LES CERISES
Air : Ça n devait pas finir par là.
Or, il ne faut pas qu*un tendron Risque ce que risque un garçon.
Vous connaissez la jeune Lise :
Son péché, c'est la gourmandise.
Fillette qui commence ainsi Aura les autres. Dieu merci I
Ah I bon Dieu I malpeste l
J'ai peur d'être leste :
Mais il ne faut pas qu'un tendron Risque ce que risque un garçon.
C'était le temps où les cerises.
Rougissant, deviennent exquises ; Où fille en prend deux à la fois Et les fait rouler sous ses doigts ;
Ah I bon Dieu I malpeste I etc.
Lise, en vois-tu sur ce feuillage ?
L'arbre est bien haut ; c'est grand dommage 1 Y grimper comme un polisson...
Surtout quandi on n'a qu'un jupon I Ah I bon Dieu l etc.
La gourmande, ingambe et légère, D'un saut est à dix pieds de terre.
Sur Tarbre déjà la voilà, Jambe d'ici, jambe de là.
Ah ! bon Dieu I etc.
Or, survient une giboulée.
Après tout, être un peu mouillée Ne retient pas fille à quinze ans Sur ce qui peut flatter ses sens ; Ah I bon Dieu 1 etc.
Lucas revenait au village ; Pour laisser passer le nuage, En sifflant son air favori.
Sous Lise il se met à l'abri.
Ah I bon Dieu 1 etc.
Qui tremble là-haut ? c'est la belle, Si fort, qu'élevant la prunelle, Lucas voit... quoi ?... mais si... mais non, Mordi I ce n'est pas un garçon.
Ah ! bon Dieu I etc.
N'attendez pas que je vous dise Dans l'arbre ce que devint Lise, Comment se comporta Lucas, S'il grimpa, s'il ne grimpa pas.
Grâce à Dieu, j'en reste
Au refrain modeste
Qu'il ne faut jamais qu'un tendron Risque ce que risque un garçon.
Barré (1),
(1) Pierre-Yves Barré, né à Paris en 1749 ou 1750 — d'aucuns disent en 1755 — mort en 1832. Il fut d'abord avocat au parlement de Paris, puis greffier à celui de Pau. Mais, neveu de Laujon, le théâtre l'attirait et il se mit, après 1789, à composer des vaudevilles. En 1792, avec Plis. Desfontaines, Radet et quelques autres, il fonda le théâtre du Vaudeville de la rue de Chartres, dont il conserva la direction jusqu'en 1815.
UNE FIN (1) Air : Ne v'ia-t-il pas que faime.
Il me fallait faire une fin
Comme tout bon apôtre :
Je suis devenu chapelain ;
Ce poste en vaut un autre.
Iris m'offrait à desservir
Sa gentille chapelle ; Je n'ai jamais su qu'obéir
Aux ordres d'une belle.
Elle est au fond d'un bois couvert,
Gardé par le mystère ; Son sanctuaire n'est ouvert
Qu'à mon seul ministère.
Un double autel de marbre blanc
Est die sa dépendance ; Mais ce bénéfice important
Oblige à résidence.
Sans vicaire, de jour, de nuit, Suivant les premiers rites,
Je fais office à petit bruit, Avec deux acolytes.
(1) «' 20 octobre 1777. — Voici une des chansons recueillies pour amuser M. le comte de Maurepas et qu'on cbante à ses soupers, qui ne sont rien moins qu'austères, comme l'on en va Juger. Cette pièce est de M. Maréchal. » (Bachaumont, Mémoires, X.)
Quoi qu'en puissent dire les gens, Même aux fêtes de Vierge,
Dans ma chapelle, en tous les temps, Je n'allume qu'un cierge.
Gros prieurs et brillants prélats Tout engraissés d'offrande, Ma foi, je ne troquerais pas Avec vous de prébende.
Maréchal (1),
(i) Pierre-Sylvain Maréchal, né à Paris le 15 août 1750, mort à Montrouge le 18 janvier 1803. Avocat au Parlement, un défaut de prononciation lui fit abandonner tout de suite le barreau pour la littérature. Sous-bibliothécaire au collège Mazarin, il perdit sa place pour avoir publié, en 1784, le Livre échappé au Déluge, parodie assez indécente du style des prophètes. C'est alors qu'il imagina, en 1788, VAlmanach des honnêtes gens, calendrier où les noms des saints étaient remplacés par ceux des hommes et des femmes les plus célèbres : le nom de Jésus s'y trouvait inscrit entre ceux d'Epicure et de Ninon. Cette excentricité lui valut d'être emprisonné à Saint-Lazare. Il prit une part active à l'établissement du culte de la déesse Raison, joua un rôle important dans la conspiration de Babeuf, fit partie du Directoire secret et fut chargé de rédiger le célèbre Manifeste des égaux qui en était le programme. Son nom n'ayant pas été prononcé au procès de Vendôme, il ne fut pas inquiété, vécut dès lors très retiré et ne retint plus l'attention que par la publication, en 1800, de son Dictionnaire des athées (parmi lesquels il rangeait saint Jean- Chrysostome, saint Augustin, Pascal, Bossuet) et, en 1801, du Projet de loi portant défense d'apprendre à lire aux femmes, qui provoqua une spirituelle réponse de son amie Mme Gacon-Dufour.