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CHAPITRE

Ü’o6 Tient que l'on reuenl Uot de joie de U convenioa dM pétbeurr.

Mon Dieu , d’où vient que les hommes se réjouissent davantage de ta conversion d’une àme qui semblait désespérée, ou qui était dans un extrême )téril , que si l’on avait toujours espéré son salut , ou qu’elle n'eût pas été dans un si grand danger de se perdre? Vous-même qui êtes le père des miséricordes , vous vous réjouissez davantage d’un pénitent, que de quatrevingt-dix-neuf justes qui n’ont point besoin de pénitence. Et il est vrai que nous ne saurions apprendre .sans une extrême consolation, quel est le contentement que ret^ivent les anges de voir le pasteur rapporter sur ses épaules la brebis qui s’était égarée, et avec combien de joie l’on remet dans vus trésors le drachme qni était perdu , les voisines de la femme qui l’a retrouvé s’en réjouissant avec elle. Et quand on lit dans votre Église ce qui est dit de votre jeune fils, qu’il était mort et qu’il est ressuscité, qu’il était perdu et qu’il a été retrouvé , cette solennelle réjouissance qui se passe dans votre maison arrache des larmes de nos yeux : car c’est en nous proprement et en vos anges que vous vous réjouissez par la charité sainte qui nous fait saints ; puisque pour ce qui est de vous , vous êtes toujours le même , et vous connaissez toqjours d’une même sorte les clutses qui ne sont pas toujours ni d’une même manière.

Qu'est-ce donc qui se passe dans mon àme , lorsqu’elle se réjouit davantage d’avoir recouvré ce qu’elle aimait que si elle l’avait toujours possédé? Car il n’est pas besoin de nous mettre en peine de prouver cette vérité , à laquelle ce que nous voyons tons les jours devant nos yeux rend un témoignage si illustre. Un empereur victorieux triomplie, et il n’aurait pas vaincu s’il n’avait point combattu : plus le péril qu’il a couru dans le combat a été grand , et plus il ressent de joie dans .son triomphe. Ij tempête agite un vaisseau et le menace du naufrage : tous ceux qui sont embarqués tremblent dans l’effiroi d’une mort prochaine : le ciel se calme , et alors ces voyageurs se réjouissent avec excès, parce qu’ils avaient craint avec excès. Une pet^ sonne qui nous est chère est malade, et son pouls bit assez connaître qiiellr est la grandeur

Digitizee I , i .

CONFESSIONS DE SAINT

de >on mal ; tous ceux qui souhaitent sa guérison ne sont pas moins malades d'esprit qu'il l'est de corps ; il commence à se mieux porter, mais n'ayant pas recouvré ses forces, il ne peut marcher; et toutefois l'on ressent beaucoup plus de joie que lorsqu'il était auparavant dans sa vigueur et dans une santé parfaite.

Nous ne jouissons pas même des plaisirs de cette vie sans nous y préparer par quelques peines, que nous ne souffrons point par surprise et malgré nous, mais parce que nous les avons recherchées et que nous sommes bien ai.ses de les souffrir. Nous ne prendrions point de plaisir à boire ni à manger, si nous n'avions ressenti auparavant l'incommodité de la soif et de la faim ; ce qui fait user de viandes salées à ceux (|iii aiment le vin avec excès, afin que leur altération augmentant et devenant plus piquante, le plaisirdel'étcindre en buvant soit plus sensible. Et de là vient aussi que r((n met de l'intervalle entre les fiançailles et les noces , de peur que si le mari n'avait désiré avec ardeur pendant quelque temps d'épouser celle qui lui a été fiancée , il eftt moins d'affection pour elle, étant aussitôt devenue sa femme. Ainsi , et dans la volupté infâme et criminelle , et dans les plaisirs permis et licites, et dans une amitié boimète et toute pure, et dans cet enfant prodigue qui étant mort a recouvré une vie nouvelle, et qui étant perdu s'est retrouvé , nous voyons toqjours que le mal précède la joie, et que les plus grandes joies succèdent aux plus grands maux.

Mon Seigneur et mon Dieu , d'où vient donc que vous étant vous-méme à vous-mème le sqjet d'une étemelle joie, et quelques-unes de vos créatures jouissant sans cesse d'une parfaite félicité par le bonheur de votre présence, cette partie inférieure de l'univers est sujette à de si i grands changemens, et se trouve tantôt dans la défaillance et tantôt dans l'accroissement , tantôt dans la guerre et tantôt dans la paix ? Est-ce la condition de leur être? et les avez-vous créés ainsi , lorsque depuis le plus haut des cieux jusqu'au centre de la terre , depuis le commencement jusqu'à la fin des siècles, depuis l'ange ju.squ'au vennisseau, et depuis le premier des mouvemens jusqu'au dernier, vous avez placé toutes sortes de biens chacun en son propre lieu, et fait dans les temps qui y étaient les plus propres tous ces admirables ouvrages qui sont

partis de vos mains? O que vous êtes élevé dans les choses les plus élevées ! Que vous pénétrez profondément les plus profondes ! Vous ne vous éloignez jamais de vos créatures, et cependant nous avons tant de peine à vous retrouver et à retourner à vous !

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