PIS QUE DEVANT
Mon mari m'a diffamée Pour l'amour de mon ami.
De la longue demeurée Que j'ai faite avecque lui.
Hé 1 mon ami, En dépit de mon mari Qui me va toujours battant.
Je ferai pis que devant.
Aucunes gens m'ont blâmée.
Disant que j'ai fait ami ; La chose très fort m'agrée, Mon très gracieux souci.
(1) Le quinzième et le seizième siècles sont riches en chansons de toutes sortes, surtout en chansons politiques et en chansons d'amour. La plupart sont anonymes. Il en existe de nombreux recueils dont un des plus curieux et des plus riches est le Recueil de plusieurs belles chansons nouvelles et modernes (Lyon, 1593).
Hé I mon ami, En dépit de mon mari Qui ne vaut pas un grand blanc (1), Je ferai pis que devant.
Quand je suis la nuit couchée Entre les bras de mon ami, Je deviens presque pâmée Du plaisir que prends en lui.
Hé I mon ami, Plût à Dieu que mon mari Je ne visse de trente ans I Nous nous donn'rions du bon temps.
Si je perds ma renommée Pour l'amour die mon ami, Point n'en dois être blâmée, Car il est coint (2) et joli.
Hé ! mon ami.
Je n'ai bon jour ni diemi Avec ce mari méchant ; Je ferai pis que devant.
(1) Cette monnaie de billon, qui valait environ douze deniers sous François I", fut remplacée par le « douzain ».
(2) Gentil.