‹ Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire, Volume 9Chapitre 367 sur 761 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ou envinM ateo lot, Tint aeooarant devers le dac, lequel, tes yoyant venir, demanda au dit comte de Penthièvre : « Beau cousin, quels » gens aoat ceci? » Et il répondit i « Monsei- » gaeur, ce sont mes gens ; Je vous fais pri-^ » sonnier de monseigneur le dauphin. » Et mit la main à lui. Auxquelles paroles le duc répondit tout émerveillé : « Ah ! beau cousin , » vous Tailes mal ; Je suis venu sur votre parole » et votre requête, et ne me défiais en rieo de » de vous ni des vôtres. » Toutefois y eut au- Gons de ses gens qui tirèrent leurs épées pour le cuider défendre t mais ils virent asseï tdt qu'ita étaient trop fbiUes an regard de leur advorse partie.

Et entre-temps vinrent sur ^x ceux de la dessus dite embûche les épées traites ; et j eut deux gentilshommes du due dont l'un, est A savoir Jean de Beaumanoir, eut le poing coupé , et l'autre Ait navré en la main, qui se nommait Thibaut Buisson. Et après, un gentilhomme de l'hôtel du comte, nommé Henri l'Allemand, voulut frapper le duc de son épée, mais le comte le défendit contre lui, et comaianda é ses gens qu'ils cessassent, disant qu'il méneroit le duo devers le dauphin dessus dit. Et lors les gens du duc, qui étoient outre le pont, voyant leur seigneur en tel danger, élotent en grand' détresse de ce qu'ils ne le pouvoient secourir, et ne savoient quel conseil prendre. Et tôt après, le dessus dit comte de Penlhièvre , son frère et ses gens emmenèrent le dit duo et Richard son frère hétivenënt vers Poitou, à Bressufre, et de là fut mené par plusieurs fois h d'autres lieux, eomme h Utenan, & Bourg-Nouveau, A GhAteaumur et ailleurs. Et ftit prisonnier environ de rix A sept mois sans être mis en prison fer^ mée^ ni qu'aucune violence lui fût Aiite A sa personne; mais bioi s'en tenoit-on sftr. Et •voit pour le servir tant seulement un de ses Tarlels de timbre ; et fût son frère Ri<^ard, par dessus nommé, toujours prisonnier comme M.

En outre, quand il fut venn A la connoi»' «anee de la duchesse de Bretagne et des seigneurs du pays comment le due avoit été pris, M ftiut point demander s'ils forent fbrt trou* Mes, et par spécial la dite duchesse en Bl si grand deuil qu'A grand* peine la pouvoil-on

rapaiser. Toutefois, inoontinent'et bref ensuivant, s'assemblèrent les barons et grands seigneurs du pays avec la dite duchesse en la ville de Nantes ; et là tous ensemble conclurent et Jurèrent solennellement de poursuivir la délivrance du dit duc et faire guerre au dit comte de Penthièvre et A tous ses alliés et bienveillants ; et d'un commun accord élurent pour conduire l'armée d'icelle poursuite le seigneur de ChAteaubriant < et [le seigneur de Rieux, qui de fait, atout grosse puissance de gens d'armes, allèrent mettre le siège devant Lamballes, appartenant au dit comte, qui se tint environ quinze Jours. Et après se rendirent ceux de dedans; et furent la ville et chAtel, qui étoient moult forts, abattus et désolés; et de là allèrent au chAtel Andren, lequel fut abattu; et pareillement firent la Mote-d'Ebron. En après, allèrent assiéger Chantonceaux, où étoit la vieille comtesse de Penthièvre , et en étoit capitaine le seigneur de Biersières, qui moult bien le défendit. Si y fut le siège bien trois mois, mais peu y firent, car elle étoit moult bien garnie de vivres et habillements de guerre, et aussi de bonnes gens d'armes. El entre-temps traité se fit entre le duc et le comtet et promit icelui duc de le restituer de tous ses dommages, tant de ses forteresses abattues comme d'autres; et que Jamais, pour cette be<sogne,nelui seroit fait par lui ni par les siens aucune chose qui lui portât préjudice. Après lequel traité, et les sûretés prises, le comte dessus dit renvoya le duc par te seigneur de l'Aigle, son frère; lequel duc, de prime face, fil tever le siège de Chantonceaux ; mais enfin, quand les barons et seigneurs de son pays avec les prélats eurent devers eux le dît duc, ils ne vouhirent pas entretenir les dessus dits traités. Et convint que la dessus dite comtesse et set gens se partissent de lA, et que la ville de Chantonceaux fût mise en la main du duc. Si fut pris Jour de parlement derechef entre ces parties, pour voir et aviser s'ils poiirroient fetre d'accord. Auquel Jour promit le dit comte d'y comparoir en personne ; et pour la sûreté de ce, bailla son frère Guillaume en otage;

■ Geoffroy deCUteoubrUol, seigneur de Lyon, d'Angers, et marié à Louise de Montgaugicr, dont il eut Jean, seigneur d« Chalaln, et Guy de Chèlcaubrlant.

CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET

jnais il n'y comparut point, pour tant qu'il fut certainement averti que s'il y alloit, jamaù n'en retourneroit. Et pour vrai, s'il y fût allé, il eût été exécuté par justice ; et avoit été ainsi conclu par les trois états de la duché. Et qui plus est, dirent au duc que s'il vouloit entretenir le traité qu'il avoit fait avec le comte de Fenthièvre, ils le débouteroient de sa seigneurie et n'obéiroient plus à lui, mais feroient de son fils atné leur seigneur et maître; et par ainsi convint qu'il s'accordât à leur volonté. Lesquelles besognes venues à la connoissance du comte, fut en très grand souci, non pas sans cause ; car il savoit toutes les seigneuries de Bretagne être arrêtées et mises en la main du duc, comme confisquées et perdues, et son frère dessus dit demeurer en otage, qu'il ne pouvoit ravoir. El d'autre part, étoit mal du dauphin, pource qu'il ne lui avoit voulu bailler ni livrer le dit duc ; et avec tout ce, ne savoit bonnement où être assuré de sa personne, car peu trouvoit qui le vouloient soutenir.

Pour lesquels inconvénients éloigner, se retrabit en la vicomte de Limoges; et après aucunes conclusions prises avec ses frères, il se partit de là, et par le pays d'Auvergne s'en alla à Lyon sur le Rhône, et puis à Genève et à Bâie, pour venir à sa terre d'Avesnes, au pays de Hainaut. Mais, ainsi qu'il faisoit son chemin sur la rivière du Rhin, il fut pris du marquis de Bade, pour Arque, pour tant qu'icelui marquis avoit autrefois eu de ses gens détrou»ses au dit pays de Hainaut. Si fut grand espace prisonnier, et enfin lui coûta bien trente mille écusd'or, et après s'en retourna en sa dite terre d'Avesnes. Et depuis qu'il y fut, le duc de Bretagne mit gens sus pour le cuider faire prendre, et lui mettre un carcan au col. El pour ce faire, furent envoyés aucuns gentilshommes du dit pays de Bretagne, c'est à savoir inessire Roland de Saint-Pol, messire Jean de ÎLouvion, Jacquet de Faulermine et aucuns autres, qui se conduisirent si mal secrètement que leur entreprise fut accusée; et en y eut les aucuns détenus prisonniers, et les autres se sauvèrent. Mais il fallut que le dit comte les rendit à la justice de Mons, et n'en y eut nuls exécutés. Lequel comte ne retourna oncques puis en Bretagne, mais demeura, sa vie durant, au dit pays do Hainaut, cl prit à mariage

la fille et héritière du seigneur de Quienrain, de laquelle il laissa, à son trépas, aucuns enfants, qui point ne vécurent jusqu'en Age compétent; pourquoi ses terres et seigneuries retournèrent à son frère le seigneur de l'Aigle.

Page 1