‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 320 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

successeurs i lenir foi, loyauté, service el toute obéissance, moyennant qu'il leur promettroit de les garder et défendre à rencontre de tous ceux qui force ou violence leur voudroient faire ; et aussi les tiondroit en leurs privilèges, franchises et libertés lesquels ils possédoient du temps du roi saint Louis.

En outre, fut ordonné que tous ceux qui se voudroient partir de la dite ville s'en iroient franchement , vêtus tant seulement d'aucuns de leurs habits, et le surplus demeureroit confisqué au roi.

En après fut aussi ordonné que tous les gens d'armes mettroient tous leurs biens généralement en certains lieux déclarés ; et après qu'ils auroient fait serment au dit roi d'eux point armer à rencontre de lui un an durant , il leur feroil bailler sauf-conduit et les conduire outre ses détroils, vêtus chacun en ses habits accoutumés, à pied, le bftton au poing.

Après lesquels traités accordés et paraccomplis , et que le dit roi eut pleigcs d'entretenir les choses dessus dites , ceux de la dite ville en nombre compétent allèrent quérir vivres à leur plaisir & l'ost du roi , desquels vivres y avoit grand' abondance, et n'y valoit la chair d'un mouton que six sols parisis. Lequel traité fut du tout parfoumi le seizième jour de janvier de cet an mil quatre cent et dix-huit < . Et le jeudi ensuivant dix-neuvième jour du dit mois, entra le dit roi d'Angleterre en grand triomphe et bobant dedans icelle ville de Rouen, accompagné des seigneurs de son sang et autres nobles en très grand nombre. Et avoit un page derrière lui sur un moult beau coursier portant une lance , à laquelle d'emprés le fer avoit attaché une queue de renard en manière de penoncel, en quoi aucuns sages ootoient moult de choses. Et à sou eulrée, qui fut environ deux heures après midi , furent sonnées toutes les cloches delà ville.

A l'eacontre duquel allèrent tous les gens d'église, c'est à savoir les abbés mitres et tous les autres vêtus de sacrés vêtements portant plusieurs reliques ^ et en chantant menèrent le dit roi à la grand' église cathédrale de No- Ire-Dame ; et là devant le portail descendit à pied, et le chef nu entra révéremment en l'é-

■ Vi«ax tlylCi ou 1419, nouveau Kjlc.

glise, en laquelle à genoux il fit son oraisou devant le grand autel , et après s'en alla loger dedans le châtel, el les autres chacun où ils purent le mieux.

Laquelle ville de Rouen ainsi conquise par icelui roi et de toute Normandie avoit été en l'obéissance des rois de France depuis l'espace de deux cent et quinze ans, que le roi Philippele-€onquérant, tayon de saint Louis , l'avoit conquise sur le roi Jean d'Angleterre , comme confisquée par le jugement des pairs de France. Et le lendemain, le dit roi d'Angleterre fit couper la tête à Alain Blanchart , capitaine du commun, et les deux autres qui étoient en sa volonté furent depuis sauvés par force d'argent.

El après, fit issir la garnison par la porte du pont en côtoyant Seine ; et furent conduits jusqu'au pont Saint-George , par lequel on les fit repasser ; et là , par les commis du roi anglois furent tfttés et épluchés tous ; et leur fut ôté or, argent, vaisselle, joyaux et autres bagues s'ils les avoient ; et leur bailloit-on tant seulement deux sols. Et même aucuns gentilshommes furent dévêtus de bonnes robes fourrées de martres ou chargées d'orfèvrerie, et leur furent par iceux baillées autres de moindre prix : pour quoi aucuns d'iceux de la dite garnison , étant derrière, voyant , comme dit est, leurs compagnons être ainsi détroussés, jetèrent plusieurs bourses et Irousselets dedans Seine tout coyement , dedans lesquels avoient or, argent et autres joyaux. El en avoit aucuns qui par avant avoient fait ferrer leurs aiguillettes de pièces d'or, pour les porter plus secrètement. Et après qu'ils furent passés le pont Saint- George, s'en allèrent tous ensemble jusqu'à Pontoise', et là se départirent en plusieurs lieux , sinon les seigneurs qui allèrent devers le roi de France el le duc de Bourgogne à Provins. Et messire Guy Le Boutillier , qui par avant étoit capitaine de Rouen , se rendit Anglois et fit serment au roi d'Angleterre , en délaissant son souverain et naturel seigneur le roi de France, dont moult fut blâmé et reproché de plusieurs François. Et pareillement se rendirent Anglois avec lui plusieurs de ses gens. Auquel messire Guy, qui étoit natif de Normandie , fiit rendue sa terre ; et avec ce fut commis lieutenant du duc de

CHRONIQUES D'ENGUERRÂKD DE MONSTRELET

Glocetlre; lequel par le roi fat Tait nouveau oapilaine de Rouen.

Pour la reddition de laquelle ville fut la cremeur du roi d'Angleterre si grande sur les marohes de Normandie jusqu'i Pontoise, Beauvais et Abbeville que la plus grand' partie des bonnes villes et forteresses se rendirent à lui sans coup férir ni batailler , c'est à savoir Caudebecq, Moûtierviilier, Dieppe, Fécamp, Arques, Neufchftlel, Denicourt, En, Monchaux ; et i l'autre côlë sur Seine et autres marches , Yemon , Mantes , Gournay , Honfleur , Pont- Audemer, Châleau-MoUinaux , le Trait, Tancarville , Abrechier , Maulevrier , Yalemont , Neufvillo, Belencombre, Fontaines, le Bourg- Préaux, Nougon-Dourville, Longempré, Saint- Cîerfflain-sur-Gailly, Baudemont , Bray , Villeterre, CbAle-Mesnil , les Boules , Galencourt , Ferry-Fontaines, le Becq, Crépin, Facqueville et moult d'autres. Dedans lesquelles le dit roi d'Angleterre mit partout garnison de ses gens. Et porloient communément ceux du pays la croix vermeille ; et en y eut plusieurs qui coD" mencérent à eux armer avec les Anglois ; non pas gens de grand' autorité ; car peu fut su pour ce temps que nuk seigneurs ni autres nobles hommes se missent on tonrnassentdu parti des dits Anglois.

Et quant aux habitants delà cité de Rouen, Brent tous généralement le serment aux com- ■>i« du roi anglois , c'est à savoir ceux qui voulurent demeurer dedans la ville. Et leur convint bailler caution, chacun en droit soi, de payer ce de quoi ils seraient assis, pour ta somme de trois cent soixante et <ànq mille éeus d'or dont dessus est faite mention. Et si furent coBtraints de non issir de leur ville sans avmr dMcon une buUette du roi. El aussi les oon- 'vint avoir à tous autres du pays qui étoient BOUS ta domination du dessus dit roi d'ADgI»« terre ; lesquelles bullettes eoûtoienl chacune quatre soos, monnoie de France. A la cause desqodles très grandes finances furent levées •a profit d'ieelni roi et de ses gouvemeun.

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