‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 81 sur 684 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

fbiQte Monique k t« Irourcr à Milaa ; rt ayant n de kn qu‘il n'élail ploi Manichéen , l'atMire qu'ii aérait btcniôl catbo* lique.

Mon Dieu , en qui j'avais mis mon espérance dés ma plus tendre jeunesse, oû étiez-vous alors, et en quel lieu vous étiez-vous retiré pour voua éloigner de moi? N'est-ce pas vous qui m'aviez formé et donné une nature différente de celle desanimaux de la terre , et des oiseaux qui volent d<xns l'air? Ne lu'aviez-vous pas départi plus de connais.sance et plus de lumière qu'A CCS créatures? Et cependant je marchais dans des ténèbres rt dans des chemins glissans. Je vous cherchais liors de moi , et n'avais garde de vous trouver, puisque vous êtes le Dieu de mon cmir. J'étais tombé dans le profond de l'abline ; et non-seulement j'étais dans la défiance, niais même dans le désespoir de (louvoir rencontrer la vérité.

Ma mire , dont la piété généreuse ne trouvait rien de difficile, m'ayant suivi par nier cl par terre, était arrivré A Milan. La confiance qu'elle avait en vous, lui faisait mépriser les plus grands périls, et dans le danger défaire naufrage, elle consolait même les matelots, qui consolent d’ordinaire ceux qui n’étant pas accoutumés A la navigation, sont agités de trouble et de crainte lorsqu’ils voient une tempête; et eHe leur assurait qu'ils arriveraient A bon port , parce que vous le lui aviez promis dans une vision qu'elle avait eue. Elle me truiiva encore en très grand péril , dans le désespoir où j’élais de (louvoir connaître la vérité. Et lorsque je lui déclarai que jcn'clais plus Manichéen, mais ipifjen’èlaw,

CONFESSIONS DE SAINT ALCLSTIN. — IJVKE VI.

pas encore ciirélien catholique, die ne s'emporta point de joie, quoique cette diiclaration la mit hors de peine en ce qui regardait le premier point de nu misère, qui avait tiré tant de larmes de scs yeux , et l’avait obligée si longtemps à me pleurer comme mort , mais comme un mort que vous deviei ressusciter , et qu'elle portait continuellement dans le fond de sa pensée, ainsi que dans un cercueil, afin que touché de compassion , vous dissiez au dis de cette veuve : • Jeune homme, levez-vous; je vons le commande;! et qu'ainsi il ressuscitât, il recouvrât la parole , et que vous le rendissiez â sa mère.

Son cœiu', comme je viens de dire, ne tressaillit point d'une joie immodérée lorsqu'elle apprit que vous aviez déjà lait en moi une si grande partie de ce qu'elle vous demandait tous les jours avec tant de larmes qu'il vous plut d’y faire, et que j'avais quitté l'erreur, quoique je ne fusse pas encore entré dans la vérité. Au contraire , parce qu'elle savait avec certitude que vous ne manqueriez pas d'accomplir la dernière partie qui restait de cet ouvrage , d'autant que vous lui aviez promis de l'achever tout entier, elle me répondit avec un esprit tranquille etqticin d’une extrême confiance, qu’elle s'assurait en Jésus-Christ qu'avant qu'elle partit de re monde, il lui ferait la grâce de me voir un bon catholique.

\'oilâ ce qu'elle médit. Mais en même temps, elle redoublait scs larmes et scs prières vers vous, mon Dieu, qui êtes la source des miséricordes, afin qu'il vous plût d'avancer votre secours, et d’illuminer bientôt mes ténèbres. Elle allait â l'église avec plus de soin et de ferveur que jamais. Elle était ravie d'entendre votre scrvheor Ambroise, et de boire â cette fontaine de vérités évangéliques, dont les claires eaux rejaillissaient jusqu'à la vie étemelle. Elle aimait et révérait ce saint prélat ainsi qu'un ange de Dieu, parce qu'elle savait que c'était lui qui m'avait réduit dans le doute où j'étais alors , lequel elle regardait comme une crise, qui, après m'avoir mis en quelque sorte plus en danger, me devait faire passer dans une santé parfaite.

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CilAPITRE II.

ikNiimc ujiilc Monique «errndil h rordrede*«tn( Aitthroitc» de ne poini apporter de viande* aav lorabraut de* nurtyr*.

Ma mère , selon la coutume de l'Afrique, ayant apporté du pain , du vin , et quelques viandes aux chapelles des martyrs, et le portier de l'églisi" lui ayant dit qu'il ne )K)uvait lui permettre de présenter cette offrande , â cause que l’évéque l'avait défondu , elle reçut cet ordre avec tant de respect et d'obéissance, que je ne pus voir sans admiration qu'elle fût sificilcmrnt résolue â condamner plutôt la coutume qu elle suivait auparavant , qu'â examiner pourquoi un ne lui permettait pas de la suivre. Aussi rinleuq)érance ne pouvait rien sur son esprit;et l'amourdu vin ne la portait pas à la haine de la vérité, comme il arrive â beaucoupd'autresde l'un et de l'autre sexe , qui étant ivrognes , n'ont pas moins de dégoût des exhortations qu'on leur lait touchant la sobriété, que du vin qui est mêlé avec beaucoup d'eau. Lorsqu’elle apportait à l'église son petit panier plein des viandes qu'elle devait offrir â riionnrur des saints inartvTS pour eu goûter et donner le reste aux pauvres , clic ne réservait pour elle que fort peu de vin bien trempé , afin d’en user très sobrement ; et s’il arrivait qu'elle voulût honorer de cette sorte plusieurs martyrs , elle ne portait partout que la même chose. Et ainsi le vin qu'elle buvait n'était pas seulement fort trempé , mais aussi fort chaud, et elle en donnait â goûter à ceux qui l'accompagnaient en cette dévotion , parce qu’en ces exercices religieux elle ne chrrcliait qu'à satisfoire â sa piété, et non pas â son plaisir.

Ainsi lorsqu’elle eut appris que, selon l'ordre de ce saint évêque et de cet illustre prédicateur de votre parole, cette coutume ne se devait plus pratiquer par les personnes mêmes qui l'observaient avec plus de sobriété , afin de ne point donner sujet d'en abuser â ceux qui étaient plongés dans l'intempérance, et parce qu’elle avait trop de rapport à la superstition des païens dans les funérailles de leurs parens et de leurs amis, elle s’en départit volontiers : et au lieu d’un panier plein de fruits terrestres, elle apprit â apporter sur les tombeaux des roartjTS un cœur pleiu de voeux purs et religieux ; et , se réservant de faire ailleurs ses aumônes aux pauvres selon son pouvoir, elle se contentait de participer dans

CO.XFESSlOiNS DE SALVT ALCLSTIiN. — UVRE VI.

l’ÉgUie au corpa aao<! d« Jisus-Christ , dans la célébration des divins mystères , puisque ('a été par rimitation du sacridce de ce même corps en la croix, que lesmartyTsont été immolés et couronnés.

n me semble toutefois, mon Dieu, et c'est le sentiment de mon cœur en votre présence , qne ma mire eût eu ftrande peine i quitter cette coutume , si elle lui eût été défendue par un autre, qu'elle n'eût pas tant honoré et aimé qu’Ambroise qu'elle aifectionnait principalement par l’espérance que vous vous en serviriez pour me sauver ; et lui , de sa part , l'aimait si fort à cause de sa piété exemplaire, qui la rendait très fervente dans l’exercice des bonnes œuvres, et très assidue à l'église, qne lorsqu'il me voyait, il ne pouvait s'empédier de la louer, et de se réjouir souvent aveemoi de ce qne j’avais une telle mère. Mais, bêlas! il ne savait pas quel flis elle avait en moi, qui doutais encore de toutes les vérités de la religion catholique , et ne croyais pas qu’on pût trouver le chemm de la véritable vie.

ClIAPITHE III.

Oœ In œeuiiflüMt et In éladn de saint Ambrolw l'enpi^ cbaieal de l’eatreteoir aulaol qu'ü ettü bien roula.

•le ne soupirais point encore par des prières rnHamméesallnde vous appeler à mon secours: mais mon esprit était seulement attentif i chercher la vérité , et ardent i discourir et à raisonner. Je n'avais pas même d’autre pensée touchant votre serviteur Ambroise, sinon qne je le regardais comme un homme heureux selon le monde, le voyant si fort honoré des pins grandes puissances de la terre; et il n’y avait que sim célibat qui me semblait difücile il supporter. Je ne poovais m’imaginer, comme ne l'ayant jamais éprouvé, quels étaient ses combats l'ontre les attaques de la vanité , quelles étaient ses espérances, quelles étaient ses consolations dont vous le favorisiez dans les événemens les plus ficheux, et quelles étaient ses joies lorsque son cœur se nourrissait du pain si délicieux de vos Ecritures saintes. Il ne savait pas aussi de son cùté quelles étaient les agitations de mon esprit, et le précipice où j’étais près de tomber ; car je ne pouvais m’éclaircir de mes doutes avec lui comme je l’eusse bien désiré, la grande multitude des personnes qui avaient affaire .t lui, et

qu’il aasistait dans leurs beaoias,m’empédant de lui pouvoir parler à mon aise; et ce peu de temps durant lequel ils le laissaient libre ne loi donnant autre loisir que de réparer les forces de son corps par les soutiens nécessaires! la vie, et celles de son esprit par la lecture.

Lorsqu’il lisait , set yeux couraient les pages du livre, mais son esprit s’arrêtait pour en pénétrer l’intelligence, et sa langue et sa voix te reposaient. Etant souvent entré dans sa chambre , dont ta porte n’était jamais fermée ! personne , et où tout le monde entrait librement sans qu’on l’avertit de ceux qui venaient , je le trouvais lisant tout bas , et jamais d’une autre sorte. Après m’être assis et être demeuré dans un long silence,(car qui aurait osé le troubler le voyant si attentif?) je me retirais, parce qne je jugeais bien qne dorant ce peu de temps qn’O avait i lui pour reprendre une nouvelle vigueur ensuite d’un si grand rompement de tête qne les afbires d’autrui lui avaient causé, il ne désirait pas d'être diverti , et qu'il craignait possible qu’en lisant haut , ceux qui se trouveraient présens et l'écouteraient attentivemrnt , n'entrassent en quelques doutes s’il se rencontrait dans l’auteur qu’il lisait des passages qui fussent obscurs , et que lui ensuite ne se trouvût obligé de les expliquer; etqu’ainsi employant la plus grande partie de son temps en ces explications, il ne pût lire tout ce qu'il s'était proposé. Ou bien le désir de coaserver sa voix , qui s'enrouait fort aisément, lui était un juste sujet de lire tout has. Knün , quelque raison qui le portât â en user de la sorte, elle ne pouvait être que bonne , puisqu'il était si snge et de si grande vertu.

Ainsi je n'avais aucun moyrn de m'éclaircir de ce que je désirais en consultant ce grand prélat, qui était comme votre saint oracle , si ce n’était quelque chose qui se pût expliquer en peu de mots. Mais les doutes et les inquiétudes qui m’agitaient , avaient besoin de rencontrer une personne qui eût assez de Inisir pour me donner le temps de 1rs lui déclarer en particulier, et de les répandre tous dans non sein, et je ne le tronvais jamais en cet étal . Je ne manquais jioint tous les dimanches d’aller entendre scs prédications, dans lesquelles il expliquait excellemment votre parole â son peuple : et elles me confirmaient tons les jours de plus en pins dans la

CO.NFESSIO.NS DE SAIM’

croyance qu’il n'était pas impossible de déméler tous les nieuds de ces artiflcieuses calomnies |)ar lesquelles ces trompeurs de Manichéens déchirent les divines Écritures du vieux Testament.

Mais lorsque j'eus aussi appris, qu'encorequc les plus spirituels d'entre vos enfans que vous avez, mon Dieu, engendrés dans votre grâre dans le sein de l'Église catholique, qui est leur mère, croient que vous avez formé l’homme à votre mage , ils ne croient pas toutefois que vous soyez renforoié dans les limites d'une forme humaine et d'un corpshnmain : quoique je ne pusse avoir encore aucune idée, non pas même grossière et imparfoile, d'une nature purement .spirituelle, je ne lais.sai pas néanmoins de ressentir une joie mêlée de honte, de ce qu'ayant été durant tant d'années si téméraire et si impie, que de blâmer par mes discours des choses dont je devais m'enquérir pour m'en instruire, ce n'était pas contre la jgpligion catholique que j'ahoyais, mais contre ■' les chimères de mes imaginations iànlastiqnes. Car, 6 mou Dieu , qui pour être élevé au-dessus de toutes choses, n’en êtes pas moins proche de nous, et qui pour être si caché à nos yeux n’en êtes pas moins présent à vos créatures, comme vous n’étes point composé de parties dont les unes soient plus grandes ou plus petites que les antres, mais qu'étant tout entier en chaque lien vous n'êtes néanmoins en aucun lieu, vous n'avez aussi nullement celte forme corporelle que je m'imaginais alors, quoique l'homme que vous avez créé à votre image soit compris entièrement dans un espace limité de toutes parts.

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