‹ Chirurgie journalière des hopitaux de ParisChapitre 32 sur 213 · M. LE PROFESSEUR VERNEUIL · texte numérisé non relu

M. LE PROFESSEUR VERNEUIL

'«.Kystes des paupières — kysLes meibomiens. — Excision partielle, Depuis qu’il a vu que dans deux cas où, quoiqu’il eût laissé une partie du kyste, la guérison n’en est pas moins survenue, M. Verneuil ne fait plus que l’ablation partielle de la tumeur, ce qui simplifie singulièrement le manuel opératoire. Il accroche le kyste avec un lénaculum, l’attire légèrement et en excise une moitié à peine avec le couteau à cataracte. La cautérisation du fond du kyste avec la pointe d’un crayon de nitrate d’argent n’est pas indispensable.

b. Kystes prélacrymaux a contenu huileux. — Ponction. — M. Yerneuil a signalé (2) l’existence d’une variété de kystes du grand angle de l’œil à laquelle il a donné le nom de prélacrymaux parce qu’ils sont situés en avant du sac lacrymal : leur origine est congénitale et leur contenu est un liquide analogue à l’huile d’olive (oléine, cristaux de margarine). Ils peuvent facilement être confondus soit avec une tumeur lacrymale, soit avec uil kyste séreux, soit avec un kyste sébacé analogue à ceux de la queue du sourcil. M. Verneuil croit qu’une simple ponction suffit à en débarrasser les malades.

c. Conjonctivite purulente blennorrhagique. — Méthode antiseptique. — Désinfection continue. — Il rejette, dans ce cas, les substances caustiques comme étant fort douloureuses et n’ayant pas pour ellet de détruire le virus. Ces caustiques ne font que produire une eschare sous laquelle se reforme la matière virulente. Ce qu’il faut, en pareil cas, c’est traiter cette conjonctivite purulente comme un abcès septique ; aussi les deux indications à remplir sont : 1° entraî-

(1) 1 850 , chirurgien du Bureau central; — 1862, hôpital de Lourcine ; — IS65, lôpital du Midi; — 1865, hôpital Lariboisière; — 1872, hôpital de la Pitié.

(2) Verneuil, Bull, cle la Soc. de chir., 27 décembre 1876.

ner le pus au fur et à mesure qu’il se forme; 2° le neutraliser à mesure qu’il se produit. Pour arriver à ce but, faire des nettoyages et une désinfection continue. Lavages incessants à l’aide d’un irrigateur, et toutes les deux heures instiller quelques gouttes d’un collyre faible ne déterminant que peu de douleur et agissant comme modi- ■ ficateur antiseptique (collyre au sublimé ou au sulfate de cuivre de 1 à 3 cent, pour 30) (M. Yerneuil serait même disposé à employer l’acide phénique 1 pour 100). Il se demande ce que peuvent faire les sangsues au voisinage d’un foyer septique; quant aux scarifications, elles n’ont qu'une tendance, favoriser l’absorption du pus au lieu de l’atténuer.

d. Epiteélioma sudoripare de la paupière inférieure. — Extirpation. — Blépharorrhaphie . — Comme règle à peu près générale, les chirurgiens font l’autoplastie immédiate après l’extirpation des tumeurs de la face; M. Yerneuil se contente, après l’ablation, d’appliquer le procédé de Denonvilliers, de Mirault d’Angers, etc., c’est-à-dire la blépharorrhaphie ou suture des paupières, qui est en quelque sorte le traitement préventif de l’ectropion -et d'une innocuité parfaite. Ce n’est en tout cas que plus tard, lorsque la plaie a diminué de grandeur, qu’il songe à faire l’autoplastie qui parfois alors se borne à très-peu de chose(l). D’une façon générale, il préfère les restaurations autoplastiques tardives, qui, outre qu’elles se font à moins de frais, ont le grand avantage d’éviter aux malades les complications, telles que la gangrène des lambeaux, les érysipèles etc., sans compter que consécutivement les lambeaux se rétractent, s’abaissent, s’amincissent, s’enroulent de telle façon qu’au bout d’un certain temps le résultat primitif est réduit à zéro.

~'e. Ophtualmie sympathique. — Blépharorrhaphie . — Au lieu de se décider d’emblée à l’extirpation de l’œil perdu qui est la cause de troubles plus ou moins prononcés de l’œil sain, M. Verneuil essaie de faire l’occlusion temporaire du premier de ces yeux avec une mousseline collodionnée. Si les douleurs cessent dans l’autre œil, il pratique la blépharorrhaphie de l’œil perdu : si elles continuent, il fait l’extirpation de ce globe.

a. Anthrax des lèvres. — Cautérisation au fer rouge. — M. Verneuil, regardant l’anthrax de la face (lèvres, nez, paupières) comme plus grave que celui qu’on observe dans les autres régions du corps,

(1) Verneuil, Mémoires de chirurgie, t. 1. Chrurgie réparatrice. 1877.

AFFECTIONS DE LA CAVITE BUCCALE. Io7

croit qu’il est dangereux, en pareilcas, de se borner à la temporisation. — Tantôt il incise le plus tôt possible, tantôt (et c’est le mode de traitement qu’il préconise surtout) il emploie les cautérisations énergiques avec le fer rouge et l’ignipuncture à l’aide du thermo-cautère. — Il n’attend pas le développement des accidents généraux, il agit immédiatement.

b. Tumeur érectile veineuse de la joue. — Ponctions interstitielles par le galvano- ou le thermo-cautère. — M. Verneuil adopte cette méthode surtout chez les très-jeunes enfants. Cette cautérisation ponctuée interstitielle se fait d’une façon rayonnée, c’est-à-dire en plongeant (en 5 ou 6 points différents) le fil de platine de la circonférence de la tumeur vers son centre ; on y creuse aussi de petites galeries qui cernent tout le produit morbide où se développe une phlébite oblitérante. Plus tard, si le centre de la tumeur reste érectile, on l’attaque; toutefois avec la seule inflammation périphérique on peut espérer l’inflammation centrale.

c. Épithélioma de la lèvre inférieure. — Extirpation sans autoplastie immédiate. — Même lorsque toute la hauteur de la lèvre est envahie par le produit morbide, M. Verneuil se contente d’en pratiquer l’ablation soit avec le couteaugalvanique, soit avec le thermocautère et s’abstient de toute autoplastie immédiate. La nature se charge de faire, par suite de la rétraction ultérieure des tissus, une sorte de chéiloplastie, souvent imparfaite il est vrai, mais qu’il est toujours temps de compléter plus tard.

d. Epithélioma limité a un des cotés de la région maxillaire inférieure. — Os envahi. — Emploi du thermo-cautère. — Resection d'une moitié du maxillaire inférieur. — N’attaquer tout d’abord que les

: parties molles situées en dehors de la bouche : 1° creuser tout autour i de la tumeur à l’aide du thermo-cautère chauffé au rouge sombre i un fossé de 3 ou 4 centimètres en certains points, atin d’éviter

1 l’hémorrhagie intra-buccale pouvant donner lieu à des suffocations si redoutables que plusieurs auteurs allemands ont préconisé, dans de semblables opérations, la trachéotomie préventive ; 2° passer la scie à chaîne par un petit pertuis pratiqué sur le plancher de la bouche au niveau de la symphyse du menton et scier celte symphyse; 3° faire porter le thermo-cautère sur la muqueuse; —couper I le tendon du temporal ou mieux réséquer l’extrémité de l’apof physe coronoïde qui supporte cette insertion ; — luxer rapidement I en dehors la moitié du maxillaire et l’arracher.

| Le 1" temps est exécuté aussi lentement que l’on veut : les deux I derniers doivent être rapides. - Au point de vue de l’hémostase,

cette méthode offre beaucoup de sécurité; le chloroforme est indispensable en raison de la longue durée de l’opéraLion.

e. Grenouillgtte. — Évacuation par la seringue aspiratricé. Injection iodée. — Les récidives, à la suite de l’évacuation par le trocart et la canule ordinaires, sont assez fréquentes, parce qu’il reste toujours une petite quantité de liquide filant qui empêche la tein- ' ture d’iode d’agir sur tous les points de la paroi interne du kyste. L’évacuation l’aide de la seringue aspiratricé est plus complète, . l’action de la teinture d’iode est plus générale et plus sûre, la récidive est moins à craindre.

f. Adhérence du voile du palais a la paroi postérieure du pharynx. — Incisions. — Drainage en flûte de Pan de Chassaignac. — La tolérance anesthésique est impossible obtenir en pareil cas: une * sonde cannelée est introduite par un orifice existant ou pratiqué par le chirurgien, et on débride de chaque côté (1 centim.) et parallèlement à la paroi pharyngienne avec les petits bistouris coudés j de la fistule vésico-vaginale. Dilatation de cette ouverture buccopharyngienne avec une pince à polype recourbée : on achève de rompre les adhérences et de libérer le voile avec les index recourbés et portés derrière ce voile.

Pour maintenir béante cette ouverture, M. Verneuil(l) emploie un petit système irai té de ce que Chassaignac appelle le drainage en flûte de Pan: il prend 5 tubes à drainage a.ssez résistants et de 6 millim. île dia- • mètre ; les 3 médians ont 4 centimètres de long, les deux plus exté- j rieurs 25 centimètres. Après les avoir juxtaposés de façon à ce que par leur réunion ils figurent un H donL les tubes les plus courts forment la branche horizontale, il les fixe par 2 fils distants de 3 centimètres, l’un supérieur, l’autre inférieur, lesquels traversent les tubes de part en • part perpendiculairement à leur axe. La branche horizontale de i’H doit séjourner dans la plaie et empêcher la réunion des parties séparées. Quant aux longues branches de l’H formées par les tubes ex-| centriques, elles sont disposées de la manière suivante : les deux inférieures, traversant la bouche, gagnent les commissures labiales et sont enfin fixées sur les joues : les deux supérieures, ramenées parles narines droite et gauche, sont réunies au-devant de la sous-cloison.

U. ÉPANCHEMENT SANGUIN DANS LA HOURSE I’RÉ-ROTULIENNE. — lie-

j, os , applications résolutives. — Nous avons entendu bien des fois

(1) Verneuil, Huit, de la Suc. de chir., 12 avril 1 S7G.

M. Yerneuil insister avec raison sur le danger qu’il y a à ouvrir les poches sanguines récentes qui ne sont pas arrivées à la période de suppuration.

Chez un homme entré dans le service et qui était tombé sur le genou, un épanchement sanguin se produisit dans la bourse prérotulienne et cela en quelques heures à peine. Inquiet de celte tuméfaction qui pourtant n’était accompagnée d’aucune douleur, le malade se fit lui- même avec la pointe d’un canif et au centre de la bosse une piqûre qui donna issue à un peu de sang, puis n’en continua pas moins à se livrer à son travail. Le lendemain, la donleur et le gonflement du genou le forçaient d’entrer à l’hôpital : une rougeur érythémateuse et angioleucitique se prolongeait sur la cuisse et la jambe avec œdème de tout le membre inférieur. Dans ce cas (et c’est la thérapeutique habituelle de ce chirurgien en pareille circonstance), le repos et les applications résolutives suffirent au bout de quelques jours à conjurer cette menace de phlegmon diffus.

b. Plaie dit genou (pénétrante). — Pansement ouaté. — En surveiller attentivement les effets. — Usage du thermomètre. — M. Yerneuil est partisan, dans ce cas, de tenter la conservation, si les délabrements ne sont pas considérables, et d’appliquer Yappareil ouaté ; mais il est nécessaire, indispensable, dès que le pansement est fait, de surveiller avec une attention minutieuse s’il ne survient aucun accident: si l’on voit apparaître un engorgement ganglionnaire au niveau de l’aine ; si le pouls s’élève un peu ainsi que la température, il faut enlever immédiatement cet appareil pour combattre les accidents inflammatoires dont le membre peut devenir le siège : car on n’est pas en droit de mettre l’apparition de ces symptômes seulement sur le compte d’une fièvre traumatique précoce.

c. Écrasement de la main. — Expectation. — Irrigation continue. — Fidèle à ce principe, qui est entré maintenant dans le domaine de la thérapeutique chirurgicale raisonnée, à savoir, que le pialicien ne doit ni amputer les phalanges écrasées, ni régulariser rcs plaies, M. Yerneuil emploie Y expectation et Y irrigation continue.

L appareil nécessaire pour établir ce mode de pansement consiste . en un réservoir d’eau situé à une certaine hauteur au-dessus du membre blessé, en un conduit destiné à diriger le filet d’eau,

, un aulre vase recevant l’eau qui a baigné les parties malades.

J appareil de Velpeau (fig. 96) (1) consiste dans un petit baquet

,arh,V?830aU' N°UVeaux élémenis de médecine opérât., 2e édition, t. I, p. 265.

ibO HOPITAL DE LA PITIÉ. — LE PROFESSEUR VERXEUIL.

au fond duquel se trouve ajusté un tube muni d’un robinet ; ce tube conduit l’eau dans un second tube horizontal muni de 5 ou 6 tuyaux de déversement. Aujourd’hui on emploie plus volontiers le tubesiphon .

C’est à Velpeau, mais surtout à Denonvilliers, que l’on doit d’avoir établi comme précepte, en pareil cas, de ne pas recourir à la

Fig. 9(j. — Appareil à irrigations continues de Velpeau.

chirurgie active employée parles Boyer, les Roux, les Lisfranc qui, sous prétexte de restaurer des plaies dont l’aspect n’est guère flatteur, il est vrai, leur substituaient des amputations faisant courir aux malades des dangers beaucoup plus sérieux que la lésion ellemême.

C’est là un fait acquis maintenant à la science, et tout chirurgien consciencieux ne doit plus s’écarter de cette règle de con-

duite : car, comme le dit très-judicieusement M. le Dr Bougie dans lès considérations intéressantes qu’il a émises sur les écrasements des doigts et des orteils (1), le reproche le plus grave qui puisse être adressé à. la chirurgie active, en pareil cas, est de retrancher des portions de doigts qui, une fois conservées, rendent encore tlegrands services aux ouvriers qui sont souvent victimes de ces blessures.

Nous avons traité dans le service de M. B. Anger, que nous remplaçions en 1873 à l’hôpital Saint-Antoine, deux mal, ides ayant eu des écrasements de la main, qui ont singulièrement bénéficié de celte thérapeutique conservatrice, car ils possédaient, après guérison, une pince didactyle, de cause traumatique, destinée à leur rendre pour leurs besoins journaliers des services incontestables.

S’il y a eu plaie à la face dorsale, et afin de perfectionner le plus possible cette pince naturelle et d’empêcher un ou plusieurs doigts de rester raides, ce qui ne manque pas d’arriver par suite de la rétraction cicatricielle ayant lieu au niveau du dos de la main, M. Verneuil a parfois recours à la chirurgie restauratrice: voici comment il agit : il prend tout ce qu’il peut trouver de peau sur les bords des métacarpiens et sur les phalanges, et transplante ce lambeau sur la plaie de la face dorsale de la main : il évite ainsi la raideur des doigts qui, légèrement attirés du coté de la face palmaire par la cicatrice produite par le chirurgien, répondent alors plus facilement à l’opposition du pouce.

Nous avons eu l’occasion de voir dans le service de ce chirurgien un malade dont les troisièmes phalanges de l’annulaire et du médius avaient été écrasées; la guérison, obtenue également par l’expectation et 1 irrigation continue, était complète ; mais, dans ce cas, un fait d’observation assez curieux était que chacune des cicatrices de l’extrémité digitale présentait un corps dur, une sxibstcince cornée qu on aurait pu, par une analogie un peu complaisante, comparer à un ongle de nouvelle formation développé malgré l'absence totale de matrice et par le travail même de cicatrisation, fournissant une portion épidermique plus épaisse que dans les autres endroits. Lelle production ne rappelait, du reste, en rien, l’aspect ni la conliguralion de l’ongle naturel.

d. Mal be pott. — Corset. — Traitement général. — Des modifications thérapeutiques importantes tant au point de vue local que général ont permis, dans ces dernières années, d’obtenir chez les enfants et chez les jeunes personnes des guérisons radicales.

(1) Bouglé, Thèse inaug. Paris, 1SG-3.

Gillette. — Chirurgie journ. i j

Le principe de thérapeutique qui régit toutes les autres affections articulaires, à savoir, Y immobilisation, est applicable à la colonne vertébrale tout aussi bien qu’au genou, à la hanche, etc. ; aussi voit-on les orthopédistes arriver à de bons résultats (amélioration ou guérison) même dans les conditions les plus funestes et en apparence les plus défavorables.

Divers praticiens, M. Bergeron entre autres, condamnent au repos le plus absolu: M. Verneuil pense que cette manière d’agir est nuisible, car cette affection coïncide généralement avec la diathèse scrofuleuse ; or chez les scrofuleux l’exercice est un point essentiel.

Le mieux est d'immobiliser le rachis par un corset ou plutôt une cuirasse de cuir de 7 millimètres d’épaisseur qui est fabriquée sur un moule que l’on a pris exactement sur l.’enfant. Cette cuirasse est composée de deux pièces principales dont la postérieure va de la nuque au bord supérieur du sacrum, et dont l’antérieure mesure la distance comprise entre la fourchette sternale et la symphyse pubienne : ces deux plaques sont rattachées l’une à l’autre, comme dans la cuirasse des cuirassiers, par des lacets et sont rendues légères, autant que faire se peut, par Y évidement : leurs bords sont garnis par des renforts en acier.

La ceinture orlhorachidique de Bigg (fig. 97), représentée et décrite par MM. Gaujot et Spillmann, est assez simple. Elle comprend

un cercle pelvien A servant de point d’appui à deux tuteurs latéraux B, B munis d’un système de rallonges et surmontés de crosses

Fig. 97. — Ceinture de Bigg y & tutews latéraux et à plastron de cuir moulé pour la déviation symptomatique du rachis.

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