CHAPITRE XXrV
CommeDl le eamte de Seint'nil mena Mm année dermt le cbllel de Mercqs, auquel lieu vinrait les Aai^oii de Calais, et les déconflrent.
Environ le mois de nui, le dessus dit Waleran de Luxembourg, comte de Ligny et de Saiat-Pol , et capitaine de Picardie de par le roi, assembla es dits pays de Picardie et do Boulenois de quatre à cinq cents bassinets , avec cinquante Genevois arbalétriers , et environ mille Flamands à pied, des marches vers Grave» vélines ; lesquels il mena et conduit de Saint- Omer vers "rournehen ; et de là s'en alla mettre siège devant un cbfltei nommé Mercq , à une grosse lieue près de Calais, lequel tenoient les Anglois, qui, avec les autres garnisons de leur parti, avoieot couru et travaillé de nouvel moult fort le dit pays de Boul«iois et autres terres voisines. Si fit icelui comte lever devant le dit châlel plusieurs engins, desquels il
avoit grand' abondance , dont ioelui cbâtel fiit grandement oppressé. Si se défendoient ceux de dedans très courageusement. Et adonc le dit comte voyant qu'icelui par forée d'assaut ne pouvoit prendre sans trop grand' peine et perte de ses gens , les fit loger dedans les maisons de la ville, qui ètoit close de vieux fossés, lesquels il fit réparer pour être plus sûr à rencontre de ses adversaires, tant de Calais comme d'autres garnisons ; et k) lendemain fit assaillir la basse-cour d'icelui chàtel, laquelle fut prise par force, et y gagnèrent les assaillants grand' (bison de chevaux , vaches , brebis et Juments. Auquel assaut fût measire Robert de Bérengeville, chevalier, navré, dont il mourut bref ensuivant. Et en ce même temps et ioekù jour issirent de Calais environ cent hcHomef d'armes, lesquels en chevauchant vinrent taaa près des François , et les avisèrent tout à leur aise , et puis se retrahirenl en icelle ville de Calais; «t tantôt après, par un héraut mandèrent au dit comte de Saint-Pol que le lendemain viendroient dîner avec lui , si là les vouloit attendre. Auquel héraut fut répondu que, s'ils y veooieot, ils seroient reçus, etqn'ib trouveroient tout prêt le dtner; et le héraut porta les réponses à ceux qui l'avoienl envoyé. Lesquels, le lendemain très matin, issirent de la dessus dite ville de Calais deux cents hommes ayant bassinets, deux cents archers et environ trois cents hommes à pied légèrement armés , et avecque eux menèrent douM ou treize chars chargés de vivres «t artilleries ; lesquels, tous ensemble, eondiiieoit un chevalier anglois nommé Richard Haston , lieutenant à Calais du comte de Sombreseil, frère de Henri de Lancastre , pour ce temps roi d'Anf^eterre. Si cheminèrent en bonne ordonnance jusqu'assez près de leurs ennemis; lesquds par lears espies et che vaucbeurs furent de ee avertis; mais point ne se préparèrent ni mirent en or* donnanoe dehors leurs It^s pour les combattre, ainsi que faire le dévoient ; ainçois les attendirent dedans leurs clôtures et fossés si longuement, que les dessus dits Anglois commencèrent terriblement à tirer sur eox et les tuer et navrer du dit trait, sans ce qu'ieeux François leur passent fiaire grand' résistaooe. Et adonc, en assee bref terme, la plus grand' partie des Flamands el gens de pied se ooaunen-
UVaE PREMIER.
cèrent à déf oyer et mettre en faite pour la cremeor du trait dessus dit, à l'exemple desquels se départirent aussi grand' partie des gens d'armes. Et aussi les arbalétriers genevois èUnt en icelle jriace , qui avoient le jour de- Tant alloué la plus grand' partie de leur trait i l'assaut devant dit , n'avoient point remis ne appointé autres quarreaux au point de leurs aibalëtres des garnisons de leur artillerie qui ëtoient sur les chars ; par quoi, quand ce vint au besoin , ils ne firent pas grand' défense. Et par ainsi, iceux Anglois, sans que de leur partie y eut grand dommage, déconflrent assez brëvement les François leurs ennemis , et demeurèrent victorieux sur la place ; mais le dessus dit comte de Saint>Pol, avecque aucuns autres de ta oonqMignie . se partit sans avoir nulle occupation de sa personne ; et par dehors Saint- Omer s'en retourna & Thérouenne. Et tous ceux généralement qui de sa partie demeurèrent furent pris et occis en la placer desquels morts pouvoit avoir jusqu'au nombre de toiiinte ou environ , dont furent les principaux, de la partie des François : c'est à savoir, le seigneur Querecgs, messire Morlet de Saveuzes , messire Courbet de Rubempré , messire Martel de Yaillechiron, messire Guy d'Ivergny, le seigneur de Fayel ; et de ceux qui furent pris, furent le seigneur de Hangest, capitaine de Boulogne, le seigneur de Dampierre , sénéchal de Ponthieu , le seigneur de Briraey , messire Sarrazin d'Arlys, le seigneur de Ranyiares, Gonlier La Personne, le seigneur de Guienchy, et plusieurs autres notables chevaliers et écuyers, jusqu'au nombre de soixante à quatre-vingts ou environ.
Après laquelle besogne et qu'iceux Anglois eurent pris et raveu tous les biens , chars et artilieriequ'avoient là menés leurs adversaires, et dénué les morts, s'en retournèrent en la dite ville de Calais atout leurs prisonniers, joyeux de tour victoire. Et pour le contraire , le dess«s dit œmte Waleran et ceux qui s'étoient sauvés de sa compagnie eurent au cœur très grand' tristesse , non pas sans cause.
£t en après, le troisième jour ensuivant, les desaus dits Anglois de Calais issirent de leur ville atout foison de canons et autres instruments de guecre qu'ils avoient gagnés sur les François devant Nercq , et pouyoient ètr» cinq
cents combattants ou environ , qui vinrent de nuit couvertement environ le point du jour, et commencèrent très ftprement à assaillir la ville d'Ardres, laquelle ils cuidèrent trouver dégarnie de gens d'armes. Et de fait, dressèrent échelles contre les murs et trayrent le feu dedans en plusieurs lieux : mais par l'aide, confort et diligence de deux notables et vaillants chevaliers qui dedans étoient : c'est à savoir, messire Mansard du Bois et le seigneur de Licques, furent les dits Anglois très fortement reboutés. Et en y eut, en faisant le dit assaut et en eux retrayant , morts de quarante à cinquante , dont la plus grand' partie furent par leurs compagnons portés et mis dedans une grand' maison au dehors de la ville , dedans laquelle ils boutèrent le feu pour les ardoir, afin que de leurs adversaires ne fût leur perte aperçue. Et après , tout confus et déplaisants de leur dommage, s'en retournèrent en la dite ville de Calais ^ auquel lieu, pource qu'aucuns de leurs gens étoient morts de la navrure du trait des Genevois étant à la besogne de Mercq, voiront tuer aucuns d'iceux , disant que le dit trait étoit envenimé.
Et adonc le dessus dit comte de Saint-Pol, qui étoit trait, comme dit est, à Thérouenne, espérant aucunement recouvrer sou honneur, manda par toutes les marches de Picardie gens à venir devers lui. S'y vinrent le seigneur de Dampierre, messire Jean de Craon, seigneur de Dommart, messire Morlet de Querecqs, le seigneur de Fosteuse, le seigneur de Chin, le seigneur de Honcourt et plusieurs autres nobles hommes en très grand nombre. Avec lequel comte ils eurent plusieurs conseils, èsquels ils conclurent d'aller à puissance vers les marches de leurs adversaires, pour iceux esmayer et graver de toute leur puissance. Mais en ces propres jours fut mandé de par le roi au dit comte et autres seigneurs dessus dits qu'ils ne procédassent plus avant de faire la dite entreprise ) car le roi y avoit pourvu d'autres gens.
Et à savoir, y envoya le marquis du Pont, fils au duc de Bar, le comte Dammartin et Harpedanne, chevalier de grand renom, atout quatre cents bassinets et cinq cents autres hommes de guerre, qui se logèrent à Boulogne et au-
Itres lieux de la frontière de Boulenois : pour lequel mandement et venue dessus dite, icelui
CHRONIQUES D'ENGUERRAND DE MONSTRELET
comte de Sainl-Pol ne fut point bien joyeux, mais il lui convint souffrir, fût à bon gré ou autrement, les parlers du monde ; car autrement il n'y eut su mettre remède, fors seulement ouïr parler le monde. Et d'autre partie, le duc Jeait de Bourgogne, qui étoit en son pays de Flandre, sachant et connoissant clairement la grand' fortune et dommage qu'aYoit eus le dessus dit comte de Saint-Pol, il en fut très déplaisant et marry, et envoya h&tivement messire Jean de Laval, chevalier, et plusieurs hommes d'armes et arbalétriers à Gravelines et autres lieux de la dite frontière, pour garder que les Anglois ne leur fissent aucun dommajse.
Esquelles frontières étoit aussi commis de par le roi de France messire Lyonnel d'Araines, lequel nuit et jour très diligemment entendit aux besognes. En outre, le roi Henri d'Angleterre, qui avoit par ceux de Calais su et oui la bonne fortune que ses gens avotent eue contre les François devant Mercq, mit hâtivement sus une grosse armée de quatre à cinq mille combattants, lesquels par mer à grand nombre de navires il envoya, nageant pardevant Dunkerque et Neuf-Port, descendre au port de l'Écluse. Et là eux venus, se mirent hors du dit navire bien trois mille, et parle gravier allèrent tout à pied bien à une lieue assaillir le chfttel de l'Ecluse. Mais les gardes d'icelui, avec ceux de la ville et du pays d'environ, qui en bref fut mis en grand effroi, se défendirent très vaillamment. Et tant que par le trait des canons et autre défense reboulèrent leurs adversaires et en tuèrent bien soixante, entre lesquels le comte de Pembroke, qui étoit un des principaux capitaines, y fut navré à mort. Et pource que nouvelles vinrent aux dits Anglois que le duc Jean de Bourgogne venoit à grand 'puissance sur eux pour les combattre, retournèrent incontinent en leurs navires, et de là en Angleterre. Et pourtant ne demeura pas longuement que le dit duc de Bourgongne, pour garder son pays contre iceux Anglois, neftt tantôt assembler grand nombre de gens d'armes par le seigneur de Croy et autres ses capitaines, lesquels il fit tirer sur les frontières de Flandre, afin de résister à telles ou pareilles entreprises qu'avoient faites les Anglois ses I
adversaires, et iceux combattre si plus retournoient.
Et qui plus est, le dessus dit duc de Bourgogne mil sus une ambassade qu'il envoya à Paris devers le roi, le duc d'Orléans et autres du grand conseil, pour avoir aide de gens et d'ai^ent pour mettre le siège devant Calais ; car il étoit de ce moult désirant. Mais aux dits ambassadeurs fut par le dit duc et autres du grand conseil baillé response négative. El pour tant, le dit duc de Bourgogne, oaie la réponse devant dite par les dits ambassadeurs, se disposa d'aller à Paris devers le roi en sa personne, pour mieux expédier et conduire ses besognes. Et pour ce faire se tira vers Arras, où il eut, sur ses affaires, plusieurs grands conseils avec plusieurs grands seigneurs, ses féables et serviteurs.