AFFECTIONS DE L'ŒIL ET DU SAC LACRYMO-NASAL
a. fistule lacrymale. — Flèche de chlorure de zinc. — Supprimer la suppuration du sac en remplaçant par une membrane cicatricielle la muqueuse altérée de ce conduit, tel est le principe général sur lequel se fonde ce chirurgien pour préconiser comme traitement de la fistule lacrymale la cautérisation à l’aide d’une flèche de pâle de Canquoin dans l’intérieur du trajet fistuleux. En effet, il faut, d’après les nombreux faits cliniques connus, renoncer à croire que la guérison s’effectue toujours, dans cette maladie, parce que le conduit est redevenu perméable. Chez un grand nombre de personnes atteintes de cette infirmité et où la dilatation a été suivie de succès, la désobstruction ne persiste pas, le canal se rétrécit à nouveau, ce qui prouve l’impossibilité de faire cheminer une injection dans les voies lacrymales; mais la guérison n’en a pas moins lieu d’une façon générale. Lorsqu’un sac lacrymal s’est rétréci et obstrué, il se rétrécit et s’obstrue toujours. Nous ne devons pas, par conséquent, dans le traitement de cette affection et dans la majorité des cas, adopter celle idée que l'indication à remplir dans le traitement de la fistule lacrymale est de désobstruer le canal. Ce qui est le point capital, au contraire, est de chercher soit à modifier la muqueuse par des injections et à y provoquer une inflammation substitutive, si on a affaire à un simple catarrhe du sac, soit plutôt à en favoriser l'obstruction , c’est-à-dire à revenir à la cautérisation remise en vigueur par L. Nannoni, puis érigée en méthode par Delpech.
Pour détruire cette membrane muqueuse du sac, ou- au moins
pour la remplacer par une surface moins sécrétante et très-probalement de nature cicatricielle, c’est à la cautérisation que l’on doit
s’adresser. M. Desmarres, comme on sait, emploie (fig. 389) le fer rouge (cautère en bec d’oiseau), ou bien pratique la cautérisation au moyen d’une sonde creuse qu’il porte dans le canal nasal (fig. 388) par une ouverture faite au sac : cette sonde, graduée afin que l’o-
Fig. 389. — 1 . Instrument de Desmarres pour la cautérisation des voies lacrymales.
— 2. Erigne en râteau à pointes mousses pour écarter les lèvres de la plaie du sac lacrymal.
pérateur puisse préciser à quelle profondeur se trouve le rétrécissement, donne passage à un porte-caustique gradué aussi, dont la cuvette est remplie de nitrate d’argent; M. Gosselin donne la préférence au beurre d’antimoine dont Magne avait déjà fait usage en pareille circonstance (1). Follin faisait usage du chlorure de zinc, et c’est également ce caustique qu’emploie M. Marc Sée, parce qu’il lui paraît être doué d’une puissance bourgeonnante très-grande qu’il imprime aux parois du sac; en second lieu, parce qu’il est d une grande facilité dans son mode d’application, enfin parce qu’il met peut-être plus à l’abri d’accidents et de récidives que les autres méthodes.
b. kératite. — Laudanum. — Atropine. — Sulfate de soude. Compression. — D’une façon générale les moyens thérapeutiques varient suivant l’espèce d’inflammation à laquelle le chirurgien a affaire et surtout suivant la cause le plus souvent générale qui l’entrelient. Une précaution qui est indispensable est de soustraire 1 œil à la lumière : M. Marc Sée y satisfait en établissant sur les paupièi es fermées une légère compression avec l’ouate; avant de faire celte compression, il instille dans l’œil deux ou trois gouttes de laudanum dont l’absorption incessante à la surface de la cornée détermine une modification heureuse dans les opacités récentes de cette membrane, et aide à la résorption des granulations. Il n’a pas recours aux cautérisations avec le crayon de nitrate d’argent, mais il se sert, surtout si c'est la conjonctivite qui prédomine, de quelques
(1) Magne, De la cure radicale de la tumeur et de la fistule du sac lacrymal Un. médic., 3 février 1857).
AFFECTIONS KYSTIQUES.
gouttes du collyre au sulfate de zinc (10 c. p. 30) additionné ou non de sulfate neutre d’atropine. Ce traitement doit se continuer pendant plusieurs jours, et M. Marc Sée lui associe généralement les frictions péri-orbilaires avec la pommade belladonée. Révulsifs généraux. Traitement tonique.
c. taches cicatricielles de la cornée. — Sulfate de soude. — Afin de produire sur la membrane cornéenne des phénomènes nutritifs qui ont pour résultat la résorption plus ou moins prononcée des taches, M. Marc Sée emploie le sulfate de soude dont le degré d’irritation esL modéré, mais suffisant. Il ne s’en sert pas toutefois d’une façon continue, mais bien intermittente, de peur de déterminer un résultat opposé à celui qu’il désire obtenir.
4° AFFECTIONS KYSTIQUES.
a. kyste thyroïdien. — Ponction et injection iodée. — Si l’accroissement en est rapide, il y a lieu de craindre la suffocation et d’intervenir pour corriger la difformité. Il n’a qu’une médiocre confiance dans l’application de l’iode sur la tumeur et dans son administration à l’intérieur ; car le plus souvent ce médicament n’agit que lorsqu’on a affaire à un goitre parenchymateux et n’exerce aucune influence sur les kystes de la glande thyroïde. Il préfère, comme opération, la ponction suivie de l’injection iodée qui ne réussit pas aussi souvent que pour l’hydrocèle, mais qui, dans la moitié des cas environ, donne des résultats satisfaisants.il pratique la ponction avec un petit trocart après avoir ou sans avoir préalablement ouvert les téguments avec la pointe d’un bistouri. L’injection est faite avec la teinture d'iode pure qu’il laisse séjourner pendant quelques minutes dans la poche. Par cette opération qui évite les suppurations graves du cou auxquelles exposent les incisions, M. Marc Sée se propose de déterminer dans la cavité kystique une inflammation plastique, ayant pour résultat l’oblitération de la poche, ou tout au moins de produire à sa surface interne une modification qui arrête la sécrélion et conduit l’affection à un état stationnaire. Nous avons vu dans son service un petit garçon opéré de cette manière et complètement guéri.
b. kyste dermoïde. — Dissection. — Cautérisation. — L’incision faite sur la poche ne pénètre pas jusque dans sa profondeur ; on dissèque ensuite les lèvres de l’incision avec des pinces à griffes (fig. 391 et 392) en isolant le kyste et cherchant à l’enlever. Si on l’ouvre, dans ce premier temps, comme cela arrive presque toujours, on en
saisit les parois que l’on dissèque le plus complètement possible. Immédiatement après, M. Marc Sée cautérise l’intérieur avec l’extrémité d’un crayon de nitrate d’argent (fig. 390). 11 préfère cette mé-
Fig. 390. — Porte-nitrate.
Fig. 391. — Mors de la Fig, 392. — Mors de la pince à dents multiples,
pince à dents de souris.
thode à la cautérisation avec la pâte de Vienne qui est plus longue et donne lieu à des cicatrices plus difformes.
c. hydrocèle. — Injection iodée. — M. Marc Sée ne croit pas beaucoup à la guérison spontanée de l’hydrocèle chez l’enfant; il pense aussi que la simple ponction est insuffisante la plupart du temps, et, comme il ne regarde pas, contrairement à l’avis de bien d’autres chirurgiens, comme fréquente la communication vagino-péritonéale, il traite l’hydrocèle de la très-jeune enfance comme celle des adultes. Il prend toutefois la précaution, pendant qu’il opère, de faire tenir la main d’un aide sur l’anneau du côté malade et pratique l’injection avec la teinture d’iode pure.
b° AFFECTIONS DES LÈVRES-
bec-de-lièvre (simple, unilatéral). — Un seul lambeau. Ciseaux
Fig. 393, — Ciseaux du docteur Marc Sée.
particuliers dits à boutonnière. — Les ciseaux qui ont été imaginés
affections des lèvres. 439
par M Marc Sée (ûg. 393) ont pour but de pratiquer l’avivement des bords de la solution de continuité, d’un seul coup, et en ménageant en même temps une base adhérente au lambeau qui se trouve taillé. Leurs lames ne sont tranchantes que dans la partie antérieure (près de la pointe); à la partie postérieure ces lames manquent et sont remplacées de chaque côté par le dos de 1 instrument qui se continue avec l’entablure : il existe donc entre les lames et le point d’entrecroisement des branches un espace vide, une sorte de boutonnière; il en résulte que la section des tissus ne porte que sur la partie la plus éloignée, tandis que ceux qui se trouvent en bas ne sont pas intéressés. Généralement, M. Marc Sée se contente de tailler un seul lambeau restant adhérent au niveau du bord libre : il avive l’autre bord verticalement, puis horizontalement, et réunit le lambeau abaissé avec la portion cruentée horizontale de l’autre côté. Cette taille du lambeau et les deux avivements correspondants se font en trois coups de ciseaux à boutonnière, et cela avec une précision presque mathématique. 11 applique ensuite la suture entortillée.
trachéotomie. — Trachéotome spécial. — M. Marc Sée a imaginé un instrument spécial destiné , comme par les procédés de Maisonneuve et de Chassaignac, à faire la trachéotomie d’une façon très-expéditive (fig.
394) : c’est une espèce de bistouri en crochet pénétrant directement dans la trachée et sectionnant le conduit de dedans en dehors; deux lames mousses latérales, que des manches font diverger par un mouvement de bascule, servent en même temps d’écarteurs ou plutôt de dilatateurs. Tous ces procédés de trachéotomie en un temps offrent trop d’inconvénients pour pouvoir être admis dans la pratique chirurgicale usuelle, et nous croyons même que M. Sée ne lait plus guère usage de son instrument.
Fig. 394. — Trachéotome dilatateur du docteur Marc Sée.