CHAPITRE LX
Comment réTèqae de Paria trépaaaa ; dea mariagri du dnc de Brabant i la nièce du roi de Boliime ; de la fille du aeignrur d'JUbret i l'alné flia de Montagn; ei du roi de Chypre i Charlotte, fille du duc de Bourbon.
Sachez qu'en ces jours messire Jean d'Orgemont, èvêque de Paris, trépassa en la maison épiscopale, en la fin du mois de juin -, en la quelle évêché succéda Simon de Montagu, évêque de Poitiers et chancelier du duc de Berri, frère du grand- maîlre-d'hôtel du roi et de l'archevêque de Sens; et fut reçu après honorablement en l'église cathédrale de Notre- Dame de Paris, le vingt-deuxième Jour de septembre ensuivant. Et étoient présents Charles, roi de France, les ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon, le roi de Navarre et plusieurs autres princes, prélats et autres gens sans nombre. Et fit la fête A l'aide du dif
LiVR£ PREMIER.
maltre-d^lel, son frère, si abondamment et pompeusement , qu'il n'étoit mémoire par avant que les fttes et mangers faits en temps passé fussent pareils à cestuy, tant en vaisselles d'or et d'argent, en diversités et quantités de mets, de viandes et de boire, que chacun en étoit émerveillé. Pour lequel état grand' pai^ tie de princes là étant notèrent grandement le dit maltre^'bôtel, qui, à son plaisir, gouvernoit les bes<^es du roi, et relevèrent pour ce en soupçon de mal.
Le seizième jour de juillet ensuivant la mort du dessus dit d'Orgemont, évèque de Paris, le doc Antoine de Brabant épousa h Bruxelles, en Brabant, la nièce du roi de Bohème, à laquelle appartenoit la duché de Luxembourg par la succession de son père * : lequel traité du dit mariage fut fait par le pourchas de l'évèque de Gh&lons et de messire Régnier Pot. Et étoient venus avec icelle dame aucuns chevaliers et écuyers, dames et damoiselles de ndl>le état qui lui avoient été baillés de par ledit roi de Bohème son oncle. Si furent & la solennité des dites noces faire les deux frères du dit duc de Brabant, c'est à savoir le duc de Bourgogne et le comte de Nevers, et leur sceur, femme au duc Guillaume, comte de Hainaut ; le comte de Gharolois et la comtesse de Qèves, enfants du dit duc de Bourgogne ; le marquis du Pont , Jean son frère et leur sœur, comtesse de Saint-Pol, tous trois enfants du dit duc de Bar ; les comtes de Namur et de Conversan et leurs femmes, avec plusieurs autres dames et grands seigneurs ; et mèmement y fut le comte de Clermont, fils au duc do BourilMm, lequel jouta et fut servi du duc de Bourgogne et du comte de Nevers. Le duc porta reçu et le comte la lance, dont plusieurs là étant s'émerveillèrent pour la haine que nagntee avoit entre eux pour la mort du duc d'Orléans trépassé; néanmoins ils furent là tous ensemble en grand' concorde et amour ran avec l'autre. Et fut cette fête très plantu-
' Antoine, tecond fils de Philippe-le-Hardi et flrire de JetB-ttiu-Pear, devint due de Brabant et de Limkonrg, Durqnia d'Anvers et comte de Retbel A la mort de M mère. Il épotua en premièrea noce* Jeanne, flile «niqae de Waleran III de Loxemboarg, comte de Saint- Pol; et en lecondet noces, le 6 Juillet 1409, Ellsabelb, file iniiqae de Jean de Loxemboarg, dac de Getlitx et nurqnlt de Brandebourg.
reuse et abondamment servie de tous biens ; après laquelle flnée, les seigneurs dessus dits se retrahirent en divers lieux.
Le pénultième jour du dit mois de juillet, fuirent faites très solennellement les noces de Ut fllledu seigneur d'Albret, connétable de France, et de l'atné fils de Montagu, grand-mattred'hôtel du roi ; auxquelles noces furent présents la reine de France et plusieurs autres grands seigneurs; et furent tous les dépens soutenus et payés de par le roi, dont en continuant, le dit Montagu encourut en grand' indignation et envie de plusieurs princes du sang royal.
Et en ces mêmes jours furent rompues les trêves d'entre les rois de France et d'Angleterre par mer tant seulement , et si s'émeut très forte guerre, dont plusieurs marchands des dits royaumes soutinrent fdusieurs dommages.
Le second jour d'août ensuivant, Jean de Lth signan, roi de Chypre *, épousa, par procuration, Charlotte de Bourbon, sœur germaine du comte de La Marche ; auxquelles noCes, qui furent faites dedans le chfttel de Melun >, étoient la dessus dite reine de France, le duc d'Aquitaine et autres ses enfants , le roi de Navarre , les ducs de Berri et de Bouriton, les comtes de La Marche et de Clermont, Louis de Bavière, frère de la dite reine, avecque plusieurs dames et damoiselles qui tous ensemble firent l'uo avecque l'autre de très joyeux ébattements, tant en joutes et danses, comme en solennités, boires et mangers, et autres consolations. Si étoit la dite Charlotte, reine de Chypre, une très belle dame, bien ornée et conditionnée de toutes nobles et gracieuses mœiurs ; laquelle , après qu'icelle fête fut finie, s'en alla IwBorablement accompagnée d'auctus grands seigneurs et notables dames que lui bailla son frère du paj s de France, avec aucuns que lui avoit baillés et* envoyés le dit roi de Qiypre, pour la conduire et mener jusqu'au dit royaume de Chypre. Et arriva premier au port de Chermes 3, et la vint quérir le roi son mari ,
* Jean II, flis de Jacqaes l-, éponsa Cbarlotte de Bourbon, fille de Jean de Bourbon, comte de La Marche.
* Ce mariage te fit le 9 août l409.
* Je iroUT* dans ta ^éograpliie grecque d« Kcl«liu«,
CHRONIQUES D'EINGUERRAND DE MONSTRELET
qui de sa venue fut moult r^oui ; et la mena, avec la plus grand' noblesse ;de son royaume, en la cité de Nicosie*, où derechef il fit faire une très noble fête, selon la coutume du pays. El puis se conduisirent et gouvernèrent l'un avecque l'autre par grand' espace de temps très honorablement; et issit d'eux génération^, dont et desquels il sera ci-s^rës faite plus à plein déclaration.