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à ce fonds criminel , dans lous ses vices, daris son amour-propre, dans sa volonté particulière, dans ses propres plaisirs , dans ses propres commodités, dans son propre ju(;rinent et dans l'estime de soi-méme.
Plus on mortifie promptement ce fonds, et plutôt découvre-l-on ce fonds bienlieureoi où Dieu habite dans l'Snie. Au reste, il n'y a pei^ sonne qui puisse connaître ce fonds criminel , tant qu'il demeure uni et enf^agé avec lui , et qu'il s'y laisse mener et conduire dans tout ce qu'il fait et ce qu'il ne fait pas, ne cherchant et n’aimant que soi - même dans tout ce qui ref{arde le corps et l'esprit.
Il est donc absolument nécessaire que cliacun veille soif^neusement sur soi-méme, et que partout où il s'apercevra, qu'il se cherche et qu'il s'aime soi-méme , comme par exemple lorsqu'il marche ou qu'il est arrêté, qu'il boit ou qu'il man(;c, qu'il |>euse, qu'il se repose, et f;énéralement dans toutes ses paroles et scs actions; il se mortifie et se resiqiie dans toutes ces choses;, qu'il sorte et se détache soi-méme , et apprenne à ne rechercher en tout cela que la volonté et l'unique qloire de Dieu. Mais peut-être que quelqu'un me dira : si je suis oblif^é de m'abandonner entièrement moi-même , comment est-ce que Je pourrai aimer Dieu ? O que si vous vouliez vous laisser conduire à Dieu en toutes choses, sans doute qu'il vous mettrait bientôt en état de l'aimer en toutes choses ! Car lorsqu'il vous 6te toute la douceur et la consolation , tant de l'esprit que du corps , que vous pensez que tout ce que vous laites et ce que vous ne faites pas lui est désafp'éable , que toutes vos œuvres ne méritent aucune récompense , que vous êtes le plus vil et leplus détestable de tous les hommes, que Dieu et toutes les créatures sont irrités Justement contre vous et prononcent votre condamnation, enfin que vous êtes abandonué de Dieu et de tous les esprits bienheureux; si vous pouviez dans cet état souHHr sous la main de Dieu toutes ces adversités avec une humble résifpiation et sans murmurer; si vous connaissiez pleinement votre bassesse , en sorte que vous vissiez que vous n'avez rien qui vous appai^ tienne et qui vous suit propre que le vice et le péché ; si vous pertévihiez dans l'exercice ordinaire des bonnes œuvres et de la charité , et que votre indigence et votre accablement ne vous
FRÈRE J. TAÜLER.
fissent interrompre la pratique d'auenne des vertus, le Seigneur vous élèverait bientôt i ce degré sublime où il vous apprendrait à l'aimer et à vous renoncer vous-même en toutes choses.
Mais tant que vous vous cherchez, que vous vous aimez , que vous agissez pour vous-même , et que vous demandez la récompense et le prix de vos actions , sans pouvoir souffrir de passer auprès des au'res pour ce que vous êtes , vous demeurez dans une illusion et dans une erreur pitoyable. Aussi lorsque vous méprisez quelqu'un icau$edesesdéfàuts,etqueDirune vous est pas cher dans votre sécheresse comme dans vos consolations, lorsque vous pensez être quelque chose, et que vous voulez à cause de la conduite de votre vie et des lumières de votre esprit être préféré à ceux qui ne vivent pas selon vos maximes , et qui ne font et n'entendent pas les choses comme vous, vous êtes sans doute dans une mauvaise • voie , vous ne vous contuissez pas vous-même, et vous êtes aveuglé par ce fonds de malice qui vous possède , qui corrompant maintenant tous les exercices de toutes vos bonnes œuvres, vous réduira dans d'étranges extrémités à la mort, et peut-être vous précipitera dans l'ablme étemel , quand vous viendrez à le découvrir et i le connaître. Pendant que vous êtes donc dans le temps de la grâce, apprenez à le détruire et à mortifier ce fonds avec le secours de Dieu. C'est là la meilleure science et la plus grande sagesse qu'on puis.se acquérir dans cette vie, et en comparaison de laquelle toüte autre sage^ ne doit passer que pour une véritable folie.