mais la nature en lui donnant l'intuition d'une grande chose, a cru en avoir assez fait, et n'a pas voulu qu'il pût expliquer complètement sa belle découverte.

11 fallait en chercher les causes dans la nature et un homme d'imagination vit en dehors de la nature.

Son livre est éîincelant d'esprit, plein d'observations fines, de réflexions très-judicieuses, de citations merveilleusement choisies, de portraits tracés de main de maître, mais il n'est pas assez clair.

Ce livre serait insuffisant s'il n'était commenté, car

M. d'Arpentigny, comme les gens qui savent bien, suppose son lecteur au courant des premiers principes nécessaires pour bien le suivre, il parle plutôt à des adeptes qu'à des apprentis.

Sa méthode est un clavier magnifique, mais il n'enseigne que vaguement la manière de tirer parti de cet admirable instrument.

Après avoir longtemps cherché à simplifier et à élucider son système, dont la vérité nous était chaque jour démontrée par des preuves incontestables, nous crûmes avoir trouvé le moyen de le mettre à la portée de tous, en l'expliquant à l'aide de cette science que les anciens philosophes nommaient la Kabbale, [la tradition).

La série ternaire, loi de la nature, fut notre point de départ.

Tout s'adaptait merveilleusement, nous voulûmes aller plus loin.

Il nous fallut demander des preuves à la physiologie, à la chimie, à la physique. Nous cherchâmes en tâtonnant si l'austère médecine elle-même ne pouvait pas nous servir. Le célèbre Bichat vint puissamment à notre aide.

Montaigne, Rabelais, Herder, Balzac et d'autres

PRÉFACE. lt

grands hommes se rencontraient avec nous,, et semblaient nous encourager et nous soutenir.

Après bien des doutes, la conviction nous arriva ardente et enthousiaste, et alors nous nous décidâmes à publier ce livre, mais avec des citations nombreuses, pour faire partager notre confiance au lecteur.

A la chirognomonie nous joignîmes la chiromancie qui la complète, la chiromancie, cette science étrange longtemps perdue, et retrouvée par un savant d'une érudition immense, Éliphas Lévi (Alphonse-Louis-Constant), auteur d'un admirable livre sur la kabbale1 . Nous en citerons souvent des passages.

M. Constant a initié aux sciences occultes des hommes érudits appartenant à l'aristocratie la plus haute.

Mais en chiromancie nous sommes son seul élève.

A la chirognomonie, à la chiromancie nous avons joint quelques aperçus sur la phrénologie et la physiognomonie, et nous nous sommes efforcé de prouver, en indiquant leur point de départ commun, que ces diverses sciences se tiennent et ne peuvent être séparées.

1. Dogme et rituel de la haute magie, chez Germer-Baillière, rue de l'École-de-Médecine ,17.

12 PHEFACE.

Nous n'avons donc inventé ni la chirognomonie qui appartient à M. cTArpentigny, ni la chiromancie qui vient de Tlnde et est aussi ancienne que le monde. Et pourtant, nous avons pris aux progrès de ces sciences une part utile en les prouvant le premier l'une par l'autre, et en les enrichissant de découvertes qui surgissaient de l'application journalière des deux systèmes réunis. Nous avons fait beaucoup plus si nous avons trouvé, comme tout nous autorise à le croire, les causes jusqu'alors inconnues qui font que ces sciences indiquent les instincts etjusquà un certain point la destinée.

Jusqu'à un certain point, parce que le fatalisme est toujours soumis au libre arbitre.

Les mahométans qui disent ceci est écrit sont dans Terreur.

Toutefois pour les hommes qui s'abandonnent sans résistance à leurs penchants et laissent aller leur vie, ceci est écrit.

La publication de ces vérités aura donc pour but de faire faire de puissants efforts à ceux dont la destinée est menaçante.

On dort dans le navire tant que Ton se croit loin des écueils, mais on jette la sonde et on veille quand

l'orage approche, que le tonnerre gronde et que la côte est parsemée de récifs.

Puissions-nous contribuer à changer en bonheur un triste avenir ! Nous nous croirons bien payé de nos études, et nous nous estimerons trop heureux si le lecteur daigne applaudir à nos efforts.

Page 1