CHAPITRE
1 1 parle cocon de te» amours ei de réhMgtMMOl qu’il arail de riosolrace dM Jeuoes <1* Carthage.
Seigneur, votre miséricorde ne m'abandonnait point dans tous ces désordres, et je crois pouvoir dire qu'elle volait, bien que de fart loin, au-dessus et â l'entour de moi, comme pour me couvrir de ses ailes. Hélas 1 combiea me suis-je séché et consumé dans le vice ! Combien ai-je suivi une curiosité sacrilège qui , en m'éloignant de vous, me conduisait dansla bassesse des créatures et dans les tromperies et les enchantemens des démons, auxquels je sacrifiais mes actions criminelles ! El en tout cela j'éprouvais vos ehâlimrns. Mon imprudence passa même jusqu'à ec point , qu'eu l'iiuc de vos fêtes les plus solennelles, et dans votre propre église.
CONFESSIONS DE SAINT
j'oni concevoir des désirs damoaliles pour ooe personne , et trsiter avec elle on accord funeste, qui ne pouvait produire que des fruits de la mort et de renfèr. Vous m'en ciiitiltes après très sévèrement , mais non pas i proportion de mon crime : tant vous êtes grand en miséricorde, 6 mon Dieu, vous qui étiez mon seul et mon unique rcFiige dans le commerce que j'avais alors avec ces insignes et ces épouvantables pécheurs, parmi lesquels je m'égarais et me perdais, errant çà et là 1a tète levée , m'éloignant loqjours de vous, quittant votre voie sainte pour suivre les miennes toutes corrompai s , et aimant une fhusse liberté, qui n'est en effet qu'un malhenreui esclavage !
Ces études, que l’on nomme les occupations des honnêtes gens , me conduisaient elles-mêmes au barreau , vers lequel je commem^is déjà à jeter lesyeui, dans l'ambition d'y exceller et d'y recevoir d'autant plus de louange et de gloire, que je saurais mieux par mon éloquence faire passer le mensonge pour la vérité ; tant est grand l'aveuglement des hommes, qui tirent même des sujets de vanité et de gloire de leur propre aveuglement ! Je tenais déjà le premier rang dans les écoles de rhétorique ; ce qui me causait une joie mêlée de présomption , et me rendait lo'ut enflé d'orgueil. Vous savez néanmoins. Seigneur, que j'étais plus retenu et plus modéré que les autres , et très éloigné des folies et des insolences de ces jeunes fous et débaucliés qui font gloire de ce nom , et le font passer entre eux pour un terme de galanterie, quoique leurs actions soient toutes pleines d'une malignité diabolique. Je vivais néanmoins parmi eux ayant une espèce de pudeur qui venait plutôt d'impudence que de retenue, de ce que je ne leur ressemblais pas. Je me plaisais quelquefois en leur compagnie et aux témoignages d'amitié qu'ils me rendaient, bien que j'eusse toujours en horreur leurs actions , c'est-à-dire cette malice noire et cette licence débordée avec laquelle ils insultaient à la modestie des nouveaux venus et des étrangers, qu'ils couvTaient de omfosion et de honte, se jouant d’eux pour avoir le plaisir de les troubler et de les mettre en désordre, et nourrissant de ces moqueries sanglantes et injurieuses la malignité de leurs divertissemens et de leurs réjouissances ; en q' ui ils imitaient parfaitement les actions des
démons , et ^usaient voir qu'on avait raison de les appeler des fous et des insensés. Car ils étaient véritablement fous et perdus de jt^fement aussi bien que de conscience, puisqu'ils donnaient lieu à ces esprits infernaux de se moquer d’eux invisiblement , et de les tromper par leur secrète séduction , en leur inspirant ce malheureux plaisir qu'ils prenaient à se moquer des autres et à les tromper.