‹ Chiromancie nouvelleChapitre 58 sur 200 · MAIN DE PLAISIR · texte numérisé non relu

MAIN DE PLAISIR

Il y a une main essentiellement voluptueuse , paresseuse avec délices, mais ardente pour les plaisirs et apte à les goûter tous.

Elle est potelée, comme enflée, les doigts sont lisses et pointus , sans nœuds et gonflés à la base de la troisième phalange, siège des plaisirs matériels. La peau en est blanche, unie et semble ne pas se salir. Cette main a des fossettes , la paume en est forte , charnue , la racine du pouce (mont de venus) est surtout développée. Le pouce est ordinairement très-court, cette main que l'on met au rang des plus belles, est la main des gens de plaisir, et de cette classe de femmes que Ton appelle filles de marbre.

Les doigts pointus nécessairement lisses, les disposent à l'erreur et les rendent impressionnables; mais comme le pouce est court, et par conséquent la volonté nulle, et que ce qui agit le plus fortement en eux, c'est d'une part, l'appétit matériel indiqué par l'épaisseur de la troisième phalange des grands doigts et l'instinct de l'amour sensuel indiqué par l'épaisseur de la racine du pouce. Ces mains se trouvent irrésistiblement entraînées par le tourbillon de leurs insatiables désirs sans cesse alimentés par la puissance voluptueuse de leur organisation.

La peau, d'un blanc mat, ne se rougit pas à l'air et semble insensible à l'action du chaud et du froid ; et ce

qui fait leurs mains si blanches et si belles c'est leur égoïsme, c'est que l'âme qui se reflète partout est insensible aussi et qu'elle est sourde à la pitié, à la charité et à l'attachement véritable.

La matière est chez elles en telle abondance, qu'elle délaie et absorbe le fluide venu du ciel. Tout principe divin est étouffé; l'enveloppe terrestre domine le mens, et elles ne vivent que par les émanations qui viennent de cette enveloppe : le plaisir brutal et la vanité.

Que ceci ne paraisse pas une chose dite à la légère : le cerveau agit sur la peau. Si chaque maladie, et cela est incontestable, dont après tout le siège, le point de départ est toujours le cerveau, donne à la peau une apparence , une qualité particulière , « si la peau est ordinairement chaude, mais douce, hâlitueuse dans les maladies de poitrine ; si elle est sèche et acre , dans celles des viscères abdominaux !; » si elle varie selon les affections, nous n'avons pas besoin d'autre preuve.

« Les phénomènes cutanés, dit encore Georget, déterminés par l'influence cérébrale, quoique moins évidents que dans plusieurs organes, sont pourtant réels et dignes de fixer l'attention de l'observateur2. »

Ainsi il est évident pour nous, que ia peau de la main un peu ridée, mais souple, annonce un caractère sensible et impressionnable , de la rectitude, tandis qu'une main ridée, mais dure, annonce un caractère batailleur, disposé à tourmenter les autres, surtout si les ongles

i. Georget, Physiologie du système nerveux, t. II, p. 143 (1821). 2. Idem.

sont petits et couverts de chair; car les ongles courts plutôt larges que longs, et sur lesquels la peau des doigts monte très-haut , annoncent toujours un caractère batailleur. Si la personne est naturellement bienveillante, ces ongles lui donnent la moquerie, le persiflage et l'esprit de critique et de contradiction.

Les femmes qui ont les mains de plaisir, si chez elles la logique est grande, sont dangereuses et peut-être nécessaires dans le monde.

Ces femmes ne rayonnent pas, elles absorbent, elles magnétisent les hommes aux bons instincts; elles les attirent comme attirait le gouffre de Charybde le gouffre de Scylla, et rejettent trop souvent, comme Scylla ou Charybde, les débris de leur honneur.

Mais la nature veut qu'il en soit ainsi pour l'enseignement de ces poètes trop ardents et trop généreux qui s'imaginent renouveler avec elles le miracle de Pygmalion, ou qui, trop charitables, se penchent vers elles pour les retirer du gouffre où ils se trouvent énergiquement entraînés eux-mêmes.

Ces femmes comptent parmi les épreuves réservées à l'homme qui doit s'affranchir. Les faibles se brisent à leur contact, mais les forts y acquièrent l'expérience du mal et le mépris du vice, et ils comprennent alors, mais seulement alors, la portée immense des paroles du Christ :

« Ne jetez pas vos perles devant les pourceaux. »

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