LIVRE PRECHER
la plommëe, et commença bien et roidement à Jeter pierres aval. £t d'autre partie, les autres se mirent fort en défense. Pour quoi La Hire, et ceux qui étoient avec lui, voyant qu'ils perdoieot leur temps , se retrahirent dedans la dite ville Jusqu'à temps qu'il fût Jour. Et adonc s'armèrent et prirent toutes leurs bagues, et montèrent A cheval; et après qu'ils eurent fait tuer piteusement soixante prisonniers qui étoient es prisons de la ville, se départirent de > lA et s'en allèrent ft Guise. Pour lequel parlement ceux qui avoient pris le chfltel furent très Joyeux, et ils commencèrent fort & mettre les mains en oeuvre et visiter les biens d'icelui, dont il r avoit très grand' abondance. El après mandèrent messire Jean de Luxembourg à venir vers eux, lequel sans délai assembla ce qu'il pal flner da gens, et se mit è chemin pour y aller. Mais entre-temps, ceux qui avoient pris le dit chfttel, nonobstant qu'ils l'eussent mandé, prirent ensemble conclusion de le non mettre dedans, sinon que premier leur promit que tous les biens de dedans demeureroient à leur profit; et sur ce envoyèrent au-devant do lui le dit seigneur de Maucourt pour déclarer leur intention. Lequel ne lui osa loonnement découvrir la besogne dessus dite. Et pour tant , quand le dit de Luxembourg fut venu atout ses gens devant le dit chAtel , ne -lui fut pas ouvert de pleine venue pour les causes dessus dites, dont il fUt grandement troublé. Et fit présentement prendre le dit seigneur de Maocourt, en lui reprochant qu'il le vouloit trahir ; auquel, s'il eût eu bourrel ou autre homme qui l'eût voulu exécuter, eût fait trancher la tète sans délai. Et tôt après, pour la cremeur de lui, ceux de dedans lui firent ouverture et s'excusèrent de la largeance dessus dite. Si entra dedans et y mit garnison de par lui. Et quant aux biens, il en eut la plus grand' partie, et au regard de ceux qui les avoient conquis, en flireot assez petitement enrichis.
Et après ce mèm etemps, sur toutes les eôtières de Normandie Jusqu'à Pontoise, Clermont, Beau vais, Mont -Didier, Breteuil, Amiens, Abbeville et Saint-Yalery, les Anglois gâtoient fous les pays par feu et par épèe, et souvent en faisant leurs courses emmenoient proies.
Avec lesquels se boutèrent en cet an grand'
foison de Normands portants la rouge croix, lesquels les conduisoient partout où ils vouloient aller. Et d'autre partie les Dauphinois faisoient le pareil. Et quant aux gens du roi et du duc de Bourgogne, ne se feignoient pas. Et par ainsi ce très noble royaume de France étoit en divers lieux moult travaillé et oppressé par les trois parties dessus dites. Et n'avoient les gens d'église, et le pauvre peuple comm9 nul défendeur , ni autre recours que d'eux plaindre lamentablement A Dieu leur créateur, en toujours attendant sa bénigne grâce, pitié et miséricorde.