‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 128 sur 684 · CHAPITRE Vlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlll

En oe ni4rae loups, vuin révélltcs en songfc i ce saint évéquc , en quel lieu reposaient les corps des iu.irt)’r$ Gers'ais et Protais , que vous aviei gardtis depuis tant d'années comme dans le trésor de votre secret , et conservés sans se corrompre , afin de les découvrir au liesoin pour arrêter la fureur d'une femme, mais d'une femme qui était impératrice et mère de l'empereur. Ces corps ayant donc ainsi été trouvés et lin's du lien où ils étaient , lorsqu'on les portait dans la grande église avec l'Iiunneur qui leur était dû , noiHsculenient les possédés étaient délivrés, et les démons , en sortant hors de leurs corps, confessaient la puissance de rrs saints , mais un Iwurgeoisdc Milan, très connu dans toute la ville, et qui élait aveugle depuis fiirl loug-leinps, ayant demandé et appris quel était le sujet de cette Joie qui causait un si grand bruit panui le peuple, se leva, et pria celui qui le conduisait de le mener an lieu où étaient ces saintes reliques. T étant arrivé, et ayant obtenn pennission de toucher avec un linge le cercueil où étaient les corps de ces saints dont la mort vous est précieuse , il n'eut pas plus tùt porté ce linge i ses yeuï, qu'ils s'ouvrirent à l'heure même. Ce grand miracle se ré|»ndit de tous cùlés , lit retentir partout vos louanges , et bien qu'il n'eùt pas assez de farce pour guérir l'esprit île cette princesse ennemie des eatholiqnes, et la ramener dans la véritable créance , il en ent as.sez néanmoins pour arrêter la fureur avec laquelle elle les persécutait.

Je voua rends grâces , mon Dieu , d'avoir rappelé dans ma mémoire le souvenir d'un événement si important , que j'avais oublié de rapporter en son lieu. Cependant, quoique rrs fiarfunn n'pandissent alors une odeur si douer et si agréable , je ne courais point après vous ; et c'est ce qui depuis me faisait redoubler mes pleurs parmi tes hj-mnes et les cantiques que l'Église chantait J votre louange , ayant si longtemps soupiré (tour svius connaître , et commençant eufln ù respirer l'air de votre esprit et de votre grùce autant qu'on le peut Ibire dans ce corps mortel , dans cette maison de boue et de rhaume.

Cd rrtoornant n il perd «a mèrr 1 0»tie. Il r^iporte

qtirite âTiil Hé l'édurjüon de ortte »»Hite ftranie.

Comme vous avez accoutumé, Seigneur, de jMirtcr ceuï qui sont dans Ira mêmes sentimens à vouloir demeurer eusemlle , vous files <]ue Év(xle, qui alon était encore jeune et de la même ville que moi , vint demeurer avec nous. Il était du nombre de cesoffleiersque l'on nomme agens des affaires de l'empereur; et ayant été converti et l>a|itisé avant nous, il avait renimcé ù la cour et à tout le sen iee qu'on rendaux hommes pour ne penser (ju'a vous servir. Ainsi nous étions ensemble; nous avions tous résolu de ineiier ensemble une vie parfiiile ; nous n'étions en peine que de chercher un lieu qui fût prttpre à i'eséeution de notre desttein; nous retournions ensemble en Afrique. El lorsque nous fûmes arrivés à Ostie où le Tibre entre ilans ta mer, ma mère muumi.

Je passe plusieurs choses , |>arcc que je désire d'abréger. Recevez, s'il vous plaît, mon Dieu, les confessions que je vous fais et les actions de grSce que je vmis rends, non-seulement par mes (Kirulrs, mais aussi dans mon silence, de tant de laveurs innombrables que j'ai reçues de votre boulé. Mais je ne puis taire ee que mon esprit conçoit touchant votre servante qui m’avait conçu dans ses flânes, afin de me faire naître en celle vie temporelle, et dans son coeur afin de me faire renaître pour la vie éternelle. Je ne la louerai d'aucun bien dont elle-mêiue ait été la source, mais seulement des dons que votre grice lui a départis, puisqu'elle ne s'était pas faite elle-même dans son enfance. C'était vous , mon Dieu , qui l'aviez formée ; et lorsque son père et sa mère la mirent au monde, ils ne savaient pas quelle elle sérail ; nuiis la doctrine de votre Christ, et la eonduilede votre Eils unique, l'instruisirent en votre crainte dans une maison fidèle, cl qui était une des mieux réglées de votre Église.

Quand elle parlait de la manière dont die avait été élevée, elle ne se Imiait pas tant du soin de sa mère, que de celui d'une servante qui élait si evlrémcment Jgée qu'elle avait jiorlé son pire entre ses bras , lorstju'il élait encore enfant , ainsi que des filles déjà grandes ont aecoulunié de |)orter ceux qui .sont eu ce |H'lit

COiSFESSIOiNS UE SAIM Age , rt qui vivait dans une telle rraintc de Dieu . que sa vertu aussi bien que sa vieillesse avaient porté le maître et la maîtresse de cette maison toute chrétienne à la respecter et i lui donner la conduite de leurs filles. Elle s'en acquittait avec un extrême soin; rt comme lorsqu’il était nécessaire, elle les reprenait avec force, usant d’une sainte sévérité , elle les instruisait aussi avec beaucoup de di.sTélion et de prudence ; car, htirs les heures oh elles mangeaient très sobrement à la table de leur père, quelque violente soif qu’elles eussent, elle ne leur permettait pas seulement de boire de l’eau, les empêchant de prendre cette mauvaise coutume, et leur disant cette parole pleine de sagesse :

• Mrintenant vous buvea de l'eau, parce que vous n'avez pas le vin en votre puissance; mais lorsque vous serez mariées , et que vous serez maîtresses des caves rt des celliers, vous ne tiendrez compte de l’eau, et vous conserverez cette coutume de boire. •

Par ces sages remontrances et par l’autorité qu'elie prenait sur l’esprit de ces jeunes filles , elle arrêtait les désirs inconsidérés qui sont ordinaires en cet âge, et leur apprenait à régler tellement leur suif, selon 1rs règles de la tempérance , quelles s'étaient accoutumées peu A peu A n’avoir pas même le désir de foire ce qu’elles savaient ne pouvoir foire honnêtement. Néanmoins, mon Dieu, ma mère, votre .servante, me contait que , nonobstant tous les soins de cette bonne femme, il s’était glcssé dans son emur une inclination A boire du vin; et qu’ainsi iurs(|ur, selon la coutume, son père et sa mère lui commandaient, comme A une fille très sobre, ' d’aller A la cave tirer du vin , ayant rempli le pot avec lequel elle puisait dans la cave, elle en goûtait un peu du bout des lèvres avant que de le verser dans la bouteille , n’en pouvant prendre davantage A cause qu’elle y sentait de la n‘pugnance ; car elle ne le faisait pas |iar un amour i|u’elle eût pour le vin , nuis |ur je ne sais quels excès et mouvemens gais et libres qui s’élèvent des bouillons et de la clialeur de la jeunesse , et qui ont be.soin d’être réprimés dans l’esprit de ceux de cet Age par l’autorité îles personnes qui les gouvernent.

Or, comme en méprisant les petites foutes on tombe insensiblement dans de plus grandes, il arriva qu’ajoutant chaque jour encore un peu

' AÜGLSTl.V -- I.IVIIE l.\. I i;i

A ce peu de vin qu'elle prenait , elle se laissa emporter de telle sorte A cette mauvaise coutume , qu'elle en buvait presque des cnu|>rs toutes plrim-s avec avidité et avec plaisir, üû était alors cette vieille femme si vigilante? (^l'étaient devenues toutes ces défenses si êvèresPet quel pouvoir eussent-elles eu de guérir cette maladie cachée, si votre grAce, <|ui est le remède de nos maux, ne veillait sur nous? car lors(|ue son père et sa mère, rt tous ceux qui avaient soin de sa nourriture, étaient absens, vous, mon Dieu, qui êtes toujours pn-sent , qui nous avez créés . qui nous appelez A votre servicê, et qui, par l’entremise même des méchans , faites du bien aux Ames pour les sauver, et les retirez de leurs défauts par la conduite de votre providence et par la lumière efficace de votre esprit , que fîtesvous alors, Seigneur? de quel moyen nstitesvous pour remédier A cette imperfection de ma mère ; et de quelle sorte l’en délivrAles-vous entièrement.’ Vous vous servîtes d’un reproche très piqnant rt très outrageux que lui fit une autre personne, ainsique d’un fer salutaire, pour retrancher tout d’un coup cette corruption qui s’était fi)rméc dans son Ame. Une servante qui avait accoutumé de la suivre quand elle allait A 1a cave, disputant un jour avec sa petite maitres.se , ainsi qu’il arrive quelquefois, et étant toutes deux seules, elle lui repruclia ce dt'faut avec une insolence insupportable en rappelant une buveuse de vin pur ; ce qui fut comme un aiguillon qui la piqua de telle sorte, qu’elle reconnut 3us.sitôt cette difformité dans sa vie, la condamna et s’en corrigea, tant il est vrai qu’au ' lieu que nos amis nous entretiennent souvent dans le vice par leurs flatteries , nos ennemis nous servent smivent A nous corriger de nos foutes par leurs reproches. Mais votre justice ne les traite pas selon les biens que vous avez faits par eux, mais selon le mal qu'ils ont voulu foire; car cette 'servante dans sa ailère n'avait nul dessein de corriger ma mère de re défaut, mais seulement de la piquer; ce qui fit qu’elle ne lui dit cette parole qu’en secret, soit que le temps et le lieu oû leur dispute arriva en rus.seot la cause, ou plutût la crainte qu'elle eut que si elle eu parlait devant quelqu'un , son maître et sa maîtresse ne la eliAliasscnt de ce qu’elle avait découvert si lard cette foule de leur fille.

Mais vous, mon Dieu, qui conduisez avec une

CONFESSIO.NS DE SAINT

admirable aagetsr tout ce qui se passe dans le ciel et dans la Irrre , qui réglez les déréglemens du inonde, et donnez tel cours qu'il vous plaît au torrent impétueux de la malice des hommes pour la faire servir à vos desseins étemels, vous vous servîtes de la passion de l'une et de la maladie de son âme pour guérir la passion et le mal de l'autre; ce qui bit bien voir que lorsque nous reprenons une personne d'une faute avec dessein de lui donner lien de s'en corriger, et qu'elle s'en corrige en effet par nos rrnim,trances , c'est à vous seul que nous en devons attribuer toufe Ui gloire, et non pas à la force de nos paroles.

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