LE PROFESSEUR VERNEUIL
de Bonnet: il ne s’en distingue que par quelques améliorations qui le rendent plus solide, plus facile à supporter, un peu plus élégant et surtout beaucoup plus durable. II regarde comme ungrandavantage de pouvoir garder en place, pendant plusieurs mois, une demiannée et même une année entière un bandage qui remplit bien les conditions. Yoici les pièces dont il se compose :
1° Maillot garni d’ouate;
2° Attelles en fil de fer ;
3° Bandes sèches et dextrinées.
Maillot. — Pièce essentielle: caleçon de tricot en colon absolument collant, comme celui des acrobates, et fermé partout: il descend jusqu’à la cheville et remonte sur la poitrine jusqu’aux mamelons : il n’enveloppe pas le pied, mais il maintient le genou immobile, c’est là un point capital. Ce maillot est garni extérieurement par une épaisse couche d’ouate fixée par des points de fil comme une douillette ouatée et qui, séparée du corps par le maillot, n’irrite pas la peau, ne se pénètre pas de sueur et ne se salit pas aussi vite.
Attelles. — Servent de soutien aux bandes solidifiables, de squelette intérieur, en fournissant une solidité, une résistance trèsgrande sans augmenter beaucoup le poids. Ces attelles sont en fil de fer , leur longueur et leur largeur sont proportionnées à l’àge du sujet: attelle externe courbée légèrement au niveau du grand trochanter et dont l’extrémité supérieure est fixée à une 2° attelle de
même nature disposée en cercle ; on peut leur substituer l’attelle en T dont la branche verticale descend le long du membre et dont l’horizontale se courbe facilement pour se mouler sur le tronc. Une 3e attelle soit antérieure, soit postérieure, est attachée supérieurement à l’attelle horizontale en ceinture.
Enfin on applique les bandes sèches, puis les bandes dextrinées.
M. Yerneuil a également employé et avec un bon résultat l’appareil de Mathieu (fig. 99) disposé pour exécuter l’extension sans imposer une immobilit absolue. — Il est plus particulièrement applicable dans la dernière période de la coxalgie et pendant la nuit et convient surtout à la fin du traitement. — Cet appareil contentif de nuit se compose de deux gaines de cuir B et C renforcées par des
Fig. 99. — Appareil de Mathieu applicable pendant la nuit, pour le traitement de la coxalgie.
bandes d’acier et destinées à embrasser l’une B la moitié supérieure de la cuisse saine, l’autre G la moitié inférieure de la cuisse du colé affecté ; les deux gaines sont assujetties au moyen de trois courroies bouclées. Ilest léger, peu embarrassant et d’une application facile.
Selon ce chirurgien, la cause uniqde de l’allongement ou du raccourcissement apparent (1) serait due au mouvement de bascule du bassin qui s’opérerait sous l’influence de la contracture du carré des lombes et du muscle rachidien . C’est ainsi que, suivant que cette contracture siège du même côté que la coxalgie ou du côté opposé, on a un allongement ou un raccourcissement. — L’explication n’est pas nouvelle, mais elle a été mieux précisée par M. Verneuil. Pour corriger cette déformation, il appuie le genou sur le côté opposé à la contracture, et par des manipulations graduées en saisissant le malade par les épaules et par le bassin, il fait peu à peu disparaître cette espèce d’ensellure latérale et par cela même la contracture.
f. Déviations rachitiques des membres inférieurs. — Traitement maritime, redressement mécanique. — Ostéotomie. — L’ostéotomie, telle qu’on la fait maintenant, non plus avec la scie de Langenbeek, mais par cassure de l’os au niveau où a porté le ciseau, n’est pas repoussée complètement par M. Verneuil, mais il en combat l’abus. — Il essaie d’abord du traitement maritime, puis du redressement avec les mains et avec les appareils : il va môme plus loin; en supposant que ces moyens échouent, ce n’est pas une raison pour qu’il pratique l’ostéotomie quand même : si ladifformité n’est pas trop gênante et si elle ne détermine pas d’accidents, il se garde débouté intervention opératoire et ne consent (2) à y porter le ciseau que lorsque se trouvent réunies les deux conditions suivantes : incurabilité par les moyens ordinaires, accidents sérieux.
g. RESECTION DU maxillaire inférieür. — N’intéresser la muqueuse que dans le dernier temps. — Pour prévenir l’introduction du sang dans les voies digestives et respiratoires, ce qui n’est pas sans un inconvénienl immédiat ou consécutif, ce chirurgien a exposé (3) un procédé applicable aux resections du maxillaire inférieur et du maxillaire supérieur. 11 commence, à l’aide d’une incision courbe (instrument tranchant ou thermo-cautère) extérieure, par contourner le maxillaire inférieur (4) d’un masséter à l’autre : dissection en haut jusqu’à la muqueuse exclusivement et de même en bas. Une fois les deux
(1) Verneuil, àssoc. française, 2e session, 1873.
(2) Id., Bull, de la Soc. chir., 23 février 1875.
(3) lu., ibid., juillet 1S73.
(4) Voyez page 4â 7.
angles maxillaires mis à nu, on perfore la muqueuse avec une sonde cannelée à chaque angle pour passer la scie à chaîne conduite à l’aide d’un stylet aiguillé et la resection s'effectue sans difficulté. Pour le maxillaire supérieur on conserve la voûte du palais pour le dernier temps de l’opération.
h. Ankylosé coxo-fémorale. — Rupture de l'ankylose ou fracture chirurgicale du col. — Pour ce chirurgien les résultats que peuvent donner soit la rupture des brides fibreuses, soit la fracture de l’os lui-même, sont parfois excellents et ne doivent pas effrayer. Ces fractures, loin d’être préjudiciables aux malades, se réparent trèsbien. Il a produit soit la fracture du col du fémur, soit celle de l’olécrâne pour des ankylosés de la hanche et du coude (1), et nonseulement il n’a pas eu lieu de regretter ces manœuvres, mais il a pu rendre grand service aux malades chez lesquels, quand on les soumet à ces sortes de redressement, il faut toujours prévoir une fracture, car le squelette dans ce cas a sa solidité bien compromise.
a. Paralysie traumatique du nerf radial. — Veiller , autant que possible, à la conservation de l’intégrité de l'élément musculaire. — Dans le cas où une paralysie traumatique de ce nerf, avec conservation de la sensibilité cependant, a donné lieu, au bout d’un certain temps, à une absence totale de contraction musculaire par l'application des électrodes, le chirurgien ne doit pas se décourager elnese lasser de l’emploi de l’électricité qu’au bout d’unlaps detemps considérable: d’autre part, se fondant sur ce que l’insensibilité est intacte et que le radial est mixte, ne peut-on espérer admettre, même à la rigueur, qu’un nerf dont les fibres motrices ont perdu toute action, mais dont les fibres sensibles fonctionnent encore très-bien, n’a pas été détruit en totalité et reprendra tôt ou tard son rôle de conducteur du principe du mouvement?
A celte hypothèse, M.Verneuil répond, oui, mais seulement quand on a affaire à un nerf du volume du sciatique: dans certains cas de lésion de ce tronc nerveux, dit-il, bien que les muscles correspondants des membres inférieurs soient paralysés, si le pied a conservé sa sensibilité, on est en droit de dire que la section du nerf n’a pas été complète.
Mais quand il s’agit de l'avant-bras, il en est tout autrement:
(1) Gillette, C, Unique chirurgicale des hôpitaux de Paris, p. 2GG. Paris, 1877.
M. Paulet (1) et MM. Arloing et L. Tripier parleurs expériences sur lè chien et le chat (2), ont démontré d’une manière péremptoire que les nerfs du membre supérieur peuvent se suppléer réciproquement et que la conservation de la sensibilité des points où se distribuent les filets du radial, par exemple, n’implique pas nécessairement Y intégrité, du moins partielle, du tronc nerveux lui-même.
Nous osons même aller, dans cette assertion, plus loin que le professeur de la Pitié, en disant qu’à la suite d’une lésion du nerf sciatique lui-môme, la persistance de la sensibilité du membre inférieur n’est pas un signe suffisant pour laisser supposer toujours une section incomplète du tronc nerveux. Liégeois (3), en effet, sur un chien auquel il avait coupé le nerf sciatique très-haut, et auquel la sensibilité s’était rétablie d’une façon parfaite, constata encore au bout d’un mois, à l’autopsie, un écartement de 5 à 6 centimètres entre les deux bouts du nerf.
Dans l’attente bien problématiqne d’une régénération nerveuse, le chirurgien ne doit pas toutefois se borner à un rôle passif. Une indication importante se présente à lui, à savoir : Veiller à la conservation de l'intégrité de l’ élément musculaire , or, il remplira ce but à l’aide des deux moyens suivants :
1° P-ar une attitude convenable du membre empêchant les muscles extenseurs et supinateurs d’être sans cesse fatigués et tiraillés par la prédominance d’action des fléchisseurs et des pronateurs. La position doit avoir ici un rôle important, car on sait, par exemple, que si un muscle sain et animé par un nerf sain est soumis à une distension prolongée, il s’altère et cesse de jouir de ses fonctions.
2° Par Y excitation et la contraction musculaire artificielle à l’aide de la faradisation. Nous savons, en effet, combien un muscle privé d excitation depuis longtemps est sujet à l’atrophie, même s’il est en communication avec ses nerfs, et, d’autre part, l’expérience nous apprend en physiologie qu’un musclé, séparé de son nerf moteur, peut conserver sa contractilité très-longtemps et même indéfiniment, si on prend soin, à 1 aide d’une pile électrique, de ne pas le laisser manquer d’une excitation fréquemment répétée.
Si ce double traitement mécanique, d’une part, physiologique de autre, échoue et que le laps de temps écoulé depuis l'accident ne
xziït ir f r «*»
ArloinP’ PtTril b V , Soc‘ Ae c,nr • (Unlon méd., mars 18G8). la main ( A, ch . de physiologie, ** sensibililé des juments et des nerfs de
(3) Liégeois, Bull. Soc. chir., 18C9, p. 108.
laisse plus d’espoir pour la possibilité d’une régénération nerveuse il ne restera plus au malade que la ressource d’un appareil prothétique élastique placé sur la face dorsale de l’avant-bras et de la main qui remplacera l’inertie des muscles correspondant à cette
Fig, 100. — Appareil de Delacroix pour remédier àla paralysie des extenseurs de
la muin, nouveau modèle.
A, lame métallique, fixée àla partie postérieure d’une manchette; — B, plaque métallique articulée ' en H avec la lame métallique A, de manière à ne permettre que les mouvements latéraux de la main, à laquelle elle se fixe au moyen d’une courroie qui embrasse la paume de la main lorsque les extenseurs de la m fin sont paralysés ; si ces muscles ont conservé leurs mouvements, une articulation fixée en B permet la flexion et l’extension volontaires. De l’extrémité - ” de la plaque B partent des tiges rigides qui s’étendent jusqu'à l’extrémité inférieure des premières phalanges en se relevant un peu. — A l’extrémité de ces tiges sont de petites poulies D, sur lesquelles glissent des cordes fixées d’une part à des anneaux E qui embrassent l’extrémité des premières phalanges, et de l’autre à des ressorts C attachés à des boutons de la plaque dorsale de la main. Aux anneaux G q ii embrasssent le pouce s’attachent des muscles artificiels destinés à remplacer les extenseurs du pouce, dont les ressorts F se fixent à la lame métallique de l’avant-bras. Il suffit de cette description pour faire comprendre le mécanisme et les avantages de cet appareil.
région, permettant à la main de se relever en extension et par conséquent favorisant le jeu des muscles fléchisseurs et par suite la préhension des objets. On pourra à cet effet se servir d’un des appareils construits si ingénieusement (1) par Duchenne (de Boulogne), fig. 100, 101,102, doht les ressorts spiraux ou en caoutchouc suppléent aux muscles.
b. Tétanos traumatique. — Emploi de l'hydrate de chloral à l’intérieur. — Les fails de tétanos guéris par l’administration du chloral sont aujourd’hui assez nombreux. D’autre part, on sait par expérience que le tétanos forme chronique est surtout celui qui, spontanément ou par l’emploi de préparations pharmaceutiques si diverses, a donné des résultats favorables : aussi des chirurgiens se fondent-ils sur celte dernière considération pour affirmer que
(I) Duchenne (de Boulogne), De l’èlec Irisation localisée et de son application à la pulhuloyie et à ta t/ierapeulique. 3’’ édition. Paris, 1872.
tous les cas de létanos guéris par le chloral, se seraient très-proba-
blement terminés heureusement, si on n’avait pas fait usage de ce médicament.
C’est là un argument queM.Verneuil repousse avec raison de toutes ses forces, et il conseille le plus tôt possible l’emploi du chloral à l’intérieur, surtout par la bouche, car, administré par la voie rectale, il est légèrement irritant et peut être caustique : s’il arrive, en ce cas, à formuler de bonne heure le diagnostic, il prescrit le chloral immédiatement (de 2 à 6 grammes par jour), persuadé qu’il peut modifier la marche de la maladie et métamorphoser, d’une façon active, la forme aiguë en forme chronique. C’est une sage pratique sur laquelle nous ne saurions trop insister.
Sans affirmer que le tétanos à forme sur-aiguë soit incurable, sans nous préoccuper si la forme chronique est la seule qui soit susceptible de guérir,ou s’il est vrai que cette grave affection guérisse toute seule, nous croyons qu’il est du devoir de tout chirurgien consciencieux d’agir dès le début de la névrose, et qu’on serait coupable de ne rien tenter contre elle, sous prétexte que le tétanos assumera la forme chronique et guérira sans intervention .
Peu nous importe, au point de vue de la thérapeutique, le diagnostic de la marche de l’affection : il faut la traiter
Fig. 101. — Appcireilde Duchenne [de Boulogne ), pour suppléer par des ressorts spiraux ouen caoutchouc aux muscles paralysés.
Cet appareil est composé d’uu gant ordinaire A, dont les bouts- des doigts sont coupés (I 1 1 I) ‘T1 SOlU °ÜUSUCS deS *aiues (W ot B), on peau imitant 'les s’accrocher à des re s'n'f 5 t'st.|uclll;s l):lsscul (,es cordes en boyau ou tendons qui •viennent Sbi ZS en boudin cousus solidement après le manchon B en cuir, moulé
d’aon. i au' Ressort ifi r V' "155" C du bl'as est réu,lie au manchon U et sert de point (* - • -, J boudin b, n°* 4 et S, ainsi qu’aux autres u"a 6, 6 et 7 8 et 9 les doiirts
sout ainsi maintenus dans une extension continue et élastique. ’ ’
le plus près possible du commencement des accidents, dès qu’on voit apparaître certains phénomènes précurseurs, tels que frémissements et contractions passagères du mollet; or, à cet" égard, nous devons
Fig. 102. — Appareil de Duchenne [de Boulogne), compost, de ressorts en caoutchouc et partie en métal , pour suppléer aux muscles paralysés.
A, A, embrasses métalliques garnies de peau, appliquées l’une au poignet, l’autre à la partie moyenne de l’avant-bras. B, B, B, agrafes à charnière pour lixer l’appareil. C,C,C,C,('., calottes eu caoutchouc en forme de dé, se terminant par des tubes en caoutchouc sur lesquels sont fixés des anneaux que l’on attache à des boutons placés sur la plaque dorsale D. La calôtte du pouce isolée des quatre autres, vient s’attacher à l’embrasse E du poigpet. F, tube en caoutchouc qui va se fixer à la plaque D d’un bout, pour tendre la main en l’accrochant de l’autre bout à l’embrasse E. .
reconnaître que le chloral (injection stomacale) a rendu de grands services. Comme il a réussi, dans une série de faits nombreux, sans causer lui-même d’accident, nous sommes par cela même autorisé à l’essayer comme un des moyens les plus efficaces à calmer les spasmes, sans le regarder toutefois comme le médicamentspécifique du tétanos, car, quelle que soit la dose à laquelle il ait été administré (de 8 à 30 grammes par jour), il se comporte comme tous les ■ agents anesthésiques, c’est-à-dire, qu’il n’agit pas sur la contracture de tous les muscles et surtout sur celle des muscles de l’appareil respiratoire (dépendance du bulbe) qui, arrivant à la période ultime du tétanos, détermine l’asphyxie chez le malade.
C’est presque toujours à des doses élevées, quelquefois fort considérables, que ce médicamenta été administré. Ainsi le Dr Ccrillos, de Patras, en Grèce (1), a publié un cas de cette nature et en relate encore deux cas semblables, l’un dû il sa pratique personnelle, et l’autre qui a été traité par le DrBasilin.
(t) Coriltos, The lancct, 4 avril 1874, et Allgem. Wiener med. Zeit., n° 2, 1873.
Ce dernier exemple est relatif à une femme de 40 ans qui s’élait fait une blessure au doigt avec une écharde qu’elle avait extraite elle-môme. Ce fut près d’un mois après l’accident que survint le tétanos ; en 24 heures elle n’avait pas eu moins de 40 accès complets. Le 16° jour, après la première attaque, la malade retira de la blessure un petit fragment de l’écharde du volume d’un pois qui avait été oublié ; l’usage des narcotiques ayant échoué, on administra le chloral avec un plein succès. La malade en prit 405 grammes en 20 jours.
Dans l’exemple du Dr Corillos, un homme d’une quarantaine d’années avait été blessé à la tempe gauche par l’extrémité pointue d’un roseau ; le tétanos survint,, et encore ici une portion du corps étranger ne fut enlevée que douze jours après l’accident. On le mit d’abord à la dose de 4 5 grains (0,75 centigrammes) de chloral, ce qui amena déjà une amélioration sensible. Mais, le tétanos revenant avec une nouvelle force, on éleva la dose jusqu’à 420 grammes (6 gr. par jour). Le malade recouvra entièrement la santé. Il avait pris en 30 jours 6 onces (180 gr.) de chloral.
Un jeune paysan (4) qui guérit au bout d’un mois, en consomma 240 grammes sans le moindre accident.
Depuis longtemps M. Verneuil insiste sur ce fait que le trismus, qui est généralement considéré comme élant le phénomène initial du tétanos est, dans bon nombre de laits, précédé par un groupe de symptômes qui doivent mettre lechirurgien en éveil. Dansun rapport sur les mémoires de MM. Bourdy (du Mans) et Blain (d’Épernay) relatifs à quelques cas de tétanos traiLés par le chloral associé à la morphine (2), M. Verneuil a dit qu’appelé plusieurs fois, pendant le siège de Paris, auprès de tétaniques qu’on lui disait atLeintsdepuis quelques heures seulement, il a pu constater, par un interrogatoire attentif, que déjà la veille ou l’avanl-veille le membre blessé avait été ernahi par des douleurs lulgurantes et pris de secousses convulsives passagères ou de spasmes musculaires à marche centripète. C'est grâce à de semblables prodromes, qu’il y a tant d’intérét à savoir bien interpréter, qu’on peut, par l'administration du chloral
,mm^ ^lement m^se en pratique, espérer conjurer ces accidents formidables. Ce professeur a rappelé à la Société de chirurgie cinq cas de guérison qu’il avait obtenus de cette façon, et il a communiqué en même temps deux observations rédigées par M. liiche-
(1) Dict. ann., 1873.
(2) Verneuil, Bull, de la Soc. chir ., 1875. j DE
lot üls (1), et qui ont trait à deux cas de tétanos guéris, l’un au bout de 22 jours (6 gr. de chloral par jour), l'autre au bout d’un mois 10 gr. par jour) : de plus il a ajouté une troisième observation recueillie chez un malade de M. Lasègue (guérison en trente-six heures, 12 gr. de chloral) qu’il a seulement intitulée: Convulsions tétaniformes. Ce chirurgien est très-réservé sur l’usage du chloral en injections intra-veineuses.
5° AFFECTIONS KYSTIQUES.
Kyste hydatique du foie. — Ponction. — Sonde molle à demeure. — Désinfection 'permanente . ■ — M. Yerneuil ne considère pas la ponction avec la seringue aspiratrice comme méthode curative.
Nous partageons entièrement cette opinion. Plusieurs chirurgiens pensent cependant que celte ponction peut suffire à la guérison radicale, parce qu’une fois le liquide évacué, les hydatides meurent, se ratatinent et sont inoffensives; c’est là une assertion à laquelle nous ne saurions nous rallier complètement. Après la sortie du liquide, les hydatides, mortes il est vrai, constituent de véritables corps étrangers qui, s’ils ne suppurent pas euxmêmes, peuvent irriter au moins la paroi et la faire suppurer. Nous en avons vu un exemple à l’hôpital Beaujon, et cela après une simple ponction capillaire dans un kyste de cette nature : il en existe d’autres faits dans la science.
Dans les diverses méthodes thérapeutiques applicables aux kystes hydatiques du foie, le premier danger qu’il y a à craindre est la chute dans la cavité péritonéale d’un liquide qui pourtant, examiné à l’œil nu et au point de vue chimique, est loin de laisser soupçonner autant de nocuité ; si cet épanchement a lieu, une péritonite très-aiguë s’ensuit et la mort survient en quelques heures. Aussi a-t-on cherché, pour diminuer les chances de ce terrible accident, à créer des points de contact entre la poche et la paroi abdominale, c’est-à-dire à provoquer des adhérences entre le péritoine hépatique et la séreuse pariétale.
Les uns, comme Récamier, appliquent des caustiques successivement au point le plus culminant de la poche. M. Yerneuil nfi» considère pas cette méthode comme le plus souvent suivie de mort, ainsi que le fait a été avancé avec un peu d’exagération dans un
(1) G. F.ichelot, Pathogénie, marche, terminaisons du tétanos, thèse d’agrégation. Paris, 1875.
AFFECTIONS KYSTIQUES.
journal de médecine; cependant ce n’est pas là son procédé de prédilection. Les autres, Bégin par exemple, après avoir incisé la paroi abdominale, employaient encore les caustiques appliqués jusqu’à ce qu’on fût arrivé au péritoine, puis ils laissaient la plaie s’enflammer et les adhérences s établir entre les séreuses pariétale et viscérale. D’autres enfin, après 1 incision abdominale, espéraient une sorte de hernie du kyste qui, en se dénudant, venait se souder aux bords de la solution de continuité.
Ce ne sont pas encore ces deux méthodes que M. Yerneuil met en usage, car elles comptent plus de revers que de succès.
Quelles sont donc les exigences du problème à résoudre dans le traitement des kystes du foie ?
1° Il faut de toute nécessité que le kyste vienne déverser son produit à l’extérieur, et non dans la cavité péritonéale ;
2° Il faut favoriser l’issue au dehors non-seulement du liquide, mais encore des productions solides (hydatides) de la poche : il est donc indispensable d’avoir une ouverture assez grande et permanente ;
3° Et surtout, comme élément fondamental de thérapeutique, il faut combattre ou prévenir la putréfaction des liquides renfermés dans la poche. Selon M. Yerneuil, cette désinfection doit être en quelque sorte permanente, car à cause des échanges des gaz abdominaux, par endosmose, ces poches deviennent le siège d’une putridité incessante môme sans pénétration de l’air extérieur. Comment répondre à chacune de ces exigences ?
M. Verneuil commence par ponctionner la partie la plus proéminente du kyste à l’aide d’un gros trocart armé de sa canule, et, séance tenante, il introduit par cette dernière une grosse sonde en caoutchouc molle .et malléable (de la variété qu’on emploie pour le cathétérisme dans certaines affections prostatiques et vésit cales). Bientôt des adhérences s’établissent entre le péritoine pariétale! la séreuse viscérale, et l’écoulement étant continu et permanent, il n’y a point de rétention dans l’intérieur de la poche d’où les hydatides peuvent s’éliminer facilement. Dès les premiers jours, il procède à des injections (phéniquées et alcooliques), qu’il répète avec persévérance jusqu’à ce qu’il juge que les paroisse sont assez ratatinées sur elles-mêmes, pour espérer une cicatrisation prochaine.
Nous lui avons vu opérer à la Pitié une jeune femme qui est complètement guérie et chez laquelle une éruption d’urticaire s’était manifestée immédiatement après la ponction, comme on l’a ob-
servé depuis, pour plusieurs malades ; une thèse récente a appelé l’attention sur cet épiphénomène (1).
Coup de fouet. — Repos , immobilité absolue . — Dans la séance du 23 août 1876 M. Verneuil a fait, à l’Association française pour l’avancement des sciences (Clermont-Ferrand) une communication sur certaines formes graves du coup de fouet, maladie caractérisée par une douleur subite et très-violente survenue dans le mollet à la suite d’une contraction musculaire de cette région du corps (rupture musculaire de Sédillol). Il résulte de cette communication que le coup de fouet n’est pas toujours un accident sans importance : il cite entre autres deux exemples dans lesquels l’un des malades fut emporté par une embolie consécutive à la phlébite déterminée par le coup de fouet, et l’autre par une infection purulente mortelle : ces accidents sont surtout à craindre chez les variqueux et on doit en ce cas prendre les plus grandes précautions : repos et immobilité complète pendant plusieurs jours jusqu’à ce que la phlébite soit conjurée ou guérie si elle se manifeste. — M. Verneuil adopte à l’égard du coup de fouet une pathogénie nouvelle qui cependant n’a pas reçu sa confirmation dans tous les cas qu’on a observés : il croit à la déchirure des veines variqueuses volumineuses qui traversent les muscles du mollet : au moment d’un effort, dit-il, elles se rompent : de là, douleur subite, ecchymose, phlébite et tous les accidents qui peuvent en découler.