‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 344 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

roi et le dtupbin ! » Auquel en s'éveUlèrent plo- •ieun des habitants , qui tantôt voyant qu'ils ne pouvoient à eux résister, s'enfuirent et se MUfèreot par-dessus les murs; et une partie des Dauphinois allèrent ouvrir la porte et mirent tout le surplus de leurs gens avee les chevaux dedans la ville. Et lors , Perceval Le Grand, qui ëtoit capitaine de la dite ville de par le duc de Bourgogne, fut du dit effroi éveillé ; et , comme aucuns autres , quand il aperçut qu'il ne pouvoit résister à l'entreprise dessus dite, se sauva le mieux qu'il put et issit de la ville, laissant derrière sa femme et ses enfants et grande partie de ses biens ; et au plus tôt qu'il put s'en alla à Lihons en Santerre devers messire Jean de Luxembourg , son maître, et très dolent lui raconta les nouvelles dessus dites., Pour lesquelles le dit messire Jean de Luxembourg fit tôt sonner ses trompettes et assemMa tons ses gens d'armes , atout lesquels par ordonnance alla par devers la dite viUe de Roye , et envoya certain nombre de coureurs devant la ville savoir que c'étoit; lesquels coureurs trouvèrent encore les éehdles dressées aux murs de la dessus dite ville, parodies dits Dauphinois l'avoient prise; lesqueb, voyant les dits coureurs et plusieurs gens d'armes sur les champs , se préparèrent ineontinent d'eux défendre, et commencèrent à tirer canons, d'arbalètes et arcs & mab très fbrt contre leurs ennemis.

Toutefois, nonobstant leurs défenses, fut pris un faubourg sur eux, qu'ils cuidoient garder ; i laquelle prise , tant d^m côté comme d'autre, y eut plusieurs hommes navrés, en la partie de messire Jean de Luxembourg, un Taillant homme d'armes , nommé Robinet de Rd>retaignes, lequel, à l'occasion d'iceOe na- Trure, mourut en dedans certain temps ensuivant.

En après, messire Jean de Luxembourg fit loger grand nombre de ses gens tout autour de fat ville, en plusieurs faubourgs et autres maisons qui y étoient , et il se logea à un village, environ à demi-lieue de la dite viDe ; et après, envoya le sire de Humbercourt, bailH d'Amiens , à Amiens et à Gorfoie , requerre qu'on lui envoyât des aii>alétriers , canons et autres hrinllements de guerre , pour condMltre et subjuguer la viUe de Roye. Lesqœbd'A-

mîens et de Gorbie envoyèrent avec le dit de Humbercourt des arbalétriers et habillements dessus dits très largement. Et pareillement furent mandés les arbalétriers de Douai , Arras , Péronne, Saint-Quentin, Mont-Didier, Noyon et autres de l'obéissance du roi. Auquel mandement furent envoyés diligemment en grand nombre par les gouverneurs des dites villes ; et après que les arbalétriers furent venus et aussi les habillements de guerre, le dit de Luxembourg fit très puissamment environner et combattre la dite ville ; et fit asseoir plusieurs bombardes et gros engins contre les portes et murailles, dont les assiégés furent moult travaillés. Néanmoins se défendirent vigoureusement , et firent aucunes saillies sur les assiégeants , où ils profitèrent bien peu. Finablement les dits assiégés , non ayant l'espérance d'être secourus , firent traité avec le dît de Luxembourg on ses commis, le dix-huitième jour de janvier, par condition qu'ils s'en iroient saufs leurs corps et leurs biens, et avec ce emporteroient aucune partie des biens qu'ils avoient gagnés en la ville.

Après lequel traité fait et confirmé, se partirent sous le sauf-conduit de messire Jean de Luxembourg, chef de cette armée; lequel, avec ce, pour les conduire, leur bailla Hector de Saveuse. Et tous ensemble , quand ils furent hors de la viOe, prirent leur chemin vers Gompiègne , et chevauchèrent très fort ; mais assez tôt après leur partement, vinrent au dit lieu de Roye environ deux mille Anglois, dont étoient capitaines le comte de Hautiton * et le seigneur de Gornouaille, son beau-père '. Lesquels Anglois venoient en icelle place en l'aide des gens du duc de Bourgogne contre les Dauphinois ; car, comme dit est, icelles parties avoient déjà trêves l'une avec l'autre, espérant avoir bien bref bonne paix ensemble , comme ib eurent.

Lesquels Anglois là venus , sachant la départie des Dauphinois , se mirent hâtivement

' Jean HoUand, flU de Jean, comte de HoUand el duc d'Eteter. Henri V lai rendit le comté de Hantingdon, coBfiMiaé tar son Mre, lors d« toi eiécntion. (Vofex LSdcJ. Fr*i«art.]

* ÉliMbelh, icear de Henri lY, apri* la mort du premier duc de HuntingdoD, épousa sire Jean de CorncwaH, depuis iord Fantiopc.

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

sur le train, et les poursaiTÎrenl tant et si roidement qu'ils les ratindirent environ à quatre lieues de Roye ; et tantôt qu'ils les aperçurent, sans barguigner, frappèrent en eux, jà soit ce qu'ils étoient en petit nombre, pour tant qu'ils avoient chevauché si fort que les trois parts de leurs gens étoient demeurés en train derrière eux. £t avecles dits Anglois s'étoieiit boutés grand' quantité de gens d'armes de messire Jean de Luxembourg, desquels étoient les principaux. Butor, bâtard de Croy, Aubert de Folleville, le bailli de Fauquessole, le bâtard de Duvon et moult d'autres gentilshommes. Et flnablement les dessus dits Dauphinois, sans faire grand' résistance ni défense, furent mis tantôt en grand desroy et par iceux pris, morts et détroussés , sinon aucuns qui se sauvèrent par fuite le mieux qu'ils purent es bois et autres lieux. Et adonc le dit Hector ce voyant, prit là messire Karados de Quesnes comme son prisonnier, afin de le sauver et le renvoyer; mais le dit Cornouaille lui ôta tantôt en disant qu'il n'avoit cause de le prendre , attendu qu'il avoit sauf-conduit de son capitaine. Et pource que le dit Hector ne voulut pas le laisser aller aux premières paroles, icelui Cornouaille lui donna de son poing atout son gantelet sur le bras , et le repoussa assez durement , dont grandement fut troublé icelui Hector; mais il n'en put avoir autre raison , parce que les Anglois étoient en plus grand nombre.

Toutefois, le dit messire Karados, le sire de Flavi et la plus grande partie des hommes d'armes qui y étoient furent prisonniers des dits Anglois ; et ceux 'qui furent pris des Picards furent tous tués par iceux, pour tant qu'ils ne les osoient ramener à leurs logis pour le sauf-conduit dessus dit, excepté Harbonnières, qui fut pris d'Auberl de Folleville, et mené à Noyon , où il eut la tète coupée ; et après la dite détrousse s'en retournèrent les dessus dits Anglois , atout leurs prisonniers, à un village à deux lieues de Roye, et là se logèrent.

En outre, le dessus dit Hector de Saveuse, au plus tôt qu'il pût, retourna devers messire Jean de Luxembourg, et lui raconta l'état de la dessus dite détrousse, dont grandement fut troublé et ennuyé de ce que son sauf-conduit

avoit été ainsi enfreint et rompu, et par spécial de ceux qui étoient sous sa conduite et de son armée. Pour quoi, tout ému , envoya devers Antoine, seigneur de Croy, lui signifier qu'il lui envoyât Butor de Croy, son frère, et aucuns autres de ses gens qui avoient rompu son sauf-conduit, pour les punir. Et en ce cas pareil manda au seigneur de Longueval qu'il lui envoyât le bâtard de Ouvon, frère de sa femme. Mais les dessus dits de Croy et de Longueval ne voulurent pas à ce obéir ; et pour ce leur fut mandé que s'ils ne les bailloient, le dit duc de Luxembourg les iroit querre de force en leur logis. Et lors le dit de Longueval dit que s'il y alloit, et il n'étoil plus fort, il ne les emmèneroit pas, et que ainçois il conseiUeroit qu'on le tuât.

Pour lesquelles paroles et aucunes autres touchant icelles besognes s'engendra grand' haine entre le dit de Luxembourg et les deux seigneurs dessus dits; laquelle haine dura long temps après. Toutefois n'y eut pour le présent faite autre force , car les facteurs se partirent secrètement et s'en allèrent où bon leur sembla. Et le lendemain, messire Jean de Luxembourg, accompagné d'une partie de ses gens, alla voir le comte de Hautiton et Cornouaille à leurs logis, auxquels il recommanda le dit messire Karados de Quesnes et autres prisonniers, qui avoient été pris sous bon saufconduit; mais néanmoins demeurèrent prisonniers. Et furent messire Karados et Charles de Flavy menés en Angleterre, où ils demeurèrent longue espace, et depuis furent mis à délivrance parmi payant grand' finance.

En outre, après que le dit de Luxembourg eut été certaine espace au logis des dits Anglois, il s'en retourna à Roye, et le lendemain licencia la plus grand' partie de ses capitaines et gens d'armes dessus dits; et s'en alla avec lui Hector de Saveuse mettre garnison en ses forteresses sur la rivière de Sère et sur les marches de Laonnois , à rencontre des Dauphinois, qui étoient en très grand nombre à Crespj en Laonnois. Et fut lors ordonné le dit Hector à demeurer à Nou vion-le-Comle, comme chef de toutes icelles frontières , et de là retourna messire Jean de Luxembourg à son châtel de Beau-Revoir voir sa femme et faire ses apprêts pour aller avec le duc de Bourgo-

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