‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 297 sur 761 · CHAPITRE CXC · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXC

Commonl Jean de Bavière flt guerre i la ducheue sa niice, au paj> de Hollande, et let conquttei que tiiioit Henri, roi d'ADgIeterre, en la duché de NoraMDdie.

Durant les tribulations dessus dites, Jean de Bavière faisoil forte guerre A la duchesse Jacqueline, sa nièce, et prirent ses gens en ce temps la ville de Gorcamp en Hollande ; mais aucunes tours demeurèrent et se tinrent en l'obéissance de la dite duchesse. Laquelle, oyant nouvelle de la dite prise, assembla tantôt grand' foison de gens d'armes, lesquels, en la

CHRONIQUES D'ENGUERHAND DE MONSTRELET

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oompe^ie de la comtesse de Hainaat, sa mère, elle mena par navire & la Tille de Gorcamp, qui sied sur la mer. Et de feit , par l'aide de ses gens qui étoient es tours dessus dites , se bouta dedans , et fit combattre les gens du dit Jean de Bavière, son oncle, qui en assez bref terme furent tournés h déconfiture, et tant morts que pris de cinq & six cents, entre lesquels de ceux qui furent pris étoil le principal le damoiseau d'Erke ; et de la partie d'icelle duchesse y fut mort Waleran de Brederode , tant seulement, lequel ëloit moult vaillant et chef principal de tous ses gens touchant le fait de la dite guerre, dont eut moult grand' déplaisance ; et depuis fit trancher les tètes à aucuns de ceux qui avoient été pris prisonniers , pource qu'ils s'étoient parjurés envers elle.

En après , pour apaiser le discord entre les parties, Philippe, comte deCharolois, seul fils du duc de Bourgogne , alla au pays de Hollande , où moult se travailla à aller d'un côté et d'antre , c'est à savoir devers son oncle et sa cousine-germaine ; mais , pour diligence qu'il en fit, ne les put oncques concorder, et pour tant s'en retourna en Flandre.

Auquel temps aussi le roi d'Angleterre , qui étoit à grand' puissance en la duché de Normandie , conquéroit villes et forteresses , et peu trouvoit qui contre lui se défendit, car les gens du roi de France étoient retraits à Paris devers le connétable et en autres lieux à l'environ pour résister contre la puissance du dit duc de Bourgogne, comme dit est ailleurs. Si vint devant la ville de Caen, qui étoit moult puissante et bien peuplée , laquelle il assiégea et fit assaillir par divers assauts où moult perdit de ses gens ; mais en la fin tant continua que la dite ville par force fut prise. Et ftarent morts bien six cents des défendants. Et depuis se tint la forteresse environ trois semaines. Dedans laquelle étoit le seigneur de la Fayette i, le seigneur de Montenay et messire Jean Bigot, qui la rendirent moyennant qu'ils eussent sûreté du roi d'Angleterre de eux partir saufs leurs corps et leurs biens.

Après laquelle conquête, le dit roi fit assié-

* Gilbert m, telgoeur de la Fayette, maréchal de France, conseiller et chambellan du roi et du daupbio, et sénéchal d« Doiirbonnali.

ger par son frère, le duc de Gtocestre, la forte ville et chAtel de Cherbourg , qui étoient les plus fortes places de toute la duché de Nor> mandie, et les mieux pourvues de vivres et habillements de guerre , et y fut le siège environ dix mois. En la fin duquel temps la ren» dit messire Jean d'Engennes, qui en étoit capitaine, moyennant qu'il en eut certaine somme d'argent au partir et bon sauf-conduit pour aller où bon lui sembleroit, atout lequel il alla depuis en la cité de Bouen , quand die fût conquise par les dits Anglois ; et là séjourna tant que son dit sauf-conduit fut passé sur la fiance d'aucuns seigneurs anglois qui lui donnèrent à entendre qu'ils lui feroient rallonger. Mais au derrain il en Ait trompé, et lui fit le roi d'Angleterre trancher la t6te , dont aucuns François furent assez Joyeux , pource qu'il avoit rendu la place dessus dite par convoitise d'avoir argent, au préjudiee du roi de France.

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