‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 146 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

et fait tous les maux qu'ennemi capital pour- ' roit faire. Pour quoi nous te mandons et étroitement enjoignons, sur toutes les peines que tu peux encourir envers nous, que notre présente ordonnance et délibération , incontinent ces lettres vues, tu fasses publier et proclamer par tous lieux accoutumés, tant en la viUed'Aroiens comme ailleurs , es mettes de ton bailliage , tellement qu'aucun ne puisse prendre ignorance, en punissant en corps et en biens les devant dits et tous autres de leur partie que tu pourras prendre, qui leur ont donné et donneront conseil , confort et aide , comme ayant contre nous et notre seigneurie commis crime de lèse-majesté; et en ce faisant, que ce soit exemple à tous autres; en commandant sur les peines dessus déclarées ft tous nos vassaux , et généralement à tous ceux qui ont accoutumé de porter armes, qu'ils viennent devers nous le plus tôt qu'ils pourront; et en outre , en met^ tant et faisant mettre entièrement nos dites ordonnances et dèlibératiobs à exécution, et tant que n'ayons cause d'en être indignés contre toi.

» Donné à Paris, le quatorzième d'ooto^ bre l'an 1411, et de notre régne le trente»deuxième.

• Ainsi Hgné parle roi ft lare lation du granilooBseil. »

Lequel mandement fut publié en la ville d'Amiens , et partout ailleurs es lieux accoU'tumés, selon la forme et contenu d'iceiui , doiit moult de vassaux et d'autres féables du rot , tant des bonnes villes comme d'ailleurs , s'effereèrent d'aller servir le roi. Et d'autre part, en plusieurs et divers lieux , furent pris et aN Têtes très grand nombre de ceux qui tenoient le parti d'Orléans, dont aucuns furent exécutés, et les autres mis en cbarlre et rançonnés eomme ennemis du royaume.

Si étoit alors piteuse chose d'ouïr raconter les grièves persécutions qui chacun jour se faisoient entre iceUes parties, et par spécial environ la ville de Paris et le pays d'entour l'Ilede-^ranee. Et entre les autres choses qui ne sont pas à oublier, issirent un certain Jour de la ville de Paris bien trois mille combattants, tant de la garnison comme des Parisiens , qui g'en allèrent à Bicètre, en une moult belle maison, à deux lieues de Paris, appartenant au duc

de Berri , laquelle , de première venue , en la haine et contempt du dit duc, pillèrent et prirent ; et robèrent tous les biens qu'ils trouvèrent en icelle , et puis la détruisirent et démolirent très vilainement , excepté les murs. Et après, en faisant autres plusieurs maux à tout ce qu'ils avoient pris, vinrent encore abattre et détruire une autre maison sur la rivière de Seine, où icelui duc tenoit ses chevaux, et n'é>> toit pas loin de l'hôtel de Nesle , au-delà de Ut porte. Pour laquelle offense, quand elle fut vé^ nue à la connoissance du dit duc de fiefri , it fut fort épris de courroux, et dit haut et clair, devant plusieurs de ses gens, qu'une fois les dits Parisiens et ceux qui les soutenoient en fai-> sant ces maléfices lui amenderoient le dommage et déplaisir qu'ils lui avoient fait.

En outre, en poursuivant de mal en pis, pa( un autre Jour, le dit duc de Berri , le dit due d'Orléans et sesft-ères , le duc de Bourbon, leà comtes d'Alençon , le comte Bernard d'Armagnac et Charles, seigneur d'Albret , tous nommés par leurs propres noms et autres leur* adhérents, alliés et complices, de quelque état qu'ils ibssent, furent par les carrefours de Paris, à son de trompettes, de par le roi , bannis de son royaume à toujours , jusqu'à son rappel ; et non pas tant seulement bannis, mais, pat vertu d'une bulle d'heureuse et bonne recofdation, pape Urbain Y de ce nom , trouvée au trésor des registres des chartes des privilèges du roi , étant en la sainte Chapelle à Paris , fuirent iceux dessus dits , par toutes les églises d'icelle cité de Paris, avec cloches sonnants et chandelles allumées , excommuniés et publiquement anathématisés. Pour qUoi plusieurl tenant leur parti, quand ils surent la dite sentence ainsi jeté sur eux , fiirent grandement troublés et courroucés ; mais pourtant ne laissèrent pas à continuer de jour en Jour en leurs propos, et firent guerre mortelle plus âpre et diverse que par avant n'avoient fait.

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