‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 85 sur 684 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Alipe M UImc cmporler A Ii pauioo pour lc« «pedieies tk« gladialcurt, qu'il abhorrait auparavaoL

Son père et sa mère étant des personnes tout attachées au siècle et à la terre, l’avaient toujours porté à s'avancer dans le monde. Et comme leurs paroles avaient fait impression sur son esprit, il était allé à Rome pour y apprendre le droit. Demeurant en cette ville, il devint passionné pour les combats de gladiateurs , et sa passion u'était pas moins extraordinaire dans ta cause et son origine , que violente dans son excès. Car lorsqu'il en était le plus éloigné , et qu'il eu avait le plus d’horreur, quelques-uns de ses compagnons et de ses amis l'ayant rencontré par hasard aussitôt après diuer, l'entralnèreut conune en se jouant de lui , quelque résistance qu’il leur pùt foire, et le menèrent à l'amphithéâtre au temps de cesjcux funestes, quoiqu'il leur criât : • Si vous avez assez de force pour entraîner mon corps en ce lieu , en aurez-vous assez pour rendre malgré moi mes yeux et mon esprit attentifs à la cruauté de ces spectacles? J'y assisterai doue sans y être et sans y rien voir, et ainsi je triompherai d'eux et de vous. » Ils ne laissèrent pas néanmoins de l'emmener avec eux, voulant peut-être éprouver s’il aurait assez de pouvoir sur loi pour foire ce qu’il disait.

Lorsqu'ils furent arrivés en ce lieu , et qn'ils se furent placés le mieux qu'ils purent, ils trouvèrent tout l'amphithéâtre dans l'ardeur de ces plaisirs cruels et abominables. Alipe ferma les yeux aussitôt , et défendit à son âme de prendre part à une si horrible fureur : et plût à Dieu qu’il eût encore bouelié scs oreilles! Car les scu' tant frapper avec violence par un grand cri que tu tout le peuple dans un accident extraordinaire qui arriva en ces combats, il se laissa em- |)orter à la curiosité; et, s’imaginant qu'il serait totijtmrs au-dessus de tout ce qu'il pourrait voir.

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et qu'il le mépriserait après l'avoir ru , il ouvrit les yeux , et fut frappé aussitôt d'une plus (p^nde plaie de l'ème , que le gladiateur ne l’avait été dans le corps. Il tomba plus malheureusement que celui qui par sa chute avait eicité cette clameur, laquelle étant entrée dans son oreille, avait en même temps ouvert scs yeux pour lui ^re recevoir le coup mortel qui le perça jusque dans le oieur; car la fermeté qu'il avait témoi- ^ée était plutôt uik audace qu'une véritable fbrcc, parce qu'elle était présomptueuse; et qu'an lieu de s'appuyer sur vous, mon Dieu, qui rendez forts les plus faibles, il ne s'appuyait que sur lui-méme, qui n'était que fragilité et que faiblesse. Il n'eut pas plus tôt vu couler ce sang qu'il devint cruel et sanguinaire; il ne détourna point ses yeux de ces spectacles, mais il s'y arrêta au contraire avec ardeur; cette barbarie pénétra jusque dans le fond de son ame, et se saisit d'elle sans qu'il s'en aperçût : il goûta cette foreur avec avidité comme un breuvage délicieux ; et il se trouva en un moment tout transporté , et comme eni>Té d'un plaisir si sanglant et si inhumain. Ce n'était plus ce même homme qui venait d'arriver, mais l'un de la troupe du peuple, et le compagnon véritable, tant d'esprit que de corps , de ceux qui l'avaient amené. Que dirai-je davantage? Il devint spectateur comme les autres; il jeta des cris comme 1rs autres; il s’anima de chaleur comme les autres, et il remporta de ce lieu une passion d'y retourner, encore plus violente que celle de tous les autres , n'y retournant pas seulement avec ceux qui l'y avaient entraîné la première fois , mais y entraînant lui -même tous ceux qu'il pouvait. Vous l’avez tiré néanmoins de cet abîme , mon Dicn , quoique ce ne fût que long-temps après , par une miséricorde et une puissance également infinie, lui apprenant à n’espérer plus que de votre grâce ce qu’il avait espéré en vain de ses propres forces.

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