‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 276 sur 761 · CHAPITRE GLXXVU · texte numérisé non relu

CHAPITRE GLXXVU

Comment le roi Louii trépaut; du gouTernement des gens de compagnie; de 11 détrotute de Remonet de La Guerre, dda la deatmotton de la ritle d'Aumale.

En ces Jours, le roi Louis , beau-ft-ére du dauphin, mourut,et délaissa trois fils, c'est à savoir le premier , Bonuné Louis , qui fut roi «prés son père *, le second, René, qui fut depuis duc de Bar, et le tiers, Charles. Et si avoit deux filles, dont l'une avoit épousé le dauphin dessus dit , et la seconde , n<Rnmée Yolland , n'avoit que deux ans. Pour la mort duquel , ieelui dauphin fut fort afibibli de eonseil et d'aide.

Xsquelles tribulations régnoitun moult merveilleux gouvernement en plusieurs parties du royaume de France ; et n'étoit Justice obéie en quelconque manière que ce fût. Et aussi les étrangers tenants la partie du duc de Bourgogne, c'est à savoir Catilina , Quingey , Jean du Clau et les autres devant nommés roboient etdétroussoientpar tous les lieux et pays où ils repairoient, tant sur les nobles comme sur les non nobles , et mèmement sur ceux tenants la partie du dit duc de Bourgogne. El finablement fiaisoient maux inestimables , dont le peuple étott très fort oppressé. Toutefois iceux étrangers allèrent au pays de Boulenois, tendant & à rtdier ieelui, comme ils avoient fait ailleurs ; mais aucuns Boulenisiens s'assemblèrent en la «ompignie de Butor , b&lard de Croy ; et tous ensemble, par nuit, allèrent assaillir le logis du lieutenant Jean du Clau , nommé Laurent Rose. Lequel Laurent fut par iceux mis à mort, avecqoe aucuns de ses gens , et tous les aatres furent détroussés ; pour laquelle envahie, le bAtard de Thian, qui étoit l'un des cupitaioes d'icelle compagnie, prit un genlil-

* C'at-i-dir« d« nom.

bomme très notable , nommé Gadiflér Galehaut, lequel il fit pendre A un arbre.

Toutefois iceux étrangers voyant la forte guerre que leur faisoient iceux Boulenisiens , tantôt se lirèrenl hors du pays; et bref ensuivant prirent la ville et forteresse de Davencourt , appartenant aux hoirs du seigneur de Hangest, laquelle ville et forteresse, après ce qu'ils eurent pris tous les biens , boutèrrat le feu dedans, et désolèrent du tout, et de là allèrent mettre le siège devant le Neuf-Cbitelsur-Aisne.

Pour lequel siège lever, et aussi pour iceux étrangers détrousser, s'assemblèrent messire Remonet de La Guerre et messire Thomas de Hersies, bailli de Yermandois, en très grand nombre, de par le roi. Et de fait aUèrent pour combattre iceux. Lesquels , sachant leur venue , vinrent A rencontre d'eux , et en conclusion les mirent en desroy, et en prirent et tuèrent bien huit vingts ; et les autres, avecque le dit Remonet et messire Thomas de de Hersies, se sauvèrent, en eux retiiayant é» bonnes villes du roi , où ils purent le mieux.

Après laquelle besogne dessus dite, ceux du dit Neuf-Cbâtel se rendirent à iceux étrangers. Lesquels , après ce qu'ils eurent robe tous les biens, boulèrent le feu dedans ; et eux partant de là s'en allèrent en Cambresis , où ils firent plusieurs dommages. Et d'autre part, en ce même temps, Jean de Fosseux, Daviod de Poix, Ferry do MaiUy, messire Louis de Thiembronbe, Louis de Wargnies, Guërard, bâtard de Brimeu , et aucuns autres meneurs des gens du duc de Bourgogne passèrent l'eau de Somme , par la Blanche-Tache , bien douze cents combattants; et par Oisemont, s'en allèrent en Aumale, appartenant au comte de Harcourt , et là se logèrent. Et après livrèrent grand assaut au diàtel , mais il fut bien défendu par ceux qui l'avoient en garde ; et tant que des dits assaillants y eut plusieurs qui furent navrés terriblement. Après lequel assaut, en icelle nuit , iceux ,. par méchef ou autrement, boutèrent le feu en la ville, laquelle avec l'église du tout fut arse et désolée, dont ce fut grand' pitié, car c'étoit une ville très notable pour plusieurs marchandises.

Ea outre, le dit Jean de Fosseux et ses complices de là s'en allërenl loger en la ville de

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

Hornay et es villages à l'environ au pays de Yimeu ; lesquels pays et villages en plusieurs parties furent pillés et robes par les dessus dits. Lesquels dedans trois jours ensuivant, atout leurs prisonniers, vacbes , brebis, chevaux, pourceaux et autres proies, repassèrent l'eau de Somme , par où ils avoient passé. Et en cas semblables se firent plusieurs courses et chevauchées par les dessus dits sur les marches de Beauvoisis , Yermandois , Santerre , Amiennois , et autres pays de l'obéissance du roi , dont iceux étoient merveilleusement travaillés.

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