‹ Chiromancie nouvelleChapitre 56 sur 200 · DOIGTS COURTS, DOIGTS LONGS · texte numérisé non relu

DOIGTS COURTS, DOIGTS LONGS

Les doigts courts, et surtout quand ils sont lisses, traversés plus rapidement par, le fluide, jugent instantanément, et n'ont le temps d'examiner que les masses. L'aspect général leur suffit, et ils ne s'occupent pas des détails qu'ils ne peuvent même pas apercevoir. Aussi les gens aux doigts courts sont-ils sans façon ; pour eux les frais de toilette sont perdus; ne mettez, pour les aller voir, ni habit noir, ni cravate blanche, ils ne s'en apercevront pas, où s'ils s'en aperçoivent par hasard, il ne leur viendra jamais dans l'idée de s'en formaliser. Dans les affaires de la vie, dans leurs spéculations, ils verront l'ensemble du premier coup, et très-souvent juste parce qu'ils jugent par inspiration; s'ils sont peintres, ils se préoccuperont de l'aspect et de la masse, et ne pourront jamais s'astreindre à soigner amoureusement les détails; ils seront brefs, concis dans leur style et dans leurs écrits; s'ils ont les doigts pointus, ils pourront parler par images mais ils ne perdront jamais l'ensemble, leur but principal.

Une main courte, avec des nœuds, prend nécessaire-

ment les qualités que les nœuds lui donnent; elle peut avoir du raisonnement, du calcul même, mais elle jugera toujours plutôt par synthèse que par analyse.

La main longue, au contraire, est irrésistiblement en traînée vers les détails jusqu'à la mesquinerie; elle se propose plutôt le fini que le grand. Le peintre de fleurs Redouté avait de grosses et surtout de grandes mains. Balzac, l'homme de la description minutieuse, avait de grandes mains pointues. Les gens à doigts longs, avec des nœuds, sont des gens à précautions et à manies.

Si vous demandez la protection d'un homme aux doigts longs, prenez bien garde' à ne trahir chez vous aucune négligence de costume; en allant lui rendre visite, soyez irréprochable comme tenue respectueuse, car quelle que soit son intelligence, il vous saura, malgré lui, bon gré de ce soin minutieux qui rentre dans ses goûts ou plutôt dans ses instincts, et, pesez bien vos paroles, surveillez bien vos gestes, car l'homme qui aime les détails, est, par cela même qu'il aime les détails, nécessairement et fatalement susceptible. Son esprit méticuleux s'irrite et s'offense d'une chose sans importance, comme son œil souffre de la moindre négligence clans la tenue. Cet homme, s'il est orateur, littérateur, chérira les détails et les fioritures (car c'est par là qu'il devra intéresser et réussir), au point d'en venir quelquefois, en s'égarant dans la description d'une des parties, à oublier le point de départ : l'objet dont il s'occupe. S'il est peintre, il soignera le détail jusqu'à la perfection, au point de nuire à la masse. Les Anglais, qui ont généralement les doigts longs, excellent dans la peinture minutieuse; les Fia-

mands et les Allemands avaient évidemment et ont encore les doigts très-longs.

Défiez-vous surtout d'un homme aux doigts longs, et qui, par le nœud phVmophique, ira à la recherche des causes, car il partira, en vous étudiant, du moindre détail pour tirer des conséquences sur vous et en arriver à vous connaître ; surtout s'il a la logique indiquée par la longueur de la seconde phalange du pouce. Je dis défiezvous, car personne n'est parfait, et l'indulgence humaine porte à deviner vos défauts avant vos qualités.

« Aux grandes mains, dit M. d'Arpentigny, l'esprit de minutie et de détail. De l'amour qu'il eut toute la vie pour les vétilles, on peut conclure que Frédéric Ier, roi de Prusse, qui fut surnommé le roi Sergent, qui régna la schlague à la main, qui bâtonnait son fils, et dont on s'attirait l'estime avec des bottes bien graissées, avait les mains très-grandes. »

Une main longue, avec de forts nœuds et un grand pouce, appartient généralement aux gens de chicane. Le génie ergoteur et subtil, l'amour de la polémique, l'instinct de la controverse, se rencontrent fréquemment dans la personne dont la grande main offre des doigts noueux à phalanges carrées.

Les mains moyennes ont à la fois l'ensemble et les détails, la synthèse et l'analyse , si la paume et les doigts sont de la même longueur.

Il nous reste à parler, pour compléter le système de M. d'Arpentigny, des mains dures, des mains molles, des mains voluptueuses, des mains élémentaires et des mains mixtes.

MAIxN DIRE, MAIN MOLLE.

« Deux mains, dit. M. d'Arpentigny, ont la même épaisseur, la même largeur, le même développement, et se terminent également en spatule, par exemple. Seulement Tune est souple jusqu'à la mollesse, l'autre est ferme jusqu'à la dureté.

a Vous comprenez qu'il s'agit ici du tempérament de complexion et que, bien que la tendance intellectuelle de ces mains soit la même à cause de sa phalange en spatule, qui veut le mouvement, leurs aptitudes et les mœurs seront différentes : car, comme dit Fontenelle, un fond de ressemblance ne laisse pas de porter des différences infinies. Dans leur commun amour pour le mouvement, la main molle cherchera la dissipation dans une action modérée, et la main dure dans une action énergique. La dernière se lèvera avec l'aurore, l'autre appréciera les délices de la grasse matinée, comme dans leurs plaisirs l'influence de l'organisation se fera sentir dans le choix de leurs études et de leur profession '. »

Le caractère de la main molle est la paresse.

Un ruisseau passe en courant sur un lit déroche, sans y laisser une seule goutte de ses eaux ; s'il traverse un marécage, sa course s'y ralentit, les eaux détrempent, imbibent le terrain et s'y arrêtent.

Il en est de même du fluide traversant la paume de la

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