‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 194 sur 761 · CHAPITRE CXVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXVn

OiMluiMnt Loui*. due de BaviAre, ■« mnit i Paris s et de ceux ^ui (Urent Unnie pour le diicord des ducs d'Orléans et de Brelagne ; et de plusieurs aulres nutiires ensuiranli,

En ces propres Jours, Louis, duc de Bavière, frère de la reine de France, épousa, en l'hôtel de Saint-Pol, la veuve de messire Pierre de Navarre, jadis comte de Mortaigne. Auxquelles noces en ce même jour le roi en personne jouta, et plusieurs autres de ses princes, et y fut faite très grand' fête. Et le lendemain, messire Robinet de MaiUy , messire Hélionde Jaqueville, les Le Goys, c'est à savoir le père et le fils, mattre Jean de Troyes, Denisot de Chaumont , Caboche et plusieurs antres dont dessus est faite mention, par procès fait en parlement contre eux, furent bannis & toujours du royaume de France. Et bref ensuivant, en allèrent les nouvelles au duc de Bourgogne, qui étoit à Saint-Omer, et là avoit assemblé les nobles du pays d'Artois pour avoir une taille, qui accordée lui fut, pareille & celle que le roi levoit annuellement, qui du dit bannissement ne fbt pas bien content, car avec loi étoient la plus grand' partie de ceux qui

avoient été bannis. Lesquels chacun Jour l'excitoient de retourner à puissance dedans Paris, disants qu'ils étoient tous acertenés que^ s'il y vouloit aller, les Parisiens seroient pour lui, et chasseraient ses adversaires hors. Néanmoins le duc n'avoit pas conseil de ses principaux conseillers d'y aller par telle manière.

Auquel temps s'émut dissension entre les ducs d'Orléans et de Bretagne, pour savoir lequel devoit aller devant en tons honneurs, tant que ce vint à la connoissance du roi, lequel Jugea pour le duc d'Orléans. Et pour ce se partit le duc de Bretagne par mal-talent; et devant son partement eut paroles avec son sorourge le duc d'AIençon, et lui dit le dit comte qu'il avoit au cœur un lion aussi grand qu'un enfant d'un an, dont icelut duc fut très malcontent, et par ainsi demeurèrent en haine l'un contre l'autre.

Esqueisjours, Le Borgne de La Heusefut du par le roi démis de la prévôté de Paris, et en son lieu y fut constitué mattre André Marchand, avocat en parlement, et Pierre Censon fut fait prévôt des marchands ; et adonc (Virent licenciés de l'hôtel du roi par le duc d'Aquitaine le grand-mattre-d'hôtel , c'est à savoir messire Guichard Dauphin , le seigneur de Rambures, mattre des arbalétriers de France, et messire Antoine de Craon ; et leur (Vit dit qu'ils ne retournassent pas si le roi ne les mandoit.

Et pareillement furent ehassés de Paris bien trois cents, que hommes que femmes, pource qu'ils étoient favorables au duc de Bourgogne. Et le comte de Vendôme fut fait grand-mattre des arbalétriers, et plusieurs autres furent restitués en leurs oi&ces.

Auquel temps les Bourguignons, environ seize cents chevaux, mandés par le duc de Bourgogne, vinrent par Champagne en Cambresis, et de là en Artois. Lequel duc étoit A Lille, avec lui le comte de Saint-Pol, qui se conseilla au dit duc, à savoir s'il rendroit l'épée de connétable ou non ; mais il lui conseilla qu'il ne la rendit pas, et que sur ce 11 lui aideroit, et cela lui promit sans faillir. Si envoya derechef le dit comte le vidame d'Amiens pour cette cause devers le roi et son conseil ; lequel fit en ces jours un nouvel édit, afin que nul, de quelque état qu'il fût, ne se mtt sus eh armes, dont la teneur s'ensuit :

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

» Charles, par la grâce de Dieu, roi de France, au bailli d'Amiens ou à son lieutenant, salut.

» Comme par la grâce divine eussions fait paix entre aucuns de notre sang et lignage, lesquels ont eu ensemble aucunes divisions ou discords, par lesquels nous avons voulu que tous les gens d'armes de trait soient mis hors de notre royaume, et que plus ne fussent sur le pays à vivre ni à faire dommage à nos pays et sujets, comme ils ont fait au temps passé, laquelle chose nous a moult déplu; savoir faisons que nous voulons notre/dite ordonnance et volonté tenir et garder, et obvier à ce qui pourroit être au contraire et à l'oppression de nous et de nos sujets, sur ce qu'ils puissent vivre sous nous en paix et tranquillité. El pour autres plus grandes causes et considérations, qui à ce nous meuvent, vous mandons et expressément commandons que vous fassiez proclamer et publier par tous les lieux de votre ■bailliage là où on a accoutumé de faire publications, et ailleurs où métier sera, à son de trompe, et ainsi qu'il appartiendra en tel cas Cire fait et accoutumé, afin qu'aucun chevalier, noble écuyer, de quelque état qu'il soit, ne se mette en armes ou voise à quelque mandement de quelque seigneur qu'il soit, pour aller ne faire guerre, ou autrement en quelque pays, ou s'efforce de mener, sur peine de forfaire corps et biens, sans notre exprés commandement ; et tous ceux que vous trouverez faisants au contraire, punissez ou faites punir tellement que ce soit exemple aux autres, en mettant réellement et de fait tous leurs biens meubles et héritages en notre main, pour cause d'avoir commis inobédience et déloyauté envers nous qui sommes leur souverain seigneur, sans autre mandement avoir de nous, et gardez que par vous n'y ait aucun défaut.

«Donné au bois de Yincennes, le vingtdeuxième jour d'octobre l'an de grâce mil quatre cent treize, et de notre régne le trentetroisième.

» Ainsi signées par le roi en son grand-conseil, où étoient le seigneur de Préaux, le comte de Tancarville, les seigneurs de Montenai et de CambriUac, Pierre de l'Éclut, et plusieurs autres. »

lequel édit fut publié i Amiens le douzième

jour de novembre ensuivant. Et le dimanche devant la fête de la Toussaint, le duc de Bourgogne tint grand' fête à Lille ; et le lundi et mardi joutèrent chevaliers et écuyers, c'est & savoir le dit duc son fils, comte de Charolois, le duc de Brabant et le comte de Nevers, ses frères. Après laquelle fête, et eux départis en peu de temps après la fêle de la Toussaint, vinrent à Lille les ambassadeurs du roi, c'est à savoir le seigneur de Dampierre, amiral de France, l'évéque d'Evreux et aucuns autres de par le roi, et lui commandèrent, par vertu de Jettres-royaux, que, sur peine de toute confiscation, ne fit aucun pacte ou convenance au roi d'Angleterre sur le mariage de sa fille, ni autrement en quelque manière; et qu'il rendtt au roi trois châteaux, lesquels il tenoit ou faisoit tenir par ses gens, c'est à savoir Cherbourg, Caen et le Crotoi, et qu'il tint la paix telle qu'il avoit autrefois sur sa foi promise et jurée loyaument au duc d'Orléans et à ses frères, adhérents, alliés, serviteurs et bienveillants; mais quand il eut oui le dit mandement royal, tantôt sans faire à eux quelque réponse, demanda ses housseaux, si se fit housser, puis monta à cheval et s'en alla à Audenarde ; et ainsi les dits ambassadeurs retournèrent par Rolaincourt, un chfttel qui étoitaudit amiral, la vigile de la Saint-Martin, et de là s'en vinrent à Paris.

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