CHAPITRE XXXV
Priém tout •nSrnln de r«moor de JeMU-Cbmt.
O Jésus , Sviiveur de nos âmes , seul objet de nos désirs et de notre amour. Fils un'iqurde Dieu, et qui êtes Dieu vous -même, secourez votre serviteur. Jerrie vers voua, et je vous invoque du plus (trofond de mon âme ; je vous invoque pour vous attirer en elle, daigiiez-y donc entrer, et la rendez digne de vous ; possédez-lâ sans réserve, et la cnnsenezâ jamais, et sans tache et sans ride. Ce qui est pur est seul digne de serv ir de sanctuaire â la pureté même Sanc-
MÉDITATIONS DE SAINT AUGUSTIN
lifiez-la donc , 6 mon Dieu , puisqu'elle est voire ouvreqe, r'est un vase à vou.s seul consant*, puriflezde de toute impureté, reraplisaei-le ensuite de votre sainte (çrâce , et l'y conservez i jamais ; que dès à présent même celle âme puisse être digne de vous servir de temple. Source inépuisable de douceur, d'amour et de bunlé , aimable et cher objet de tous les désirs de mon ccrur, est4l rien de comparable à votre divine beauté? Le miel le plus doux, le nectar le plus délicieux approchent-ils de votre douceur? la neige et le lait le plus pur approchent-ils de votre pureté? tous les trésors du monde, l'or, l'argent, les pierres précieuses , les honneurs mêmes et 1rs plaisirs , pourraient-ils me toucher depuis que j'ai goûté vos charmes? Mais , que dis-je, ô mon Dieu , qui seul me fiiites espérer en vos miséricordes?que dis-je, ûdouceur véritable, ellellemeiit heureuse, que l'on ne trouve qu'en vous une parfaite paix? que dis-je, encore une ibis, quand je dis de telles choses? Je dis ce que je puis , mais non pas ce que je devrais. Que ik suis-je digne de chanter, avec 1rs esprits bienheureux , d'étemels cantiques 1 votre gloire ! Avec quelle effusion de oeur chanterais-je vos louanges, avec quels sentimens d'amour et de piété unirais-je ma bible voix à ces divins concerts , dont votre Église triomphante bit sans cesse retentir le ciel è la gloire de votre nom! hbis pour ne pouvoir encore assez dignement voua louer, m'abstiendrai -je entièrement de publier vos louanges? Malheur i quiconque ne parle point de vous, û mon Dieu ! il n’apparlient qu’à vous de rendre la parole aux muets, et nonseulement de délier la langue des plus petits enbns, mais de la rendre meme éloquente. Malheur à quiconque s'abstient de parler de vous, A mon Dieu , puisque ceux même qui en parlent le plus dignement ne sont encore que des muets kiraqu'ils entreprennent de vous louer.
Qui peut vous louer dignement , Père adorable , dont h sagesse est infinie aussi bien que la puissance? Quoiqu'il n'y ait point de termes pour exprimer dignement ce que vous êtes. Verbe tout-puissant qui savez toutes choses, je ne laisserai pas de vous louer autant que j'en serai capable, jusqu'à ce que vous m’ordonniez d'entrer dans votre heureux séjour, jmur y chanter vos louanges d'une manière digne de x'ous. Ne prenez point garde à ce que je dis, 6
mon Dieu, mais à ce que je voudrais pouvoir dire. Que ne puis-je dignement vous bénir et vous louer, vous qui seul méritez tout honneur et toute louange! Vous, A mon Dieu, qui connaissez si parfaitement tout ee qu'il y a de plus caché sur la terre et dans le ciel , ne m'êtes-vous pas infiniment plus cher que le ciel et la terre, et mille fois plus aimable que tout re qu'ils renferment. Aussi n'est-ce que potir l'amour de votre nom qui ne passe point , que l'on peut aimer des choses qui ne font que passer. Je vous aime donc, A mon Dieu, de toute l'ardeur de mon œur ; mais , hélas ! que ne puis-je vous aimer encore davantage! Que je vous aime donc à jamais autant que je le dois et (pieje le voudrais; que jour et nuit je ne pense qu’à vous; que mon àme ne s'entretienne qu’avec vous; que mon cipur soit tout pénétré de votre divine lumière. Soyez sans cesse mon guide, et me biles sans cesse avancer de vertus en vertus, et parvenir enfin à txmlempler votre beaule dans votre heureuse ville , la céleste .Sion, A seul vrai Dieu d’entre les dieux. Mous ne vous voyons à présent que comme dans un miroir, et pour ainsi dire qu'en énigme. Mais alors nous vous verrons bce à bce et nous vous connaîtrons comme vous nous connaissez. Heureux cruxdont le coeur est pur,ceux-làseulsvous verront, A mon Dieu. Heureux ceux qui habitent votre céleste demeure, ceux-là seuls vous loueront à jamais. Puissiez-vous donc, A mon Dieu, par ces miséricordes par où vous nous avez sauvés de la mort éternelle, et par votre onction toute-puissante, puissiez-vous attendrir mon conir plus dur que la pierre et le fer, me purifier ensuite par le feu d’une sainte douleur de mes butes, en sorte que je devienne une victime assez pure pour mériter de vous être offerte toute vivante. Touchez mon cœur d’un regret assez vif pour me faire répandre sans cesse d’abondantes larmes. Éteignez dans mon àme tout désir de choses terreslres et sensibles , qu’elle ne soupire plus qu’après vous. Que votre crainte et votre amour puissent la toucher assez vivement pour lui faire oublier tout ce qui ne bit que pas.scr. Que rien de sitjct au temps ne puisse me causer désormais ni tristesse, ni joie, ni crainte, ni désir. Qu’enfin je sois hors d’alleinle aux pièges de la prospérité comme à ceux de l'adversité. Et comme votre amour parbit est plus puissant que la
mort, puisse l'ardeur de cet amour dont la douceur est ineffable, consumer dans mon âme liait amour pour les ctioses d'ici-bas. (jue je ne m'allache plus qu'â vous, que je fasse toute ma joie d'y penser continuellement. Que mon cour UC soit plus sensible qu'i l'odeur de cet encens que le feu d'un tel amour fait niuntcf jusqu'à vmis, et qu'il n'ait plus de fpiùt que pour ses ilonceurs ioeHàblcs. Que d(isumiais tous mes désirs n'aspirent qu'aprés les cltosesd'en haut, et que les larmes salutaires qu'ils pourront me faire répandre puissent rejaillir à la vie éternelle. Comme votre (p'andeur, ô mon Dim, est sans mesure et sans bornes, tous crm qui sont r.Khetés de votre sani; précieux par un effet de votre amour pour le (;cnrr humain, doivent vous aimer et vous louer sans bornes cl sans mesure. Adorable Sauveur, justice et bouté par essence, votre père céleste vous a transmis tout pouvoir de juger: si donc vous pcniieltcz que 1rs rnfâns du siècle, ces enfaiis de ténèbres, rccherclicnl avec plus d'ardeur les biens et les lumneurs périssables, que nous ne recherchons les seuls solides et étemels, qui consistent en vivtre amour, quoique nous soyons vos serviteurs, que vous avez créés et rachetés d'un prix infini, c'est par un pur effet des jugenims de votre i'icrDclle sagesse. Si parmi les hommes il se iixNive des amis si parfaitement unis qu'ils ne puissent sans peine porter l'absence l'un de l'autre ; si quelquefois une femme aime son epoux avec tant de tendresse qu'elle ne puisse eu souffrir l'absence sans inquiétude et sans ennui ; de quelle ardeur , 6 mon Dieu , notre aine devrait-elle vous aimer , vous qui êtes son seul et véritable époux dont les beautés sont immortelles! Vous avez bien voulu. Seigneur, coo- I racler avec elle une sainte alliance, par tous les seulimens de foi, de justice et de miséricurde, que vous lui avez inspirés et qui ne suul que des Miiles de cet amour immense, qui vous a hiil souffrir tant de lourmens pour son salut. Quelque douceur que l'on puisse trouver dans l'amour •lea choses d'ici-baa, approcbe-t-elle , 0 mou Dieu , de ces ineffables délices que l'on ne trouve qu’en vous? Celte joie, que le juste ressent à vous aimer, n'cst-elle pas accompagnée d'une parfaite paix? Mais ou n'en jouit qu'aulant que l'on est aimé d'im tel amour, au lieu que l'amour du siéde et des choses sensibles n'est jamais
SAINT AUGUSTIN
suivi que de trouble, de soupçon, d'inquiétude, de crainte. Vous seul donc, 6 mon Dieu, faites le suuvcrain bonlirur des justes, et pourrall-oa s'en étonner? L'on ne Irouvequ'en vous une vie exemple de trouble, un véritable repos. Quiconque vous possède, A Dieu de boulé, entre véritablement dans la joie de mon Seigneur ; il n'aura plus rien à craindre, et l'on ne saurait manquer de se trouver souverainement bien avec le souverain bicn.i Je jouis désormais, dirat-il, d'une éirmrlle paix. Void l’heureux séjour que j'ai ctaoisi pour i'babiler toute une éternité. liC .Vignrur prend soin de moi , il m'a fait entrer |HHir jamais dans ses pâturages étemels , de quoi désormais poiurais-jr manquer?»
ü Jésus mon Sauveur, source inépuisable de douceur et de bonté, que je ne pen.se plui qu'à vous ; embrasez de plus en plus mon ctrar de votre amour ; que toutes les eaux du monde ne puissent jamais en éteindre 1rs flammes. Que je vous aime, ô mon Dieu ; que mon âme, affranchie du poids de sa concupiscence, dont elle est accablée, soit en étal de courir après l'odeur de vos parfums; que j'y coure sans cesse, jusqu'à ce que je me voie dans cet heureux séjour, od j'rspére contempler vos beautés, ces beautés ineHablrs, sans quoi notre bonheur ne saurait être parfait. Deux sortes d'amour, dont t'un est bon et l'autre mauvais , dont l'un n'a que de la douceur et l'autre de l'amertume , ne sauraient co-existerdans le même cœur. Dès que l'on ahne avec vous quoi que ce puisse être, on n'a point , A mon Dieu, un véritable amour pour vous. O amour plein de douceur, douceur pleine d'amour, amour exempt de peines et suivi d'une infinité de plaisirs, amour si pur et si sincère qui subsistez dans tous les siècles, amour dont rien ne peut éteindre l'ardetn- ni même U ralentir, Jésus mon adorable Sauveur, dont les bontés, dont les douceurs sont incompréhensibles, charité si parhiite qui n'étes pas moins que mon Dieu, que ne suis-je embrasé de vos divines flammes jusqu'à n'élre plus sensible qu'à ces torrens inépuisables de douceurs, de plaisirs, de délices et de joie; mais d'une joie toute juste, toute chaste, toute pure, tonte sainte, et suivie de celte parfaite paix que l'un ue trouve qu'en voua ; que cliarmé des douceurs d'unsi puissant et .si parfait anaair ; que tout embrasé de ses flammes, je vous aimr , A mon Dieu, de toute
rétcndnc de nioa cœur cl de tout ce qu'il y a de plus intime en roui. Qne nia langue et mes livres ne parlent que de vutis. Que mon âme enfin ne suit plus sujcile â se laisser toucher de quelque autre amour que le vôtre. Faites donc , ô mon Dieu, mon unique lumière, que je connaisse clairement ce que je dois vous demander, et me fiiitcs prier de telle sorte que vous exauciez ma prière. Esaurez-rooi, Scignetir, nonobstant mon indignité, vous que n'implore jamais en vain le plus indigne d'étre exaucé. Recevez favorablement , ô mon Dieu , les vaxii de votre serviteur. Pourriez-vous ne pas remplir de si légitimes désirs, par l'intercession si puissante de votre sainte Mère, ma protectrice auprès de vous, et par les prières si efficaces de tous vos saints? Ainsi soit-il.