‹ Choiseul à Rome, 1754-1757Chapitre 60 sur 89 · CARDINAUX PLUS MAUVAIS QUE BONS POUR LE PONTIFICAT · texte numérisé non relu

CARDINAUX PLUS MAUVAIS QUE BONS POUR LE PONTIFICAT

Cardinal Cavalchixi, sujet du roi de Sardaigne'. — Cette seule qualité me paraît suffisante pour exclure ce cardinal; il a d'ailleurs été très zélé pour la canonisation de Bellarmin ', et, quoique ce soit un homme de mérite, sur l'honneur et la religion duquel je ne sache rien à dire, son caractère est si faible et si sujet à être gouverné par des entours dont j'ai lieu de me défier, que je ci'ois

1. Charles-Albert Calvachiiii (y 1774), de la promotion de 17'i3.

2. La cause de béatification du cardinal Bellarmin {j 1621), introduite des 1G27, différée à plusieurs reprises, avait été introduite à nouveau en 1753. Mais le jésuite Bellarmin était considéré à juste titre comme le théoricien des doctrines ultraniontaines, en même temps que le défenseur du molinisme : sa cause excitait au plus haut point l'opposition des parlemenlaircs français, du parti janséniste, du clergé dévoué aux maximes gallicanes, de la Cour enfin. Choiseul dans ses instructions avait reçu ordre de s'opposer à ce que la béatification fût prononcée : « Si pendant le cours de l'ambassade du sieur comte (le Stainville on tentait de renouveler celte même affaire il aura soin de représenter aux ministres ds Sa Sainteté qu'il serait de la prudence de la cour de Rome de ne pas suivre un objet qui serait également critiqué dans les pays catholiques et protestants, et que certainement pareille canonisation ne serait jamais reconnue en France ». L'affaire, eu effet, sur les instances de la cour cl du <-lcrgé de France, fut abandonnée au cours de l'année ]75'i.

CHOISEUL A no ME

que ce serait un malheur pour la France s'il était souverain pontife.

Cardinal Delci, Florentin '. — Ce cardinal est connu en France où il a été nonce dix ans. C'est un saint homme qui mène une vie respectable, mais qui est si vieux, si borné, et si peu au fait des affaires de France quoiqu'il y ait été nonce que, si jamais on pensait à lui, il serait bon de l'éloigner. Je ferai, ;i propos du cardinal Delci, la réflexion qu'il serait désavantaoeux d'avoir un pape aussi âgé, qui ne produirait rien de bien et ne Icrait que multiplier pendant son pontificat les embarras et les intrigues .

Cardinal Sacripanti, Romain ^. — Ce cardinal a beaucoup d'esprit et d'expérience sur les affaires intérieures temporelles de l'Etat ecclésiastique; son esprit est solide, et c'est véritablement un homme d'affaires. On croit qu'il est protégé par la Cour d'Espagne; il me paraît très bon pour être datairc ", pour être consulté dans les affaires intérieures du pays, mais il est si entêté naturellement, et revient si difficilement de ses préventions, qu'il serait dangereux de l'avoir pour pape. Cependant, comme c'est un homme de mérite qu'il serait bon d'attacher à la Couronne, je crois qu'en

1. Regfiiier DeUi {j 1701), l'ait cardinal par Cléiiicnl XII eu 1737, doyen du Sacro-Collège.

2. Ch. -Marie Sacripanti, fait cardinal par Clément XII en 17;î',).

Ji. Datairc, preinicv olTicicr de la Daterie de Rome.

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réloignant du pontificat il laut lui laisser entrevoir la perspective de la dateric '.

Cardinal Mattki, Romain ■. — Ce cardinal est dune famille distinguée de Rome, mais très pauvre. 11 remplit avec exactitude et avec édification ses devoirs d'ecclésiastique; il est dune médiocrité desprit au-dessous de la commune. On cherchera peut-être, quoi qu'il soit fort jeune, à l'élever au pontificat : sa qualité de Romain et son caractère doux serviraient à ce projet si sa famille nomhreuse et très pauvre n'v mettait pas d'obstacle. Il ne conviendrait pas à la France qu'il fût jjape par l'opposition qu'il a toujours marquée pour la nation. 11 est vrai que cette opposition part plutôt de son peu de lumières que de son sentiment propre; mais, nourri dans un pareil préjugé, avec le peu de force qu'on lui suppose dans le caractère, les personnes qu'il aurait autour de lui et qui certainement ont le même sentiment, fortifieraient dans les occasions son aversion pour la nation française, et trouveraient peut-être moyen, dans un pontificat qui vraisemblablement serait long, de nuire dans quelque partie au bien du Royaume.

1. Dalcrie « bureau où l'on impèlrc les bénéfices en Cour de Rome, à la réserve des évèchés et autres bénéfices consistol'iaux » (Fureti('re).

2. Louis Matlei, de la pruinolioii de IT-Jo, préeidemniei t auditeur de la Ilote.

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