‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 77 sur 684 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

éunt à Rome il lomlje duis noe sranik nuladte, dont U allriiiue la Ruérisou aux pniraa de sa mère.

Etant arrivé à Rome, vous me frappùtcs soudain d'une grande et périlleuse maladie ; et j'étais sur le puiut de descendre dans les enfers , chargé de tant de crimes que j'avais commis contre vous , œntre mou procliain et contre moiniême , outre rcugagemeul où je me trouvais du péché originel )>ar Icqnel nons mourons tous pour le premier homme; car vous ne m'aviez fait encore aucune grùcc en faveur de Jésus- Christ , et il n'avait point encore cRhcé par le mérite de sa passion l'inimitié que j'avais contractée avec vous par mes dérégicmeus et mes désordres. Et comment l'aurait-il pu effacer par sa croix , puisque je me la représentais comme fantastique et imaginaire? Ainsi, autant qu'était fausse dans mon esprit la mort de son corps , autant était vraie en effet la mort de mon Ame : et autant qu'était véritable en soi cette même mort de son corps, autant était fausse la vie de mon Ame, en cela même quelle ne croyait pas en la mort du Sauveur. Cependant ma hèvre redoublait toujours, et j'étaia sur le punit de mourir et de mourir pour l'éternité. Car où pouvais-je aller si je fusse mort en cet état, sinon dans les flammes de l'enfer, paniii les tourmens proportionnés A l'énormité des crimes, selon l'ordre éleniel cl immuable de votre souveraine justice? Ma mère, qui ne savait pas l'état déplorable où j'étais réduit, ne laissait pas de prirr pour moi en mon absence. Et vous, mon Dieu , qui êtes présent partout, l'écoutiez favorablement au lieu où clic était, et me thisiez miséricorde au lieu où j'étais, tirant mou corps d'une makidie si violente, lorsque imm Ame était infiniment plus malade par son impiété et par ses blasphèmes. Car étant A l'exta'mité et dans un péril si visible , je ne dcniaiidais pas néanmoins que l'on me donnât le baptême, témoignant d'avoir moins de scntiuiriit de piété en cet Age, que je n'en avais n'étant qu'un enfant, lorsque dans une grande maladie je demandai A ma mère qu'elle me fit baptiser, ainsi que je l'ai rapporté ci-dessus et que je vous en. ai rendu grAces

88 CO.NFKSSin^S DE SAINT STIN - LIVUE V.

Mais «n devciianl plus (rrand jYlais dpvpnii plus extravagant et plus insensé, et ma frénésie était montée jusqu'à tel point que je me moquais même de ce remède divin et ineffable que vous présentez aux hommes dans le baptême. Ainsi vous n'avez (us permis , mon Dieu , qu'étant dans un état si fiineslc je mourusse d'une double mort ; ce qui eût blessé ma mère d'une ]ilnie si profonde et si sen.slble , qu'elle fût demeurée inconsolable durant tout le reste de sa vie. Car je ne puis assez exprimer combien était violente cette affection qu'elle avait pour moi; et avec oimbien plus de peines et plus de douleurs elle tâchait de m'enfanter à Dieu par l'esprit, qu'elle n'en avait retwenti dans le corps |K)ur me mettre au monde. Je ne vois donc pas i'omment elle eût pu jamais se consoler, si vous eussiez permis qu'une àme qui lui était si chère fût |)éric par une mort si malheureuse , qui lui eût déchiré les entrailles et qui l'eût percée jusque dans le fond du cteur. Et que fussent deventis, mon Dieu , tant de vœux et tant de |)riêres qu'elle vous offrait sans cesse avec tant de zèle? Auriez-vous bien pu mépriser, mon Dieu, vous qui n'éles que miséricorde, le œur contrit et humilié d'une veuve chaste , sobre , charitable envers les pauvTCS, qui rendait toute sorte de soumission et de devoirs à vos serviteurs', qui avait soin tous les jours d'assister à l'oblation .sainte qui se fiit à votre autel ; qui ne manquait jamais de se trouver à l'église deux ibis le jour, le matin et le soir, non pour s'enireten'u- de vains discours et de ces contes que font la plupart des vieilles gens , mais pour vous entendre dans vos paroles, et pour être entendue de vous dans ses prières.

Auriez -vous bien pu mépriser ses larmes, û mon Seigneur et mon Dieu , par lesquelles elle ne vous demandait pas de l'or et de l'argent , ni quelque bien passager et périssable, mais la (piérison de l'àme et le salut de son propre fils ? Auriez-vous bien pu la rejeter dans cette demande et Ini refuser votre assistance divine , vous qui Ini aviez donné cette piété même et r ctte fiti avec laquelle elle avait recours à vous? !Son certes, mon Dieu, vous n'aviez garde de la traiter de la .sorte : mais au contraire vous l'assistiez de votre gr,ûcc, vous l'écoutiez làvorahlcmeiit dans ses prières, disposant toutes rhases jioui' mou .'«ilut , selon l'oiTlrr prescrit et ari'été

dans vos de»«eins étemels, f ous n'aviez garde de la tromper dans ce que vous lui aviez révélé en songe, et dans ces paroles que vous lui aviez fait dire |Kir vos serviteurs touchant ma conversion, dont j'ai rapporté quelques-unes, sans d'autres encore que j'ai passées sous silence, ("était des gages que vous lui aviez donnés, et romme une promesse signée de votre main divine qu'elle conservait dans son coeur, et qu'elle vous présentait saus cesse dans ses prières, comme pour vous faire souvenir de l'acquitter, (lar votre bouté est si excessive envers noos , qu'eiH-oee que vous tmus remettiez tontes nos dettes, vous voulez bien néanmoins vous obliger à nous et vous rendre notre redevable par vos promesses.

CIIAIMTIIE X.

Que te désciùUnl pni à pru de la dorlrirM' det MabicMeM , Il en rdcaait encun n^moiM biwieoup d’erreura,

• Vous me retirâtes donc, mon Dieu, de cette grande maladie, et vous sauv.ûtes le fils de votre servante, afin que me rendant la santé de ce corps fragile, je pus.se recevoir un jour, en une manière sans comparaison plus cxceltente, la guérison de mon àme. Je voyais alors souvent dans Rome ceux que les Manichéens appellent saints, que ces héréti(|ues ont trompés malheureusement, et qui ensuite trompent les autres. Et je ne vivais pas seulement avec ceux qui sont au rang des disciples parmi eux , du nombre desquels était celui chez qui j'avais été malade et j'avais recouvré ma santé , mais encore avec ceux à qui ils donnent te nom d'Élus.

Je croyais encore que ce n'est pas nous qui péchons, mais que c'est une certaine nature étrangère qui pèche en nous. Comme j'étais superbe, je prenais plaisir à croire que je n'étais jamais coupable ; et lorsque j'avais fiiit quelque mal , je ne voulais poiut reconnaître que je vous eusse offensé , et vous supplier de guérir mon âme ; mais j'étais bien aise de me justifier et de rejeter ma faute sur je ne sais quel principe qui était distingtié de moi, quoiqu'il fût en moi. Cependant, mon Dieu , j’étais moi-mèq|j.' tout ce que je .sentais d.msmoi-mème me porter au mal ; c'était mon propre déréglement qui avait caus«' en n)oi cette division et cette révolte; et mon (véché était d’autant plus incurable que je ne croyais |ioint être pécheur. Ainsi,

COi\FF.SSIO>S DE SAINT AUGUSTIN. — LIVRE \.

mon orgueil me portait i cette injustice détestable d'aimer mieux que ce fût vous, û mon Dieu tout-puissant, qui fussiez surmonté en moi, selon cette erreur où j'étais alors, que mon àme qui se laissait vaincre par le péché était en partie de vuus-méme, que non pas moi qui fût surmonté par vous en soumettant ma volonté corrompue à la puissance de votre (p^ce , quoique l'un fût la cause de ma perte, et que l'autre dût être la cause de mon salut.

Mon Dieu , vous n'aviez pas mis encore une sentinelle à ma bouche , selon la parole de votre prophète, et une porte de circonsptTtion û nies lèvres , afin que mon cteur ne s'enqiortât point en des paroles malicieuses pour cbcrclirr des excuses dans ses péchés, conitne font les liommes iqjustes et criminels ', et c'est pourquoi je vivais avec leurs élus. Mais coinmc je n'avais plus d'es- )>érancc de pouvoir, daus celle fausse doctrine , acquérir la connaissance de la vérité , je commençais de jour en jour à avoir plus de fioidrur et d'iudifléreuce jiour elle, quoique je fusse résolu de m'en contenter jusqu’û ce que j'eusse trouvé quelque chose de plus certain et de plus sulnle. Il me vint aussi eu l'esprit que ces philosophes que l'un nomme Académiciens avaient été plus sages et plus prudens que les autres , lorsqu'ils ont soutenu que l'on doit douter de tout, et que l'homme est incapable de comprendre aucune vérité. Car je pensais , comme on le croit d'ordinaire , que ce fût lû leur upiiiiun , ne concevant pas bien alors quelle avait été sur ce point leur intention véritable.

Étant dans ces sentimens , je ne fis point de difficiiilé de témoigner A celui chez qui je logeais qu'il avait trop bonne opinion des Manichéens, et qu'il ajoutait trop de fiii i tant de fables dont leurs livres sont remplis. Il est vrai ipic je vivais avec eux dans une plus grande fàmiliarité qu'avec les autres qui n'étaient pas infectés (le celle hérésie : mais je n’avais plus cette ardeur et cette animosité à la défendre i|uc j'avais témoignée autrefois , quoique l’amitié qui me liait avec ces hi'rétiques, qui sont A Rome en assez grand nombre et (|ui s'y liciiiient cachés, m’ciupécliAt de me mettre fort en (veine de chercher i[uelque chose de plus assuré .(lie je pus.se suivre ; ce qui me retenait d'autant (lins, ((u'après tes fausses impressions qu'ils tn',ivairnl données, je dés<<s[iérais entièrement

de pouvoir trouver la vérité dans votre Église , ô Dieu éternel , maître souverain du ciel et de la terre, créateur de toutes les choses visibles et invisibles.

Il me semblait qu'il était honteux pour vous de croire que vous eussiez une figure humaine semblable A la nôtre , et que vous fussiez composé de membres et de parties qui eussent les mêmes traits et les mêmes linéamens qu’a notre corps , et qui fussent renfermés dans une aus.si petite circonférence. Mais la principale chose et presque la seule qui m’entretenait dans l'erreur et me mettait dans ime impossibilité réelle d’en sortir, était que, lorsque je me voulais former une idée de Dieu , je me représentais toujours quelque chose de cor[iorel et de sensible, m'imaginant que ce qui n’avait point de corps n'avait point d'être. Cest ce qui me portait à croire qu’il y avait une certaine substance du mal qui était aus.si corporelle, et qui avait unefitrme hideuse et épai.s.se A laquelle ils donnaient le nom de terre, et une autre (dus déliée et plus subtile, telle que peut être le corps de l'air, laquelle ils imaginaient être le mauvais esprit qui était ré pandit sur cette terre. Et parce que celte élin- (*lle de piété que je pouvais avoir en moi me fiireait de croire que Dieu , étant bon comme il est , ne pouvait avoir créé aucune nature qui fût mauvaise, j'établissais deux masses contraires et opposées, et toutes deux infinies, ((iioiquc celle (lu mal le fût moins, et i(ue celle du bien le fût davantage.

De ce principe sortaient toutes mes antres erreurs , comme des niisseaux corrompus d'une source empoisonnée. Car lorsque je voulais recourir A la fui de votre Église, mon esprit eu était fhip()é aussitôt , parce que mon imagination me la représentait tout autre qu'elle n'était I en effet. Et il me sembbit, mon Dieu, qui m'avez fait une miséricorde que je ne saurais jamais assez reconnsllrc; il me semblait, dis-je, que je témoignerais plus de piété envers vous, vous croyant infini de toutes parts, quoique je fusse contraint d'avouer que du côté où le principe du mal s'oppose A vous, vous étiez fini, que non (tas de croire que vous fu.ssiez borné et renfermé de tous côtés dans la circonférence si petite d'un corps humain , qui était l'opinion chimérique que les Maniebérns faisaient (lasser pour la foi rie votre Église.

COAFESSIONS DE SALVF AUGUSTIN. — UVRE V.

U me semblait qu’il valait mieux croire que vous n'aviez point créé le mal , lequel je me persuadais tire non-seulement une substance , mais une substance corporelle, ne pouvant pas me figurer que l’esprit même Fût autre chose qu’un corps subtil qui occupait quelque pbce et quelque lieu , que de vous croire l'auteur de la nature du mal telle que je me la représentais. Je pensais de même que votre Fils unique, Jésus- Christ notre Sauveur, était sorti pour notre salut de cette étendue brillante et lumineuse de votre grandeur, ne pouvant eroire de lui autre chose que ee que ma iolle imagination me représentait. Ensuite de quoi je eoncluais, qu’étant <le cette nature il ne pouvait pas naître de la Vierge sans être mélé avec la chair; et qu’il ne pouvait pas s'y mêler sans en recevoir quelque tache dans sa souveraine pureté. Ainsi j’appréhendais de reconiultre qu'il fût né avec un corps, de peur d’étre contraint d'avouer qu'il eût été souillé en quelque sorte par cette alliance avec le corps. Je ne doute point que les personnes plus spirituelles et plus éclairées de votre Église, étant touchées d'amour et de charité pour moi, ne sérient doucement de ces imaginations si extravagantes, lorsqu'elles les verront représentées dans ce livre. Mais néanmoins j’étais tel alors.

CIIAPITIIE XI.

RkMcutc n.'pooM' <W MsnU't>L«iu auT païUKCi du NouTeau- I Teatamcsl qu'on leur oppoMàl. '

Je croyais de plus, qu’il était impossible aux catholiques de déFendre les passages de l’Écriture que les Manichéens cuinbatlairnl. Il est vrai néanmoins que je souhaitais quelquefois de conFérer, sur chacun des points dont il s’agéssait , avec quelque homme très savant dans l'inlelligence de ces saints livres. Car ayant as.sisté à Carthage û une conférence qu’eut avec les Manichéens un nommé Helpide, qui disputait contre eux et les combattait de vive voix , je fbs touché de lui avoir vu proposer quelques passages de l’Écriture qui me semblaient extrêmement forts , et auxquels je ne voyais pas que ces bérétiquespussent bien répondre. Aussi euxmêmes avaient peine d'avancer en public la priocipalc réjKvnse qu'ils y donnaient , laquelle ils nous disaient à nous autres en particulier, qui est : que les Écritures du Nouveau-Testament i

avaient été fidsifiées par quelques pentHines qui voulaient mêler la loi des JuiFs avec la foi de l'Église; quoique cependant Us ue pussent euxmêmes produire aucun exemplaire plus correct qui servit de preuve 1 cette Falsification prétendue. Mais ce qui me perdait priitcipalemênt , mon Dieu, est que mon esprit était tellemeut rempli de ces images corporcUcs cl matérielles, qui me revenaient sans cesse dans la pensée, qu'en étant accablé et comme étouffé en quelque aorte, il ne pouvait, quelque effort qu'U fit, respirer cet air si pur et si calme de votre éternelle vérité.

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