‹ Choiseul à Rome, 1754-1757Chapitre 16 sur 89 · Cet archevêque s'appelait J.-A. de Ciocchis (-j · texte numérisé non relu

Cet archevêque s'appelait J.-A. de Ciocchis (-j

3. Le marquis Pierre-Paul d'Ossun (1712-1788) était, depuis le 1" avril 1754, ambassadeur de France à Naples. Il fut depuis ambassadeur à Madrid.

34 CHOISEULAROME.

d'engager Sa jNIajesté Sieilienne d'ordonner à cet archevêque qui n'a rien à faire ici, de retourner dans son diocèse. « Votre M. d'Ossun le connaît sûrement, me dit le cardinal Valenti, car c'est ce prélat qui est cause de la brouillerie de Naples et Malte; je ne puis pas vous en dire davantage; croyez que dans l'état où je suis il est important pour le Royaume qu'un homme d'un pareil caractère ne soit pas à Rome quand je mourrai. Du reste, ajouta le cardinal, je vous donne cet avis parce que je vous aime ; mais, en même temps, soyez persuadé que je ne vous le donnerais pas si je ne croyais que le système de modération est le seul que le Saint-Siège puisse adopter. » Je remerciai le cardinal Valenti; je lui dis que j'aurais l'honneur de vous rendre compte de l'avis qu'il me donnait et que, dès le même jour, j'en écrirais à M. d'Ossun; ce que j'ai fait effectivement, en observant cependant, selon ce que M. le cardinal Valenti m'a recommandé, de ne pas faire entrevoir à cet ambassadeur que les notions que j'ai sur l'archevêque de Brinde me viennent du ministre du Pape. J'avertis en même temps M. d'Ossun que j'ai l'honneur de vous en écrire pour que vous puissiez, Monsieur, lui donner un ordre en conséquence '.

1. Lo Roi des Deux-Siciles, Charles lY, doiiiiii l'ordre à l'archcyêque de Brindisi de regagner son dioci-so, et, le 2 avril, Choiseul informe Rouillé que le prélat vient de prendre congé du Pape {Rome, t. DCCCXYII, f. 323). Mieux encore, le 7 mai, Clioiscul

Cet avis précipité de M. le cardinal Valcati m'a donné du soupçon sur la fermeté du Pape à me tenir les paroles qu'il m'a répétées si souvent. Je demandai au cardinal s'il était possible que le Pape écoutât les mauvais conseils des boute-feux qui se trouvaient à Rome et en France. Le cardinal me répondit que, tant qu'il aurait les veux ouverts, il n'y avait rien à craindre du Pape; que d'ailleurs Sa Sainteté connaissait trop ses vrais intérêts pour varier, « mais comme je ne puis pas espérer de vivre encore longtemps, ajouta le cardinal en pleurant, je veux rendre avant ma mort un dernier service au Pape, qui est d'éloigner de lui des esprits turbulents et faux qui cherchent à se faire un mérite en conseillant au Saint-Père des partis nuisibles à l'Eglise ».

Voilà quel a été, Monsieur, le précis de ma conversation avec le cardinal Valenti que j'ai trouvé moins bien hier qu'il ne l'était le dernier jour que je le vis. Depuis un mois, il a perdu totalement la vue; cependant il ne m'a paru que ce nouvel accident, qu'il attribue toujours à la goutte, ait fait impression sur son esprit. Plus je vois ce ministre et plus je crains sa mort; il me marque l'amitié et l'intérêt le plus tendre '...

peut annoncer au ministre que, par ordre du Roi des Dcux-Siciles, on a saisi les papiers et que l'on veille sur la correspondance de cet archevêque n qui est un intrigant et un brouillon » (f. 414-415).

l. Cette dépèche est chiffrée.

36 CHOISEULAnOME.

A M. ROUILLÉ

A Rome, le 26 mars 1755.

... Les jambes du Pape sont fort enflées; il est plus abattu qu'à son ordinaire, cependant j'ai des nouvelles très exactes, et sûrement il n'y a rien à craindre pour le moment présent. En même temps le médecin venu de Naples pour le cardinal Valenti, qui a été consulté et qui a vu Sa Sainteté, m'a dit que, pour peu que l'bumeur qui est dans les jambes remontât, il était à craindre que le Pape ne mourut tout d'un couj^. Je serai fort attentif à vous rendre compte de tout ce qui sera intéressant sur cet objet.

Je travaille au mémoire sur le futur conclave '; c'est avec beaucoup de lenteur, ne crovant pas qu'il soit convenable de vous envoyer rien d'hasardé sur cette matière. Je vais aussi travailler à mon entrée, ce qui est une occupation fort coûteuse et fort désaoréable.

Le cardinal Yalenti est plus mal; je ne suis point du tout content de son état; il y a des moments qu'il semble tomber en enfance ; cependant il travaille, il y a entre lui et Rota une espèce; de jalousie qui est embarrassante pour les ministres

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