LIVRE PREMIER
ses démérites, et avec elle aucuns de ses complices, et puis retourna à Sentis devers le roi de France.
Auquel temps, messire Jean de Yergy et messire Antoine prirent la ville de Saint-Dizier en Partois ; mais les Dauphinois qui éloient dedans se retrabirent au ch&tel , auquel lieu ils furent tantôt assiégés ; et entre-temps, La Hire et aucuns autres capitaines s'assemblèrent en grand nombre pour aller secourir ceux du dit chàtel. De laquelle assemblée furent avertis les deux seigneurs dessus dits, et pour y résister se mirent ensemble au plus grand nombre qu'ils purent finer, et allèrent au-devant de leurs adversaires, lesquels ils assaillirent très vigoureusement, et enfin les détroussèrent. Si en y eut de morts environ quarante, et les autres se sauvèrent par fuite. Après laquelle besogne retournèrent au dit lieu de Saint-Dirier; et bref ensuivant se rendit à eux le dit chfttel , lequel ils regarnirent de leurs
S'emoil la eompbîiite du ptovre common el des pauTre* Uboareun de France.
Hélui hélas ihélaathélut Prilals, princes et bons (eignean, Bonrgeoit, marchan* et advocals.
Gens de mestlen grana et mineuri, Cens d'armes, et tes trois estais.
Qui vivez sar noai labourenrs, Confortez-nous d'ancun bon ayde :
y ine nous faolt, c'est le remide.
Vivre ne povons plas ensemble LoDgaement, se Dieu n'y poarvoye :
Mal fait qui l'antruy toit ou emble Par btrat on par faulse voje.
Perdu avons soûlas et Joye L'on nous a presque mis i fln, Car plus n'avons ne blé ne vin.
Vin ne froment ne antre blé.
Fis senllement du pain d'avojne,
N'avons nostre saoul la moitié
Une seulle fois la sepmalne :
Les Jours nous passons i grand' peine^
Et ne sfavons que devenir;
Chacun s'en venlt de nous foyr.
Pnyr de nous ne devez mie, Pensez-y, nous vous en prions.
Et nous sonstenez nostre vie , Car, pour certain, nous languissons.
Allangouris nous nous mourons,
Et ne sctvons remède en nous :
Seigneurs, pour Dieu, confortez-noui.
Confortez-nous, vous ferez bien, Et certes vous ferez que saiges i Qui n'a charité, il n'a rien.
Pour Dieu, regardez nos visalges.
Qui sont si piteux et si pâlies, Et nos membres riens devenir, Pou nous povons plus soustenir.
Soustenir ne nous povons plus
En nulle manière qui soit :
Car, quand nous allons d'buys en huys,
Chacun nous dit : Dieu vous pourvoye !
Pain, viandes, ne de rien qui soit.
Ne nous tendez non plus qu'aux chiens,
Hélas ! nous sommes chrestlens.
Chrestiens sommes-nous voirement.
Et en Dieu sommes tous vos frères,
Si vous avez l'or et l'argent,
Ne scavez si durera guères :
Le temps vous aprestent les biens,
El si mourrez certainement,
Et ne savez quand ne comment.
Comment dictei-vons et penset Plusieurs choses que de nous dictes.
Que ce nous vient par nos péchés.
Et vous en voulez clamer quittes.
Pour Dieu Jl plus ne le dictes.
Et autrement nous confortez.
Pour ce en pitié nous regardez.
Regardez-Boai , et si pensez Que sans labour ne povez vivre, Et que tous sur nous vous courez (Long temps a que chacun nous pille), Ne nous laissez ne croix ne pille.
Ne rien vaillant que vous puissiez.
De quelque estât que vous soyez.
Soyez, si vous plaist, advisez, El que de cecy vous souvienne.
Que nous ne trouvons que gaigner Ne nnl qui nous mette en besongne.
Chacun de vous de nous s'eslongne, Mais s'ainsi nous laissez aller, A tard vous en repentirez.
RepenlIrez-TOOi si (certes Que si ainsi nous en ailoni, Vous cherrez les Jambes retraicle* Et au plus près de vos talons ; Sur vous tumberont les maisons, Vos chasteaulx et vos tenemens.
Car nous sommes vos fondemens.
Vos fondemens sont enfondos, N'y a mais rien qui les soustienne ; Les murs en sont tous pourfondus.
N'y a pilier qui les reticngne.
CHRONIQUES D'^QUKRRAND DE MONSTRELET
Nr estât qui en riea m CtingM De nous mener Joiqs'au plat bu :
Pour ce nous fault crier hélas 1
Hélas 1 prélats et gens d'église, Sur quoy noslre foy est assise, Chiefs entes de cbreslienté, Vous nous voyez nuds, sans chemise, Et noslre bce s! eslise, Et tous languis de povreté.
Pour l'amour Dieu, en charité.
Aux riches gens ce remonslrei Et que vous les admonestez.
Qu'ils ayenl piUë d'entre nous antres, Qui pour eux avons labouré Tant que tout leur est demouré :
De nos povrelés ils sont causes.
Comme leur dirons cy en bas :
Pour ce nous faut crier hélas !
Hélas t tris puissant roy francois.
Nous pensons si bien ravisois, Et tu Teusses bien conseillé.
Qu'aucun pou nous espargnerois :
Tu ei le roy de tous les roys Qui sont en la cbreslienté.
Dieu t'a cestc grand' dignité Baillée, pour raison deffendce.
Et diligentement entendre Alix coniplainctes qui vont vers toy :
Et par ce garder nous pourras De ainsi fort crier hélas !
Hélas ! très nobfc roy de France, Le pays de vostre obéissance Espargnez-le : pour Dieu mercy, Des labonreurs ayez sonv'nance, Tout avons prins en patience Et le prenons Jusqu'ï icy ; Mais tenez-vous asseur que si Vous n'y mettez ancnn remède.
Que vous n'aurez chasteau ne ville, Que tous Hront mis i exille.
Dont Ji somipes plus de cent mille Qui tous voulons tourner la bride.
Et vous lairrons tout esgaré, Et pourrez cheoir en tel trespas Quil TOUS faudra crier hélas !
Hélas 1 ce'seroit grand' douleur
Et grand' pitié i regarder
Qu'un si très excellent seigneur
Criast hélas I Or y pensez,
Pas ne serez le premier,
Qulipardeffaul de raison faire,
D'estre pileux et débonnaire
Auroit esté mis en exil.
Tenu estes de bon affaire,
Mals'que n'ayez point de contraire.
Dieu vous garde de ce péril !
Et nous mettez si au délivre.
Qu'en paix puissions dessonbs vous vivre
Dés le plus haut ]asquci au bas,
Tant que plus ne crions bêlas !
Hélas t comment ces tailles grans Qu'avez fait, passa quinze ans Par chaenn an trois fols ou deai, Et des monnoyes les tumbemeas.
Et les griefs de vos sergens Ont bien nos vaches et nos boenfi Amoindris, et tous nos cheraux, Tant qu'ils n'y trenvent plus que pKidnt Mais, par Jésus, le roi des cienx.
Ne sçay si vous en valiez mieux.
Pour ce TOUS prions i )olnctes nuios Que nous pardonnez nos eomplaint, Et qu'en iuiyne ne prenez pu.
Si nous crions ainsi hélas !
Hélu I pour Dieo, nos lions selgneois, Qni esles les grans gouTermun, Et gouvernez tous noslre roy.
Que nous veuillez donner secours :
Au roy présentez nos clamonrs.
Et vous Joingnez de bonne foy A iuy faire passer l'oetroy Que tant humidement réqneron £n noslre humble supplication.
Nos très chers seigneurs, vous s{avez Que la clef du royaume tenez Et que trestout ne gisl qu'en tous :
Et pour ce vous plaise qu'ayez Begard k nos grans povrelef , El qu'ayez mercy de nous.
Pour Dieu, seigneurs, advisez-vons, Vous tous qui avez la puissance.
De donner bonne conséquence Aux lettres qu'envoyons au rof El aux estais qui sonl & soy.
Et aussi pourrez en tel cas Nous garder de crier hélas 1
Hélas ! ducs et marquis et comtes.
Barons, chevaliers et vicomtes.
Et nobles qni chasleaux avez.
Vos ayglanliers et vos ronces Vos ofBclers avec leurs pompes Nous ont souvent tiHespoucer, A vos murs nous ont faict garder, La nùict i la pluye et au vent Trestout le corps de nous tremblant :
Puis nous melloienl vos gens asseur Qu'avions dormy dessus les murs.
Et nosrobbes nous despoailloienl Par violence rudement.
En nous mettant i grands rançons, Frappans sur nous de gros basions, Puis que leur disions loal Inu :
Mercy pour Dieu, hélas t bêlas !
Hélas I hélas 1 eneor" n'esUei Vous pu coulens, se plus n'aviei De nous, puis qu'estions batus, El que nous estions rançonnez A fln de venir aux etcus,
UVRË PREMIËB.
Que vous avez moull souvent eu(, Disant : < C'e»l noslre droit demaioe. • Raison le voadroit à grand' peine :
Li ne sont pas les Tondemens De vos terriens tenemens.
Ils sont bien aolremenl fondez.
Si vous très bien le scaviez :
Mais Je croy que n'y tendez pas ; Vons en pourriez bien dire bilas !
Hélas voulentien nous teussions De plus parler, si nous peussioos, De vous ne de vos officiers.
Mangé Us ont nos goretons, Et nos brebis, et nos montons :
Et de nos bleds faits vos garniers.
Puis faut i leur sergent leur glene.
An portier du bled pour sa peine :
Et puis faut pour chacun vaisseau, Qui est mis dedans le cbasleau.
Cinq sols pour vostre capitaine.
Et un ou deux boisseaux d'avojne.
Dont 11 fait souvent grans amas :
Ne la; ehauH se crions bélu 1
Hélas 1 encore y a-l-il plus.
Qui moult souvent le cuenr nous trouble.
Quand le roy mect une ayde sus :
Il eonvienl que le coup nous double.
Vous nous en mettez en grand trouble :
Car il convient souvenles fois
Que nous les payons par deux fois.
Et quand gens d'armes au pays viennent.
Qui de bien vons servir se peinent,
Pource que vons les soustenez,
Nos beuli et nos vaches enuneinenl,
Et les tuent, et les détiennent :
Et s'il est que les engardez,
Il but qu'ayez pour vos peines
Et de l'argent et des avoynes,
El les mettent en un grand tas :
Nous povons bien crier bélu 1
Héias I geu d'arme* et de traict, Vous avez le forment deffaiet.
Et mis en consommation ; Tourmentez nous avez de fait, Leeomplaindre peu nous vaudroR 8e plus avant en dision.
Chacun Sfail bien si nous menton.
Mais Je eroy, que vneillez ou non, Qu'avant que soit longue saison Passée, dire Je vons os Que vous nous voirrez en repos.
A l'ayde de vos destinées.
Et de neiges, et de gelées QttI ont esté en maints hrrert, Maintt en cherront treetoos en vers, Trestous morts la gueulle l>ayée, Avant que l'année soit passée, Se Dieu n'y employé sa grâce.
Ainsi loi plaiM qu'il le faoe.
Comme il feil aux Egyptiens
Jà pief a en l'ancien temps.
Quand il les repeut de la manne.
Qu'il leur feit du ciel descendre.
De Pharaon les délivra.
Ainsi que de nous il fera, S'il iuy plaist, ains Pasques fleuries Si vous ne menez meilleur vie :
Et puis après ne dirons pas, Que nous faciez crier bêlas I
Hélas I advocatsemparlés.
Maintes fois nous avez brouillés Et maintenus en plaidoyer :
Dont bien garder vous nous poviez Se la voqienté en eussiez.
Mais ce n'estoit que vos envies.
Tant qu'eussiez les bources garnies De nous mettre à nul accord, Ainçois que vos voyes subtives. Par vos arts et par vos pratiques, Mous faisiez du droict le tort ^ Bien estes causes les plusieurs De partie de nos douleurs.
De nos pertes et de nos gas :
Bien eo pourriez crier Itélas I
Hélas ! bourgeois, qui de nos renies, De nos labeurs et de nos plantes Avez vescu au temps passé, Vons voyez nos.chières dolentes, Et les poux qui nous chéenl des tempes De langueur et de povreté.
Maints jours nous avez abusé, El recueillis en vostre hostel.
Quand vos reules vous doubloient:
Hais quand vous nous voyez en debte Et que nous n'avons vin ne bled.
Plus ne Taicles compte de nous :
Pour ce souvent nous faicles-voos Braire et crier haut et bas, Que ferons nous, chétif, bêlas !
Hélas ! marchans, vous nous avez Par maintes fois revisilez, Et vos denrées snrvendues ; Mais quand de nous acheptiez.
Vous le nous mesprisiez :
Fay estoit bien en vous perdue.
Vous avez loyauté déceue.
Et vous avez commis usure, Larrecin et parjurement :
Mais celuy qui rendra droiture A toute humaine créature.
Vous tendra vostre payement Par son droicturier jugement ; Et mauldlrez tons ces amas Quand crier vous faudra taâas 1
Hélas I vous autres de mestiers, Mareschaux et cordouenniers.
Et les tanneaux de peaux velues.
Vous nous avez esté moult chiers :
Vos parolles nous ont déceues,
CHRONIQUES D'RNGUERRAND DE MOxNSTRELET.
Pii nom arex bit que nnirien, Car ponr néant, par chacnn Jonr, Vont arez en noslre labour :
Marchans, avant la cueillette Bien en pourrez avoir mal toor, 81 n'en faictes aucun retour, Avant que Jagement s'y mette ; Aiora saison ne sera pa> Que vou fauhiit crier hélai !
tUlti ! vont scavez tous comment Nous perdismes noitre hroment.
Que entant nom semasme es terres Pour la gelée dure et grand, Qui les meit i confondement :
Et pais TOUS scavez tous quels gaerres, Quels meschleb et quelles rappinet Nous reirent toutes ses vermines, Qui vindrcnl aux saisons nouvelles.
Vj demoura ne pois ne Tebves Dont ne talassent des premiers, Bals et souris et verminiers, Kt les espis en emporloient Des bleds qui demonrés estoient :
El par moult diverses manières Ils les meltoient en leurs teinières, Et en feirent de grans amas.
Dont maints en ont crié hélas !
HélM ! avoM crié assez Pour Dieu que vous nous pardonnez, Et que vous pensez en vous-mesmea Si nous vous disons vérité :
Tout notre fait veoir vous povez.
Ainsi que nous Taisons non*-mesmei.
Courroux, mal talent et attalnes Nous regardent tous chacun heure; Beafne pourceau ne nous demeure.
Ne brebis, ne nos pauvres vaches.
De qaoy taisions nos laitages.
Qui notre vie sonbstenoil.
Et de la faim nous gaarissoit :
Mais la mort et le divers temps Les a fait demourer es champs, Et morts les trouvons par les tels :
C'est ce que bien souventes fois, Qnand voyons advenir tel cas.
Qui notts fait fort crier hélas 1
Hélas 1 sans plus Tons dire bélu !
Comment peuvent penser créatures.
Qui bien advisent nos flgnres.
Et ont sens et entendement, Et nous voyenl nnds par les rues Anx gelées et aux froidures, Nostre pauvre vie querrant :
Car nons n'avons plus rien vaillant.
Comme aacons vaeillenl langaigez.
Ils s'en sont tris mal Informés ; Car s'ils pensoient bien en Todigues Et Escocois en leur complices, El es yvers qui sont passés.
Et autres yoyes fort obliques.
Dont tons estais nons sont reliques Comme chacun nous a plnsmé , Ils seroient bien hérétiques.
S'ils pensoient bien en leurs vices.
Qu'il nons fnst ilen demouré :
Tds langalges ne sont que gas.
Si nous taisons de dire bélu 1
O très saincte mire l'église. Et vous tris noble roy de France, Conseilliers, qui i votre guise Mettez tont le pays en ballance, Advocats de belle loquence.
Bourgeois, marchans, gens de mesliers, Gens d'armes, qui tont exllléf , Pour Dieu et ponr sa donlce mire, A chacun de vous en droit soy, Vous plaise penser aucun poy En ceste complainrie araire.
Et si vous bien y adviscz, Nons culdons que appercevrez, El que vous voirrez pas vos yeux Le feu bien près de vos hostenx.
Qui les vous ponrroit bien brnsler.
Si garde de prés n'y prenez.
Désormais il nous nous taillons.
Antres lettres vous envoyerons Closes. Dedans voir vous pourrez Nos faits et nos conclusions, Et les fins A quoj nous tendons.
S'il vous plaist vous les oav{ir«z, Nos requestes vous conclurez.
Et Dieu du tout ordonnera A la fin ou qnand luy plaira :
Mais DIen vous y doint si bien (kire.
Qu'acquérir vous puissez sa gloire, El qu'en ce ayez tels regards.
Que plus ne vous crions hélas I Amen par sa grâce.