‹ Chirurgie orthop√àdiqueChapitre 25 sur 250 · EXERCICES DE REDRESSEMENT · texte numérisé non relu

EXERCICES DE REDRESSEMENT

a) Redressement sous la toise. — Nous avons fait construire une toise à deux montants gradués (fig. 117), le long desquels glisse, à frottement dur, un curseur. Au centre de la plate-forme sur laquelle sont montés les piliers sont fixées, à angle droit, doux tablettes verticales, qui centrent le sujet dans l'appareil et contre lesquelles il adosse les talons. Une barre transver-

FiG. 117. — Appareil Vermeulen : toise orthopédique.

sale est adaptée à une hauteur voulue contre le pilier. Cet appareil, d'une construction élémentaire, nous permet :

1° De préciser la taille exacte du sujet ;

2° De nous rendre compte de la mesure de l'élongation et de l'auto-redressement que le sujet peut réaliser ; 3» De faire exécuter des mouvements de flexion et de redressement ;

MÉC.VNOTHÉRAPIE

4° D'étudier l'équilibre statique du sujet par la comparaison des maxiraa de la hauteur à laquelle il peut faire monter le curseur en s'appuyant alternativement sur une jambe et sur l'autre.

b) Un exercice plus simple encore est Vexercice des cannes (fig. 118).

FiG. 118. — Exercice d'assouplissement avec la canne.

L'enfant se place dans une attitude correcte, les talons se touchant, les pieds en abduction moyenne. Prenant en main une canne de 1 mètre et demi de long- et d'un diamètre de 3 centimètres, l'enfant allonge les bras verticalement ; en tenant la canne bien horizontale, il s'efTorce de s'allonger autant que possible ; c'est la première partie de l'exercice. Le sujet fait, dans cette attitude, une flexion frontale et s'efforce de toucher du bout des doigts le tapis, sans plier les genoux, seconde phase. Il se redresse lentement dans l'attitude du départ, troisième phase.

Une autre variété de cet exercice est la flexion latérale, alternative à droite et à gauche '.

1 Ces exercices n'appartiennent pas à proprement parler à la mécanotliérapie mais à la gymnastique orlliopé(Ji(iue ordinaire. (Voy. p. 33 et suiv.)

TRAITEMENT CURATIF

c) Un des meilleurs procédés de redressement est Vexercice du canotage. Le rameur « tire des reins » et exerce en même temps les muscles des bras et des jambes. La flexion forcée du buste, point de départ du mouvement, produit une élongation de la colonne vertébrale, et un redressement des déviations latérales préalablement assouplies par la mobilisation passive. C'est, en outre, un exercice respiratoire de premier ordre.

FiG. 119. — Appareil de Herz : exercice de canotage.

Beelya le premier introduit dans le traitement de la scoliose Texercice du canotage ; Lorenz, Hoffa et Redard en ont préconisé Tutililé. La figure représente l'appareil à ramer de Herz, qui permet de doser la résistance, de régler, par la mobilité du siège et la position variable des pieds, l'extension vertébrale.

B. Traitement curatif.

Le traitement curatif de la scoliose comprend :

La mobilisation des courbures fixes de la colonne vertébrale ;

MÉCANOTHKRAPIE

La rééducalion musculaire;

L'application des différents moyens de contention pour maintenir la correction.

La mobilisation de l'ankylose vertébrale ne peut être obtenue que par des procédés mécaniques, qui agissent par traction, pression ou détorsion. Pour cela nous faisons usage des appareils type Zander modifiés par Hoffa et nous avons fait construire par M. Mathieu quelques appareils personnels.

Ces appareils orthopédiques s'adaptent aux différents éléments de la déformation, qui sont : i" la déviation latérale des vertèbres ; 2° le déplacement latéral du buste; 3" la torsion de l'anneau costo-vertébral.

Correction de la déviation latérale des vertèbres. — La barre transversale de Lorenz, connue sous le nom de « Wolm », est l'appareil qui convient le mieux à la correction mécanique des déviations latérales. Mais s'il se prête au traitement des déviations dorsales et totales, il ne s'applique guère aux cas de déviations lombaires. Zander a construit sur le principe du « Wolm » deux appareils différents (lig. 120 et fig. 121) qui s'adaptent réciproquement aux déviations dorsales et lombaires.

Déviation dorsale. — L'appareil se compose : 1" d'une barre capitonnée sur laquelle repose le thorax du sujet ; 2° d'un plan incliné pouvant être installé d'après un angle voulu d'inclinaison ; 3" de deux échelles verticales mobiles, destinées à assurer la position diagonale du thorax.

La tigure 120 représente la situation dans laquelle le sujet est couché sur l'appareil; la barre rembourrée de celui-ci correspond à la gibbosité coslovertébrale ; les membres inférieurs reposent sur le plan auquel on donne une inclinaison variable suivant le degré de pression que l'on veut exercer sur la gibbosité; les bras se fixent aux échelons, celui de l'épaule abaissée à l'échelle supérieure, pour exercer sur elle une traction en haut, celui de l'épaule remontée à l'échelle inférieure, pour maintenir le tronc dans une flexion latérale opposée à la courbure pathologique.

L'avantage de cette construction est de maintenir le buste dans une position diagonale, de préciser le degré de la correction, de supprimer l'intervention d'un aide et de pouvoir prolonger la durée de la correction. Dans les scolioses légères (dorsales ou totales), on obtient ainsi une correction réelle de la déviation, mais pour peu que l'ankylose soit avancée, il se produit un déplacement en masse qui peut simuler une hypercorrection.

Déviation lombaire. — L'appareil (fig. 121) s'applique plus spécialement aux scolioses lombaires. Il se compose d'un cadre reposant sur deux chevalets ; sur ce cadre sont adaptés : 1» un plan capitonné qui peut être fixé dans une inclinaison de i5'' ou de 20''; 2" trois appuis mobiles capitonnés, pouvant être fixés à une distance voulue de la charnière du plan mobile et à une hauteur déterminée.

TRAITEMENT CURATIF l35

La position du sujet doit être contrôlée par la palpation ; les différentes

FiG. 120 et 121. — Appareil Zander : suspension latérale.

échelles de graduation permettent de localiser la correction, mais il faut reconnaître que Zander a donné trop d'importance aux indications fournies par la mensuration. Le grand avantage de cet appareil est de pouvoir, tout en

MÉCANOTHÉRAPIE

corrigeant la déviation lombaire, prévenir une exagération de l'inclinaison lombo-sacrée. La correction, se produisant par pression latérale déterminée par le poids du sujet lui-même, est toujours assez limitée.

Correction simultanée des deux courbures par la combinaison d^un procédé actif [musculaire) et d'un procédé passif (statique). — L'appareil (fig. 122)

Fie. 122. — Appareil Zander : combinaison de la correction active el passive.

se compose d'un levier en bois portant un siège que nous pouvons à volonté rapprocher ou éloigner du pilier vertical faisant axe de rotation du levier ; celui-ci sera d'autant plus chargé que le siège sera éloigné de ce pilier-axe de l'appareil.

Lorsque le sujet a pris place sur le siège, il lui donne, en tirant sur les cordes de traction, une inclinaison déterminée.

Suivant que l'enfant est assis à droite ou à gauche du pilier-axe et qu'il tire du bras droit ouegauche ou des deux bras à la fois, il se produira des

TnAlTEMENT CURATIF

corrections variées qu'un choix judicieux adaptera aux indications individuelles.

Pour préciser l'emploi de l'appareil, il importe de distinguer : 1° la courbure dorsale; 2° la courbure lombaire; 3" l'infraction sacro-lombaire.

La courbure dorsale est corrigée par la traction active opérée par le bras correspondant à la convexité de la courbure; la courbure lombaire et l'infraction sacro-lombaire sont corrigées par l'efîet statique produit par l'inclinaison du siège, à la condition que celui-ci monte du côté de la convexité de la courbure.

Or, ces convexités étant toujours opposées l'une à l'autre, le mouvement qui corrige la courbure lombaire augmentera l'infraction sacro-lombaire et inversement. La figure 122 représente l'enfant assis sur le siège, le pilier-axe est à sa gauche, le bras gauche est tendu et inactif, le bras droit opère en faisant alternativement remonter et descendre le levier horizontal.

Dans ces conditions, il se produit une correction active d'une scoliose dorsale convexe à droite et d'une infraction sacro-lombaire dont la convexité est également à droite.

La courbure lombaire convexe à gauche, laquelle, en règle générale, existe simultanément avec les deux courbures citées, sera donc augmentée par cet exercice. Pour la corrigera son tour, l'enfant changera de position; il se placera de telle façon que le bras droit corresponde au pilier-axe eî fera alors le même exercice.

Dans ces conditions, nous obtenons une correction simultanée des courbures dorsales et lombaires, tandis que nous laissons en souffrance l'infraction sacro-lombaire.

Ainsi l'emploi de cet appareil paraît avoir quelque chose de paradoxal, tandis qu'en réalité un emploi judicieux nous permet de le rendre très utile, il nous sert surtout pour la mobihsation des raideurs vertébrales, signe prodromique des scolioses , et pour lutter contre l'infraction sacro-lombaire, qu'il importe toujours de rechercher dans les attitudes vicieuses habituelles, caractérisées par un déplacement latéral du buste et existant déjà lorsque les courbures dorsale et lombaire sont encore mobiles.

Un autre appareil avec lequel on obtient la correction simultanée des deux courbures est représenté par les figures i23 et 124. Supposons une scoliose classique dorso-lombaire (fig. 128) : l'épaule gauche est descendue et la tête incline vers la droite. Le sujet est assis ; deux courroies, dont la pression est réglée par deux leviers, s'adaptent au niveau des courbures latérales (fig. 124). Dans la main gauche, le sujet tient un poids léger et fait, le bras, tendu, un mouvement rythmé d'abduction, jusqu'à ce que le bras soit élevé verticalement. Le bras droit est placé sur la tête de façon que les doigts atteignent l'oreille gauche. Par \a pression des courroies, on produit la

MÉCANOTHÉRAPIE

correction des déviations latérales; l'exercice du bras gauche relève l'épaule et provoque une contraction des muscles du côté de la convexité ; l'attitude de la main, qui tire la tète vers la droite, oblige les muscles du côté gauche de la nuque à se contracter. Cette combinaison ingénieuse de correction active et passive ne peut avoir de résultat que lorsque la scoliose est préalablement mobilisée.

FiG. 123. — Appareil Zander : scoliose dorsale droite, lombaire gauche.

Nous préférons l'auto-correction manuelle, devant une glace: nous provoquons ainsi un appel plus direct à l'énergie du sujet ; celui-ci peut, en outre, se rendre compte de l'effet de ses efforts (Voy. p. 43 et suiv.).

Correction du déplacement latéral du buste. — L'attitude vicieuse habituelle se caraclérise toujours par un déplacement latéral du buste ; mais celte déviation, qui trouve son origine dans la plus grande mobilité de l'articulation lombo-sacrée et que l'on observe en dehors de toute lésion anatomique de la colonne vertébrale, est, en réalité, un symptôme du début de la scoliose. Dans les scolioses confirmées, le déplacement latéral du buste peut disparaître par l'effet des courbures de compensai ion, mais il persiste

DÉTORSION DE l'aNNEAU COSTO-VERTÉBRAL

alors une inclinaison lombo-sacrée fixe. S'il s'agit d'une altitude vicieuse parjaquelle la mobilité vertébrale est encore peu compromise, les exercices d'auto-correction suffisent, à la condition qu'ils soient bien surveillés et dirigés par le médecin lui-même. Mais lorsque le déplacement latéral du buste est causé par une inclinaison fixe sacro-lombaire, il faut des moyens plus énergiques pour y remédier. Les corrections manuelles sont encore insuffisantes et la mécanothérapie offre ici des moyens précieux. La mobili-

FiG. 124. — Le même appareil : correction active et passive de la scoliose.

sation passive s'obtient par un appareil décrit antérieurement (fig. ii5\ la mobilisation active par l'appareil représenté figure laS. Tandis que le sujet est fixé au moyen de deux appuis latéraux, le siège est mobile sur des rouleaux et porté à droite ou à gauche. Supposons une déviation du buste vers la gauche, le rouleau sera chargé à droite et le sujet déplace le rouleau aussi loin que possible vers la gauche, pour produire une hypercorrection et ouvrir l'angle lombo-sacré.

Torsion de l'anneau costo-vertébral. — On sait que l'articulation costovertébrale n'étant douée que d'une mobilité très limitée, les côtes suivent le déplacement du coi'ps vertéoral ; mais l'anneau costo-vertébral fermé par le

MÉCANOTHÉRAPIE

sternum ne pouvant se déplacer librement, la côte fléchit et on voit apparaître la gibbosité costale, résultat de l'inflexion des côtes produite par la torsion vertébrale.

Toutes les tentatives de délorsion qui prennent comme point d'appui la gibbosité costale, portant sur une déformation secondaire, sont donc insuffisantes.

Nous avons fait construire par Mathieu un appareil de détorsion qui nous

FiG. 125. — Appareil Zander : correction de la déviation latéi'aie du buste.

permet d'agir directement sur la vertèbre et de contrôler sur le dos de l eufant l'effet de la correction.

Cet appareil (fig. 126-128) se compose d'une table au sommet de laquelle sont adaptés deux systèmes de traction, réglés par une vis sans fin et contrôlés par des dynamomètres.

Le sujet couché de face, les bras allongés le long de la tête, est fixé par le bassin entre les crêtes iliaques et les trochanters : c'est à cet endroit que la fixation est stable et se supporte le mieux.

Le buste repose sur un lit formé par une double rangée de coussinets

DÉTORSION DE l'aNNEAU COSTO- VERTEBRAL

libres et de forme oblique, formant dans leur ensemble une large gouttière ; nous pouvons enlever un ou plusieurs coussinets et ainsi produire à volonté un vide sous une partie quelconque du buste ou des lombes.

Au haut bout de la table est adaptée une double crémaillère à manivelle

FiG. 126 et 127. — Appareil Vermeulen pour le redressement et la détorsion de la colonne vertébrale par traction et par pression directes.

pour l'extension forcée par la tête et par les bras. La tête, prise dans un appareil de Glisson. subit une traction que nous réglons par un dynamomètre installé sur la ligne de traction. L'extension des bras est également contrôlée par un second dynamomètre que nous avons fait ajouter pour nous assurer que l'enfant n'abandonne pas la traction.

Deux hémicycles gradués, munis de différentes pelotes de compression, sont installés verticalement sur la largeur de la table ; ils peuvent être fixés à un point quelconque.

Le but que nous poursuivons ainsi est la mobilisation de la courbure fixe

MECANOTHKRAFIE

vertébrale pour aboutir par elle à la délorsion du buste. L'extension forcée produit un redressement de toutes les vertèbres dont la mobilité n'est pas trop compromise et nous permet de constater qu'en général l'ankylose vertébrale se limite à un petit nombre de vertèbres.

Les redressements forcés et successifs doivent être faits avec méthode : à mesure que l'enfant s'habitue au traitement, on en augmente la durée et

FiG. J28. — Massage et manœuvres modelantes au moyen de l'appareil Vermeulen.

l'intensité ; il est préférable de pratiquer tous les jours deux séances de redressement, suivies d'exercices d'aulo-correction.

Ce redressement forcé de la scoliose a l'avantage d'être d'une extrême simplicité et de pouvoir être pratiqué par une seule personne.

Lorsqu'il s'agit de la forme la plus fréquente de la scoliose, d'une déviation dorsale à droite avec courbure lombaire gauche de compensation, le bassin fixé et les tractions réglées, nous enlevons un ou deux coussinets sous le plan costal droit et nous faisons de même pour le plan lombaire gauche. Nous disposons les deux hémicycles sur la table, de telle façon qu'ils dominent le point culminant des deux déviations ; les pelotes de pression sont ajustées obliquement contre les vertèbres déviées.

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