‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 362 sur 761 · CHAPITRE CCXLH · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXLH

Cwnnlcnl le* incleU ftirent dMrotMts ren HoDl-iLpiloj ; do marUge du œarquia du Pont i la fUle de Lorraine; et ce que biioit messire Jacques de Uarcourt.

En après, durant les besognes dessus dites , les Angloîs de Goumay en Normandie, de Neuf-Chfttel, dlncourt et autres de la frontière, avec eux messire Mauroy de Saint-Léger, qui se tenoit à Creii, s'assemblèrent environ cinq cents combattants et allèrent courre en Brie, en Yalois et autres lieux à l'environ, où ils prirent plusieurs hommes et ramenèrent grands proies. Mais à leur retour furent rencontrés du seigneur de Gamache, qui se tenoit & Compiégne , et autres Dauphinois des gar* hîsons du pays , lesquels leur recouirent vers Monl-Épiloy tout ce qu'ils avoîent chargé, et en (uëreiil bien soixante, sans ceux qui (Urent pris ; et les autres se sauvèrent par fuite ; au-

quelle rencontre se èonduisil très vaillamment le dit seigneur de Gamache.

Et en ces propres jours ftit fait le mariage de Régnier d'Anjou, frère du roi de Sicile, marquis du Pont ; dont, par le don du cardinal de Bar, son oncle, et de la fille et héritière du duc de Lorraine, furent les noces faites rèalement au chfttel de Nancy-le-Duc. Par le moyen de laquelle alliance îtil apaisée la grand' discorde qui par long temps avoit été entre les deux duchés, c'est à savoir de Bar et de Lorraine , car dès lors et par avant le dessus dit cardinal de Bar avoit déclaré icelui Régnier d'Anjou son vrai hoir et héritier de la duché de Bar ; laquelle chose moult déplaisoit au due des Mons, qui pareillement étoit neveu au dit cardinal, fils de sa sœur; mais autre ne le pouvoit avoir.

Et d'autre partie, messire Jacques de Har> court, qui eaoote feignoit tenir le parti du due de Bourgogne, tenoit grosse garnison au Crotoy et faisoit forte guerre par mer et par terre, dont le roi d'Angleterre , qui en étoit averti , n'étoit pas bien content ; el étoient complices avec le dit messire Jacques le seigneur de RanAbures , messire Louis de Thienbronne et son frère Guichard, messire Coquard de Cam* bronne , les deux frères de Hersellames , leS enfants de Chaumont et autres plusieurs gen-^ tilshommes et gens de guerre du pays.

CHAPTTRE CCXLm.

Comment plusioun anbanadeun, <l» IMI' les trol* étMt dit royaume de France, vinrent i ParU; de* éuii que liorenl le« rois; et autres matières.

En ces mêmes jours vinrent à Paris plusieurs ambassadeurs et commis de par les trois états du royaume de France, par avant mandés, comme dit est dessus ; avec lesquels, et en leur absence, furent tenus plusieurs conseils touchant le gouvernement et bien publie du dit royaume. En la fin desquels furent les gabelles, impositions, quatrièmes et autre! subsides remises sus, ré^rvè les grains.

En après la fête de Nwl venue, tinrent les deux rois et les reines leurs femmes leurs états dedans Paris , c'est à savoir le roi de France, en son hôtel de Saint-Pol , et le rot d'Angleterre, au Louvre. Lesquels états (kironi

CHRONIQUES D'ÈNGUERRÀIND DE MONSTRELET

bien différents l'un à l'autre, car le roi de France étoit petitement et pauvrement servi et accompagné, au regard du noMeet puissant état qu'il souloit avoir ; et à peu ce dit jour fut visité ni accompagné, sinon d'aucuns vieux serviteurs et des gens de petit état ; laquelle chose moult devoil déplaire à tous les cœurs des vrais François là étant, voyant ce n<d>le royaume, par fortune de guerre et tribulations d'eux-mêmes, être mis et gouverné en et par 1« main de leurs anciens ennemis, dessous laquelle domination et gouvernement il leur falloil vivre de présent.

Et quant est à parler de l'état du roi Henri d'Angleterre et de sa femme la reine, lequel il fit ce jour, nul ne sauroit raconter les grands états , pompes et bobans qui furent faits en son bôtel , tant de lui comme de ses princes. Et de toutes parts venoient en grand' humilité les sujets de ce noble royaume de France, devers lui, pour lui honorer et exhausser. Et dés lors commença le dit roi du tout & gouverner et administrer les besognes du dit royaume, et faire officiers à son (daisir, en démettant ceux qui par le roi et le duc de Bourgogne mort et icelui de maintenant y avoient été mis de long temps. El d'autre part, constitua le comte de Kime, nommé ElTrevilIe, capitaine-général de la ville de Melun, atout sufiisante garnison de gens d'armes et de gens de trait ; et le comte de Hautiton , son cousin-germain , fut fait capitaine du bois de Yincennes ; et à Paris, fut ordonné & demeurer avec le roi Charles le duc d'Exceslra~ avec cinq cents combattants. Après lesquelles ordonnances , et que la fête delà Nativité Notre-Seigneur fut passée , se partit de Paris le dessus dit roi Henri, la reine sa femme, le duc de Clarence et de Bedfort, et autres de ses princes et grands seigneurs , et s'en alla à Rouen , où il tint derechef plusieurs grands conseils sur le régime du royaume; et y séjourna certaine espace devant qu'il remontât en Angleterre.

Et pareillement le duc Philippe de Bourgogne , partant du dit lieu de Paris , s'en alla & Beauvais, à la fête et entrée de maître Pierre Cauchon, docteur en théologie, nouvel évêque d'icelle ville de Beauvais, moult enclin et affecté à la partie de Bourgogne. La-

quelle fête passée , se partit le dit duc de 1&: et, par Amiens etDourlens, s'en alla à Lille, et puis à Gand, où étoit sa femme la duchesse Alichelle, où il séjourna environ trois semaines. Et le rouge duc en Bavière, qui étoit venu servir le roi Henri, son beaufrëre, comme vous avez oui, atout cinq cents combattants ou environ , s'en retourna hâtivement par Cambrai en son pays d'Allemagne, pource qu'il avoit oui nouvelles que les Bohémiens , instruits et enseignés par un derc de leur pays qui étoit hérétique, s'étoient dressés et confusément émus de venin d'Iiérésie, non pas seulement contre notre sainte foi catholique, mais avec ce, contre les rois d'Allemagne , de Hongrie et de Bohême ; et en grand' multitude leur faisoieul guerre mortelle et très cruelle.

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