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La latte

LKS MYSTÈRES? DE LA MAIN. 5i7

Car il y a en Corot deux hommes bien distincts : le peintre vrai, consciencieux, savant dans ses admirables études, le poëte dans ses tableaux; comme il y a en lui deux natures : l'homme rigide et exact, et l'artiste.

Nous avons vu l'homme rigide; complétons la nature du poëte.

Outre les croix mystiques f, Corot a l'index orné de r anneau deSalomon qui l'initie instinctivement aux mystères de la vie secrète de la nature; et la marque de Jupiter, tracée sur le mont de Jupiter même, en fait un homme supérieur, apte à, éprouver les inspirations les plus hautes et les plus nobles.

Trois lignes, seulement indiquées, s'élèvent, égales et parallèles, sur le mont du Soleil, et ces trois lignes faiblement tracées viennent nous dire qu'avec un peu moins de raison et un peu plus d'enthousiasme, la célébrité, la réputation, la richesse, fussent venues creuser ces sillons que leur avait ébauchés la nature, et que Corot eût été un peintre à l'égal des grands artistes des plus beaux temps des Léon X et des Médicis.

Et, pour ôter jusqu'à l'ombre du doute, la ligne du Soleil, dans l'autre main, s'écarte et va serpenter sur le mont de Mercure ; c'est l'inspiration qui va se perdre dans la science.

Corot a péché par excès de force ; il a été trop raisonnable.

Ses doigts, plus courts que la paume, indiquent l'amour

i. Placées entre la ligne de tète et la ligne de cœur,

de la masse et l'horreur des détails, et, par conséquent, une exécution large et pas assez expliquée.

On a cru Corot naïf; Corot n'a jamais été naïf, il a trop aimé la science. Si Corot eût été moins savant, il eût dépassé tous les hommes de son temps.

S'il eût seulement écouté son amour ! Car chez lui le mont de Venus est immense et sillonné de rides croisées qui viennent joindre à la puissance matérielle les fantaisies du caprice.

Mais non, il a résisté. 11 a été tourmenté, sans doute; mais il est resté presque chaste. Ses passions, il les domine toutes ; il y a puisé des forces immenses pour accomplir sa rude tâche, et, quand la résistance lui devenait trop pénible, il a peuplé ses champs et ses forêts de bergères demi-nues, et il leur a tracé la ronde voluptueuse qu'elles dansent autour du vieux Silène.

Mais si Apollon envoie sa brûlante ligne vers Mercure, Mercure se penche, vient se serrer contre Apollon et se confondre avec lui. Aussi écoutez Corot quand il parle art, son sujet favori; comme il est éloquent, comme il entraîne, comme il est à la fois vrai et fleuri! Heureuse nature qui pèche par l'excès de qualités dont une seule ferait un homme fort.

AEBER.

Que de qualités la nature ne rassemble-t-elle pas lorsqu'elle veut créer un musicien de premier ordre? Elle le fait naître poëte d'abord, pour comprendre son langage

LES MYSTERES DE LAMAlN. 549

et ses harmonies; elle lui fait, dès son enfance, trouver un charme dans le bruissement des feuilles, dans le murmure des eaux, dans les soupirs ou les mugissements du vent, tour à tour zéphir ou tempête. Elle lui explique aussi la poésie du silence et lui révèle dans chacun de ces effets divers une note, une voix, un nombre pour le grand concert de l'universelle harmonie ; et puis, changeant tout à coup de style, elle le fait calculateur pour le tact et le rhythme. Homme positif et poète à la fois, il doit réunir les contraires : la raison et l'enthousiasme, les calculs froids et les inspirations brûlantes. Et, pour attendrir par la grande voix de l'orchestre, pour la faire arriver au cœur, il lui faudra l'amour, la grande puissance génératrice qui fait chanter; l'amour, c'est la mélodie touchante.

C'est animé par l'amour que le musicien atteindra jusqu'au sublime. C'est avec l'enthousiasme de l'amour pur que la musique devient céleste. La musique est la voix de l'humanité lorsqu'elle veut s'adresser à Dieu.

M. Auber a été admirablement doué pour la musique, surtout par la planète de Vénus, qui le domine presque exclusivement et qui trace profondément dans ses mains ses signatures. L'âge a fait naturellement disparaître la fraîcheur de son teint; mais un artiste la devine encore. Son nez, sa bouche, ses yeux portent les signatures de Vénus, mais de la Vénus voluptueuse, qui inspire les mélodies enivrantes et suaves.

Après l'influence dominatrice de Vénus, arrivent en seconde ligne, mais à un degré encore puissant, celles de

la Lune, de Mercure et du Soleil; Saturne domine parfois aussi .

Mercure a dû lui donner autrefois de l'agilité, de la souplesse et de la grâce. La Lune lui donne encore l'harmonie, les grâces rêveuses, le caprice, que Mercure, réuni à Saturne, règle par la science et la méthode.

Il est plus difficile, lorsque Page arrive, de retrouver ailleurs que dans la main, où elles restent écrites, les signatures des planètes très-distinctes sans doute jadis dans le temps de la jeunesse; car, nous Pavons dit, l'influence de Saturne, tellus , absorbe alors les autres, quelque doive être la longueur de l'existence.

Donc, ce qui frappe le plus, au premier coup d'œil, dans la main de M. Auber, c'est la signature de Vénus sous deux formes.

Une ligne de cœur immense, enrichie de rameaux au commencement et à la fin, et le mont de Vénus développé et couvert de grilles. Ainsi, amour physique, amour du cœur. Par conséquent, verve, énergie, fécondité inépuisable, grâce et tendresse ; et ces qualités sont tellement absorbantes, que Jupiter est à peu près nul, et penche sa colline appauvrie vers le Soleil. Toute l'ambition est tournée vers l'art. Ainsi, chez M. Auber, le talent ne part pas d'abord de l'ambition ou de l'orgueil, mais de l'amour.

Il a eu à lutter sans doute, car la ligne du Soleil, comme chez presque tous les gens supérieurs, part chez lui de la ligne de vie (du mont de Vénus) et se brise en traversant la plaine de Mars , puis elle reprend plus

haut à la ligne de cœur, et là part d'une île qui indique qu'une femme a contribué à ses succès; alors elle monte directement vers le mont du Soleil où, en se divisant en deux grandes branches, elle creuse un large vallon, ce qui indique, outre le talent et la célébrité, la faveur des grands. Un peu avant d'arriver à la ligne de cœur, elle envoie une branche bien nette vers Mercure (c'est l'art récompensé par la fortune), et, arrivée sur le mont du Soleil, elle jette une autre ligne vers Mercure, ce qui signifie alors éloquence dans l'art. L'éloquence dans la musique, c'est la perfection dans l'harmonie.

Dans la main de M. Auber, comme dans celle de tous les grands artistes, le mont de Mercure se penche vers le Soleil; c'est encore la science dans l'art.

La ligne de vie, très-longue, s'élève vers Jupiter, en se joignant h la ligne de tête, ce qui annonce des désirs de gloire artistique qui doivent être évidemment satisfaits et conduire aux honneurs.

La ligne de cœur, entamée en deux endroits, indique deux amours qui ont déchiré le cœur.

Le mont de Mars est calme; c'est résignation, courage à supporter les coups du sort quand ils frappent ou qu'ils ont frappé.

Mais le mont de la Lune rayé, tout en annonçant une grande effervescence d'imagination, indique aussi une facilité à se tourmenter sans cesse, à s'effrayer de chimères, état irritable très-favorable, du reste, à l'inspiration.

La ligne de tète est magnifique; longue et bien tracée.

elle traverse la main tout entière et va se pencher du côté de l'imagination; c'est la marque d'une grande intelligence tournée vers l'art et le caprice K

Mais sa puissance, indiquée par sa netteté et sa longueur, peut balancer les élans du cœur et parfois les sacrifier à l'intérêt personnel; toutefois, l'amour sensuel (l'amour des femmes) l'emportera sur les influences de la ligne de tête.

La saturnienne part du mont de la Lune et va s'unir à la ligne du Soleil.

La Lune, c'est l'eau, c'est le caprice, c'est le lac paisible, la nuit murmurante, la nuit argentée, le silence, c'est l'harmonie, et, quand elle se dirige vers le Soleil comme pour lui demander des reflets, c'est l'imagination qui se défie d'elle-même et vient dorer ses rêves aux lumières de la raison.

Dans la main de M. Auber, la saturnienne, partant de la Lune et montant au Soleil, c'est l'harmonie d'abord, et ensuite l'harmonie et le caprice illuminés: l'art et la vérité. La saturnienne, c'est la destinée. Sa destinée était donc bien écrite ; elle ne pouvait être heureuse que par l'art et l'harmonie divinisés par l'amour, dont la signature se trouve partout dans ses mains.

Les doigts de M. Auber sont mixtes; c'est encore imagination et raison réunies.

Mais le doigt du Soleil est carré; c'est bon sens dans l'art.

\ , C'est aussi désir de richesses pour satisfaire aux exigences du caprice ,

Ainsi , enthousiasme et retenue , et sagesse dans l'enthousiasme! Il saura donc s'arrêter, modérer sa fougue et la maîtriser ; c'est le cachet du génie.

Tous ses doigts se penchent vers l'annulaire, toutes ses facultés sont tendues vers l'art. C'est encore une fois la preuve que c'est par l'art seulement qu'il comprend, qu'il aime la vie.

Dans sa main droite, la saturnienne part bien distinctement de la Lune ; c'est encore le bonheur par l'harmonie.

Dans cette main, la ligne de vie part de la ligne de tête ; la vie devait être nécessairement, fatalement intelligente.

Des obstacles sans nombre auraient surgi s'il avait voulu essayer de suivre une autre carrière. Sa destinée voulait qu'il fût artiste. Quelquefois la Providence rend les commencements difficiles et comme impossibles à un homme supérieur, parce qu'il y a des fruits qui ne peuvent mûrir que secoués par la tempête : il y a des hommes qui ne peuvent se compléter que par la lutte. Mais lorsqu'elle écrit tout d'abord une vocation spéciale, il faut la suivre ou cesser d'être. Elle ne vous a pas créé pour votre bonheur, mais pour un but ; marchez, et ne vous arrêtez pas, ou elle vous écrasera sans pitié. Que lui importent nos considérations misérables! allez, allez, c'est une fatalité que le génie.

Sur le mont du Soleil de cette main, on voit les trois lignes (bien rares) qui donnent le mérite, la célébrité, la richesse (ou l'occasion d'amasser des richesses).

Ici encore Mercure se penche vers le Soleil.

Une ligne, partie de la Lune, va à la ligne de cœur ; c'est bonheur venu par suite des caprices ou de l'amour d'une femme.

M. Auber a, développés dans les doigts, le nœud philosophique1 et le nœud d'ordre2 qui, réunis, font le musicien, calculateur, savant. Ces qualités de calcul, jointes à l'irritabilité de la Lune et à la véhémence des qualités apportées par les influences de Vénus, donnent ce qui complète le grand compositeur : des inspirations de mélodie et d'harmonie fiévreuses et puissantes, réglées, modérées par l'ordre et la sagesse.

M. Auber a le pouce moyen ou court, ce qui, tout en le laissant d'abord dans un état de fluctuation et de doute favorable à la spontanéité des conceptions, ne lui permet pas d'abandonner facilement une idée une fois qu'elle est conçue; car, malgré son peu de longueur relative, son pouce épouse la forme un peu large qui indique la résistance, la résolution ferme une fois qu'un parti est bien arrêté.

En outre, sa main, dont la paume est aussi longue que les doigts, réunit par cela même l'analyse et la synthèse, ce qui complète l'harmonie générale de sa personnalité; car on a dû remarquer que toutes les lignes de sa main signifient inspiration et raison; l'amour seul pourrait, par sa puissante influence, déranger ce merveilleux

i. Première phalange des doigts.

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