MODIFICATIONS APPORTÉES PAR LES NOEUDS
Si les doigts pointus ont le nœud philosophique, il y aura lutte continuelle entre l'inspiration et l'analyse, entre l'art d'inspiration et l'art calculé, entre les tendances religieuses et l'esprit de controverse; l'homme aura tour à tour les extases du prêtre et les doutes du libertin; ces cloutes, il les rejettera non pas sur la divinité, mais sur les ministres de la religion, qu'il ne trouvera pas assez fervents ou assez purs, et il se forgera une religion à lui par le besoin d'indépendance et de piété.
Un homme ainsi doué, en un mot, refuse de croire aux prêtres, mais croit à Dieu.
Les doigts carrés, au contraire, avec le nœud philosophique, seront à la fois en harmonie et en progrès. Leurs tendances exactes, sérieuses, positives, trouveront dans ce raisonnement Un appui bien aimé; ils verront juste, mais froidement; ils raisonneront tout, même Fart; ils
verront clair dans la vie et aimeront le vrai, et avant tout Futile. Seulement leur amour de l'indépendance les portera à fronder tout ce qui leur paraîtra injuste, exagéré ou en dehors de la raison et du convenu. Ils pourront même, par fétichisme pour la règle et la loi, aller jusqu'à la révolte.
Avec le nœud philosophique, les mains en spatule se proposent les faits, les idées pratiques, la politique ; leur amour de l'indépendance se manifeste par le mouvement, l'explosion; ils nient tout ce qui n'est pas confortable et positif, doutent profondément de l'expansion et de la tendresse, et n'admettent guère dans la vie le côté sentimental ; s'ils sont artistes, ils mettront dans l'art le mouvement et le réalisme. Les élans du catholicisme, ses images, son luxe, ses orgues, sa musique mondaine, excitent les défiances de leur esprit raisonneur et positif; il leur faut un prêtre qui vive comme eux, attaché comme eux au pays par les liens de la famille, et qui leur lise, dans une langue qu'ils comprennent, les saintes Écritures traduites et commentées par eux. Même en religion, ils ne veulent rien accorder à l'imagination et à la poésie.
Les savants sont indépendants, à cause du nœud philosophique. Ils sont aussi naturellement douteurs.
Le nœud philosophique, chez les prêtres, fait la force du clergé. C'est lui qui, par esprit de résistance, les réunit en société et leur donne une force d'union qui est la véritable force sur terre. C'est le faisceau de la fable de La Fontaine : le Vieillard et ses enfants. C'est mus par cet esprit d'opposition qu'ils se soumettent aveuglément
aux lois souvent dures que leur association leur impose. Ils sont soumis en particulier, mais indépendants et rois en masse.
Le nœud philosophique est très-commun en France, surtout chez le peuple de Paris ; de là vient son besoin d'indépendance mêlé d'un certain bon sens, car le doigt carré s'y remarque presque toujours. Sa légèreté vient des doigts lisses qui y sont aussi en majorité.
Ces trois mains, avec le nœud philosophique seulement, conserveront leur impressionnabilité et le goût pour les arts.
Toutes les trois chercheront, à cause du nœud philosophique , mais toujours chacune suivant ses instincts, des procédés pour l'exécution, soit en sculpture, soit en peinture ; elles auront leurs recettes particulières, leurs ficelles à elles, en langage d'atelier.
Les mains spatulées plus actives, essayeront de tout ce qui a rapport à l'art ; elles feront du daguerréotype, de la lithographie, de l'eau-forte, de l'aquarelle, des tableaux peints , et elles y rattacheront l'étude des sciences qui ont rapport aux arts, comme la chimie, la physique ; elles feront des essais pour la composition, l'amélioration des terres employées en peinture ; elles se feront des couleurs particulières, des vernis de leur invention.
Mais si au nœud philosophique se joint le nœud matériel, si les doigts ont des nœuds à chaque phalange, adieu le goût des beaux-arts ; le positif et l'utile arrivent, et, si l'artiste résiste, ce sera l'artiste raisonnable et spéculateur.
Car la réunion des deux nœuds fond ensemble la raison et le réalisme.
Le doigt pointu perdra beaucoup de ses tendances par l'influence de ces deux nœuds qui agiront en sens contraire; il aura des inspirations artistiques sans cesse étouffées par le calcul et le positivisme ; mais comme un organe ne perd jamais de ses qualités, il joindra l'invention aux calculs, il fera des découvertes qu'il pourra ébaucher lui-même, mais qui seront plutôt perfectionnées et mises en œuvre par les doigts en spatule et à nœuds. Toutefois, le doigt pointu avec des nœuds n'étant pas en harmonie d'ensemble, donnera parfois des luttes intérieures, et, par suite, des mécontentements, des défiances ou des tristesses, surtout si le pouce est court.
Le doigt carré avec deux nœuds aimera la science, l'étude, l'histoire, la botanique, l'archéologie ; il excellera dans la jurisprudence, la géométrie, la grammaire, dans l'arithmétique, les mathématiques, l'agriculture, les calculs; il sera caissier exact. Son ordre sera excessif; tout sera rangé, étiqueté chez lui. Fanatiquement soumis aux usages, à la règle, il admirera surtout la symétrie; il sera apte à tous les métiers, à toutes les sciences pratiques; il fera peut-être plus de cas du bon sens que du génie (qui, toutefois, est le bon sens illuminé); il préférera le réel à l'idéal, l'histoire et les autres sciences morales et politiques à la métaphysique et aux sciences occultes.
Les grands compositeurs de musique, surtout les plus savants, ont les doigts carrés et à nœuds, à cause du
rhythme qui est un calcul ; l'inspiration leur viendra du pouce court.
Avec deux nœuds, le doigt spatule aura à la fois le goût du mouvement, qui forme son caractère principal, et le goût des sciences exactes, donné par la réunion des deux nœuds. Il mettra donc la science en action; il lui donnera le mouvement, la vie, et il saura faire marcher les machines, engrener des rouages, inventer des mécaniques, utiliser la vapeur. On le trouvera sur la grand'route comme arpenteur, géomètre, homme de cadastre; il sera navigateur célèbre comnie Colomb , Cook ou La Pérouse; il sera partout, en un mot, où l'action du corps vient exécuter le travail de l'esprit.
« Ce qui n'étonne pas les mains en spatule, dit M. d'Arpentigny, et elles ne s'étonnent pas de peu, ne leur plaît point; mais vous les verrez infailliblement s'extasier devant ces monolithes, œuvres ou non, dont l'extraction, le transport, la mise en place, réveillent en eux des idées d'efforts physiques et d'industrie mécanique qui plaisent à leur esprit.
« Dans le Nord, où les mains en spatule et carrées sont en majorité, l'artiste est effacé par l'artisan. En Italie, en Espagne, en France même, l'artisan est effacé par l'artiste. Dans le Nord, il y a plus d'opulence que de luxe; dans le Sud, il y a plus de luxe que d'opulence. »
Au début du protestantisme, les doigts spatules à nœud philosophique furent, par le nœud philosophique, portés à douter, et par la spatule, qui les portait à tout mouvement, disposés à embrasser une religion nouvelle.
La révocation de redit de Nantes, en les exilant, enleva à la France ses mécaniciens et ses savants les plus distingués. L'Angleterre sut les attirer et profiter de cette grande faute.
Ajoutons ici, cela est très-important, et M. d'Arpentigny n'en a pas parlé, que ïexagêralion dans les formes extérieures des doigts ou dans l'ampleur des nœuds, annonce toujours l'excès, et , par suite, le désordre de la qualité ou des instincts quils doivent représenter.
Et conséquemment la qualité représentée par les nœuds est plus ou moins grande, selon que le nœud est plus ou moins développé.