‹ Chiromancie nouvelleChapitre 14 sur 200 · DIVIN · texte numérisé non relu

DIVIN

« Il existe donc nécessairement un culte matériel, un culte spirituel, un culte divin , trois formes qui s'expriment par l'action , par la parole , par la prière , autrement dit le fait, l'entendement et l'amour.

« L'instinctif veut des faits , l'abstractif s'occupe des idées , le spécialiste voit la fin , il aspire à Dieu , qu'il pressent ou contemple. »

Avant d'aller plus loin , et tout en respectant la manière devoir de Balzac, nous ne la trouvons pas complète.

Balzac admet trois classes bien distinctes. Il admet des hommes mixtes qui participent d'une classe et de l'autre; mais il semble établir que l'on ne peut s'élever d'une classe dans l'autre.

Selon nous, c'est une erreur, puisque ce serait nier le mouvement et la lutte , qui sont les deux ressorts qui donnent la vie au monde.

Ce serait nier aussi le libre arbitre et nous condamner au désespoir.

Du reste , il se contredit lui-même. Les trois classes sont bien marquées , et , selon la première loi magique, elles doivent, malgré les nuances qui les distinguent, rentrer dans l'analogie générale.

Eh bien, Balzac dit d'un côté que les instinctifs travaillent et meurent sans s'élever au second degré de Vin-

telligence humaine, qui est l'abstraction, et il dit plus loin :

Les plus beaux génies sont ceux gui sont partis des ténèbres de l'abstraction "pour arriver aux lumières de la spécialité.

Si les abstractifs peuvent sortir de leur classe, les instinctifs peuvent en sortir aussi, ou alors il y aurait non pas seulement injustice, mais il y aurait inharmonie, ce qui ne se trouve nulle part dans la nature.

iNÉCESSITÉ DE LA LUTTE. JAKIN ET BOHAS.

Balzac devinait avec son génie ; mais distrait par son ardeur pour toutes les sciences, il ne pouvait ni tout pressentir ni tout savoir. 11 ignorait, ou du moins il n'a laissé entrevoir dans aucun de ses livres mystiques, que la lutte est la loi de l'être ; que l'homme, enfant de la terre, est attiré et repoussé comme la terre pour conserver sa vie, comme elle pour conserver le mouvement, qui est la vie.

Que la terre cesse un moment d'être attirée et repoussée, et elle tombera dans les espaces. Quand la lutte cesse chez l'homme, c'est que sa carrière est finie et qu'il va mourir.

C'est le défaut de forces qui fait le calme du vieillard.

C'est pour cette lutte incessante que les passions nous ont été données, ainsi que la conscience et la vertu.

A partir des premiers jours de l'existence, la lutte commence entre le rire et les larmes. Si des joies et des

chagrins de l'enfance nous ne tirons pas de conséquences pour la vie entière, c'est que nous ne voulons ou ne savons pas voir. Les avertissements physiques ne nous manquent pas.

« Oculos habentet non videbunt, » a dit le Seigneur.

Écoutez les Mages, interrogez nos sages et nos philosophes, et tous vous diront que les sympathies naissent des contraires.

« L'harmonie de ce monde i, ditPlutarque, est une combinaison des contraires, comme les cordes d'une lyre ou la corde d'un arc qui se tend et se détend. Jamais, a dit le poëte Euripide, le bien n'est séparé du mal. Il faut qu'il y ait un mélange de l'un et de l'autre. »

Vous vous sentez entraîné, irrésistiblement entraîné, et surtout en amour, la plus grande passion de la vie, vers des êtres dont les goûts sont tout à fait différents des vôtres, non pas pour votre bonheur (cela est impossible, puisque, destinés à vivre ensemble, vous devez ou sacrifier vos goûts ou imposer les vôtres, et il y a toujours des larmes au fond de tout cela), mais par fatalité, par nécessité de souffrance.

Et, contre cet attrait, la raison ne peut rien presque toujours, parce que c'est une fascination, une ivresse, et que l'ivresse endort la raison. Et puis, dans cette fascination il y a une joie douloureuse, d'autant plus attrayante qu'elle déchire, qu'elle fait mal.

Vous vous préparez fatalement un malheur à venir, et

!.. Dnpnis, Origine des cultes, p. 77. 2 éd. (1821).

plus l'homme sera supérieur, plus le malheur sera grand et inévitable.

La douleur est la pierre de touche de l'élu. C'est aux grandes âmes que la nature jette les grands désespoirs, car c'est par des épreuves seulement qu'elles pourront * prouver leur céleste origine.

Combien de grands génies ont essayé de l'abrutissement pour échapper aux chagrins nés d'une union malheud reuse ! Seulement, l'homme destiné aux épreuves, lorsque la douleur s'efface, laisse là ces moyens indignes comme le naufragé abandonne en entrant dans le port la planche vermoulue qui s'est trouvée sous sa main au moment du danger. Mais l'âme moins fortement trempée, une fois adonnée à la débauche, ne revient plus; le tourbillon astral' l'entraîne : c'est une étoile à jamais disparue.

Cette lutte, qui est un des grands arcanes de la magie, y est représentée sous les noms de Jakin et Bohas,noms des deux colonnes symboliques qui étaient devant la porte principale du temple de Salomon, l'une blanche, l'autre noire; c'est-à-dire le jour et la nuit, le vice et la vertu, l'ange et le démon.

Chacun tend à se mouvoir et à s'agiter dans sa sphère, mais selon les lois de la pesanteur ; l'homme est attiré en bas par ses instincts matériels. Comme la pierre lancée s'élève péniblement, mais retombe vite, il faut des efforts inouïs pour s'élever de sa classe dans une classe supérieure, et il est facile de descendre.

Il faut même des efforts pour se maintenir dans la classe où l'on est.

11 est plus difficile de conserver sa fortune que de l'amasser, parce que le mouvement étant la loi de la vie, celui qui veut rester en place doit faire comme le batelier qui résiste au fil de l'eau ; il doit, de temps en temps, donner quelques coups de rame pour se maintenir au même endroit, sinon le courant l'entraîne en arrière.

Tout homme désire sortir de son monde : le pauvre aspire à la richesse, le commerçant enrichi veut acquérir la noblesse, ou, s'il est mieux organisé, il s'occupe d'art, de littérature, de théologie, il sent le besoin de monter.

Le débauché même peut avoir des désirs nobles pour se reposer de la fatigue du vice ; il peut avoir des velléités de travail, comme le malade longtemps couché désire se promener au soleil de la plaine ; ces natures déréglées peuvent aussi, car les extrêmes se touchent, éprouver parfois pour l'art un appétit sauvage émané de la violence même de leurs passions.

Jésus-Christ préférait les chauds et les froids aux tièdes, qui ne vivent pas : « Utinam frigidi essetis aut calidi, sed quia tepidi estis, incipiam vos evomere de ore meo. »

Tout homme né avec la noblesse arrive, par sa naissance même, au premier rang ; mais s'il oublie un seul instant ce magnifique adage : « Noblesse oblige, » il retombe aussitôt plus bas que tout autre.

Les instinctifs s'ennoblissent par le travail ; les intelligences les plus ordinaires acquièrent par l'exercice une capacité plus grande, comme les bras prennent des forces et développent leurs muscles par Faction. Le paysan

exerce les facultés de son esprit dans l'agriculture; il sait ce qui convient à chaque terrain ; il lit d'avance dans le ciel le temps serein et les orages. De l'instinctif il en arrive à l'abstractif, peu à peu et sans efforts.

Le travail, c'est l'action et la progression ; la paresse, c'est la négation de l'action, et cependant, entraînée par le mouvement universel, elle marche sans le savoir, mais en sens inverse, et elle va de la paresse à la débauche, et de la débauche à la mort.

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