CHAPITRE X
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Le jour s'approchant que ma mère devait passer i une meilleure vie, et ce jour vous étant connu. Seigneur, encore que nous l'ignorassions, il arriva, comme je crois, par la secrète conduite de votre .sages.se, tpie nous nous trouvâmes seuls, elle et moi, appuyés sur une fenêtre qui regardait dans le jardin de la maison oû nous logions à Ostie, qui est le lieu où leTibre entre dans la mer, et où , en nous éloignant du bruit en suite du travail d'un long chemin, nous nous préparions pour nous enilarquer.
Etant donc seuls, nous nous entrelenionsavesune extrême eonsolalion; et en oubliant tout le passé pour ne penser plus qu'aux biens â venir , nous agitions en votre présence, qui ètesl'iinmiiable vérité, quelle sera rétcmellc vie des bienheureux, cette vie que nul œil n’a jamais vue, que nulle oreille n'a jamais entendue, et que l'esprit de l'homme n'a jamais comprise ; cl les bouches de nos cœurs s’ouvraient avec avi dité vers les célestes eaux de votre sainte fontaine, de cette fontaine de vie qui est en vousmême , afin qu'en étant arrosés autant que nous en étions capables , nous pussions en quelque sorte comprendre une chose si élevée.
Et notre discours se terminant â cette considération, que la plus grande des voluptés des sens dans le plus grand éclat de beauté et de splendeurqui se puisse imaginer parmi les choses corporelles, non -seulement n'était pas digne d’entrer en parallèle avec celte vie toute divine, mais ne méritait pas seulement d'ètre nommée, lorsqu'il s'agit d'une chose si éminente , noas nous élevâmes vers celle immuable félicité par les mouvemens d'une affection violente; nous traversâmes l'une après l'autre toutes les choses corporelles, et ce ciel même d'où le soleil, la lune et les étoiles répandent leur lumière sur la terre. Nous allâmes encore plus avant en vous considérant , en parlant de vous , en admirant vos ouvrages; nous entrâmes dans nos âmes, et passâmes outre pour arriver dans l'abondance inépuisabledc cette heureuse ré|;ionuü la vérité est la viande incomiptible dont vous repaissez élcmellemenl vos saints et vos élus, et où la vie est cette sagesse qui a fait tout ce que nous voyons, tout ce qui a été cl tout ce qni sera
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D'"i.dCl.byk.'.i.ogle
CÜ.\FESSIONS DE SAINT AüGL'STUN'. — LIVRE IX
jamais ; cette sagesse qui n’est point crMe , mais qui est telle qu'elle a toujours été et qu'elle sera toujours ; ou pour mieux dire, qui n'a point été, et qui ne sera point , mais qui est simplement , parce qu’elle est étemelle; car ce n'est pas être étemel que d’avoir été et devoir être.
En parlant ainsi de cette vie heureuse, et en la recherchant avec ardeur, nous noos élevâmes jusqu'à la sentir et la goftter en quelque rârte par un prompt élancement de notre cœur; puis, soupirant de n'en pouvoir encore jouir autant que nous eussions voulu, il ne nous resta autre chose que d'y demeurer unis par cet esprit dont nous avons reçu les prémices ; notre proiue faiblesse nous faisant bientôt retourner aux paroles extérieures, et au son de cette voit qui se forme dans cette bouche. Et qu'y a-t-il en cela de semblable à votre parole étemelle, mon Dieu, qui en demeurant immuable ne vieillit jamais , et renouvelle toutes choses?
Noos disions donc : s'il se trouvait une âme exempte des impressions que les seutimens du corps lui donnent; qui ne Àt point remplie des images de ce qui est sur la terre, tous les eaux et dans l'air; qui n'eùt aucune pensée des deux ni d'elle-mtme, mais qui, sanssongerâ soi , passât hors de soi, et pour qui tous les songes, toutes les images qui remplissent nmaginatkm, toutes les voix, tous les signes, et tout ce qui ne fiiit que passer s'évanouit mtiêreiuent; car si quelqu'un écoute ces dioees, elles loi diront toutes : dNous ne noos sommes pas faites nousmêmes, mais nous tenons l’être de celui qui subsisleéteruellemcnt;»» donc toutes ceseboses se taisaient après nous avoir parlé de la sorte, et nous avoir rendus attentifs à écouter celui de qui elles tiennent l'être, et que lui seul nous parle, non plus par elles, mais par lui-même , en sorte que nous entendions sa parole, non par une langue mortelle , ni par la voix d'un ange, ni par celui du tonnerre, ni par l'énigme d’une parabole; mais que lui-même que nous aimions en elles , nous parlât sans elles , comme â présent notre âme s’élève par le vol impétueux de sa pensée jusqu'à cette sagesse étemelle, qui possède tm être immuable au-dessus de toutes choses ; si cette sublime contemplation continuait, et que toutes les autres vues de l'esprit, qui sont d'une nature entièrement differente, étant cessées, selledâ seule absorbât l'âme M la comblât d'une
joie toute intérieure et toute divine, et que la vie éternelle fût semblable â ce ravissement en Dieu , que nous venons d'éprouver pour un moment , et après lequel outre âme soupire encore ; ne serait-ce pas lâ l'accomplissement de cette parole de l'Écriture : < Enlrea dans la joie de votre Seigneur. • Et quand sera-ce que nous recevrons un bonheur si incompréhensible? Sera-ce alors que nous ressusciterons, comme parle l'Aitétre, mais que nous ne serons pas tous changes?
Nous nous entretenions dans ces pensées, quoique non pas en ces mêmes termes. El vous savez, mon Dieu, qu'ensuite de cette conférence, comme tout ce qu'il y a de clurmant et d'agréable dans le numdc, ne nous semblait digue que de mépris , elle me dit : « Mon fils , je vous avoue que pour ce qui est de moi , il n'y a plus rien en cette vie qui soit capable de me plaire, et je ne sait plus ce que j'y fais, ni pourquoi j'y demeure davantage , puisque je n'ai plus rien à y espérer. Car la seule chose qui me faisait un peu désirer de vivre, était de vous voir Chrétien et catholique avant ma mort. Dieu a plus fait , puisqu'il ne m'a pat seulement accordé une telle gr^, mais aussi celle de vous voir devenu entièremetit son serviteur par le mépris que vous hiites, pour l'amour de lui , de tous les biens et de toutes les félicités de ce monde. Que fais-je donc ici davantage?»