‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 3 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

j CHAPITRE PREMIER.

i Comment Clurlet le Bien-Aimé régna en l'once après qnll Mt été wwé 1 Sein* Vt* t|M> M 4« grand) ia«o«Ténienu qui lui wirtinrenl.

Pource qu'en mon prologue aS aucunement touché que parlerai au commencement de ce présent livre de l'état du gouvernement du roi de France Charles le Bien-Aimé , sixième de ce nom, et afin que plus pleinement soient sues les causes et raisons pourquoi les seigneurs du sang royal furent durant son règne et depuis en division, en ferai en ce présent chapitre aucune mention.

Vérité est que le dessus dit roi Charles le Bien-Aimé, fils du roi Charles le Quint, commença à régner et fut sacré à Rheims le dimanche devant la fêle de Toussaint , l'an de grâce mil trois cent et quatre-vingts, comme plus à plein est déclaré au livre de matlre Jean Froissart ; et n'avoit lors que quatorze ans d'&ge ; et depuis là en avant gouverna moult grandement son royaume ; et par très noble conseil, fit en son commencement de beaux voyages où il se porta et conduit, selon sa jeunesse, assez prudentement et vaillamment, tant en Flandre, où il conquit la bataille de Rosebecque, et réduisit les Flamands eo son obéissance, comme depuis en la vallée de Cassel, et es mettes du pays de là environ, et aussi contre le duc de Gueldres*, et depuis fot-il à l'Écluse pour passer outre en Angleterre, pour lesquelles entreprises fut fort redouté par toutes les parties du monde où on ïToit de loi connoissanee. Mais fortune, qui toavent tourne sa face aussi bien contre ceux da plas haut état comme du moindre, lui iDODtra de ses tours; car l'an mil trois cent 9Uitre-vingt-et-douze , le dessus dit roi eut Tolooté et conseil d'aller à puissance en la ville dq Mans, et de là passer en Bretagne, pour (ul^ogaer et mettre en son obéissance le duc ^ Bretagne, pource qu'il avoil soutenu et fa- I

vorisé messiré Pierre de Craon, qui avoit vt* lainement navré et injurié dedans Paris, à sa grande déplaisance, messire Olivier de Clisson, son connétable; auquel voyage lui advint une très piteuse aventure, et dont son royaume eut depuis moult à souiTrir : laquelle sera ci aucunement déclairée , jà soit ce que ce ne fût pas du temps ni de la date de cette histoire. Or est-il ainsi que le roi dessus dit chevauchant de la dite ville du Mans A aller au dit pays de Bretagne, ses princes et sa chevalerie étant assez prés de lui, lui prit assez soudainement une maladie, de laquelle il devint comme hors de sa bonne mémoire ; et incontinent tollit à un de ses gens un épieu de guerre qu'il avoit, et en férit le varlet au bâtard de Langres, tellement qu'il l'occiti et après occit le dit bâtard de Langres, ; et si férit tellement le duc d'Orléans son frère, que, nonobstant qu'il fût armé, il navra au bras, et de rechef navra le seigneur de Sempy, et l'eût mis à mort, à ce qu'il disoit, si Dieu ne l'eût garanti ; mais en ce faisant se laissa cheoir à terre ; et là fbt, parla diligence du seigneur de Couci et autres, ses féables serviteurs, pris ; et lui ôtërcnl à grand' peine ledit épieu ; et de là fut mené en la dite ville du Mans , en son hôtel, où il fut visité par notables médecins: néanmoins onyespéroit plus la mort que la vie ; mais par la grâce de Dieu il fut depuis en meilleur état, et revint assez en sa bonne mémoire, non pas telle que par avant il avoit eue. Et depuis ce jour, toute sa vie durant, eut par plusieurs fois de telles occupations comme la dessus dite ; pourquoi il falloit loi^ours avoir regard sur lui et le garder. Et pour cette douloureuse maladie perdit, toute sa vie durant, grande partie de sa bonne mémoire, qui Ait la principale racine de la désolation de tout son royaume. Et depuis ce temps commencèrent les envies et tribulations entre les seigneurs de son sang, parce qu'un chacun d'eux contendoit à avoir le plus grand gouvernement de son royaume,

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

voyant assez clairement qu'il étoit assez conlent de faire et accorder ce que par iceux lui étoit requis : lesquels se trouvoient vers lui les uns après les autres ; et, à caulelle, en absence l'un de l'autre, l'incUnoient & faire leur singulière volonté et plaisir, sans avoir regard tous ensemble, par une même délibération, au bien public de son royaume et domination. Toutefois, aucuns en y eut qui assez loyaument s'en acquittèrent, dont recommandés grandement après leur mort en ftirent. Lequel roi en son temps eut plusieurs fils et filles : desquels, c'est à savoir de ceux qui vécurent jusqu'à Age compétent, les noms s'ensuivent :

Premièrement, Louis, duc d'Aquitaine, qui eut épouse la fille première née du duc Jean de Bourgogne, qui mourut devant le roi son père, sans avoir génération. Le second eut nom Jean, duc de Touraine, qui épousa la seule fille du duc Guillaume de Bavière, comte de Hainaul, qui pareillemment mourut sans génération devant le roi son père. Le tiers fut nommé Charles, qui épousa la fille de Louis, roi de Sicile, et en eut génération, de laquelle sera ci-après faite aucune déclaration ; et succéda au royaume de France après le trépas du roi Charles son père. La première flUe eut nom Isabelle, et M mariée la première fois au roi Richard d'Angleterre, et depuis au duc Charles d'Orléans, duquel elle délaissa une seule fille. La seconde fut nommée Jeanne, et fut mariée à Jean, duc de Bretagne, duquel elle eut plusieurs enfants. La tierce eut nom Michelle, et eut à mari le duc Philippe de Bourgogne, de laquelle ne demeura nul enfant. La quarte fut nommée Marie, qui fut religieuse à Poissy. La quinte eut nom Catherine, et eut épousé le roi Henri d'Angleterre, duquel elle eut un fils nommé Henri, qui, après le trépas de son père, fut roi du dit royaume d'Angleterre. Lequel roi Charles YI eut tous les enfants dessus dits de la reine Isabelle son épouse, fille du duc Etienne de Bavière.

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